Genèse simplifiée du système bancaire et monétaire

(Nous entreprenons la publication d’une série de quatre articles fournis par des lecteurs de LES7DUQUÉBEC.COM portant sur le système monétaire, bancaire et financier mondial. Les trois autres articles paraîtront à la suite les jours prochains. N’hésitez pas, chers lecteurs, à réagir, questionner ou commenter. Robert Bibeau. Directeur. Les7duQuébec.com).

 

Par  Philippe Camy.

Il fut un temps où la monnaie n’était rien d’autre qu’une marchandise intermédiaire d’échange c’est à dire un produit marchand de haute valeur facilement transportable et étalonnable. (or, argent, cuivre etc …).

Pour des raisons pratiques et de sécurisation sur des transactions commerciales importantes, vint alors le temps de la représentation de ces « valeurs liquides* », c’est à dire des reçus indiquant que ceux-ci avaient la valeur effective du stock de pièces d’or par exemple, déposé dans l’établissement émetteur de ces billets.

 

Face au succès de ce système, celui-ci fut étendu afin de répondre aux transactions courantes, puis vint le temps où les banquiers se rendirent compte qu’ils pouvaient enfermer dans leurs coffres en sus des pièces d’or, des actes de propriété soit immobiliers soit de toute autre nature en ayant pris un minimum de précautions liées aux aléas du marché et du temps nécessaire à l’éventuelle vente de ces biens.

Pour cela les banquiers devaient avoir en leur possession les liquidités suffisantes (fonds propres en pièces d’or) pour faire la liaison éventuelle entre le payement du reçu et la vente effective des biens s’y adossant.

 

Le système continua son évolution et les banquiers trouvèrent avantage à se coordonner et finalement à fonctionner sous forme de réseau informel, avec un minimum de règles communes. S’étant judicieusement aperçus que la monnaie pouvait être adossée non seulement à une marchandise d’échange liquide comme les pièces d’or mais aussi à toute autre forme de valeur non liquide* comme le blé, l’immobilier, les créances, ils adossèrent finalement la monnaie à tout l’ensemble du système économique avec un ancrage référentiel à l’or. (L’année 1971 verra la disparition de toute référence à l’or)

 

La monnaie fiduciaire était née, c’est à dire une monnaie non adossée à une marchandise d’échange telle que l’or, mais à l’ensemble d’un système économique et dont les agents, vendeurs et acheteurs, lui apportent leur confiance.

La monnaie est alors devenue, entre autre, un vecteur-étalon en se détachant de toute valeur intrinsèque.

 

*Valeurs liquides = Valeurs bénéficiant d’un consensus et servant donc de référence telles que les pièces d’or ou les monnaies fiduciaires et pouvant servir ainsi directement de moyen de payement.

Valeurs non liquides = Biens nécessitant une transaction commerciale et dont le prix dépend du marché.

 

Théorie succincte sur la masse monétaire.

 

Le but des agents économiques est de tendre vers une monnaie stable, c’est à dire une monnaie qui ne soit ni inflationniste ni déflationniste.

La monnaie étant un vecteur et non plus une richesse intrinsèque, sa création intempestive aura tendance à se réguler à travers une hausse des prix généralisée, c’est l’inflation monétaire.

Les créations de richesses non équilibrées par une quote-part de création monétaire se réguleront  par une baisse des prix généralisée, c’est la déflation monétaire.

Inflation et déflation par divers mécanismes d’anticipation ont tendance à s’auto-entretenir et sont donc le cauchemar des économistes, bien que nombre d’entre-eux estiment qu’une inflation de quelques points aurait des vertus plutôt positives.

En aucun cas la création monétaire sans contre-partie est une création de richesse. C’est une pratique utilisée souvent en désespoir de cause pour déprécier la monnaie et éventuellement la dette, rééquilibrer la balance commerciale, répondre à des situations de crise ou à l’incurie d’un système fiscal etc …

 

Les politiques d’assouplissement monétaire ou Quantitative Easing utilisées abondamment à travers le monde, depuis la crise de 2008, dans le but de soutenir la demande en relançant l’inflation, seraient à terme un amplificateur de la crise.

En effet, face à la compétition généralisée des économies et à la nécessité de soutenir les secteurs financiers, l’injection de liquidités pratiquées, non pas au niveau des budgets des états, mais au niveaux des produits financiers, factuellement  dépréciés, déplacerait massivement ceux-ci vers les secteurs spéculatifs.

Cela amplifierait ainsi concentration patrimoniale et endettement social et produirait in fine le résultat inverse de celui qui est recherché (ne pas confondre l’endettement social généré par des déficiences salariales ou fiscales, toujours paupérisant pour le corps social et l’endettement entrepreneurial potentiellement créateur de richesse par le biais de l’investissement).

 

Inflation et déflation ont bien sûr d’autres causes que les incohérences de la gestion de la masse monétaire. L’échauffement du système économique, l’insolvabilité de la demande (consommation), la déficience de l’offre (investissement), la concentration patrimoniale ou la contamination par une monnaie tierce peuvent probablement aussi en être responsables.

Il est communément admis que l’inflation aura tendance, par le biais de la consommation, à favoriser le travail au détriment des épargnants rentiers et la déflation plutôt à favoriser les épargnants au détriment de l’emploi.

 

«Les composantes de la masse monétaire sont des agrégats. Les agrégats monétaires sont des indicateurs statistiques regroupant dans des ensembles homogènes les moyens de paiement détenus par les agents d’un territoire donné. Il y a plusieurs niveaux d’agrégats statistiques dans la masse monétaire, selon le degré de liquidité.

  • M0 appelée aussi base monétaire* ou monnaie centrale* représente l’ensemble des engagements monétaires d’une banque centrale (pièces et billets en circulation, avoirs en monnaie scripturale comptabilisée par la banque centrale).
  • M1 correspond aux billets, pièces et dépôts à vue.
  • M2 correspond à M1 plus les dépôts à termes inférieurs ou égaux à deux ans et les dépôts assortis d’un préavis de remboursement inférieur ou égal à trois mois (par exemple, pour la France, le livret jeune ou le CODEVI, les livrets A et bleu, le compte d’épargne logement, le livret d’épargne populaire…).
  • M3 correspond à M2 plus les instruments négociables sur le marché monétaire émis par les institutions financières monétaires (IFM), et qui représentent des avoirs dont le degré de liquidité est élevé avec peu de risque de perte de capital en cas de liquidation (ex: OPCVM monétaire, certificat de dépôt, créance inférieure ou égale à deux ans).
  • M4 correspond à M3 plus les bons du Trésor, les billets de trésorerie et les bons à moyen terme émis par les sociétés non financières.» Source Wikipedia

* Le terme de «monnaie centrale» afin de désigner la «base monétaire» peut prêter à confusion, surtout chez les socio-monétaristes. Le statut de la Banque Centrale ainsi que les accords réglementaires qui la lie aux banques de second rang garantissent la création monétaire issue des encours de crédit générés par les établissements privés et de ce fait, sont donc de la monnaie centrale dont la création a été délocalisée et injectée en M1. Le crédit est, quant à lui, garanti par les fonds propres de la banque émettrice, et participe  ainsi à la stabilité du système monétaire.

 

(DEMAIN : les thèses monétaristes)

 

Une pensée sur “Genèse simplifiée du système bancaire et monétaire

  • avatar
    21 décembre 2015 à 8 08 04 120412
    Permalink

    Pourrait-on affirmer qu’en augmentant la masse monétaire on maintient les prix des marchandises même si la demande de ces mêmes marchandises diminuent?
    Pourrait-on affirmer que l’indice économique est maintenu positive par la vente et l’achat d’actions boursières privilégiés et le faible taux d’intérêt (0.25% pour les bourgeois) que l’oligarchie financière a le privilège de payer sur leurs prêts (ce qui n’est la cas des prolétaires car nous payons du 20% d’intérêt et plus).

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *