GRÈVE DES ENSEIGNANTS PALESTINIENS

Source:  Nous avons reçu ce texte par courriel (email) de la part d’un militant palestinien oeuvrant en Palestine. 2.04.2016.

 

(L’article doit être mis en parallèle avec les articles présentant le mouvement de résistance des jeunes français (étudiants des lycées, jeunes chômeurs et jeunes travailleurs) en ce que dans ces deux mouvements forts différents – pointe une même recherche de nouveaux modes d’organisation de la lutte de résistance. On ne fait plus confiance aux vieilles structures syndicales et politiques. Une tendance qui devrait se généraliser dans le mouvement de résistance populaire et plus tard dans le mouvement révolutionnaire prolétarien. Robert Bibeau. Producteur. Les7duQuebec.com).

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Ce 30 mars, le centre culturel d’Ibda, dans le camp de réfugiés de Deisheh, accueillait les enseignants pour une nouvelle Assemblée générale, Une semaine après la reprise des cours. Des assemblées similaires se tenaient dans tout le pays. Après une grève qui aura été la plus longue et la plus suivie qu’ait connue l’autorité palestinienne, quelles suites donner au mouvement ? Il n’était pas tant question d’un baroud d’honneur que de tirer les leçons de ces 5 semaines de lutte.

 

Certes, les enseignants ont obtenu les revalorisations salariales promises depuis 2013 et jusque-là jamais honorées. Mais conscients du fait que cette hausse des salaires n’était qu’un dû, ils et elles faisaient de cette revendication le point de départ d’une remise en cause plus large du système bureaucratique et libéral de l’Autorité Palestinienne. Maigre consolation donc, car au fur et à mesure des semaines et du durcissement de la lutte, la colère et les envies d’un changement radical ont pris de l’épaisseur et trouvé un certain écho dans toute la société.

 

« Nous ne pouvons plus revenir en arrière » déclarait un camarade gréviste. Pourtant, l’Autorité Palestinienne a tout fait pour étouffer la contestation et éviter qu’elle ne se propage. Mais malgré les pressions et la répression, les enseignants ont réussi à exclure les bureaucrates syndicaux (désignés par Mahmoud ABBAS lui-même) tout en exigeant une refonte du système de représentation syndicale et de nouvelles élections. Ce à quoi ABBAS a répondu en nommant « provisoirement » de nouveaux délégués, issus encore de son cercle rapproché. Mais ici plus qu’ailleurs, on ne sait que trop bien ce que « provisoire » veut dire…

 

Alors, dans le district de Bethléem, conscients que le travail est loin d’être achevé et pour maintenir la pression, les débats se sont ouverts sur une question simple et qui résonne d’autant plus pour nous, à la CNT : « comment s’organiser nous-même pour sortir de la dépendance des grandes structures syndicales à la solde de l’Autorité palestinienne ? »

 

Un juriste était invité ainsi que deux camarades de la GFIU, fédération regroupant les syndicats indépendants, sans permanents, portant une vision socialiste-révolutionnaire du syndicalisme.

 

Deux manières d’envisager la lutte :

 

Une voix légaliste, passant par la constitution d’un syndicat nouveau reconnu officiellement par l’AP.

Une autre voix (oserait-on dire révolutionnaire?), selon laquelle la reconnaissance devra s’imposer de fait par la lutte et un mouvement irréversible, porteur de changements radicaux et structurels.

 

Les débats ont été vifs donc, sur la manière de penser l’organisation du mouvement des enseignants dans le cadre d’une autorité palestinienne discréditée et fortement interrogée en ce moment. Car pour beaucoup, c’est la question des perspectives révolutionnaires et de leurs formes qui se posent ici… À l’instar des syndicats, les organisations révolutionnaires de gauche (FPLP, FDLP) subissent les dommages collatéraux d’une méfiance et d’une désaffection générale des structures traditionnelles. L’engagement, le militantisme se transforment ici en profondeur et les formes de lutte évoluent en conséquence.

 

Bien des hypothèses pour expliquer ceci : l’avènement d’un « proto-état » et d’une société libérale offrant le mirage de la réussite individuel malgré l’occupation (dont une nouvelle classe dominante s’accommode bien) ; la volonté d’un renouvellement et d’une démocratisation des organisations traditionnelles ; l’ONGisation et la parcellisation des luttes ; et enfin, l’épuisement d’une résistance qui, malgré toute l’abnégation que l’on doit lui reconnaître, voit ses rangs rongés par la répression de l’occupant sioniste… Si les mythes ont la peau dure, les cadres des mouvements sociaux et de la résistance se transforment bel et bien.

 

Les caractères autonome et populaire de la lutte des enseignants ne sont certes pas des caractéristiques nouvelles des luttes en Palestine, mais dans le contexte actuel, ils prennent une nouvelle signification et poussent les camarades à une réflexion de fond sur ces nouvelles formes d’engagement. Reste aux organisations à faire leur autocritique…

 

Mais l’OLP n’entend pas laissé la moindre place à une redéfinition des forces progressistes s’opposant au verrouillage du pouvoir et à la politique de compromission avec Israël. Elle réprime toute contestation à sa gauche. Le 10 avril dernier, elle a ainsi décidé de couper les fonds alloués aux FDLP et FPLP (fonds qu’ils reçoivent de leur qualité de membre de l’OLP) pour avoir critiqué la politique menée par Mahmoud ABBAS.

 

Quant aux comités de grèves nés durant la lutte des enseignants, indépendants et plus démocratiques, ayant su s’attirer la sympathie d’une large population et susciter un peu d’espoir, gageons qu’ils feront tâche d’huile pour les prochaines luttes à mener. Elles restent nombreuses !

 

 

 

1   Lire à ce propos,  Julien SALINGUE « La Palestine des ONG, entre résistance et collaboration », La Fabrique, 2015.  Lutte de classes en Palestine… Un tournant (?)

 

 

 

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