Ils enfoncèrent la porte de la banque

 

 

Bank of England

 ILS ENFONCÈRENT LA PORTE DE LA BANQUE
GRANDE OUVERTE (Le mystère de l’argent)

La vérité «révélée» par la Bank of England 

 

La vérité révélée par la Banque d’Angleterre et diffusée par le journal The Guardian démontre la duplicité des économistes et de la gauche bourgeoise qui ne comprennent rien à l’économie capitaliste et cherchent  pourtant la recette pour réformer ce mode de production décadent. Il y a nombre d’années que les économistes marxistes décrivent le fonctionnement du système monétaire capitaliste. Ainsi, il y a longtemps que nous expliquons que : « Lorsque les banques font des prêts, elles créent de l’argent. C’est parce que l’argent n’est qu’une simple reconnaissance de dette » (1) Voici que le quotidien The Guardian, frappé de cécité pendant tant d’années, s’éveille soudain sur le chemin de la Cité. C’est le fonctionnement des banques et de la monnaie que dévoile le rapport de la Banque d’Angleterre publiée par The Guardian (voir l’article)

 

En effet, comme le souligne l’article, la monnaie n’est qu’un moyen d’échange – de commerce – de circulation des marchandises à leur valeur. Rien n’a changé depuis l’époque de Marx. Rien, si ce n’est la répartition de la valeur marchande totale produite et circulante dans l’économie globale et mondiale. Désormais, sous l’impérialisme, la véritable comptabilité ne s’établit plus au niveau national, mais international.

 

Le « miracle » du crédit

 

Au XIXe siècle, les marchandises étant produites en quantité relativement limitée par rapport aux besoins sociaux à combler, et la productivité du travail salarié étant tout aussi restreindre – la mécanisation-robotisation-informatisation n’ayant pas encore décuplé les taux de productivité – le crédit requis pour faire circuler ces marchandises et faire réaliser la plus-value était réduit. La circulation monétaire se faisait par l’échange commercial dont l’équation se résume à ceci (A) l’argent -» deviens marchandise ( A –» M) puis redeviens argent (A – » M -» A). C’est à travers le système bancaire que se produit cette métamorphose. Il n’y a aucune création de valeurs nouvelle pendant le processus de circulation marchand. Il ne peut y avoir que récupération – accaparement – de  l’argent par les intervenants commerciaux et  financiers (profit commercial et intérêts bancaires).

 

Ceci étant admis, la création de la valeur (V) se déroule pendant le processus de transformation-production des marchandises que nous pouvons ainsi résumer (C -» Cc + Cv + pv -» C’).  Jusqu’ici, rien qui puisse générer une crise économique systémique. Quelle est donc la source de l’inadéquation, c’est-à-dire du dérèglement récurrent entre la masse monétaire circulante et les marchandises à vendre ?

 

C’est que le capital généré par le processus de valorisation-production n’est jamais distribué également entre les clients consommateurs et les prévaricateurs des moyens de production. Le Capital variable (Cv), c’est-à-dire les salaires, est bien remis aux travailleurs-consommateurs. Le Capital constant (Cc) est bien remis aux producteurs de matières premières, d’énergie et de machinerie, et toute cette distribution d’argent alimente la consommation. Mais, la plus-value (pv) générée par ce cycle de production élargie est l’objet d’une lutte opiniâtre entre les différents groupes de capitalistes en liste, capitalistes industriels, capitalistes marchands, capitalistes des communications et capitalistes financiers.

 

Le capital a tendance à se concentrer

 

Le système capitaliste de par son fonctionnement inhérent entraîne la concentration du capital – l’accumulation de l’argent – entre de moins en moins de mains monopolistiques.  Ce que la go-gauche dénonce avec véhémence – réclamant la refondation d’un  capitalisme à visage humain, équitable, où le riche serait taxé autant que l’ouvrier. Mais ce système économique utopiste n’a jamais existé. Passons au pont supérieur. Il est aisé de comprendre que quelques milliers de milliardaires ne peuvent consommer toutes les marchandises qu’ils accaparent et proposent sur le marché, même s’ils ont tout le fric pour ce faire. Aussi, ceux-ci se retrouvent-ils avec des monceaux de capitaux inutiles. C’est-à-dire des capitaux – de l’argent –  qu’ils ne peuvent valoriser et faire fructifier et reproduire pour accumuler. C’est cela la crise du capitalisme, quand ce système ne permet plus de faire ce qui est sa raison d’être.

 

Le système capitaliste se retrouve donc devant un lourd paradoxe. Plus la productivité des travailleurs augmente et conséquemment plus la masse des marchandises à vendre s’accroît, moins, relativement parlant, le consommateur travailleur n’a d’argent (compression des salaires unitaires ainsi que du salaire social) pour acheter ces marchandises excédentaires.

 

Le crédit – monnaie 

 

Dans cette lutte interne entre les différentes composantes de la classe capitaliste monopoliste, le banquier-financier maîtrise une carte essentielle – la création de monnaies par le crédit. Puisqu’une part de plus en plus grande de l’argent-capital est accaparée par les capitalistes, le banquier a été forcé d’ouvrir les vannes du crédit. Il a été forcé de permettre aux simples soldats ouvriers de dépenser aujourd’hui le salaire qu’il ne touchera probablement pas demain. L’exploitation capitaliste entraine inexorablement la paupérisation de l’ouvrier salarié qui en est réduit, au bout du récit, à vivre à crédit (165% du revenu annuel moyen par ménage au Canada soit plus de 200 000 $ de dette). Évidemment, la majorité de ces ménages de travailleurs salariés ne pourra jamais rembourser ses créanciers, les banquiers.

 

Le système d’exploitation du travail salarié a donc trouvé dans le crédit généralisé un exutoire qui lui permet de prolonger son agonie. C’est ce mécanisme inéluctable et nécessaire du développement capitaliste que tente d’appréhender le journaliste du Guardian sans le comprendre. Le journaliste du Guardian dénature la réalité. Le mouvement « Occupy Wall Street » n’a jamais rien compris au système bancaire mondial, et il n’a jamais été dit par les politiciens qu’« il n’y a tout simplement pas assez d’argent pour financer les programmes sociaux ». Les économistes austères et les politiciens à la solde des riches disent simplement qu’il n’y a pas assez de revenus gouvernementaux pour maintenir les services publics. Et cela est véridique. Ce n’est pas l’argent qui manque, mais l’argent collecté en taxe et en impôt et que les gouvernements auraient l’autorisation de consacrer au salaire social… Cet argent fait défaut.

 

L’énergumène ajoute « Les banques centrales ont injecté autant d’argent que possible dans les banques privées, sans produire d’effets inflationnistes ». Cette affirmation est fausse. L’effet inflationniste existe et si les statisticiens à la solde ont permis de le  dissimuler en partie – tôt ou tard ses effets s’abattront sur le pouvoir d’achat du prolétariat.  Le journaliste complète son chapelet par cette affirmation presque véridique : « Ce qui signifie que la limite réelle de la quantité d’argent en circulation n’est pas combien la banque centrale est disposée à prêter, mais combien le gouvernement, les entreprises et les citoyens ordinaires sont prêts à emprunter ». Une nuance doit être apportée à cet énoncé… à savoir, combien de dettes les gouvernements, les entreprises et les citoyens sont capables de supporter avant que ce bateau ivre ne chavire et s’effondre corps et bien emportant avec lui le timonier banquier ? Dans un éclair de lucidité, le rapport de la Banque d’Angleterre ajoute cette information cruciale : « Il n’y a vraiment pas de limite à la quantité de monnaie que les banques pourraient créer, à condition de trouver quelqu’un disposé à emprunter ». Nous venons de toucher le fond de la contradiction… Il y a une limite à la capacité de s’endetter des ménages et des États tout en maintenant à flot le système d’expropriation privé de la plus-value et les fonctionnalités de valorisation du capital étendu. Cette limite se profile à l’horizon des capitalistes financiers qui bientôt devront dévaluer les monnaies nationales et détruire en grande quantité les moyens de production et les marchandises tout en faisant bosser les ouvriers pour une bouchée de pain, c’est ce que l’on nommera la 3e Guerre mondiale.

 

Il n’est pas exact d’affirmer comme le milliardaire Henry Ford que « Si les gens  savaient comment fonctionnent le système bancaire et le système financier capitaliste ils se soulèveraient pour le renverser ». Pour assurer le renversement du système capitaliste mondial, il faudra que la classe ouvrière passe de la conscience de classe « en soi » (phase de résistance sur le front économique de la lutte de classe) à la conscience de la lutte de classe « pour soi » (phase de conscience et prise du pouvoir politique).

 

Notre stratégie n’est pas de réfuter les arguties des politiques d’austérité, mais de rejeter et de renverser ce système économique déglingué incapable de faire progresser  l’humanité.

 

L’ARTICLE DU GUARDIAN

 

La vérité éclate : un accès de franchise de la Banque d’Angleterre démolit les bases théoriques de l’austérité. (The Guardian)

 

 

On dit que dans les années 1930, Henry Ford aurait fait remarquer que c’était une bonne chose que la plupart des Américains ne savent pas comment fonctionne réellement le système bancaire, parce que s’ils le savaient, « il y aurait une révolution avant demain matin ».

 

La semaine dernière, il s’est passé quelque chose de remarquable. La Banque d’Angleterre a vendu la mèche. Dans un document intitulé «La création de l’argent dans l’économie moderne», co-écrit par trois économistes de la Direction de l’Analyse Monétaire de la banque, ces derniers ont déclaré catégoriquement que les hypothèses les plus courantes sur le fonctionnement du système bancaire sont tout simplement fausses, et que les positions plus populistes, plus hétérodoxes qui sont généralement associées à des groupes comme Occupy Wall Street, sont correctes. Ce faisant, ils ont jeté aux orties les bases théoriques de l’austérité.

 

Pour avoir une idée de la radicalité de cette nouvelle position de la Banque, il faut repartir du point de vue conventionnel, qui continue d’être la base de tout débat respectable sur la politique économique. Les gens placent leur argent dans des banques. Les banques prêtent ensuite cet argent avec un intérêt – soit aux consommateurs, soit aux entrepreneurs désireux d’investir dans une entreprise rentable. Certes, le système de réserve fractionnaire ne permet pas aux banques de prêter beaucoup plus que ce qu’elles détiennent en réserve, et il est vrai aussi que si les placements ne suffisent pas, les banques privées peuvent emprunter plus auprès de la banque centrale.

 

La banque centrale peut imprimer autant d’argent qu’elle le souhaite. Mais elle prend aussi garde à ne pas en imprimer trop. En fait, on nous dit souvent que c’est même la raison d’être des banques centrales indépendantes. Si les gouvernements pouvaient imprimer l’argent eux-mêmes, ils en imprimeraient sûrement beaucoup trop et l’inflation qui en résulterait sèmerait le chaos. Des institutions telles que la Banque d’Angleterre ou la Réserve Fédérale des États-Unis ont été créées pour réguler soigneusement la masse monétaire pour éviter l’inflation. C’est pourquoi il leur est interdit de financer directement un gouvernement, par exemple, en achetant des bons du Trésor, mais au lieu financent l’activité économique privée que le gouvernement se contente de taxer.

 

C’est cette vision qui nous fait parler de l’argent comme s’il s’agissait d’une ressource limitée comme la bauxite ou le pétrole, et de dire des choses comme « il n’y a tout simplement pas assez d’argent » pour financer des programmes sociaux, et de parler de l’immoralité de la dette publique ou des dépenses publiques « au détriment » du secteur privé. Ce que la Banque d’Angleterre a admis cette semaine est que rien de tout ça n’est vrai. Pour citer son propre rapport : « Plutôt que de recevoir des dépôts lorsque les ménages épargnent pour ensuite prêter, le crédit bancaire crée des dépôts » … « En temps normal, la banque centrale ne fixe pas la quantité d’argent en circulation, pas plus que l’argent de la banque centrale n’est « démultiplié » sous forme de prêts et dépôts. »

 

En d’autres termes, tout ce que nous croyions savoir est non seulement faux – mais c’est exactement le contraire. Lorsque les banques font des prêts, elles créent de l’argent. C’est parce que l’argent n’est qu’une simple reconnaissance de dette. Le rôle de la banque centrale est de superviser une décision juridique qui accorde aux banques le droit exclusif de créer des reconnaissances de dette d’un certain genre, celles que le gouvernement reconnaît comme monnaie légale en les acceptant en paiement des impôts. Il n’y a vraiment pas de limite à la quantité que les banques pourraient créer, à condition de trouver quelqu’un disposé à emprunter. Elles ne seront jamais prises de court pour la simple raison que les emprunteurs, en général, ne prennent pas l’argent pour le cacher sous leur matelas ; en fin de compte, tout argent prêté par une banque finira par retourner vers une banque. Donc, pour le système bancaire dans son ensemble, tout prêt devient simplement un autre dépôt. De plus, lorsque les banques ont besoin d’acquérir des fonds auprès de la banque centrale, elles peuvent emprunter autant qu’elles le souhaitent ; la seule chose que fait la banque centrale est de fixer le taux d’intérêt, c’est-à-dire le coût de l’argent, pas la quantité en circulation. Depuis le début de la récession, les banques centrales américaines et britanniques ont réduit ce coût à presque rien. En fait, avec « l’assouplissement quantitatif » [« quantitative easing » ou planche à billets – NdT] elles ont injecté autant d’argent que possible dans les banques, sans produire d’effets inflationnistes.

 

Ce qui signifie que la limite réelle de la quantité d’argent en circulation n’est pas combien la banque centrale est disposée à prêter, mais combien le gouvernement, les entreprises et les citoyens ordinaires sont prêts à emprunter. Les dépenses du gouvernement constituent le principal moteur à l’ensemble (et le document admet, si vous le lisez attentivement, que la banque centrale finance bien le gouvernement, au final). Il n’est donc pas question de dépenses publiques « au détriment » d’investissements privés. C’est exactement le contraire.

 

Pourquoi la Banque d’Angleterre a-t-elle soudainement admis cela ? Eh bien, une des raisons, c’est parce que c’est évidemment vrai. Le travail de la Banque est en fait de faire fonctionner le système, et ces derniers temps le système n’a pas très bien fonctionné. Il est possible qu’elle a décidé que maintenir la version conte-de-fées de l’économie, une version qui s’est avérée très pratique pour les riches, est tout simplement devenu un luxe qu’elle ne peut plus se permettre.

 

Mais politiquement, elle prend un risque énorme. Il suffit de considérer ce qui pourrait arriver si les détenteurs d’hypothèques réalisaient que l’argent que la banque leur a prêté ne vient pas en réalité des économies de toute une vie de quelques retraités économes, mais que c’est quelque chose que la banque a tout simplement créée avec une baguette magique que nous, le public, lui avons donnée.  Historiquement, la Banque d’Angleterre a eu tendance à jouer un rôle de précurseur, en présentant une position apparemment radicale qui finissait par devenir la nouvelle orthodoxie. Si tel est le cas ici, nous pourrions peut-être bientôt savoir si Henry Ford avait raison.

David Graeber

Traduction « ça donne envie de solder quelques comptes » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.  http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/mar/18/truth-money-iou-b…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *