JACQUES PARIZEAU DE RHÉTORIQUE À SOPHISME

«Monsieur» ex-premier-ministre péquiste (1994-1996), économiste de sa profession, s’est commis d’un article sur l’endettement de l’État québécois qui serait, selon lui, largement dramatisé. L’éminent économiste héros et héraut de la mouvance indépendantiste prétend que la situation des finances publiques québécoises situe la province au milieu du peloton des pays de l’OCDE, et donc que rien n’est à craindre de plus que ce qui devrait effrayer tous les autres pays surendettés  [http://www.ledevoir.com/politique/quebec/378283/ne-surdramatisons-pas-notre-endettement].

Sitôt l’article publié un groupie s’est réjoui qu’un grand oligarque l’ait ainsi apaisé; la Grèce en faillite, trois fois plus endettée que le Québec en sursis, c’est rassurant pour ce fan. Tout va très bien, Madame la marquise. Maître Parizeau sur son arbre perché – tenant en son bec un livre de comptabilité – enseignait les concepts et les conventions comptables les plus indiqués pour dissimuler un bilan financier déglingué.

L’expert économiste, du temps de son passage aux finances publiques, n’avait-il pas ainsi semoncé un milliardaire : « Une entreprise qui paie l’impôt devrait changer de comptable », résumant ainsi la pensée du financier. Aujourd’hui, le docte professeur en rajoute : « Un pays qui a une dette insoutenable devrait changer de convention comptable ». Et la crise systémique du capitalisme? Balayée sous le tapis répond l’ami repenti! Vous cherchez l’huissier à la porte de l’Assemblée nationale? Ne cherchez plus, Jacques vient de le renvoyer manu militari!  

L’argumentaire de Monsieur Parizeau tient en ceci : Afin de faire paraître plus svelte la dette souveraine d’un Québec qu’il souhaite « indépendant », il suffit de changer de convention comptable et plutôt que d’afficher la dette québécoise selon le concept de la «dette brute», ou encore selon le concept de la «dette nette», il propose plutôt de la calculer et de l’afficher selon le concept de la «somme des déficits cumulés». Si en plus, le gouvernement évite comme le font les États-Unis d’utiliser la norme comptable sévère de l’IFRS (International Financial Reporting Standards) et adopte la convention comptable étatsunienne – plus accommodante – pour le calcul des revenus, des dépenses, des avoirs et des amortissements, il parvient – sur papier du moins – à réduire la dette publique de 117 % à «seulement» 65 % du PIB «national» québécois. Et cela, sans avoir remboursé un sou.

Ce type de fumisterie financière ne sert qu’à distraire la galerie populaire et n’est d’aucune utilité quand vient le temps de confronter les banquiers comme vous serez à même de le constater.

Le cœur de la manœuvre «parizienne » consiste à effectuer une double soustraction à la dette souveraine québécoise. Maître Parizeau soustrait d’abord la valeur des actifs financiers du gouvernement (impôt en souffrance, obligations remboursées pendant l’année, placements des sociétés d’État, prêts aux étudiants, etc.), ce qui lui donne la dette nette du Québec; de laquelle il retranche les actifs non financiers(immeubles, barrages, centrale thermique, lignes de haute tension, traversiers, usines des sociétés d’État, etc.). C’est ainsi qu’un économiste «fait disparaître» 52 % de la dette provinciale sans rembourser un sou aux créanciers. La dette provinciale totale est toujours d’environ 255 milliards de dollars, mais son pourcentage en proportion du PIB « national » est radicalement réduit. C’est ainsi que comme en Grèce et à Chypre on prolonge l’agonie d’un système d’économie politique en faillite [http://www.iedm.org/fr/57-compteur-de-la-dette-quebecoise].

Le professeur de conclure :

 « (…) dans l’hypothèse où le Québec serait un pays, aujourd’hui, sa dette  serait de 65 % du PIB. Ce serait tout à fait gérable. Et si on compare la dette totale du Québec à celle des pays industrialisés, en se servant de la  méthode de l’OCDE, on constate qu’elle est (en % du PIB) plus élevée que   celle du Canada, mais moins élevée que celle de la moyenne des pays de l’OCDE.» (1)

Le Québec est donc toujours aussi endetté et sur le bord du gouffre financier, mais pas davantage que les autres pays cotisants à l’OCDE, tous menacés de faillite et de défaut de paiement. Quand on veut son «pays» à tout prix, toute supercherie est comme un gri-gri contre la pluie, anesthésiant.

Pas facile de trouver l’erreur n’est-ce pas? La base de l’argument du professeur  Parizeau tient dans cet énoncé :

«Tous les montants que j’ai mentionnés jusqu’à maintenant sont établis sur la      base de la dette brute, c’est-à-dire qu’on ne tient pas compte des actifs. C’est           à peu près comme si un individu, se présentant à sa banque pour établir son         bilan    financier, déclarait sa dette sur cartes de crédit et son hypothèque, mais pas le             montant de ses dépôts bancaires ni l’évaluation de sa maison.»  (2).

 Appliquons le procédé ici suggéré à l’analyse de la crise des «surprimes» américaine de 2008. Début des années 2000, des millions de travailleurs-producteurs étatsuniens s’achètent une maison à crédit. Après quelques années de paiement, chacun de ces travailleurs-consommateurs fait son bilan financier chez son banquier. Comme maître Parizeau le suggère, ils alignent d’un côté leur paiement hypothécaire, les taxes, les coûts d’énergie, les paiements sur l’automobile, les dépenses hebdomadaires et la dette hypothécaire globale restante, ainsi que les dettes sur cartes de crédit.  De l’autre côté, ils alignent leurs revenus familiaux, leurs avoirs financiers, l’évaluation de leur maison et même la valeur du mobilier et la valeur résiduelle des automobiles.

Voilà le bilan financier suggéré par l’économiste Jacques Parizeau. Mais catastrophe, pour des millions de propriétaires américains, malgré la valeur en hausse de leur résidence surévaluée, les paiements à rencontrer s’avèrent si élevés qu’un emprunt supplémentaire s’impose. Cette fois non pas pour payer l’hypothèque, mais pour payer l’épicerie, comme disait l’ex-ministre des Finances Jacques Parizeau, du temps qu’il négociait avec les syndicats de la fonction publique québécoise.  

En fait, un nouvel emprunt pour payer l’essence, la nourriture, les vêtements, l’entretien de l’auto ou les sorties du week-end. Que s’est-il donc passé depuis la dernière négociation de l’hypothèque? La spéculation et l’inflation ont fait augmenter le prix des maisons, mais en contrepartie, aussi celui de chaque poste budgétaire ainsi que le taux d’intérêt à payer sur l’hypothèque. Le chômage croissant laisse peu d’espoir que le travailleur-propriétaire fasse des heures supplémentaires ou qu’il se décroche un deuxième emploi.  C’est la faillite, le dépôt de bilan personnel. Le banquier ne cherche pas à savoir si la dette de l’ouvrier-propriétaire équivaut à 117% ou «seulement » à 65% de son revenu personnel. Le banquier fait un calcul de solvabilité – il évalue le risque encouru s’il continue à prêter à ce paumé – et il jauge la probabilité de recevoir son loyer sur l’argent octroyé. 

 Ainsi, en l’année 2008, à la suite d’une légère hausse des taux hypothécaires américains, des centaines de milliers de résidants-travailleurs-emprunteurs étatsuniens ont été saisis, dépouillés de leur maison, jetés à la rue. Pourtant, tous ces gens étaient endettés dans des proportions respectant la moyenne américaine. Ce constat n’a pas suffi à rasséréner les banquiers. Les résidences ont été saisies par millions. En l’espace d’environ deux ans, leur valeur a chuté drastiquement, tout bêtement parce que des millions de maisons à vendre et très peu de clients pour acheter font chuter l’évaluation municipale et s’effondrer le marché immobilier. Des centaines de milliers de ces foyers ont été tout simplement démolis plutôt que d’être remis à leurs propriétaires insolvables. 

            La construction immobilière s’est effondrée, la consommation des travailleurs s’est effondrée, l’économie américaine est entrée en récession. Moins d’emplois et donc moins de revenus et donc moins de crédit et donc moins de consommation, la spirale infernale ne s’arrêtait plus, entraînant une nouvelle chute de la production et donc moins d’emplois et de nouveaux ouvriers chômeurs incapables de rembourser leur dette.

 Il en va de même pour les actifs d’Hydro-Québec et de toute société d’État. Les barrages appartenant à Hydro ont effectivement une valeur qui résulte de deux facteurs; premier facteur, la quantité de travail qui a été requise pour construire ce barrage (moyens de production et travail salarié); ainsi que la plus-value produite par les travailleurs pendant la construction et accaparée par l’entreprise, peu importe que ce soit une entreprise d’État ou une compagnie privée.

 Mais pour que cette « valeur », du barrage Manic 5 par exemple, puisse se réaliser, Hydro-Québec doit vendre l’électricité produite et à un prix suffisant pour compenser les salaires payés et la plus-value expropriée. Et c’est le deuxième facteur, si Hydro-Québec ne parvient plus à vendre l’électricité, alors les barrages de l’Hydro n’ont plus aucune valeur marchande, car ils n’ont plus de valeur d’usage. Certains barrages au Québec ont ainsi perdu leur valeur marchande et ils ont été abandonnés.

 C’est la raison pour laquelle on ne comptabilise pas la valeur des actifs immobiliers dans le calcul de la dette gouvernementale, car cette valeur est déjà incluse sous forme d’amortissement annuel dans la comptabilité de la Société immobilière du Québec et de l’Hydro et dans les dividendes que la société d’État verse annuellement au gouvernement (environ 2 milliards de dollars en 2011) [http://affaires.lapresse.ca/economie/energie-etressources/2011 03/23/01-4382348-les-profits-dhydro-quebec-en-baisse-le-dividende-aussi.php ].

            Autrement dit, pour établir la cote de crédit d’un particulier ou d’un «pays» et donc leur taux d’emprunt respectif, ce qu’un banquier et une agence de notation (Standards and Poor, Moody’s) apprécient ce n’est pas la valeur comptable de chaque emprunteur, mais sa capacité de rembourser – donc ses revenus et ses liquidités. Dans ce cas, le niveau d’endettement brut de l’emprunteur est le vecteur le plus révélateur de cette capacité ou de cette incapacité (Chypre, Grèce, Québec, etc.).

 Voilà pourquoi le ministre des Finances Nicolas Marceau grappille dans les poches des travailleurs, coupe dans les dépenses de fait dans les services gouvernementaux, hausse les taxes et les impôts, gonfle la facture d’électricité, etc.. Il lui faut augmenter ses capacités de rembourser les financiers sur le dos des travailleurs et un gouvernement d’un Québec soi-disant «indépendant» devrait en faire autant.

Il n’y a rien de rassurant au fait de constater que le Québec est endetté à peu près autant que tous les autres pays d’Occident qui se dirigent tous allègrement vers leur dépôt de bilan. Évidemment, on répliquera qu’un État ne peut faillir. C’est pourtant faux. Quand en 1924 le gouvernement allemand a dévalué radicalement l’ancien mark, il a fait faillite et il a rebâti son économie sur de nouvelles bases comprenant un nouveau mark allemand. Sauf que des millions de travailleurs germaniques ont ainsi tout perdu, et leurs économies et leur caisse de retraite et parfois leur foyer dans ce coup fourré. À l’identique, quand l’Union soviétique s’est écroulée, des millions de travailleurs des différentes républiques se sont retrouvés sans épargne, sans le sou, sans caisse de retraite avec le défi de rebâtir leur vie à partir de rien, souvent sans emploi et sans secours public, peu importe qu’ils aient 20, 40 ou 70 ans.

Le gouvernement de Barak Obama jongle présentement avec cette éventualité. La banque centrale européenne songe également à cette échappatoire, alors que la récession écrase l’économie des pays de l’Union européenne et des États-Unis. Alors songer un peu à la futilité de ce cri d’étourdi de l’ex-ministre des finances du Québec :

« Il n’y a pas de crise financière (!) Il faut cesser de se faire peur et se débarrasser  de cette hantise comptable qui paralyse. Il faut aborder de front les vrais problèmes économiques du Québec : sa croissance économique trop lente, la sérieuse détérioration de sa balance des échanges extérieurs, la faible  productivité d’un trop grand nombre de ses entreprises (souligné par nous NDLR), les insuffisances de la formation professionnelle et technique» (3).

 Le Québec, qu’il se retrouve ou non en dehors de la fédération canadienne, n’a pas la capacité d’influer puissamment sur le cours de l’économie mondiale et il subit, et  subira – sous ce système d’économie politique – les contrecoups des grandes décisions financières, boursières, monétaires, industrielles et militaires qui se prennent ailleurs en Occident. Jouer à l’apprenti sorcier et finasser avec les chiffres, les statistiques, les déficits, les concepts et les conventions comptables ne règleront aucunement la crise économique systémique qui s’abat sur le système d’économie politique mondial.

La confusion qu’entretient l’ex-premier ministre, ce n’est pas seulement de remodeler le système comptable afin de le faire correspondre aux utopies des milliardaires et des politiciens complaisants. La confusion, c’est aussi de laisser penser que 255 milliards de dette souveraine est une situation qu’il ne faut pas trop dramatiser et surtout de laisser entendre que le peuple québécois pourrait un jour rembourser cette dette léonine.

 ROBERT BIBEAU

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(1)  [http://www.ledevoir.com/ politique/quebec/378283/ne-surdramatisons-pas-notre-endettement].

(2)  [http://wwwledevoir.com/politique/quebec/378283/ne-surdramatisons-pas-notre-endettement].           

(3)  http://www.ledevoir.com/politique/quebec/378473/pas-de-deficit-mais-un-surplus-d-un-milliard

2 pensées sur “JACQUES PARIZEAU DE RHÉTORIQUE À SOPHISME

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    23 mai 2013 à 20 08 54 05545
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    La dette québécoise n’est pas remboursable, nous ne paierons que des intérêts jusqu’à la chute du système financier mondiale. Le système économique est ainsi fait pour la plus grande joie du milieu financier international. Profitez des plaisirs de la vie, endettez-vous!

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    25 mai 2013 à 11 11 56 05565
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    M. Huet vous avez raison pour partie – En effet, il est impossible de rembourser les dettes souveraines des États occidentaux – USA Canada – France – Québe – etc. Tous se mettraient à la diette et nous n’y parviendrons pas car moins nous consommons pour payer les arrièrés et moins l’État reçoit de taxes et impôts pour rembourser – le chat qui court après sa queue trop courte
    MAIS n’oubliez pas que le BOUT de cette course folle – c’est la faillite social (La grande dévaluation de la monnaie – voilà la forme particulière que prendra cette faillite ) et alors tous ces gens qui auront jouit de la vie (je parle des travailleurs pas des parasites financiers) perdront tout comme je l’ai écrit (exemple soviétique – Allemagne entre deux guerres et bientôt USA et Grèce puis reste de l’Europe)

    Personne n’aura le goût de se réjouir Mais peut-être que chacun songera à LA SOLUTION à tous nos tracas…

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