La Quatrième Voie

Ceci est un « marronnier ». Un article qui revient avec les saisons…   Je fais refleurir celui-ci de temps en temps, – un 14 juillet sur trois, disons – parce q’il traite d’un sujet qu’on n’épuisera  jamais. Un sujet comme « Que serait-il advenu de ma vie si avais épousé ma première maîtresse ?  …. Si j’étais resté aveugle de mon premier crash de voiture ?…  Si j’avais gagné beaucoup plus de fric ou en avais dilapidé beaucoup moins ?  » On peut toujours rêver ou cauchemarder..

Les peuples aussi peuvent rêver.

***
Personne au Québec ne parle jamais de la « Quatrième Voie ». La majorité de la population veut rester canadienne, une minorité plus que significative de la population veut devenir québécoise, un petit groupe est à coaguler autour du concept de « monnaie unique » et des bienfaits du libre-échange qui ne tardera pas à nous dire que notre avenir est « américain »… mais au Québec – « pays de langue et culture française »- il semble que personne ne veuille être Français.

Est-ce bien vrai? Ou n’y a-t-il pas une solide conspiration du silence pour occulter cette évidence qu’il n’y a pas que les trois options traditionnelles « Quebec-Canada-USA » qui s’offrent à nous, mais aussi un quatrième choix d’avenir qui serait de renouer avec notre histoire et de redevenir Français?

Hier soir, veille du 14 juillet, j’ai eu la curiosité de poser la question à quelques amis réunis. La France ? ha… ha… ha!   Un canular ! Et quand on repose la question sérieusement, c’est: non. Non, parce que les Français sont comme ci…, et qu’ils sont comme ça… et qu’ils parlent une langue qui n’est pas tout à fait la nôtre… Bon. Affaire classée?  Minute! Après deux verres de vin rouge, ce n’est plus « la France, non », c’est devenu « la France, si… ». Puis, quand on va au fond des choses et de la bouteille – « in vino veritas » – on s’aperçoit que TOUT LE MONDE ou presque au Québec voudrait être Français. Tiens donc!

Et pas seulement les intellos nostalgiques qui sirotent un pastis, ne mangent que du pain baguette et feignent de s’intéresser au Tour de France. Oh non ! On en arrive au même résultat avec le chauffeur de taxi, les cosl-blancs, les cols-bleus et toute la gamme des cols-roulés… On y arrive même plus vite avec eux – et le verre de vin en moins – car la vérité vient plus naturellement aux gens simples. « La France? Oui, si…  »

Si quoi? Quand on enlève une à une les pelures de réticence, on en arrive à des vérités qui ne font pas plaisir. Oui, devenir Français…, si on se sentait de taille à occuper un espace culturel valable dans une France où le Québec trouverait sa place. Oui, devenir Français, si les Américains nous « laissaient partir » (sic). Oui… si la France et les « vrais » Français voulaient de nous… . C’est avec des « si » comme ceux-là qu’on ne va pas à Paris.

Un peu navrant, vous ne trouvez pas? Comme si le grand tabou à toute discussion concernant l’hypothèse d’un rattachement à la France venait du refus de nous avouer à nous-mêmes un sentiment viscéral d’infériorité et une peur morbide de nos voisins anglo-saxons. Un sentiment d’infériorité qu’on veut cacher sous une fierté affichée avec cette énergie qu’on met à défendre les causes qui ne sont pas évidentes.

« Je suis fier d’être Québécois »! Oui, bien sûr, qui en doute? Mais on est ni plus ni moins fier d’être Bourguignon ou Provençal, ce qui n’empêche pas d’être Français. Est-ce que nous ne pourrions pas être tout ce que nous sommes, ne rien renier de ce que nous avons été … mais renouer avec Saint-Louis, Voltaire et Napoléon et nous offrir ainsi l’encadrement le plus « porteur » pour devenir le mieux de ce que nous pourrons être? On ne parle pas assez de la Quatrième Voie: la France.

L’encadrement le plus porteur pour l’avenir du Québec, c’est la France et, derrière la France, l’Europe. Un Québec qui serait la troisième région économique de France – après Paris et Rhône-Alpes – n’aurait à rougir de rien. Bastion avancé en Amérique du Nord d’une Europe dynamique, nous verrions les entreprises non seulement françaises, mais allemandes, hollandaises, etc. s’établir chez-nous pour y préparer la conquête du marché des USA. Pas seulement pour des raisons de proximité et de logistique, mais aussi et surtout parce que nous connaissons à fond la langue, les lois, les coutumes de ce marché USA. Être des Français (Européens) en Amérique serait infiniment plus profitable pour les Québécois que d’être les partenaires juniors de l’ALENA.

Et la culture? Alors, là, c’est la voie royale! Le problème culturel fondamental, pour l’avenir du Québec francophone, n’est-il pas son incapacité à assimiler la masse des immigrants qui viennent ici se substituer à une relève que notre faible taux de natalité ne produit pas? C’est ce problème qui rejoint et amplifie celui d’une minorité irrédentiste au Québec qui choisit de ne PAS être de culture francophone. Or le problème de l’assimilation serait totalement réglé si le Québec était la France.

D’abord, un immigrant qui arrive en France (au Québec) ne pense pas à autre chose qu’à devenir Français: si c’est l’Amérique-USA qu’il veut, il ne tardera pas passer la frontière de nuit et l’on n’en entendra plus parler! Ensuite, la question du bilinguisme ne se posera même pas. On pourra toujours, dans un beau geste de générosité, maintenir des services en anglais pendant quelques années; mais ce sera une période de grâce et il n’y aura pas de malentendus à ce sujet.

Enfin, notre propre assimilation à la France d’Europe dans le respect de notre spécificité sera facilitée par un phénomène de migration interne Québec-Hexagone qui prendra une ampleur considérable, à la mesure des mythes dont les deux populations actuelles s’affublent. Des dizaines de milliers de Parisiens viendront chercher leur « cabane au Canada »… alors qu’un nombre sans doute similaire de francophiles inconditionnels chez-nous se hâteront d’aller la-bas réaliser leurs fantasmes culturels.

Ce brassage de population sera bénéfique pour tout le monde. Même les « accents » qui nous séparent tendront à converger. Avec un peu de chance, Antenne -2 se rapprochera du français international de Bernard Derome et Lucien Bouchard s’exprimera un peu plus comme Giscard d’Estaing. Pasqua et Jean Chrétien ne changeront sans doute pas de langage, mais une langue sûre d’elle-même peut bien tolérer un peu de folklore.

Une bonne campagne médiatique – on pourrait l’appeler « Opération Roussillon »- et je serais curieux de voir les sondages sur une souveraineté-association… avec la France.

Allons ! Défions toutes les Bastilles ! Pensez « France » et passez un joyeux 14 juillet… et sans rancune pour ce pavé dans la mare des options OUI et NON qui stagnent depuis quarante cinquante-cinq ans.

Pierre JC Allard

7 pensées sur “La Quatrième Voie

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    14 juillet 2013 à 8 08 30 07307
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    Ouf! Heureusement qu’après un verre de vin, je m’arrète. 🙂

    Pour moi, être Français, Anglais ou Étatsunien, c’est de refuser d’être Qui je suis et qui mes ancêtres voulaient être.

    La réalité incontournable est qu’il n’y a pas d’autre option qu’une seule: être soi-même.

    André Lefebvre

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      14 juillet 2013 à 9 09 12 07127
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      Totalement d’accord avec vous André, premier devoir de tout être humain être soi-même, deuxième devoir conserver la vie le reste c’est au choix de votre personnalité mais il faudra accepter les conséquences de nos choix tel est notre troisième devoir. La liberté a ses exigences que peu d’humains veulent assumer. Ne pas vouloir assumer ses choix ou laisser à d’autre le soin de choisir à notre place ces mêmes choix, ça s’appelle de la lâcheté. Quand j’entends les québécois dire qu’on n’a pas le choix je ne vois que des conscience américanisé. Mes ancêtres canayens ont eu le courage de choisir et d’accepter les conséquences et de persévérer, c’est peut-être pour ça que les nobles du royaume de France se sont débarrasser de nous en cédant la Nouvelle-France aux britanniques. Nous devrions plutôt nous inspirer de nos ancêtres canayens et avoir le courage de faire ensemble des choix.

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    14 juillet 2013 à 9 09 50 07507
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     » La liberté a ses exigences que peu d’humains veulent assumer. Ne pas vouloir assumer ses choix ou laisser à d’autre le soin de choisir à notre place ces mêmes choix, ça s’appelle de la lâcheté. »

    Vérité que l’on ne pourra jamais assez souvent répéter. La liberté est un ajout de responsabilités et non un déploiement d’agissements en « poules pas de têtes ».

    Merci Robert.

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      14 juillet 2013 à 10 10 14 07147
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      J’aime bien votre métaphore « poules pas de têtes »;)

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    14 juillet 2013 à 11 11 18 07187
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    J e doute que le fait d’emprunter l’identité de quelqun d’autres soit la solution a court ou a long terme !

    La masse, Américanisée a l’os, avec son language Franglais est vouée au même sort que les Acadiens, a long terme.

    A court terme la campagne d’Anglicisation du type « BANNIÈRES COMMERCIALE » affecte toutes les couches de la société et les immigrants, qui en viennent très rapidement a parler 3 langues nous ‘clanchent’ a tous les niveaux !

    Il suffit de regarder des groupes comme les Italiens(nos newfies des années ’60 ) ou encore les Chinois qui achètent des dépanneurs et qui bien souvent ne parlent ni Francais ni Anglais et qui l’apprennent un petit peu, a tous les jours, etc., etc. .

    Non merci, pour les Francais, Allemand, et autres Europayeurs !

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      15 juillet 2013 à 1 01 55 07557
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      …et puis soyons honnêtes, le mouton est notre emblême. Alors !

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