La robotisation de la fabrication drame ou espoir ?

 

machines3

Titre original:  « Pourquoi les robots vont détruire des millions d’emplois », entretien avec Paul Jorion, le 30 octobre 2014. Tiré de  INFOBREF. No 388. 21.04.2015. Paris.  Source : Entrevue. 30 octobre 2014 avec Paul Jorion  http://www.capital.fr/carriere-management/actualites/pourquoi-les-robots-vont-detruire-des-millions-d-emplois-972164

D’ici 2025, la multiplication des automates pourraient supprimer 3 millions d’emplois en France, prévient une étude réalisée par le cabinet Roland Berger. D’après l’anthropologue, Paul Jorion, il est grand temps de préparer la « grande transformation du travail » pour éviter l’hémorragie. Interview.

Capital.fr : Les robots représentent-ils un vrai danger pour notre travail et nos emplois ?

Paul Jorion : Plusieurs études stipulent que beaucoup de métiers sont menacés de disparition. La dernière en date, celle de Roland Berger , prévoit que 20% des tâches seront automatisées et que 3 millions d’emplois seront supprimés d’ici 2025. Ces chiffres confirment ceux de chercheurs de l’université d’Oxford, qui estimaient, dans une étude publiée en 2013 , que 47% de la force de travail sera remplacée par un ordinateur d’ici 20 ans. Le plus inquiétant, c’est que ces prévisions sont vraisemblablement sous-estimées, car ces travaux oublient que les robots vont encore s’améliorer.

machines2

Capital.fr : C’est-à-dire…
Paul Jorion :
 Les tâches les plus complexes relèvent d’algorithmes. Il s’agit de calculs compliqués mais qui sont faciles à coder dans un programme informatique. Il ne faut pas perdre de vue que les entreprises sont prêtes à investir des millions pour développer des logiciels qui leur permettront de réduire leur masse salariale, y compris sur des profils d’experts très coûteux. Les traders, par exemple, n’effectuent quasiment plus aucune opération. Ils disposent de logiciels super efficaces, capables d’effectuer plusieurs opérations à la seconde. Leur rôle ne consiste désormais qu’à vérifier que les ordinateurs effectuent bien les opérations.

Capital.fr : Quels sont les métiers qui sont amenés à disparaître ?
Paul Jorion :
 Aucun n’est à l’abri. Les robots ont d’abord remplacé les métiers répétitifs et peu qualifiés, mais ils sont désormais capables d’effectuer des tâches intellectuelles. Ils s’avèrent même parfois plus productifs et plus fiables. Certains sont même doués d’une intelligence émotionnelle. A moyen terme, ils seront capables de remplacer des juristes, des comptables, des journalistes, etc. Selon moi, aucun secteur d’activité n’est à l’abri. Le drame, c’est que les entreprises innovantes dans le numérique créent très peu d’emplois, ce qui ne compensera jamais ceux qui disparaissent.

Capital.fr : Quelles solutions préconisez-vous alors pour éviter une flambée du chômage ?
Paul Jorion :
 En parallèle de la « transition énergétique », nos élus doivent anticiper la « grande transformation du travail ».  D’après l’étude de Roland Berger, 500.000 nouveaux postes doivent être créés dans l’environnement, les nouvelles technologies et la relation client. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut embaucher massivement dans l’environnement pour coordonner les robots, travailler sur le développement d’énergies renouvelables, etc. Et pour tous ceux qui n’ont plus d’emplois, il convient de trouver de nouvelles sources de revenus.

 

Capital.fr : Lesquelles ?
Les richesses doivent être mieux partagées. Actuellement, 20% de la population concentrent plus de 50% des richesses au monde. Les politiques doivent imposer une solidarité nationale et créer une allocation universelle, afin de rétribuer ceux qui ont perdu leur emploi pour être remplacés par un robot. Pour financer cette caisse commune, je suggère de créer une taxe « Sismondi » (ndlr, du nom de l’économiste Simonde de Sismondi) sur la productivité des machines. L’Homme doit pouvoir toucher une part importante des gains générés par la machine qui l’a remplacé.

Propos recueillis par Sandrine Chauvin

machines

LA ROBOTISATION, STADE ULTIME DU CAPITALISME

par Zébu

 

1- Des études de plus en plus précises (concernant la France, par exemple), convergent pour décrire le même phénomène de robotisation (remplacement du travail manuel par le robot et du travail intellectuel par le logiciel).

2- Le gros de la robotisation n’avait visé jusqu’ici que la classe ouvrière, or c’est l’ensemble du salariat qui est désormais concerné, les classes moyennes et supérieures étant maintenant elles aussi atteintes. Seules les classes sociales en «apesanteur sociale», en sont les bénéficiaires : les happy few mondialisées ou les rentiers à vie en sont a priori exclues, le phénomène visant justement à les alimenter elles en revenus du capital, social ou monétarisé.

3- Le capitalisme ayant visé jusqu’ici à créer les conditions d’émergence d’une classe de consommateurs (moyenne et sup) sur lesquelles est fondée la démocratie représentative (ce sont ces classes sociales, moyennes et supérieures, qui sont représentées dans ce système), la désintégration de ces classes sociales par la robotisation implique celle du système politique actuel. Des systèmes de gouvernement coercitifs et liberticides seront donc nécessaires pour garantir l’évolution en cours.

4- Aucun système de redistribution, fiscal ou autre, n’est envisagé face à ce phénomène. Tout au contraire : le processus est précisément en place pour alimenter les rentiers. Ce processus est intrinsèque au capitalisme : il est son implication logique, liée à la recherche de productivité (gains de moins en moins redistribués socialement, voire pas du tout). La robotisation ‘socialisée’ est le stade ultime du capitalisme : la robotisation a éliminé le travail humain et seul le capital demeure désormais rémunéré.

5- Même la mise en place d’une redistribution sociale sous forme ‘x’ ou ‘y’, qui viserait à tempérer l’évolution en cours, ne serait qu’un palliatif : un nouveau système d’«adaptation sociale». Il serait d’ailleurs en permanence miné par le maintien comme justification idéologique de l’évolution en cours du principe du Tout travail mérite salaire – mais lui seul !, qui demeurerait en place. Ayant conduit à ce que seul soit encore rémunéré le capital, le travail humain ayant lui entièrement disparu, la robotisation aura opéré la concentration de la richesse entre les mains des seuls capitalistes.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *