Le capitalisme aux soins intensifs

Source :  Le Monde d’Antigone. Le  02.10.2015.

Publié le 02/10/2015 à 17:39 par Le monde d’Antigone

http://monde-antigone.centerblog.net/4191-la-dette-corporate-autre-dette-systemique

**********

 

La dette corporate, l’autre dette systémique
D’abord quelques éléments pour mieux comprendre les deux articles qui suivent:
Le FSB dont il est question ici n’est pas le FSB russe, agence des services secrets dont l’ancêtre était le KGB. Non, non, non !

Le Conseil de stabilité financière (Financial Stability Board ou FSB), est un organe économique international. Il a été mis sur pied assez récemment par le G20, c’était en 2009. Mais il n’est que le prolongement du Forum de stabilité financière (Financial Stability Forum ou FSF) qui existait auparavant, depuis une décision prise lors d’une réunion du G7 en 1999.

Le FSB regroupe tous les acteurs institutionnels de la finance mondiale: des banques centrales nationales, des ministères des finances (ou EcoFin), des organisations internationales (FMI, BM, OCDE) et diverses autorités financières (BRI, BCE, Commission européenne, AMF, Comité de Bâle, etc.). 24 pays y participent directement: les pays du G20 que je ne vais pas énumérer + 4 autres puissances financières: Suisse, Pays-Bas, Hong Kong et Singapour. Une soixantaine d’autres pays sont associés dans le cadre de commissions consultatives.

Le FSB est un rouage de plus chargé de contrôler et de surveiller le système financier mondial et de proposer des mesures de régulation quand des dysfonctionnements sont constatés. On lui a donné un rôle d’observateur neutre… mais le fait d’être dominé par des forces aussi puissantes et influentes que le FMI n’en fait pas un organisme réellement indépendant et impartial. Du reste, il n’apparaît presque jamais dans les communiqués. Beaucoup ignore jusqu’à son existence.

Du point de vue de son financement, il dépend de la BRI (Banque des règlements internationaux), la banque centrale qui supervise l’ensemble des banques centrales du monde entier. Mario Draghi en a été le président avant d’aller présider la BCE. Il a été remplacé par l’actuel gouverneur de la Banque d’Angleterre et ancien gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney.

La dette corporate, c’est la dette des entreprises, de la dette privée. C’est souvent une dette libellée en dollar, la principale monnaie utilisée dans le commerce international (à 60 %, ce qui constitue une nette diminution en proportion  puisqu’auparavant 90% du commerce mondial était libellé en dollars). Cette dette est importante, elle représente globalement un volume d’environ 1.600 milliards de dollars.

Il existe aussi en parallèle un marché plus risqué, les « high yied », une catégorie d’obligations particulières qui concerne des entreprises très endettées, présentant un risque crédit élevé. Ces obligations « LBO » promettent de hauts rendements aux spéculateurs qui s’en montrent acquéreurs. Mais dans un environnement à taux zéro, l’effet de levier démultiplicateur pourrait être dévastateur en cas de panique.

Le FSB s’inquiète surtout d’une augmentation de la dette corporate dans le cas où les taux américains étaient relevés, ce qui entrainerait un renchérissement du dollar et des faillites en série. Ce sont les BRICS et, plus globalement, les pays émergents qui en seraient les principales victimes. C’est ce qu’explique la dernière petite note du FMI (lire le 2e article ci-dessous). Elle a été envoyée en recommandé avec accusé de réception à Janet Yellen. Elle était même accompagnée d’un petit mot: « Fais pas la conne ! »
Plus de dette corporate accroît le risque systémique
par L. Boi
Les Echos – 01 oct 2015
http://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/021367529039-plus-de-dette-corporate-accroit-le-risque-systemique-1161011.php#
Disproportion rime avec risque de marché. Surtout quand il s’agit de dette inscrite au passif du bilan des entreprises non financières et que cette dernière augmente fortement sur les 15 dernières années. Ainsi a conclu, dans un rapport publié le 22 septembre, le Conseil de stabilité financière (FSB). Ce dernier, qui rassemble les banquiers centraux, les institutions internationales et toutes les parties prenantes à la régulation financière internationale d’une bonne partie de la planète, a alerté les pays du G20 sur le poids de l’endettement de la dette corporate non financière rapporté au PIB, notamment dans les pays émergents, où il atteint en moyenne 90 % contre 38 % en 1999. Il dépasse le ratio des pays développés, qui n’a augmenté, lui, que de 10 points, à 87 %.

Si la croissance de la dette peut témoigner d’une maturité financière dans certains pays, le FSB attire l’attention sur des situations extrêmes. En Suède, le poids de la dette a explosé (155 % du PIB), en Chine aussi (au-delà de 150 %, 50 points de base de plus en 7 ans). Preuve s’il en était besoin que l’économie chinoise est totalement intégrée à l’économie impérialiste mondiale dont elle épouse les comportements et enchaînent les réactions incontournables. En Espagne, ce ratio a diminué ainsi qu’au Royaume-Uni depuis 2007.

D’autres indicateurs ont été mis en avant par le FSB: les emprunts obligataires levés par des émetteurs en catégorie spéculative ont été multipliés par 7 entre 2000 et 2013. Les entreprises pourraient ainsi se retrouver fragilisées par des taux d’intérêts qui remonteraient et par le manque d’expérience des investisseurs dans un marché de retournement du crédit. Les « covenants » (clause protégeant les banques) se sont relâchés. Et les emprunteurs sont exposés au risque de change (monnaie contre monnaie non paritaire) quand ils se financent en devise étrangère. Les prêts et obligations consentis en dollars à des entreprises non financières hors des Etats-Unis ont atteint 9.000 milliards de dollars. L’éventuelle dévaluation du dollar suite au relèvement du « prime rate » américain entraînera une cascade de faillite parmi ces emprunteurs corporatifs surendettés. Ces faillites à la chaîne entraîneront la fermeture d’entreprises et un chômage chronique. La classe ouvrière saura-t-elle se mobiliser pour résister à sa paupérisation accélérée ?

Les banques sont soumises à des réglementations de plus en plus strictes, qui exigent plus de fonds propres en fonction des prêts consentis. Soulignons toutefois que nombre de banques ne respectent nullement ces contraintes. Les normes comptables risquent bien de redonner de l’importance au principe de précaution, ce qui aura pour conséquence d’augmenter les provisions. Le FSB conclut à la nécessité d’étudier plus avant pourquoi le cumul de dette corporate peut augmenter les risques systémiques, notamment en se penchant sur les avantages fiscaux que procurent aux entreprises les dettes cumulatives.

 

**********

Augmentation de la dette des entreprises dans les pays émergents sous l’effet de facteurs mondiaux
Bulletin du FMI – 29 sep 2015
http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/survey/so/2015/POL092915BF.htm
Le niveau de la dette des entreprises dans les pays émergents a augmenté, en particulier dans le bâtiment et les travaux publics, ainsi que dans les secteurs du pétrole et du gaz, sous l’effet de la faiblesse des taux d’intérêt dans les pays avancés, ainsi que d’autres facteurs mondiaux, selon une nouvelle étude du Fonds monétaire international. Le faible niveau des taux d’intérêt dans les pays avancés (États-Unis, Europe et Japon) ont encouragé ces emprunts. L’augmentation du ratio dette/actifs des entreprises inclut souvent un accroissement de la part des engagements en monnaies étrangères.  Le recours à l’endettement peut être bénéfique, car il peut faciliter l’investissement et, partant, une accélération de la croissance —, mais il comporte aussi des risques.

Dans une étude figurant dans son dernier Rapport sur la stabilité financière dans le monde, le FMI note que des facteurs mondiaux tels que le faible niveau des taux d’intérêt, la recherche de rendements plus élevés par les investisseurs des pays avancés et le prix des produits de base semblent être devenus des déterminants relativement plus importants de la hausse de la dette des entreprises dans les pays émergents.

La dette des entreprises non financières dans les principaux pays émergents est montée en flèche, passant d’environ 4 billions de dollars en 2004 à bien plus de 18 billions de dollars en 2014. Selon le FMI, le ratio dette des entreprises/PIB dans les pays émergents a augmenté de 26 points sur la même période, mais avec des différences notables d’un pays à l’autre. Si l’endettement des entreprises a augmenté considérablement en Chine et en Turquie, il s’est aussi accru de manière appréciable dans nombre de pays d’Amérique latine, par exemple au Chili, au Brésil, au Pérou, au Mexique et en Colombie. La composition de la dette dans les pays émergents a évolué aussi. En particulier, si les prêts bancaires forment toujours la plus grande part de la dette des entreprises, la part des obligations a presque doublé ces dix dernières années, atteignant 17 % en 2014, indiquant assurément que les corporations manufacturières tentent de se dégager de l’emprise du capital bancaire à qui elles doivent consentir des rendements extravagants.
La dépendance des entreprises à l’égard de conditions financières mondiales favorables les rend vulnérables

Il ressort de l’analyse du FMI que les rôles relatifs des facteurs propres aux entreprises et aux pays dans les emprunts et les émissions obligataires dans les pays émergents ont diminué ces dernières années. Les facteurs mondiaux semblent être devenus des déterminants plus importants après la crise. Voilà un nouvel indice de l’intégration impérialiste de l’économie capitaliste mondiale. En dépit de bilans plus faibles, les entreprises des pays émergents sont parvenues à émettre des obligations à rendements plus bas et à échéances plus longues. «Cela rend les pays émergents plus vulnérables à une hausse des taux d’intérêt, à une appréciation du dollar et à un accroissement de l’aversion mondiale pour le risque» a déclaré Gaston Gelos, Chef de la Division analyse de la stabilité financière dans le monde au FMI. Ce qui est une fausse allégation. Les prêts à plus longue échéance, sans conditions d’ajustement,  et à taux plus bas prémunissent les entreprises des pays émergents des fluctuations des taux d’intérêts – pour un temps du moins – jusqu’au refinancement.

Toutefois, les entreprises qui ont emprunté le plus sont appelées à voir les coûts du service de leur dette (lors du refinancement) s’accroître le plus une fois que les taux d’intérêt commenceront à augmenter dans certains pays avancés. En outre, étant donné les dépréciations de la monnaie nationale liées à la hausse des taux directeurs dans les pays avancés, il sera de plus en plus difficile pour les entreprises des pays émergents d’assurer le service de leur dette libellée en monnaies étrangères si elles ne disposent pas d’une couverture adéquate. En même temps, la baisse des prix des produits de base réduit la couverture naturelle des entreprises de ce secteur.
Mesures prudentielles et surveillance renforcée

Il semble que les pays émergents doivent se préparer à la hausse des taux d’intérêt qui se produira tôt ou tard dans les pays avancés. « En particulier, les dirigeants devraient surveiller les entreprises qui sont vulnérables et qui revêtent une importance systémique, ainsi que les banques et autres secteurs qui leur sont étroitement liés », a déclaré M. Gelos. « Cette surveillance renforcée exige d’améliorer la collecte des données sur la situation financière des entreprises, notamment leurs engagements en monnaies étrangères », a-t-il ajouté.

Pour lutter contre une nouvelle accumulation des risques, les pays peuvent utiliser des mesures macroprudentielles pour protéger l’ensemble du système financier, ainsi que limiter le recours excessif aux prêts bancaires et l’accroissement de l’endettement du secteur des entreprises qui en résulte. Parmi les outils figurent le relèvement du ratio de fonds propres pour les engagements en monnaies étrangères et le plafonnement de la part de ces engagements dans les bilans des banques. Les dirigeants peuvent aussi recourir à des mesures microprudentielles pour protéger des établissements déterminés. Par exemple, les autorités de réglementation peuvent soumettre les banques à des tests de résistance aux risques de change, notamment pour les positions sur dérivés. En cas de sorties de capitaux perturbatrices, toutefois, les dirigeants devront combiner des mesures monétaires, budgétaires et financières selon les circonstances du pays pour préserver la stabilité économique et financière.

 

Enfin, les pays émergents doivent se préparer à des difficultés et à des faillites sporadiques dans les entreprises sous l’effet de la hausse des taux d’intérêt dans les pays avancés et réformer, si nécessaire, leur régime d’insolvabilité. Le FMI publiera d’autres études du Rapport sur la stabilité financière dans le monde le 7 octobre.

Tout ceci atteste de la très forte intégration systémique de l’économie capitaliste mondiale que nous appelons le mode de production capitaliste à sa phase impérialiste.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *