Le choc pétrolier à l’ envers: sa signification.

Par Gérard Bad 11.05.2016.  Source : Spartacus. URL http://spartacus1918.canalblog.com/archives/2016/05/11/33793913.html

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Nous connaissons les liens internes entre le dollar comme monnaie universelle, le pétrole payé en dollars et la banque centrale US. Nous savons qu’ à plusieurs reprises, le dollar fut mis en cause comme monnaie universelle, mais à ce jour toutes les entreprises visant à détrôner le dollar ont échoué (voir annexe 1).

 

Nous savons que les USA, ont utilisés les chocs pétroliers, afin d’ éponger leur déficit abyssal, ceci de connivence avec l’ Arabie Saoudite et le chah d’ Iran, l’OPEP suivra, ce fut le règne des recyclages des pétrodollars. Le but des USA était de provoquer une rareté pétrolière fictive sur le marché afin de faire monter le prix du baril. On parla de PIK OIL pour l’an 2000 tout en projetant un prix du baril à 200 dollars.

 

À plus de 100 dollars US le baril, l’ exploitation du pétrole non conventionnel pouvait se pratiquer à grande échelle aux USA et ailleurs, les schismes bitumeux seront à grand frais exploités, sachant que leur exploitation serait limitée dans le temps.1 environ cinq ans.

 

La question qui se pose, c’ est pourquoi ce «  choc pétrolier inversé »

Il y a dans la presse, internet et les médias en général quelques explications, qui bien que réelles ne devraient pas nous satisfaire, résumons les:

Tout d’ abord, et à grand bruit fut annoncé que les USA allaient grâce au pétrole de schiste, non seulement devenir indépendant en ce qui concerne leurs importations de pétrole, mais qu’ils allaient en exporter. Mais voilà que le prix du baril commençait à chuter et perdra 50% de sa valeur, se situant en moyenne à 50 dollars le baril avec des plongeons en dessous de 40 dollars le baril.

 

Que s’était il donc passé pour que les USA perdent la main sur l’ approvisionnement pétrolier ?

Première question ont ils vraiment perdu la main au point que l’ Arabie Saoudite puisse désobéir à l’Oncle Sam? Permettez moi d’ en douter. On essaya de nous expliquer que la chute du prix de l’or noir, provenait d’un mécontentement des potentats de l’ Arabie Saoudite envers les USA qui voyaient désormais les USA comme un concurrent déloyal.

Il est plus vraisemblable, comme l’indique Laurence Fink, PDG de BlackRock, que la dernière fois que l’Arabie saoudite a réduit sa production en réponse à une baisse des cours, il lui a fallu dix ans pour récupérer les parts de marché qu’elle avait perdue. De plus les USA ne semblent pas très affectés par un pétrole à bas coup puisque Obama vient de lever l’ embargo sur l’Iran et Cuba, ce qui va provoquer un afflux supplémentaire de pétrole, et que des recherches en Alaska sont programmées. Pourquoi les Etats-Unis favorisent l’ouverture de tous les robinets, sachant que cela va ruiner  l’ exploitation du pétrole de schiste?

« Les experts se demandent en effet s’il ne s’agit pas de la fin du fameux boom des hydrocarbures de schiste. C’est en tout cas ce que prédit l’un des maîtres de l’énergie de Wall Street, Andrew John Hall qui a notamment prédit une fin rapide du boom des hydrocarbures de schiste et donc un retour du pétrole conventionnel. »(…) «Il explique notamment qu’il y a, d’un côté, les Etats-Unis qui produisent à pleine capacité des hydrocarbures de schiste ayant une durée de vie de cinq ans et de l’autre, les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui détiennent la majorité des gisements qualifiés de super-géants (réserves supérieures à 700 millions de tonnes) et qui produisent par quotas et donc épuisent moins vite leurs réserves.» (sources)

 

Nous avons ici une première réponse à l’ attitude conjointe d’ Obama et de la Arabie Saoudite sur un afflux de pétrole dont le marché en particulier américain à besoin.

 

Quelques précisions à ce sujet

Le pétrole de schiste ne peut être profitable, que si le cours du pétrole reste élevé ( entre 100 et 80 dollars) le baril. En dessous de ce prix, c ‘est à un effondrement du secteur du pétrole de schiste qu’il faut s’ attendre. Cette situation provoquerait une crise de l’ emploi2 et aussi financière sur ce secteur.

Nous savons que l’un des leader du secteur , Chesapeak Energy est en difficulté. Chevron, une société pétrolière américaine, à d’ores et déjà annoncé une réduction de ses investissements de plus de 20 %. Les obligations à haut rendement américaines pourraient en faire les frais dans la mesure où les entreprises énergétiques représentent près de 20% de l’indice US du haut rendement3.

 

Il faut préciser, que malgré une production pétrolière les plaçant devant l’ Arabie Saoudite avec 11,644 millions de barils/jour en 2014, les Etats-Unis restent encore importateur de pétrole. La production journalière des USA est de 14 millions de barils/jour en 2015, soit 5,2 milliards de barils par an. La consommation du pays étant de 6,7 milliards de barils les USA ne sont pas un exportateur important de pétrole. En 2015, les Etats-Unis ont consommé un total de 7,08 milliards de barils de produits pétroliers, une moyenne d’environ 19,4 millions de barils par jour.

 

Une chute du secteur de schiste nécessiterait de nouveau une importation massive des USA, ce qui expliquerait l’ attitude d’ Obama d’ouverture de tous les robinets. Ce qui semble se confirmer avec la dernière déclaration du patron de l’ AIE :

« La production américaine et celles de plusieurs hors OPEP déclinent rapidement. Aux Etats-Unis – où la fermeture des puits est conséquente –  nous attendons une baisse de 600.000 barils/jours et, globalement, de 700.000 barils. Soit la chute d’offre la plus rapide observée depuis 1992. Les stocks décroissent et nous anticipons un rééquilibrage du marché en seconde moitié d’année, accompagné d’une nette confirmation de la hausse des cours. » (Fatih Birol, directeur de l’AIE).

« Nous ne sommes pas autorisés à exprimer ce type de prédiction. Ce que je peux dire est qu’à 40 dollars le baril, le pétrole des schistes américains se retire mais qu’autour de 60 dollars, il est susceptible de revenir.  Son retour remettrait la pression sur les prix ce qui rend très difficile d’envisager un pétrole à 100 dollars. Nous anticipons plutôt des cours autour de 80 dollars à l’horizon 2020. Il ne faut néanmoins pas négliger la forte chute des investissements en exploration qui, à terme, assèchera la production à venir. Il est probable que, dans le futur, les sources d’approvisionnement seront moins diversifiées.»

 

A la question ; Quel sera l’impact de l’arrivée du pétrole iranien sur le marché? Fatih Birol répond

« Le retour du pétrole iranien dépendra de la demande mais aussi de la capacité de marketing de l’Iran. Les gisements existants devraient permettre de mettre 500.000 barils/jour supplémentaire sur le marché ce qui compenserait plus ou moins la baisse d’offre évoquée plus haut. A terme, la capacité de l’Iran à accroître sa production dépend de deux facteurs clés: les investissements étrangers et l’accès à la technologie appropriée. Les champs pétroliers iraniens sont complexes sur le plan géologique et l’accès au capital est critique pour les mettre en valeur. En résumé, nous estimons que l’arrivée du pétrole iranien sera insuffisante pour modifier la donne. » (Fatih Birol, directeur de l’AIE).

Nous saisissons mieux, ce qui vient de se passer , il y a bien eu un bras de fer des USA avec l’ Arabie Saoudite, les pays de l’OPEP , la Russie pour des raisons diverses. Bras de fer qui va conduire Obama à constater qu’il vient de perdre une bataille mais pas la guerre, car la guerre de l’ administration américaine est toujours celle qui consiste à sauver le dollar comme monnaie universelle. C’est de cette guerre qu’il s’ agit à l’heure actuelle. Si effectivement le prix du baril revient à 80 dollars, les USA vont pouvoir se rallier, comme durant les chocs pétroliers une partie des pays de l’ OPEP ceux qui sont au bord de la faillite. C’est à dire les pays pétroliers comme l’Irak, le Venezuela, l’ équateur4,le Nigeria5, l’Algérie, des pays pour lesquels un fonctionnement socio-politique soutenable implique des prix supérieurs à 90 dollars le baril.

Comme nous le savons les USA et l’ OTAN sont a l’offensive vis a vis de la Russie, c’ est-à-dire sur la stratégie émise dans « Le Grand Échiquier » de Zbigniew Brzezinski   de couper les ailes de la Russie en Ukraine pour l’ empêcher de devenir de nouveau une grande puissance . L’ embargo sur la Russie plus la chute du prix du pétrole devaient faire en sorte que Poutine, décide d’hiverner dans sa tanière. Mais Poutine ne semble pas aller dans ce sens, il modernise son armée et aurait (selon Investig’action) utilisé une arme secrète pour sauver Bachar et impressionner Obama. Ce dernier a d’ ailleurs stoppé ses manœuvres contre la Syrie. Laissant le socialiste Fabius pantois avec sa fourniture d’ armes aux bons islamistes.

 

l’ étranglement de la Russie

La Russie selon les médias serait aux abois car son économie dépend dans une large mesure des énergies fossiles, telles que le pétrole brut et le gaz. En réalité il ne semble pas que la Russie patisse de cette situation. La Russie et la Chine, veulent faire chuter le secteur du pétrole de schiste, et de nouveau s’attaquer au roi dollar comme monnaie universelle. C’est je pense l’ axe central qui détermine toutes les situations actuellement. L’Iran veut payer le pétrole en euros, l’ Arabie Saoudite avec le Yuan ,les ventes de pétrole entre la Chine et la Russie payées en Yuan, le Nigéria aussi en Yuan.

A noter également que le sommet de Riyad du 21 avril a eu lieu quatre jours après l’échec de la réunion des ministres du Pétrole des pays de l’OPEC et des pays producteurs indépendants à Doha, au Qatar, dont l’objectif était d’aboutir à un gel de leur production afin de réguler les prix.

Selon certains analystes du secteur, la chute du brut se traduira pour les consommateurs occidentaux par une manne de plus de 500 milliards USD, qu’ils pourront dépenser en biens d’équipement et de consommation. Au détriment principalement des pays de l’OPEP qui font les frais d’un pétrole pas cher et dans le sillage les BRIC émergentes, dans l’ ensemble ceux qui avaient bénéficier des différents chocs pétroliers.

En ce qui me concerne, je pense que les USA manœuvre avec l’ arme du pétrole de manière quelque peu différente que lors des chocs pétroliers. Vous aurez remarqué que le cours du dollar remonte et que presque mécaniquement quand celui de l’ or chute. La FED a même prévue remonter ses taux pour que des liquidités affluent. Un pétrole à bas coût payer par un dollar fort, c’est une bonne affaire pour les USA. D’ autre part, les producteurs américains voudraient exporter du pétrole de schiste, léger et importer du pétrole lourd pour alimenter leur industrie de raffinage.

Il faudrait aussi inclure la chute du Yuan comme facteur de la chute du prix du pétrole. Un yuan plus bas rend ces matières premières plus onéreuses pour les acheteurs chinois. Une monnaie chinoise plus faible peut soutenir les exportations du pays, mais cela affaiblit également sa capacité à importer les matières premières comme le pétrole ».

De façon symptomatique, les douanes ont fait état de fortes baisses, en volume, des importations de pétrole brut (-10,9% sur un an), Le Figaro

Le mois dernier, les importations chinoises de pétrole brut se sont établies à 26,59 millions de tonnes, en baisse de 19,28% par rapport à décembre, a indiqué, jeudi, la source. Xinhua | 26.02.2016

La aussi il semble que le phénomème soit conjoncturel selon l’usine nouvelle

Il faut aussi s’intéresser à l’ utilisation du charbon et de sa hausse constante

 

« Le charbon talonnera le pétrole comme première source d’énergie mondiale dans cinq ans et devrait le dépasser d’ici à dix ans, selon un rapport publié, mardi 18 décembre, par l’Agence internationale de l’énergie. « Le charbon a représenté près de la moitié de la hausse de la demande mondiale d’énergie »

 

G. Bad le 11 mai 2016

 

ANNEXE 1

 

« En novembre 2000 l’Iraq commença à vendre son pétrole en Euro, dans le cadre d’un programme « pétrole contre nourriture ». L’attaque unilatérale des USA contre le pays en 2001 termina brutalement cette dérive et indiqua clairement aux pays voisins que libeller leurs ventes de pétrole en une autre devise que l’USD entrainera leur perte et la mort de leur dirigeant. En 2011 le colonel Kadhafi mettait la touche finale à son grand rêve de panarabisme en lançant le Dinar-Or qui serait la monnaie des futurs « Etats Unis d’Afrique ». Le but était principalement de fédérer la puissance des divers pays du continent pour les sortir de leur spirale de la dette et exploiter au juste prix leurs propres richesses. Dont le pétrole.

Un terrorisme islamiste soutenu par les USA et des bombardements massifs de l’OTAN détruisirent le pays et se termina par l’exécution sommaire du leader Libyen. L’Iran de son côté décida de créer en 2007 une Bourse du Pétrole où serait accepté tout autre moyen de paiement que le dollar US. Cela a provoqué des sanctions très dures de la part des USA, en pénalisant notamment l’Union Européenne, son principal partenaire économique. Les USA lancèrent un programme doté de 400 millions d’USD pour financer des ONG prêtes à déstabiliser le pouvoir local et justifier une éventuelle intervention mais la crise de 2008 repoussa ce plan. Les banques Européennes furent par contre lourdement attaquées par les USA pour avoir autorisé des opérations commerciales avec l’Iran. Le Venezuela, autre important pays producteur de pétrole, avait lui aussi approuvé l’approche Iranienne et avait ainsi échangé son pétrole contre du personnel médical avec Cuba. Les États-Unis ont considéré qu’il s’agissait là d’une provocation et le président Obama a récemment déclaré que « le Venezuela représentait une menace terrible pour notre sécurité nationale ». Là encore des sanctions sans véritables justifications visent à isoler ce pays du reste du monde et surtout à bloquer toute possibilité de transaction financière. Et toujours au nom de la défense de la Démocratie.

 

Voilà pourquoi il est prévisible que les USA et l’OTAN intensifient leurs menaces contre la Russie. L’Ukraine a déjà constitué une première approche pour le moment peu concluante mais l’arrivée de forces spéciales US à Kiev pour former les milices putschistes et le déploiement de chars lourds à la frontière Russe indique clairement la volonté américaine de poursuive la confrontation. »17/06/2015 – MONDE (NOVOpress)

 

Énergie : il y aura du gaz de schiste en France cet été

1 les états-Unis ont accru leur offre au plan mondial de 1,6 million de barils par jour au cours des deux dernières années, la demande mondiale n’a augmenté que de 0,6 million de barils.

 

2 En effet, l’industrie pétrolière américaine génère directement et indirectement plusieurs millions d’emplois, en comptant les emplois indirects .

3 JP Morgan, « Lorsque le pétrole baisse pour des raisons liées davantage à l’offre qu’à la demande, la réaction positive des pays du G3 est pratiquement instinctive, car ces pays constituent le premier bloc économique mondial et sont de grands importateurs d’énergie. » L’énergie est la principale composante du marché américain du crédit à haut rendement – elle représente près de 20 % de l’indice du secteur, soit deux fois plus qu’il y a dix ans.

4Un séisme de magnitude 7,8 a frappé l’Equateur le 16 avril 2016. Le bilan provisoire actuel fait état d’au moins 587 morts et près de 2 600 blessés.

5 Le règne du pétrodollar vient d’encaisser un nouveau coup ce 17 avril 2016 alors que la nation la plus peuplée de l’OPEP a signé un nouvel accord avec la Chine pour augmenter les transactions domestiques et internationales en yuan en lieu et place du dollar.

 

 

 

2 pensées sur “Le choc pétrolier à l’ envers: sa signification.

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    15 mai 2016 à 16 04 07 05075
    Permalink

    Merci pour ces analyses et détails sur le petrol, les grandes puissances et le futur du monde.

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  • avatar
    16 mai 2016 à 16 04 35 05355
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    Je termine cette lecture instructive avec un goût de pas complété, d’inachevé, car l’auteur tire dans plusieurs directions… ce que je comprends.

    En effet, difficile d’expliquer l’effondrement du prix du pétrole quand on observe que cette chute entraine le pétrole de schiste et le gaz de schiste aux USA, ce secteur énergétique en perd ses bas et les importations de pétrole augmente aux USA, ce qui semble contraire aux intérêts de l’économie américaine. Sans compter tous les autres secteurs énergétiques (solaire, éolien, électricité, uranium) qui encaissent le coût. Ces secteurs ne peuvent concurrencer un pétrole à bas prix.

    Mais les spéculations de l’auteur – pour tenter d’expliquer cette chute du prix du pétrole – se fondent sur l’axiome que les capitalistes monopolistes américains – faisant business aux USA – sont les maîtres du jeux et que donc découvrir la formule par laquelle ils encaissent plus de profits avec la combinaison : « Un pétrole à bas coût payer avec un dollar fort, c’est une bonne affaire pour les USA » comme l’écrit M. Bad.

    Mais si les capitalistes américains n’étaient plus les maîtres du jeu économique mondial ?
    Mais si les capitalistes monopolistes américains possédaient davantage d’intérêts en Asie, en Europe, en Afrique, qu’ils n’en possèdent aux USA ? (C’est cela l’impérialisme globalisé).
    L’erreur que l’on doit éviter de plus en plus dans nos analyses en économie politique est de croire que l’argent possède une nationalité, et que de ce fait les oligopoles multinationaux (énergétique, manufacturiers, commerciaux et financiers) gérant le monde possèdent une nationalité.

    Un magnat de la finance naturalisé américain qui possède la majorité de ses actifs en Europe – est un européen en terme géopolitique et d’économie-politique et la seule façon de comprendre ses décisions sera de connaître la façon qu’il défend ses intérêts financiers en Europe.

    Robert Bibeau. producteur Les7duquebec.com

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