Le FMI est inquiet pour la croissance mondiale

SOURCE  : INFOBREF. No 399. Août 2015. Paris. GB.

La crise grecque n’a pour l’heure pesé qu’à la marge. La croissance économique mondiale devrait retomber cette année à son plus faible niveau depuis 2009.

Source AFP  Publié le | Le Point.fr

 

La croissance économique mondiale devrait retomber cette année à son plus faible niveau depuis la récession de 2009 et reste sous la menace lointaine de la crise grecque, a indiqué le FMI jeudi. Le produit intérieur brut mondial ne devrait plus progresser cette année que de 3,3 %, marquant une baisse de 0,2 point par rapport aux prévisions d’avril et un léger ralentissement par rapport aux 3,4 % engrangés en 2014, indiquent les nouvelles projections du Fonds monétaire international.

La crise grecque et le risque d’un Grexit n’ont pour l’heure pesé qu’à la marge sur la bonne marche de l’économie mondiale, assure l’institution qui maintient d’ailleurs à l’identique sa prévision de croissance pour la zone euro (+ 1,5 %), la France (+ 1,2 %) ou l’Allemagne (+ 1,6 %). « Les événements en Grèce ne se sont, jusqu’à présent, pas traduits par une contagion significative. Des mesures appropriées devraient permettre de faire face aux risques s’ils se matérialisaient », assure le FMI. Mais la récente hausse des taux d’intérêt sur la dette de « certains pays de la zone euro » pourrait annoncer des troubles plus importants. « Certains risques d’un retour de tensions financières demeurent », prévient l’institution.

Écrasée par la dette et à court d’argent, la Grèce met la dernière main à un nouveau programme de réformes afin de convaincre ses partenaires européens de la garder dans la zone euro.

Le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, a toutefois tenu à relativiser la portée de la crise grecque et son possible impact sur le reste du globe. « Il n’y a aucun doute que la Grèce a souffert, souffre et souffrira en cas de sortie de la zone euro. Mais l’impact sur le reste du monde devrait rester limité », a déclaré M. Blanchard lors d’une conférence de presse, rappelant que la Grèce ne pesait que « moins de 0,5 % » du PIB mondial. « L’économie mondiale a résisté aux tests de résistance » imposés ces dernières semaines par les événements en Grèce, a martelé l’expert qui quittera très prochainement ses fonctions et s’est dit « prêt » à faire son autocritique sur l’échec des plans d’aide au pays.

« Bulle » chinoise

Selon le FMI, l’abaissement de sa prévision mondiale tient en réalité à un facteur déjà relativement ancien et « exceptionnel » : le coup de froid subi par l’économie américaine au premier trimestre sur fond d’hiver rigoureux. « La faiblesse inattendue en Amérique du Nord, qui est la principale responsable de la révision dans les économies avancées, devrait n’être que temporaire », indique le FMI, qui abaisse toutefois nettement sa projection pour les États-Unis (- 0,6 point à 2,5 %) et le Canada (- 0,7, à 1,5 %).

D’autres risques pourraient à présent se matérialiser dans la seconde partie de l’année et provenant, cette fois, des pays émergents dont la croissance devrait légèrement se tasser cette année. La Chine, dont le marché boursier traverse une forte turbulence, pourrait connaître de « plus grandes difficultés » à assurer sa transition vers plus de consommation intérieure et moins d’investissements, met en garde le FMI, qui maintient pour l’heure inchangée sa prévision pour le pays (+ 6,8 %). « L’éclatement de ce qui est clairement devenu une bulle du marché boursier (…) est inquiétant », a pointé M. Blanchard, tout en estimant que le ralentissement de l’activité dans le pays était « sain » afin d’éviter une surchauffe.

Autres grands pays émergents, le Brésil et la Russie devraient s’enfoncer cette année encore plus profondément dans la récession avec des contractions respectives de – 1,5 % et de – 3,4 %. Selon le Fonds, le prochain relèvement des taux d’intérêts américains pourrait lui aussi faire tanguer certaines économies en alimentant une volatilité des flux financiers. « Cela va clairement produire de l’incertitude », a estimé M. Blanchard, prédisant des « perturbations » limitées sur les marchés financiers.

Face à ces incertitudes, le FMI s’attend toujours en 2016 à une embellie de l’activité mondiale (+ 3,8 % de croissance) mais fait preuve de la plus grande prudence. « L’accélération de la croissance mondiale est toujours prévue, mais elle ne s’est pas encore matérialisée », indique l’institution.

 

Cette inquiétude doit beaucoup à l’état de la croissance mondiale, qui, huit ans après la crise financière, est jugée « encore modeste » par le Fonds monétaire international (FMI) et « décevante » par la Banque mondiale. Cette dernière a présenté, mercredi 10 juin, des prévisions revues à la baisse – elle mise désormais sur + 2,8 % en 2015 contre + 3 % en janvier – dans son rapport semestriel sur les Perspectives économiques mondiales. Le Fonds fera de même début juillet.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/06/11/la-croissance-mondiale-reste-fragile_4651993_3234.html#x9e8YL6KU3ZoVM5r.99

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Le Canada en récession?

25 juillet 2015-La semaine dernière, la Banque du Canada a abaissé son taux directeur d’un quart de point. Mais ce qui a retenu l’attention, ce sont les statistiques de croissance économique qui accompagnaient cette annonce. Selon les chiffres de notre banque centrale, le Canada a connu de la décroissance économique lors des deux premiers trimestres de l’année. Selon la définition populaire, le Canada serait donc en récession.

 

Plusieurs se sont donc demandé pourquoi le gouverneur de la Banque du Canada a soigneusement évité d’utiliser le mot «récession» en conférence de presse. Stephen Poloz a préféré dire avec nuance que le PIB s’était modestement contracté. Il n’en fallait pas plus pour que certaines personnes remettent en doute son indépendance. Entre autres, on a sous-entendu qu’il avait répondu à une commande du gouvernement Harper, en veille d’élections.

Sommes-nous en récession?

Pour annoncer une récession, on doit assister à un déclin significatif de la croissance économique. Ce déclin doit être généralisé dans l’économie, et durer plusieurs mois. On doit l’observer dans le produit intérieur brut, mais aussi sur le revenu des ménages, l’emploi, la production industrielle et les ventes au détail. Bref, il ne doit pas s’agir d’un phénomène isolé.

Au premier trimestre de l’année, l’économie canadienne s’est contractée de 6 millièmes. C’est un recul économique minuscule. Au second trimestre, elle s’est contractée de 5 millièmes. Un chiffre tout petit, et qui sera révisé dans les mois qui viennent. Ajoutons que toutes les provinces ne sont pas touchées également. Les chiffres sont tirés vers le bas par l’Alberta et Terre-Neuve. La plupart des autres provinces ne sont pas en situation catastrophique.

Par-dessus le marché, la Banque du Canada s’attend à ce que la croissance reprenne pour les six derniers mois de l’année. En rythme annualisé, on attend une croissance économique de 1,5% et de 2,3% pour les prochains trimestres.

Il fallait donc être prudent avant de sortir les trompettes et d’annoncer une récession. Et si ça se trouve, on confirmera le retour à la croissance juste avant l’élection du 19 octobre… Stephen Harper n’avait donc aucune raison d’interférer avec le travail de la Banque du Canada.

Déficit fédéral

Récession ou pas, la mauvaise performance économique laisse déjà des traces. Mercredi, le directeur parlementaire du budget a prévu un déficit fédéral d’un milliard pour l’année en cours. C’est toute une débarque, étant donné que le gouvernement Harper avait prévu un surplus de 1,4 milliard.

Malgré cela, Ottawa joue encore de chance. La dernière baisse des taux d’intérêt lui rapportera 100 millions supplémentaires, puisque sa dette lui coûtera moins cher. Et une remontée légère de l’inflation viendra ajouter 400 millions à ses coffres. Autrement, le déficit aurait été de 1,5 milliard.

Cette fois-ci, le gouvernement Harper aura de la difficulté à s’en sauver. Il avait déjà épuisé sa marge de manœuvre en grattant les fonds de tiroirs, au dernier budget. Heureusement pour lui, le déficit ne sera annoncé qu’après l’élection du mois d’octobre.