LE RÉFÉRENDUM ÉCOSSAIS SANS INTÉRÊT

LES ÉCOSSAIS DISENT NON À L'INDÉPENDANCE

Nous venons d’assister à une vaste mystification lors de ce référendum en Écosse le 18 septembre dernier. La question posée lors de cette consultation ne reflétait nullement l’enjeu de la rixe électorale entre les forces en chicane. Ainsi, la question allait comme suit : « Should Scotland be an independent country ? » :Yes or No ?   Mensonge et duperie puisqu’en aucune façon la population écossaise n’avait l’opportunité d’accéder par ce vote à l’indépendance économique, idéologique ou même politique.

Aucun pays ne connaît l’indépendance économique, idéologique ou politique, ni les États-Unis, ni le Royaume-Uni, ni la France, ni la Chine, ni la Russie et encore moins le Canada. Dans cette économie mondialisée et globalisée, soumise à la crise systémique depuis des années, vivant des temps de récession avant de connaître la grande Dépression et les politiques d’austérité, l’Écosse n’a pas plus l’occasion de se sortir de la crise que quiconque est présentement plongé dans le système économique impérialiste cataclysmique.

 

Sur quoi portait donc ce référendum ?

Dans un pays vivant sous démocratie bourgeoise un référendum est un duel non létal ou s’affrontent deux factions opposées de la bourgeoisie nationale. Les règles de ce duel – convenues entre les parties – vont comme suit :

La première règle non écrite stipule que les intérêts fondamentaux de l’ensemble de la classe dominante ne seront jamais mis en jeux comme un enjeu.

La deuxième loi convient que la faction qui parvient à embrigader le plus grand nombre d’électeurs prenne l’avantage et dicte ses exigences à l’autre faction.

Les électeurs tranchent le débat même s’ils n’obtiennent aucun avantage dans ce combat. Ce qui implique toute une mystique qui entoure le référendum afin que le votant s’exprime en pensant voter pour autre chose que la triste réalité.

Tous les coups sont permis sauf de mettre fin arbitrairement à la partie par un coup d’État militaire.

Chaque faction se soumet à un devoir de réserve et ne dévoile jamais ces règles secrètes, ni l’enjeu véritable de la baston inter capitaliste.

 

L’enjeu pétrolier

L’enjeu du référendum n’était donc pas pour l’État écossais de faire « l’indépendance nationale du marché mondial » contrairement à ce que répètent les médias à la solde. L’enjeu était pour la bourgeoisie écossaise de récupérer les bénéfices des « royalties » pétrolières de la mer du Nord. Actuellement, ces redevances payées par les multinationales aux gouvernements de Londres et d’Édimbourg avantagent Westminster au détriment du château d’Édimbourg.

La véritable question qu’aucun politicien bourgeois ne voulait exprimer aurait dû être : « Voulez-vous que l’ensemble des redevances sur le pétrole soit accaparé par le parlement d’Édimbourg pour le bien-être des milliardaires écossais : Oui ou NON? »

Évidemment, le fait que les royautés pétrolières de la mer du Nord soient partagées en deux parts entre Londres et Édimbourg, ou encore, qu’elles soient accaparées exclusivement par le gouvernement écossais n’a et n’aura absolument aucune incidence sur la population écossaise ou sur la population britannique. Seules pourront être incommodées ceux qui participent déjà à la curée des redevances, soient la faction londonienne de la grande bourgeoise britannique, soit la faction écossaise de la grande bourgeoisie britannique. Les salariés eux ne verront pas un kopek de ces « royalties ».

Nous ne traitons ici que des royautés versées par l’expropriateur privé aux gouvernements concernés. La propriété des oligopoles pétroliers continue d’être partagée, via les actions et les obligations, parmi les grands argentiers et les rentiers du monde entier, particulièrement les riches Anglais, les riches Gallois, les riches Irlandais et les riches Écossais évidemment. Le référendum ne touche en rien à l’imbrication serrée des intérêts économiques hégémoniques entre toutes les factions du grand capital international.

L’argent n’a pas d’odeur ni de nationalité c’est bien connu. Les capitalistes, une fois le rideau tiré sur la kermesse référendaire, n’ont pas de nationalité et transigent dans le monde entier. British Petroleum (BP) a des intérêts en mer du Nord, mais aussi dans le golfe du Mexique et en Californie, aussi bien qu’en Libye. Le monde parcellaire, stressé dans ses identités communautaires, que ces milliardaires tentent de nous faire gober, ne correspond à rien pour eux. Une fois les bouffonneries référendaires légitimaires passées, ils retournent à leurs affaires mondialisées et globalisées. Les trémolos nationalistes chauvins sur « l’indépendance nationale pour être maître chez nous » servent  à distraire la galerie et à mobiliser les salariés pour défendre les intérêts de ceux venus les exploiter, les exproprier de Londres et d’Édimbourg.

 

Le déroulement de la bataille référendaire

Au début du référendum, que la clique londonienne croyait gagné d’avance, seule la faction nationaliste écossaise mena campagne avec vigueur – soulevant l’ardeur de ses partisans petits-bourgeois (cette section de salarié dont une large portion vit des prébendes et des emplois de l’État bourgeois). Toute la panoplie du folklore écossais fut exhumée afin de mobiliser suffisamment de thuriféraires pour arracher la captation exclusive des « royalties » pétrolières.

Évidemment, les travailleurs ne sont pas dupes dans cette affaire. Ils rejetèrent ces fallacieux arguments. L’accaparement d’une plus grande partie des revenus du pétrole n’aurait aucune incidence sur leur revenu, sur leur vie, sur leurs taxes, et sur leurs impôts. Pas davantage demain dans un État bourgeois pseudo « indépendant », qu’hier dans l’État écossais dépendant de l’économie mondiale en crise.

La passivité de la faction capitaliste écossaise pro-Royaume-Uni et l’activisme de la faction capitaliste écossaise pro-récupération des « royalties » fit en sorte que tout au long de la campagne la faction « souverainiste » accrue ses appuis parmi la petite bourgeoisie en cours de paupérisation et prête à adhérer à toute illusion pour se sortir du chômage et des politiques d’austérité, adopter à Westminster aussi bien qu’à Édimbourg.

 

Londres est contraint de se mouiller pour sauver ses « royalties »

Une semaine avant le vote fatidique la clique capitaliste de Londres et d’Édimbourg – pro unioniste fut contrainte de sortir de sa léthargie et de jeter quelques promesses à la volée afin de renverser les prévisions des sondages. Si la clique de Londres s’était abstenue d’intervenir dans la consultation c’était justement pour éviter d’avoir à faire des promesses d’accorder une plus grande part des redevances au Parlement écossais. Du moment que Londres s’impliquait dans le référendum pour sauver sa mise, la clique de Westminster ne pouvait que lâcher du lest et abandonner des points de taxation en même temps que des champs de compétence gouvernementale.

En d’autres termes, la clique du Château d’Édimbourg avait gagné son pari à partir du moment où le premier ministre Cameron est intervenu pour s’engager à abandonner des champs de compétence et de taxation.

Si Londres s’avisait de ne pas tenir ses promesses il serait aisé pour les nationalistes de reprendre le collier et de recommencer le chantage à la souveraineté. La victoire du NON est cependant suffisante (55,4%) pour permettre à Londres de négocier très serré la dévolution des pouvoirs et des champs de taxation.

La classe ouvrière britannique vivant en Écosse n’a pas mordu à l’hameçon nationaliste du chauvinisme écossais pas plus qu’à l’Union Jack britannique et elle s’est soit abstenue (15% d’abstention) soit elle à voter pour le statu quo histoire de ne rien chambouler dans le rapport des factions bourgeoises en présence. Il n’est pas mauvais pour la classe ouvrière britannique que ces deux factions capitalistes s’entrent déchirent et s’affaiblissant mutuellement. Mais pour la classe ouvrière britannique, il n’y a aucun intérêt à prendre part à ce chantage à la sécession nationaliste bourgeoise.

 

 

12 pensées sur “LE RÉFÉRENDUM ÉCOSSAIS SANS INTÉRÊT

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    25 septembre 2014 à 16 04 58 09589
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    Merci! Excellent!

    « Aucun pays ne connaît l’indépendance économique, idéologique ou politique, ni les États-Unis, ni le Royaume-Uni, ni la France, ni la Chine, ni la Russie et encore moins le Canada. »

    Alors dites-nous?

    Quels pays sur cette terre sont libres des banques privées centrales à la sauce occidentale? Quels sont les pays qui sont vraiment libres de l’usure qui sape l’économie réelle de leurs peuples?

    Quels sont les pays sur cette terre qui ont mis leurs oligarques aux pas en priorité avec les intérêts de leurs peuples avant tout sous menace d’être même emprisonnés?

    Tous les pays par le passé qui contrôlaient l’usure sous leur toît ont été attaqué et renversé, et leurs dirigeants souvent éliminés.

    À voir l’occident et le bloc atlantiste agir contre Poutine et la grande Russie actuellement, ne serait-ce pas parce que Poutine ne suit plus les règles occultes de la dite bourgeoisie mondiale? Sans parler de ce qui se passe en Syrie, en l’Irak, en Lybie, et maintenant en Algérie, et partout où des guerres sont fomentées de l’extérieur par le BAO.

    « La première règle non écrite stipule que les intérêts fondamentaux de l’ensemble de la classe dominante ne seront jamais mis en jeux comme un enjeu.

    La deuxième loi convient que la faction qui parvient à embrigader le plus grand nombre d’électeurs prenne l’avantage et dicte ses exigences à l’autre faction.

    /…Tous les coups sont permis sauf de mettre fin arbitrairement à la partie par un coup d’État militaire…/ »

    Si les USA passent leur temps à déstabiliser les pays afin de placer un des leurs à la tête de ce pays récalcitrant, c’est justement parce que ces pays ne suivent pas les règles occultes de l’hégémonie occidentale. Il y a désormais deux mondes, et peut-être plusieurs mondes sur ce monde!
    Le monde change, et les BRICS sont une menace pour le monde unipolaire. Et si demain les oligarques de certains pays se mettaient réellement au service des peuples avant tout? S’il était tous dans le même bateau, il n’y aurait plus de guerre selon la vision du BAO, mais une dictature mondiale. Donc, s’il y a encore des guerres, il y a encore des pôles différents, et on ne peut pas les placer tous sur le même pied, au moins, leur accorder encore le bénéfice du doute.
    Quel est votre point de vue?

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      26 septembre 2014 à 8 08 24 09249
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      J’ai bien spécifié que ces LOIS s’appliquent essentiellement dans le cas d’une élection ou d’un référendum en pays bourgeois capitaliste dominant – Une lutte entre faction capitalistes ennemis interne à l’empire.
      Dans ce cas pas question de tuer l’adversaire de la même famille sociale.
      Dans le cas des pays du Tiers-monde c’est une autre affaire.

      Les pays capitalistes occidentaux s’ingèrent dans leurs élections – copulent et crapulent – foutent le bordel puis expédie des observateurs à leur solde pour décider du vainqueur comme en COTE D’IVOIRE notamment

      Les lois que j’ai édictées ci-haut ne tiennent pas en pays néo-colonie.

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    25 septembre 2014 à 17 05 32 09329
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    « Il n’est pas mauvais pour la classe ouvrière britannique que ces deux factions capitalistes s’entrent déchirent et s’affaiblissant mutuellement. »

    Le Christ disait: « Laissez les morts enterrés les morts, et marchons avec les vivants! »

    Autrement dit, il ne sert à rien à lutter contre le mal, car la lutte elle-même nous emprisonne dans la dualité et nous enferme dans le même patron dont nous croyons à tord nous libérer.

    Le bien ne détruit pas le mal, il l’alimente, il l’entretient, il le fait perdurer; il n’y a que le mal qui détruit le mal. Autrement dit, laissons-les s’entredéchirer, ils finiront par s’épuiser l’un et l’autre, pour réaliser qu’ils ne sont qu’UN.

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    25 septembre 2014 à 22 10 19 09199
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    Lorsque l’occident fait l’apologie de la démocratie partout dans le monde, en réalité, il pousse les peuples à s’en remettre, sois par ignorance, sois par manipulation, ou sois par la force, à un système de représentation qui n’a rien de démocratique que l’apparence, qui laisse à une dites élites autoproclamées, le pouvoir d’édicter les lois et de contrôler les peuples selon leurs intérêts propres, d’ego et de personnalité matérialistes; d’où la raison qui transpire actuellement de devoir établir à tout prix, par la force, la contrainte et la manipulation, partout autour de la terre, un gouvernement mondial dit nouvel ordre mondial; qui n’est qu’une dictature de quelques-uns sur l’ensemble, une façade de démocratie.

    Même si le système représentatif laissait la place un jour à une véritable démocratie, qui laisserait aux peuples le pouvoir d’édicter les lois, le système serait quand même falsifié avec le temps, à cause des personnalités et des egos des hommes, qui un jour se retrouveraient à adopter les mêmes subterfuges et faux plis que leurs ancêtres oligarques d’antan, étant donné leur inconscience de l’universel en eux.

    Pour que le système établi soit parfait, il faut donc, qu’il soit établit sur des principes et des bases qui prennent leur source d’essence universelle, en eux, donc établit par des hommes et des femmes, qui soient eux-mêmes les récipiendaires transparents et réceptifs à cette connaissance de l’au-delà des systèmes de construction des civilisations nouvelles.

    En attendant, nos hommes politiques sont aveugles, ils font de leur mieux, pour certains, ils sont de bonne volonté, pour certains d’entre eux, mais ce n’est pas suffisant. Tout système établit sans conscience universelle finira par s’effondrer sur lui-même un jour, et nous n’en sommes pas très loin. Lorsque nous parlons d’une gouvernance de droit divin, c’est la façon qu’on a trouvé pour exprimer, ou traduire, ce que serait des hommes et des femmes qui seraient dépositaires de cette science de construction des nouvelles civilisations.

    Voici une vidéo intéressante…

    http://1eclaireur.wordpress.com/2014/09/26/jai-pas-vote-film-complet-46-mn/

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    25 septembre 2014 à 22 10 52 09529
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    Le référendum a été volé, le vote a été truqué. Voir:
    http://www.vigile.net/Fraudes-dans-le-vote-du-referendum
    Cependant, il se peut fort bien que le peuple écossais n’en aurait tiré aucun bénéfice advenant un oui. Il n’y a pas que le pétrole en jeu, il y a aussi toute l’hégémonie bancaire et l’économie spoliée par les paradis fiscaux.
    Les pays acceptent l’hégémonie bancaire en échange du paiement du fonctionnement, (dépenses) du parti au pouvoir et dans la plupart des cas aussi de l’opposition dans une moindre mesure.

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      26 septembre 2014 à 8 08 29 09299
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      Le référendum n’a pas été volé – il a été contesté par la faction capitaliste perdante vis-à-vis la faction capitaliste gagnante. Dans le cas contraire c’est l’autre camp qui aurait râler.
      Les ouvriers eux se retrouvent perdant dans un cas comme dans l’autre et cette consultation qui ne consultait pas sur les bonnes choses n’avait aucun intérêt pour eux. Aujourd’hui ils sont toujours en chômage soumis à la hausse des prix, endettés, et paupérisés. Ceux qui travaillent ne savent pas pour combien de temps et si leur salaire sera suffisant.

      Les banques sont toutes intimement imbriquées – il n’y a pas la banque d’Angleterre et d’Écosse TOUTES LES grandes institutions financières sont interreliées par leurs possessions et leurs actions et obligations.

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    26 septembre 2014 à 8 08 35 09359
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    @ TOUS
    Je cite un commentaire ci-haut «À voir l’occident et le bloc atlantiste agir contre Poutine et la grande Russie actuellement, ne serait-ce pas parce que Poutine ne suit plus les règles occultes de la dite bourgeoisie mondiale?» FIN de citation.

    ERREUR la différence entre Poutine et Obama c’est que l’un dirige la puissance impérialiste ex-dirigeante et en faising out – s’effondrant doucement alors que l’autre a l’espoir en se collant aux chinois de se mettre sous la protection du futur dirigeant de l’impérialisme mondial = la Chine.

    Celui qui doit se retirer de la scène est plein de rancœur et s’accroche à son passé de puissance et de grandeur alors que le prétendant au trone se fait tirer l’oreille et s’avance en douceur vers le trone ou sera consacré sa grandeur.

    Imaginez quand tout sera terminé il y aura 850millions de prolétaires chinois à exproprier, à exploiter – 3 fois la population des États-Unis réunie. Vous imaginez la mer de profits – le monde n’aura jamais connue une telle orgie de spoliation et d’exploitation des plus démunis.

    Mais on leur réserve une surprise aux déclinants et aux triomphants

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    26 septembre 2014 à 9 09 47 09479
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    Le laboratoire de l’époque soviétique, l’URSS, est terminé. Aujourd’hui le communisme, on pourrait dire que c’est le bloc occidental qui le représente : un communisme d’oligarques à la sauce occidentale nouvelle version saupoudrée de néo-nazi et de fanatiques religieux qui n’ont rien de religieux mais plus l’allure de mercenaires à la solde de l’occident et de ses oligarques et banquiers.

    Les russes ont goûtés à la civilisation occidentale pendant les années 90, et ils ont vu ce que c’était réellement, ce que l’économie occidentale a fait à leur pays, à leurs bien-être, comment elle a conditionnée leur vie, et aujourd’hui, ils n’en veulent pas, ils n’en veulent plus ; l’occident avec l’affaire du Donbass c’est dévoilé à la face de tous les russes sous son vrai jour, tous ont vu et pris conscience, de même que l’ensemble des peuples de la terre y incluant les occidentaux.

    C’est pour cela qu’il ne faut pas croire que la gouvernance actuelle de Poutine, et celle du futur, s’inspire et s’inspirera nécessairement selon le même patron soviétique d’hier ou du même patron occidental d’aujourd’hui en matière de gouvernance. La Russie est un pas en avant de l’occident. Sa gouvernance est plus brillante, plus équilibrée, plus universelle, et tient compte maintenant des peuples. L’exploitation des peuples, l’impérialisme à l’américaine, le néocolonialisme occidental ne fait pas partie de l’esprit russe, ni de l’esprit chinois d’ailleurs. Disons que les russes vont de l’avant, la Russie va de l’avant, s’ouvre, se dilate, avec ses voisins qui partagent sa vision multipolaire, tandis que l’ancien monde occidental refuse d’avancer, se contracte, se ferme.

    Quel est votre point de vue?

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    26 septembre 2014 à 11 11 07 09079
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    Voici un texte intéressant…

    Majorité invisible

    Inna DOULKINA publié Vendredi 26 septembre 2014

    « Nous sommes terrifiées et affligées par les actes du gouvernement russe qui, avec des armes, des soldats et des outils de propagande, mène une guerre contre l’Ukraine, son voisin le plus proche. Nous protestons contre l’intervention militaire et le soutien aux républiques fantoches de Donetsk et de Lougansk, qui terrorisent la population et dévastent le pays. Nous nous opposons à cette propagande de la haine qui, depuis des mois, déforme la réalité de ce qui se passe dans l’Est de l’Ukraine et incite les gens à la violence » : c’est par ce message que se sont adressées deux traductrices allemandes aux participants du Congrès des traducteurs de littérature russe, qui s’est tenu à Moscou en septembre 2014.

    Un message fort et qui résume à merveille la vision de la plupart des Européens sur la crise ukrainienne. Pour eux, il n’y a pas de doute possible : dans cette guerre, c’est la Russie qui attaque, et l’Ukraine se défend. La Russie chercherait à satisfaire une « soif impériale » inassouvie en tentant d’engloutir ses anciens satellites. Dans la conscience européenne, la Russie se laisse guider non par la raison mais par des instincts, telle une force sauvage, dangereuse et imprévisible.

    Persuader l’Europe qu’elle se trompe dans son analyse n’est pas une mince affaire. Même Poutine, visiblement, y échoue. On l’imagine bien dire à Barroso, au cours de leur désormais fameux entretien téléphonique : « Si j’avais réellement voulu occuper l’Ukraine, je l’aurais fait en deux semaines. » Et voilà le président de la Commission européenne qui s’empresse de convoquer la presse pour déclarer que Poutine menace d’envahir Kiev et, qui sait, toute l’Europe. Alors que l’autre tentait précisément de lui expliquer le contraire.

    Si l’Europe ne comprend pas les motifs de la Russie, c’est avant tout parce que, dans sa résolution de l’équation ukrainienne, elle refuse d’en voir l’un des principaux éléments : les Russes.

    Ces Russes qui vivent sur le territoire ukrainien et se battent aujourd’hui contre le régime de Kiev. Ces hommes existent, ils sont nombreux ; ils avaient, dans leur vie d’antan, des métiers divers et on ne peut plus banals. Et voilà qu’un beau jour, ils ont acheté une tenue de combat, pris les armes, formé des bataillons et sont partis en guerre. Pourquoi ? C’est toute la question que la presse occidentale refuse de se poser. Au lieu d’essayer de comprendre ce qui anime ces hommes, les journalistes et les politiciens occidentaux les dénigrent de façon systématique – ce qui, selon eux, devrait tout expliquer mais qui, justement, ne résout rien. À les en croire, les insurgés ne seraient qu’un ramassis de bandits chevronnés, profitant du chaos ambiant pour s’adonner au meurtre et au pillage.

    Or, ces suppositions sont fausses. L’écrivain russe Zakhar Prilepine, qui s’est rendu dans le Donbass en ce mois de septembre, dresse un portrait des insurgés, après avoir passé du temps à leurs côtés : « J’ai fait un bout de route en voiture avec 14 insurgés tout juste libérés (les républiques populaires et la garde nationale ukrainienne échangent en ce moment leurs captifs). J’ai pu les écouter. Ils ont en moyenne entre 45 et 65 ans. Ce sont majoritairement des ouvriers – pas ces miséreux déclassés des villes mourantes, mais des ouvriers soviétiques. Vous vous rappelez forcément de ce type – des hommes obstinés, réglos, qui ont des principes, qui savent travailler de leurs mains mais qui s’y connaissent aussi en histoire et en géo, qui savent en parler à leurs enfants, qui lisent, qui vont au théâtre, qui ont été un temps antisoviétiques mais cela leur a vite passé, et ils ont retrouvé leur fierté nationale. »

    Lors de ses pérégrinations dans un pays en guerre, Prilepine rencontre des « civils », mais aussi des membres des cercles criminels : « Dans un café à Donetsk, j’ai rencontré des combattants, des hommes blessés, mais malgré cela, heureux et détendus. À une table voisine, j’ai vu aussi des « bœufs » locaux en vestes de cuir, fronts rabougris, jambes écartées, ils regardaient de travers et respiraient lourdement. Sur Internet, en Russie, on aime raconter qu’en Ukraine, il n’y a que des bandits qui font la guerre. Seuls des gens qui n’ont jamais vu un bandit de leur vie peuvent affirmer une chose pareille. Les « vrais mecs », ici, évitent le combat. Ils restent dans les cafés. Ils discutent. C’est tout. »

    Certes, ce n’est que l’avis romancé d’un écrivain, mais il est loin d’être le seul : les témoignages confirmant que les insurgés sont principalement des locaux, et qu’ils combattent non par plaisir mais par nécessité sont légion – il suffit de s’y intéresser. Mais pourquoi se battent-ils donc ?

    C’est une question qui mérite au moins d’être posée, et qui fournit les clés nécessaires à la compréhension du conflit ukrainien. C’est une question qui explique, aussi, pourquoi la Russie a rattaché la Crimée à son territoire et pourquoi elle soutient le Donbass. (Bien moins, d’ailleurs, que ne le voudraient ses habitants.)

    Mais l’Europe ne veut pas se poser cette question. Pour elle, les Russes, dans cette histoire, sont des invisibles. Les Russes de Crimée d’abord, dont la position n’a jamais été entendue à l’Ouest. Leur terreur de se retrouver coincés dans une Ukraine ne respectant pas leur langue ni leur culture n’a jamais été prise en compte. Leur désir de se rattacher à la Russie, un désir ancien, ardent et réel, n’a pas été pris au sérieux. L’Europe a bien voulu écouter les Ukrainiens et les Tatars ; mais les Russes n’ont jamais eu voix au chapitre.

    Puis, la situation s’est reproduite pour les Russes du Donbass. L’Occident n’a pas daigné s’intéresser à ces populations qui n’avaient rien demandé à personne, qui ne cherchent qu’à vivre en paix sur leur terre, conformément à leurs représentations du Bien et du Mal. Ces Russes qui veulent parler leur langue sans restriction, honorer leurs aïeuls, fêter le 9 mai et maintenir des liens avec la Russie – ont-ils jamais été écoutés ?

    Non. L’Europe passe à côté de ces hommes et ces femmes. Et si elle refuse de les regarder dans les yeux, c’est aussi parce qu’ils sont l’élément dérangeant qui risque de détruire l’idée qu’elle se fait de la Russie – et du monde en général.

    Ce que l’Europe peine à comprendre, c’est qu’il se trouve des gens, sur cette planète, et notamment en Russie et en Ukraine, qui ne rêvent pas de s’installer chez elle, ni d’adopter son mode de vie. Ils se sentent bien chez eux, et l’émigration n’est pas, à leurs yeux, un symbole de réussite. Avec cela, ces gens ne sont pas des attardés mentaux – ils possèdent tout simplement leur culture propre, et ils ne sont pas prêts à la brader contre un permis de séjour et une allocation chômage, quelque généreuse qu’elle puisse paraître.

    On peut comprendre que l’Europe ait du mal à se le figurer : ses préfectures sont assaillies de milliers d’étrangers qui veulent se suspendre à ses mamelons ; difficile effectivement, dans ce contexte, de croire que ce n’est pas le rêve du monde entier. Pourtant, c’est la réalité, et si l’on trouve, parmi les Russes, un certain nombre d’émigrés potentiels, la plupart d’entre eux veulent vivre dans leur pays et n’ont pas l’intention de le quitter.

    Le problème, c’est que l’Europe n’écoute que les premiers et passe totalement à côté des autres. C’est à l’époque soviétique que l’Occident a pris l’habitude de forger sa vision de l’URSS sur la base de ce que lui en rapportaient les dissidents émigrés. C’est bien d’écouter les dissidents – les problèmes commencent lorsqu’ils deviennent les interlocuteurs privilégiés, voire uniques.

    Car à force de ne côtoyer que des occidentalistes forcenés, l’Europe réduit le concert de la nation russe à une seule note audible. Au lieu de se plonger dans une bibliothèque, elle relit, des années durant, un seul et même livre, s’interdisant d’en ouvrir d’autres. Il faut dire aussi que ses interlocuteurs l’assurent en permanence qu’ils sont les seuls représentants de leur peuple dignes d’être écoutés. Qu’ils font partie des rares êtres civilisés – et que tous les autres sont des barbares.

    Sans conteste, la vision « dissidente » de la Russie est digne d’intérêt. Mais elle n’est pas la seule valable – les Russes qui ne se désignent pas comme étant la « conscience de la nation » en ont une aussi, de conscience. Et l’Europe, ne serait-ce que pour se faire une image plus complète, ferait bien de s’y intéresser. Qui sait, peut-être serait-elle surprise ?

    Mais visiblement, elle ne s’empresse pas de le faire – et ce probablement, aussi, parce qu’elle ne souhaite pas sortir de sa zone de confort : il est bien plus aisé d’écouter ceux qui vous confirment dans vos représentations plutôt que ceux qui les contredisent.

    C’est parce que l’Europe vit dans la certitude que toute l’humanité rêve de s’installer sur ses terres bénies et que son projet de société est le plus avantageux qu’elle échoue à comprendre les sentiments des Criméens et des Russes du Donbass, qui rejettent le projet ukrainien de rattachement à l’UE.

    Et eux, s’ils le rejettent, c’est simplement parce qu’ils se sentent russes avant tout. Parce qu’ils tiennent à leur identité, à leur culture et à leur mémoire. Ils n’ont pas l’intention de les imposer à la terre entière, non – que les alarmistes se rassurent ; mais en revanche, ils sont prêts à les défendre, et par les armes, s’il le faut. Parce que le « village global » attire bien moins que ce qu’on voudrait nous faire croire ; parce que l’identité nationale et culturelle demeure un élément fondateur crucial pour une majorité écrasante d’êtres humains. Et plutôt que de tenter de la diluer dans une « humanité globale », il vaut mieux l’accepter et la respecter. Ce n’est pas la suppression des différences qui fait la paix mais leur respect. Et la Russie, polyethnique et polyculturelle mais solidaire et unie, n’en est pas le plus mauvais des exemples.

    http://www.lecourrierderussie.com/2014/09/majorite-invisible/?utm_source=Le%20Courrier%20de%20Russie%20-%20Newsletter&utm_campaign=460bc2a8ee-Newsletter9_26_2014&utm_medium=email&utm_term=0_76a16a0a15-460bc2a8ee-133655705

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    28 septembre 2014 à 18 06 19 09199
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    Poutine a tâté le talon d’Achille de l’Occident, par Youri Selivanov

    Comment interpréter l’arrestation de Vladimir Yevtushenkov

    En Juin, la « Nouvelle Russie » a publié un article, La Grande révolution anti-oligarchique , où les relations de Vladimir Poutine et du capital oligarchique en Russie sont qualifiées d’antagonistes et devant être tranchées. L’article prévoit que la confrontation entre les oligarques et le Kremlin continuera, « Poutine sera amené tôt ou tard à prendre des mesures nouvelles et très difficiles visant à un contrôle plus étroit (jusqu’à l’éradication totale) de tout l’édifice de la communauté oligarchique tout simplement parce que sans cela il pourra mettre une croix sur tous ses plans de renaissance de la Russie « .

    Il ne s’est pas passé trois mois avant que les «mesures nouvelles et très difficiles » de Poutine en relation avec l’oligarchie locale ne commencent à prendre une tournure très concrète. Les commentateurs qui réduisent l’arrestation du milliardaire Vladimir Evtushenkov à ses machinations avec « Bashneft » sont enclins à prendre leurs désirs pour des réalités. À savoir, faire un cas particulier de ce sujet et, à Dieu ne plaise, ne pas le laisser s’emparer des esprit et apparaître comme une illustration de certaines tendances globales.

    Cependant, Vladimir Poutine, semble-t-il, a tiré précisément des conclusions globales concernant l’oligarchie nominalement russe, à partir du drame vécu par l’Ukraine. Les grands magnats locaux, confortablement tapis dans les ruines de l’économie de l’ex-URSS et ayant prospéré dans l’art de tirer bénéfice de ces ruines, ont fait de leur pays un esclave économique de l’Occident. Et quand ce dernier a jugé nécessaire de mettre un terme au destin géopolitique de l’Ukraine, les oligarques comme un seul homme ont trahi leur peuple, et leur indépendance nationale.

    Certes, cette leçon a été pour Poutine un élément crucial de l’expérience ukrainienne. Et cela ajouté à la compréhension claire de ce que les oligarques pseudo-russes ne valent pas mieux que les pseudo-ukrainiens, et, que si nécessaire, ils livreront leur patrie sans gamberger, a incité le Kremlin à une action préventive musclée pour nettoyer la clairière oligarchique.

    Il n’est pas exclu que les mêmes considérations des instances supérieures du Kremlin explique le fait que Moscou officielle n’a jamais dévoilé son attitude négative face aux nombreuses initiatives des jeunes leaders de la Nouvelle-Russie, qui ont beaucoup oeuvré pour convertir le soulèvement de la population locale dans une révolution anti-oligarchique à grande échelle. Cette position est tout à fait logique – car où commencer une guerre tous azimuts contre les oligarques, si ce n’est en Ukraine, où leur pouvoir absolu a conduit à une catastrophe nationale.

    Bien sûr, leurs homologues de l’autre côté de la frontière ne sont pas aussi fous et ils comprennent bien qui est le patron. Mais à la lumière des différences fondamentales actuelles entre la Russie et l’Occident, tout cela est sans importance. Parce que l’oligarchie d’ici, tout aussi bien que l’Ukrainienne, est essentiellement compradore, attachée à l’intégration de la Russie dans le système économique occidental en tant que fournisseur de matières premières aux conditions les plus désavantageuses pour le pays, en fait des conditions d’esclavage. Sans oublier le fait que, dans certains cas, les deux oligarchies sont étroitement enchevêtrées au point qu’il est difficile de les distinguer.

    Qelques favorables que soient, au moins en public, les représentants de ce type d’intérêts économiques envers Poutine personnellement, quelle que soit leur crainte de lui également, la logique objective les pousser inévitablement à résister à l’autorité. Et ce d’autant plus que le pouvoir orientera la barre du navire de l’Etat sur un cours anti-occidental.

    Par ailleurs, en septembre, l’oligarchie de Moscou avait prévu la première action publique organisée contre la politique de Poutine sous la forme d’une « rencontre des dirigeants d’entreprises russes » annoncée par Anatoli Tchoubaïs. Et, très probablement, l’arrestation de l’un de ces dirigeants visait précisément à faire tomber ces plans.

    Et tout aussi curieux. A peine les autorités russes avaient mis son bracelet électronique à Evtushenkov, qu’est parvenue d’Amérique une déclaration plutôt inhabituelle, surtout compte tenu de l’hystérie anti-russe de ces derniers temps. Le Secrétaire d’État adjoint, coordonnateur des sanctions américaines contre la Russie Daniel Fried a exprimé l’avis que l’Occident pourrait atténuer ou lever ses sanctions contre Moscou sans exiger le retour de la Crimée à l’Ukraine. Compte tenu de la dominante actuelle de la politique américaine, qui exige au contraire une pression maximum sur la Russie et la restitution de la péninsule de Crimée, cette déclaration est proprement inouïe. Bien que Fried ait expliqué cela par les progrès obtenus dans les pourparlers de paix à Minsk et d’autres détails, la coïncidence de la proposition de Moscou avec l’arrestation de l’un des oligarques russes les plus importants semble capitale.

    Il est à noter que même les succès militaires spectaculaires de Novorossia n’ont pas contraint les Etats-Unis à abandonner leur politique très dure envers la Russie. Mais il a suffit que Poutine en réponse à des sanctions occidentales « tâte la mamelle » de l’un des compradores de Moscou, pour que Washington commence immédiatement à parler de la possibilité de reconnaître sans problème la Crimée russe. Il semble que l’histoire de Yevtushenkov et qui se passe derrière (et cela ne se résume pas à une machination banale avec »Bashneft »), a effrayé bien plus les Occidenatux que la menace même de perdre toute l’Ukraine.

    Poutine donne à comprendre très clairement que dans ses mains pour continuer ce débat avec l’Occident il y a des arguments beaucoup plus puissants que l’interdiction de la fourniture des « cuisses de Bush » [poulet importé des USA] ou des choux de Bruxelles. À savoir – le démantèlement complet de l’oligarchie compradore comme première étape de la révolution anti-oligarchique (lire – anti-occidentale) qui mûrit depuis longtemps à travers le monde, dont la nécessité d’une réorganisation drastique selon des principes plus humains et plus justes est exprimée par le pape lui-même. Et Vladimir Poutine, qui a rencontré le pape juste après sa déclaration révolutionnaire, est actuellement le seul chef de file mondial capable non seulement de prendre la tête d’une telle campagne mondiale pour la justice, mais aussi de l’amener à sa conclusion logique.

    Par conséquent, même la moindre menace de la part de Poutine d’emprunter cette voie, et c’est ainsi qu’il faut comprendre l’essence profonde des derniers événements, est capable de provoquer chez ses homologue de l’Ouest unétat proche d’une prostration complète. Après tout, à l’Ouest ils sont bien conscients du fait que le système de pouvoir de l’oligarchie financière, malgré sa toute-puissance apparente, n’est plus maintenant que comme un château de cartes, prêt à s’effondrer à la moindre poussée. Et il semble que le Kremlin ait vraiment senti où est le talon d’Achille, où il doit porter ses coups.

    D’autant plus que cela correspond entièrement aux intérêts fondamentaux de l’Etat et de la société russe. Qui ne consiste en aucun cas à assister à la poursuite du pillage de leur propre pays par les sangsues occidentales et leurs caniches locaux.

    http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/09/27/poutine-a-tate-le-talon-dachille-de-loccident-par-youri-selivanov/

    http://centerkor-ua.org/mneniya/biznes/item/3382-putin-nashchupal-akhillesovu-pyatu-zapada.html

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