Le traité Transatlantique fera baisser les salaires

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Hier lundi 05.01.2015, nous avons publié un article de deux économistes bourgeois craignant que le traité Transatlantique en cours de négociation entre les États-Unis d’Amérique et la Communauté européenne n’entraîne des baisses de salaires dans les pays européens déjà mal en point. Les économistes en herbe proposaient plutôt de dévaluer l’euro de façon à rendre les marchandises des multinationales installées en Europe plus attrayantes économiquement parlant (prix) que celles fournies par les  multinationales installées en Amérique.

Revenons à l’analyse de la comptabilité gouvernementale. Au début, l’État bourgeois a comblé ses déficits gargantuesques en haussant drastiquement les taxes et les impôts à la charge des salariés, leur faisant ainsi payer par « solidarité » les services publics qu’ils recevaient. De nos jours, le salarié canadien moyen retourne 70 % de son salaire aux différents paliers de gouvernement (municipal, scolaire, provincial et fédéral). Une enquête fiscale dans une multitude de pays capitalistes avancés révèle le même niveau de contribution si bien que la classe laborieuse mondiale contribue à même son salaire pour 60 % à 70 % des revenus de l’État capitaliste moderne. Les entreprises ne contribuent plus que pour 40 % à 30 % du total des revenus de l’État bourgeois. Il est impossible pour les États capitalistes de modifier cette péréquation sans provoquer la faillite des PME (petites et moyennes entreprises) et sans entraîner la  délocalisation des entreprises multinationales d’un continent à un autre, ce que les divers traités de libre échange internationaux sont chargés d’aménager (27).

 

Face à l’impasse budgétaire déficitaire récurrent, les États capitalistes ont eu recours à trois artifices financiers. Le premier fut de faire tourner la planche à billets créant une inflation galopante, la  dévaluation de la monnaie, et une baisse de la consommation des masses laborieuses dont le pouvoir d’achat s’effritait au fur et à mesure que la valeur de la monnaie périclitait.

 

Le second artifice mis en place par les Banques centrales fut de réduire les taux d’intérêts sur les prêts permettant à chaque foyer, à chaque entreprise et à chaque gouvernement d’emprunter massivement sur leurs hypothétiques revenus anticipés. Cette deuxième solution, sans espoir et sans vision, tire à sa fin comme de raison. L’endettement des ménages est aujourd’hui catastrophique, et celui des États encore plus dramatique.

 

Le troisième artifice a consisté à dévaluer la monnaie comme l’ont décidé les États-Unis d’Amérique, le Japon et la Chine. La Chine, depuis des années, maintient artificiellement sa devise en-dessous de sa valeur réelle. Ce que la Banque Centrale européenne refuse de faire pour l’instant.

 

Des économistes en herbe font valoir que les États capitalistes attachés à la zone euro devraient utiliser le même stratagème que les États-Unis, le Japon et la Chine et laisser plonger la devise sur les marchés de change étranger. Ainsi, ils écrivent que « Face aux fluctuations du dollar, la BCE a plus réagi qu’agi. L’appréciation de plus de 50% de l’euro de 2001 à 2008, a entraîné peu de réactions de sa part, et cette progression a été l’un des éléments de la mise à mal des industries européennes et particulièrement françaises. Le traité transatlantique risque d’amplifier les effets des dévaluations monétaires. » ils ajoutent que «Alors pourquoi les Européens ne font pas de même en dévaluant l’euro ? Le problème vient de l’hétérogénéité économique des pays européens. Le haut niveau de l’euro désavantage certains pays mais profite à d’autres notamment l’Allemagne qui se place sur le haut de gamme. Au final, des études montrent que la France aurait besoin d’un euro à 1,10  dollar, l’Allemagne a 1,30 dollar et la Grèce à moins d’1 dollar. Les rapports de forces existant également à l’intérieur de l’Europe, il en a résulté un euro qui s’est apprécié de plus de 50 % depuis 2001.» (28)

La concertation économico-politico-militaire

 

Les observations des économistes en herbe, quoique valables, sont largement incomplètes et elles font porter la responsabilité de la valorisation de l’euro sur la non-réactivité de la BCE alors que ce sont les multinationales européennes qui souhaitaient la valorisation de l’Euro rendant ainsi l’Union européenne particulièrement attractive pour les investissements étrangers. Songez que chaque point de valorisation de l’Euro par rapport aux autres monnaies tout en faisant disparaître des emplois faisait apparaître une augmentation de « valeur » de leurs monceaux de capitaux accumulés.

La dévaluation de l’euro aurait pour conséquence de gruger la «valeur» de ces monceaux de capitaux patiemment accumuler par tous les capitalistes financiers européens et mondiaux (y compris et surtout les milliardaires internationaux ayant transformés leurs devises locales en euro la monnaie la plus recherchée sur Terre en ce moment). La dévaluation de l’euro aura pour conséquence de miner le pouvoir d’achat du prolétariat déjà mis à plat, et probablement de radicaliser le mouvement de résistance ouvrier déjà exacerbé. Il vaut mieux pour les capitalistes monopolistes européens que cette pression à la baisse sur les salaires, le pouvoir d’achat et les conditions de vie du prolétariat proviennent de la concurrence mondiales.

Les États-Unis ont de leur côté atténuer ce risque de révolte ouvrière et populaire en imposant depuis longtemps l’État policier avec son million de constables armés comme des mercenaires, prêts à tirer et à tuer au moindre soulèvement ouvrier. C’est ici que la politique économique, commerciale et financière, la politique juridique et la politique policière, carcérale et militaire d’un État se rejoignent et se complètent. Les événements de Ferguson – Missouri ne sont pas fortuit. Ce ne sont pas des bavures policières outrancières. Depuis nombre d’années, l’État policier est imposé et sévit dans l’ensemble des États-Unis, à toute la population laborieuse d’Amérique, quelque-soit la couleur de la peau du salarié. C’est la politique économique, idéologique et militaire d’une classe capitaliste aux abois qui n’a d’autre choix que de décharger le fardeau de la crise économique systémique sur le dos des ouvriers salariés, coûte que coûte, pour rehausser ses profits. La dévaluation du dollar n’est que l’une des mesures d’un faisceaux de mesures visant à sauver les profits.

 

En Europe, les États bourgeois retardent leur préparation idéologique, dans  l’entrainement et l’armement militaire des forces policières répressives. La très grande expérience du prolétariat européen, le souvenir de deux guerres impérialistes meurtrières, le niveau de mobilisation ouvrière et l’extension de la misère populaire font craindre aux autorités politiques, juridiques et militaires que les forces policières ne soient pas disposées, ni aptes, à écraser les soulèvements ouvriers appréhendés. Souvenez-vous que récemment en Grèce, les policiers ont été débordés, que l’armée a refuser de sortir des casernes et de tirer sur la foule et que seul les nervis du parti révisionniste Grec sont venu à bout de l’encerclement ouvriers contre le parlement des riches. Il y a là comme un avertissement pour les gouvernements de la vieille Europe.

La négociation du traité Transatlantique par les multinationales européennes et par les multinationales américaines vise à placer le prolétariat européen face à la concurrence directe du prolétariat américain de façon à briser sa résistance et à le forcer à céder davantage de ses conditions de vie sociales (salaires sociales et services publics), et de son salaire nécessaire (la paye)  sous peine de tomber en chômage. La concurrence du marché capitaliste entre les marchandises «forces de travail Europe – Amérique»  devrait assurer les baisses de salaires que les capitalistes européens n’ont pas obtenu autrement et obtenir auprès des ouvriers américains encore plus de flexibilité dans l’emploi.

Les capitalistes des deux côté de l’Atlantique en sortiront gagnants aux dépends des prolétaires européens, américains et canadiens.

 

Une pensée sur “Le traité Transatlantique fera baisser les salaires

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    6 janvier 2015 à 13 01 21 01211
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    La baisse des salaire, c’est un pas de plus vers le socialisme d’État orwellien.

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