Les confusions des socio-monétaristes

Par  Philippe Camy  Décembre 2015.

 

La création monétaire est essentiellement privée:

            On pourrait, sans problème, interdire la monétisation directe du crédit par les banques de second rang qui seraient alors, dans l’obligation d’escompter les créances auprès de la banque centrale qui prendrait aussi en charge la destruction monétaire au fur et à mesure des remboursements du principal du crédit retransmis par les banques commerciales. Les seules différences avec le système en place seraient alors une simple augmentation des transferts entre les 2 banques et la clôture du débat sur l’origine, centrale ou privée, de la monnaie.

            Cette simple simulation démontre sans conteste possible que la monnaie issue des encours du crédit des établissements privés est bien une monnaie pilotée par la banque centrale et délocalisée pour des raisons pratiques.

La création monétaire est entachée d’intérêts:

            À partir du moment où les banques de dépôt garantissent les crédits avec leurs fonds propres, participant ainsi à la stabilité du système monétaire, il est évident que les intérêts qu’elles perçoivent sont totalement légitimes. Ce n’est en aucun cas la création monétaire qui est entachée d’intérêts mais bien le crédit.

Le 100 % monnaie nous émanciperait de la dette souveraine:

            Le financement des états par les marchés financiers est bien sûr issu des thèses libérales et monétaristes, soutenu par Pascal Salin par exemple, et mis en place en Europe avec les accords de Maastricht. La pensée  monétariste n’est pas monolithique et cet incroyable contresens provient de certaines divergences entre les  néolibéraux qui peuvent ou non soutenir le 100 % monnaie, soit pour l’ensemble de l’économie, soit seulement pour les financements souverains, ou au contraire les en exclure comme Ricardo le préconisait par exemple. La « loi de 73 » était un système de financement mixte, avec une base permettant l’escompte monétaire des créances d’État auprès de la banque centrale, puis au-delà faisant appel au marché financier.

            Visiblement les socio-monétaristes ont amalgamé trois problèmes qui dans les faits, malgré des interactions très violentes, sont distincts les uns des autres:

1 – La monnaie, avec ses modes d’injection et de retrait du système économique, les contraintes géo-économiques auxquelles elle est confrontée et l’impact social qui en découle.

2 – Le choix du financement du système économique entrepreneurial, entre la monétisation du crédit issu des banques de dépôt et entre l’emprunt privé issu du marché financier.

3 – Le choix du financement souverain, entre la monétisation de ses créances auprès de la banque centrale et entre l’emprunt issu du marché financier.

            Dans les limites du statut de la banque centrale, ce n’est pas la création monétaire qui a été privatisée mais bien l’extraction. Obnubilés par la création, les socio-monétaristes n’ont pas vu que le diable pouvait entrer par la destruction, ou plus exactement par le retrait monétaire de l’aggloméra M1, et il ne s’en est pas privé.

 

 

L’origine de la dette.

 

            À partir de 1947 les libéraux ont entamé un long et patient processus idéologique de reconquête du terrain perdu. La société du mont pèlerin (Hayek, Friedman, Von Mises etc..) en Suisse ainsi que bien d’autres think-tanks à travers le monde, ont élaboré toute une série de stratégies permettant ainsi la libéralisation des marchés au seul bénéfice des possédants :
Infantilisation par le consumérisme, dérives sémantiques et novlangue, instrumentalisation des systèmes éducatifs et culturels, destruction des consensus sociaux, déculpabilisation de la
spéculation, désinhibition des thèses malthusiennes les plus inégalitaristes et obscènes, privatisation d’abord rampante puis à visage découvert des services publics, délitement du corps social par la défiscalisation, affaiblissement des syndicats, mondialisation exacerbant la compétition, abandon du crédit socialisé, financement souverain par les marchés financiers, dérégulation bancaire etc …

            Le résultat, de cette véritable guerre socio-économique, est une concentration patrimoniale au profit d’une minorité sans aucun précédant dans toute l’histoire de l’humanité et ceci au détriment de la majeure partie des populations.

            La dette ne provient pas d’un « machin » honteux et caché qui à lui seul expliquerait « tout », elle provient, initiée par la rente de l’épargne, d’un processus social inhérent à la structure même de notre système économique et que Karl Marx désignait sous « Les contradictions indépassables du capitalisme. »

 

 

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