Les échanges monétaires internationnaux.

Titre original :  Grèce : quelles conséquences sur le système bancaire de la Zone euro ?  Extrait d’ Antigone. Par  Mory  Doré. 14.07.2015

URL:    http://la-chronique-agora.com/grece-consequences-systeme-bancaire-zone-euro/

 

Autrefois les gros transferts de fonds se faisaient par voie de diligence; les opérations financières prenaient des semaines avant d’être converties et finalisées. Aujourd’hui, depuis la mise en place de la monnaie unique, l’euro, tout est devenu automatisé, immédiat et plus sécurisé, grâce à un système qui s’appelle TARGET pour Trans-European Automated Real-time Gross Settlement Express Transfer System, qui signifie Système de transfert express automatisé transeuropéen à règlement brut en temps réel. On l’appelle aussi « Eurosystème » pour faire plus global. TARGET, donc, avait été conçu pour permettre des échanges égalitaires sur le marché monétaire, mais ses concepteurs, malgré leurs diplômes, ont négligé une donnée fondamentale et pourtant évidente: les échanges ne peuvent pas être égalitaires entre des pays dont les ressources sont déséquilibrées.

Ainsi la crise a rendu peu à peu béante la fracture entre les pays de l’Europe du nord excédentaires et ceux de l’Europe de sud déficitaires en raison notamment d’un trop grand déséquilibre dans la valeur ajoutée des produits échangés. Les conséquences de ce déséquilibre se sont d’abord manifestées par un accroissement de la dette des déficitaires envers les excédentaires; elles ont touché un système bancaire déjà fragilisé par la crise de 2008 et elles le mettraient en péril aujourd’hui dans le cas d’un événement exceptionnel comme…. une mise en faillite des banques grecques. Cela entrainerait une grosse restructuration de la dette avec la disparition de la moitié des banques, et un trait de plume, ou « hair cut », tiré sur des dizaines de milliards d’actifs. Les banques créditrices et les fonds spéculatifs seraient alors contraints de prendre leurs pertes. Imaginez la suite…

Grèce: Quelles conséquences sur le système bancaire de la Zone euro ? par Mory Doré La Chronique Agora – 14 juillet 2015
Les marchés sont assez sereins vis-à-vis de la crise grecque (…). En effet, un défaut ne serait pas considéré comme “systémique”, c’est-à-dire pouvant mettre en péril l’ensemble du système financier. Mais a-t-on une idée de la vraie facture ?

La dette grecque s’élève aujourd’hui à 298 milliards d’euros [Les sources qui la fixent à 320 ou 312 Mds € ne sont pas actualisées. Lire l’explication que je donne tout en bas; ndc] et est majoritairement détenue par des créanciers publics (nous contribuables) et non plus par les créanciers privés — les banques, les assureurs et leurs clients. –  53 milliards d’euros détenus par l’Union européenne – 142 milliards d’euros par les fonds européens de stabilité financière ou mécanisme européen de stabilité (FESF-MES) – 32 milliards d’euros par le FMI – 27 milliards d’euros par la BCE (dont deux échéances prochaines: 3,5 milliards d’euros le 20 juillet 2015 et 3,2 milliards d’euros le 20 août 2015) – Et “seulement” 44,4 milliards de dette de marché (aux mains des créanciers privés)

Selon les études économiques de Natixis, les conséquences  économiques dans la Zone euro d’un défaut sur la dette grecque détenue par les non-résidents sont chiffrées à: – hausse de “seulement” 2,5 points de PIB de la dette publique de l’ensemble de la zone – pertes minimes de 0,2 point de PIB sur le trafic commercial et de 0,03 point de PIB en raison de la perte des investissements directs. De plus, le spectacle socialement et économiquement dramatique d’une sortie de la Grèce de la Zone euro dissuaderait les populations tentées par la surenchère populiste de partis anti-européens.

Certes, mais cette analyse nous paraît superficielle. Un défaut de la Grèce et/ou une sortie de la Zone euro  (…) ne permettrait plus aux banques grecques de bénéficier de l’Emergency Liquidity Assistance (ELA) de la BCE, sans laquelle les banques grecques auraient déjà disparu début février 2015. La frontière entre insolvable et illiquide est floue; pour trouver des liquidités, une banque est obligée de vendre en catastrophe et à perte nombre d’actifs, ce qui réduit ses fonds propres. Inversement, une banque insolvable se trouve confrontée à l’illiquidité, personne ne voulant refinancer cette banque.

Si les banques grecques faisaient faillite, que se passerait-il pour la Zone euro ? Il faut, pour répondre à cette question, se pencher sur ce que l’on appelle les soldes TARGET. Ces soldes correspondent aux positions des banques centrales nationales vis-à-vis de l’Eurosystème. Les capitaux sortant des banques grecques, les agents économiques privés grecs se financent directement auprès de leur banque nationale grecque qui “s’endette” via TARGET. Les banques centrales des pays qui ont des positions TARGET nettement créditrices sont en risque majeur; leurs pays devraient, le cas échéant, renflouer leurs banques centrales nationales possédant une dette TARGET.

Aujourd’hui, les banques grecques doivent 110 milliards d’euros à l’Eurosystème. A cette dette du système bancaire grec s’ajoute l’ELA (Emergency Liquidity Assistance) fournie par la BCE, qui est passée de 68 milliards début février 2015 à 89 milliards d’euros aujourd’hui (montant gelé depuis le 28 juin dernier). Donc si le système bancaire grec fait défaut, les banques centrales nationales de la France et de l’Allemagne afficheraient des pertes à due concurrence de la participation de leurs banques centrales dans le capital de la BCE (respectivement 25 % et 20 %).

Il n’y aura que quatre façons de les absorber: – le recours à la dette publique; – la baisse des fonds propres pour les banques et assureurs exposés;          – plus de création monétaire de la BCE; – la taxation des dépôts bancaires (possible dès le mois de juillet en Grèce). Si le système bancaire grec fait défaut, les banques centrales nationales de la France et de l’Allemagne afficheraient des pertes. Le plus difficile est d’évaluer les conséquences des pertes réalisées par des fonds spéculatifs à fort effet de levier.

Les réactions des marchés financiers depuis une quinzaine d’années s’expliquent par les ventes forcées de ces investisseurs. Pour cela, il faut connaître les aspects réglementaires, comptables et commerciaux (demandes de remboursements de clients) auxquels ils sont soumis. On peut imaginer des risques de contagion entre actifs et entre zones géographiques quand ces fonds doivent rembourser et se retrouvent dans l’incapacité de vendre leurs actifs les plus risqués devenus illiquides. Ils seront alors obligés de vendre leurs actifs sains et liquides.

On sait que certains gros fonds spéculatifs sont fortement investis sur des actifs grecs (ayant parié à tort sur le redressement de distressed securities). Des rumeurs évoquent des montants de plus de 10 milliards d’euros — sachant qu’il s’agit du cash investi par des clients mais qu’en réalité l’exposition de ces fonds est sans doute plus importante. Face aux demandes de remboursement de leurs brokers ou de leurs clients, que se passera-t-il ? Ils vendront les bons actifs liquides et performants détenus en portefeuille. Ceux-ci n’auront peut-être absolument aucun lien avec les actifs toxiques et illiquides sujets à la crise financière. Même les crises financières initialement très localisées se sont avérées contagieuses. Ce serait une grave erreur que de l’ignorer.

Selon un site allemand (haushaltssteuerung.de) qui a réalisé une horloge de la dette et des déficits pour les pays de l’UE, la dette publique grecque diminuait au début de l’année de 69 € par seconde… EN THEORIE. Concrètement, il diminuait grâce à l’excédent primaire (déduction faite du service de la dette), au rythme des tranches de remboursement, contrairement à la France et à l’Italie. Mais comme le PIB grec va encore diminuer à cause du nouveau memorandum, et comme de nouveaux prêts vont venir s’ajouter, le taux d’endettement de la Grèce va forcément augmenter.
 

Une pensée sur “Les échanges monétaires internationnaux.

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    29 juillet 2015 à 12 12 12 07127
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    Êtes-vous prêt pour la décroissance économique? Moi, si!

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