Les États-Unis au secours de leurs mercenaires djihadistes

Par Moon of Alabama. Le 17.10.2017.  Sur  Le Grand Soir  https://www.legrandsoir.info/accord-de-libre-passage-avec-l-ei-a-raqqa-les-etats-unis-nient-leur-implication-une-video-la-prouve.html

Titre original :  Accord de libre passage avec l’EI à Raqqa – Les Etats-Unis nient leur implication – Une vidéo la prouve.

 

Après des négociations avec les États-Unis et leurs forces kurdes par procuration, pour obtenir le libre passage de ses combattants, l’EI quitte la ville de Raqqa. Lorsque le gouvernement syrien a conclu des accords similaires, les États-Unis, tels des gamins irresponsables, l’ont vertement critiquée. La coalition étasunienne affirme qu’elle n’était pas « impliquée dans les discussions » qui ont abouti à l’accord de libre passage de Raqqa. Un reportage de BBC News prouve le contraire.

Au cours des deux dernières années, les États-Unis et leur force par procuration kurde en Syrie ont conclu plusieurs accords avec l’État islamique. En 2016, par exemple, ils ont négocié un accord avec les combattants de l’État islamique pour aller de Manbij à la frontière turque afin d’éviter de nouvelles pertes dans le combat pour la ville.

Mais quand, en août 2017, le Hezbollah et le gouvernement libanais et syrien ont négocié un accord avec quelque 300 combattants de l’Etat islamique assiégés et leurs familles, à la frontière libano-syrienne, les Etats-Unis ont poussé les haut-cris. Les militaires américains ont bloqué le convoi d’évacuation pendant plusieurs jours en menaçant de le bombarder et l’envoyé américain McGurk fulminait :

Les terroristes EI irréconciliables devraient être tués sur le champ de bataille, et non pas conduits dans des bus à travers la Syrie jusqu’à la frontière irakienne sans le consentement de l’Irak.

Notre coalition s’assurera que ces terroristes ne puissent jamais entrer en #Irak, ni s’échapper de ce qui reste de leur « califat » en miettes.

Au cours des derniers mois, des combattants kurdes soutenus par les États-Unis ont assiégé la ville de Raqqa pour la prendre à l’Etat islamique. Les Etats-Unis ont largué une énorme quantité de bombes pour réduire le nombre de victimes américaines. La ville a littéralement été « détruite pour la sauver ». Beaucoup de ses habitants civils ont été tués. Ces derniers jours, d’abondantes rumeurs circulaient sur le fait qu’un accord avait été conclu entre les États-Unis et l’EI pour garantir aux combattants de l’Etat islamique la possibilité de quitter la ville. Ces rumeurs ont été confirmées aujourd’hui :

[L’Observatoire syrien des droits de l’homme] a reçu des informations de sources sures et indépendantes confirmant la conclusion d’un accord entre la Coalition internationale et les Forces démocratiques syriennes d’une part, et l’organisation « Etat islamique » d’autre part. L’accord permet aux membres restants de l’organisation « Etat islamique » de quitter la ville d’Al-Raqqah.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme confirme qu’un tel accord a bien été conclu et il précise que tous les combattants syriens ont déjà été autorisés à quitter la ville et que, si des combattants sont encore là, c’est parce qu’ils appartiennent à d’autres nationalités et que les services de renseignements français s’opposent à ce qu’ils quittent la ville d’Al-Raqqah, car ils pensent que certains d’entre eux sont impliqués dans les attentats de Paris…

Selon d’autres sources, des bus sont venus prendre les combattants restant de l’EI pour les emmener dans la zone frontalière syro-irakienne. Selon des officiels locaux, les combattants étrangers partent également. La coalition américaine confirme l’évacuation, mais elle nie toute implication :

Un convoi quittera Raqqah le 14 octobre dans le cadre d’un accord négocié par le Conseil civil de Raqqah et des chefs arabes de tribus locales le 12 octobre.

La coalition ne s’est pas impliquée dans les discussions qui ont mené à l’arrangement mais elle pense que cela sauvera des vies innocentes et permettra aux Forces Démocratiques Syriennes et à la Coalition de se concentrer sur la lutte contre les terroristes de Daech à Raqqah avec moins de risques de pertes civiles.

Tout cela pue l’hypocrisie à plein nez. Les Etats-Unis ont condamné un accord conclu par le Hezbollah avec des combattants de l’Etat islamique et leurs familles. Le convoi d’évacuation a été bloqué dans le désert* par des drones étasuniens et des frappes aériennes.

Maintenant, les États-Unis et leurs alliés concluent un accord similaire en laissant partir des terroristes assiégés. Ils les transportent à la frontière syro-irakienne où les forces gouvernementales syriennes sont engagées dans de lourdes batailles contre le groupe État islamique.

Les États-Unis prétendent que : « La Coalition n’a pas participé aux discussions ». C’est un mensonge éhonté. Il y a seulement deux jours, BBC News a fait état de la réunion où l’accord a été discuté puis conclu. On peut voir ici le général américain Jim Glynn rencontrer le 12 octobre les officiels de Raqua pour négocier l’accord. Alors que le général a affirmé à l’époque qu’aucun accord n’avait été conclu, les annonces ultérieures et la situation actuelle prouvent le contraire. Les convois de l’Etat islamique quittent Raqqa et les Etats-Unis et leurs forces par procuration les regardent partir sans broncher. Aucun appareil aérien des États-Unis ne bloque le convoi et aucun Brett McGurk ne fulmine contre l’accord.

La critique de l’accord du Hezbollah en août par l’armée des EU était tout sauf professionnelle. Le blocus du convoi d’évacuation précédent était infantile. Les diatribes de McGurks étaient puériles. Mentir aujourd’hui à propos de la participation à l’accord après avoir invité la BBC à filmer les négociations est vraiment bêta. Il ne semble pas y avoir une seule grande personne dans le camp américain du conflit syrien.

Moon of Alabama

Traduction : Dominique Muselet

Note :
http://www.francesoir.fr/actualites-monde/syrie-un-raid-de-la-coalitio…

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

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