Les guerres du climat.

Titre original:  Les guerres du climat, pourquoi on tue au 21e siècle.

Par Dunières Talis. Parti communiste de Guadeloupe.   Janvier 2016.

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C’est le titre d’un livre de l’allemand Harald Welzer, directeur de recherche en psychologie sociale à l’Université Witten/Herdecek et directeur du Centre interdisciplinaire sur la mémoire à Essen. En 2007 il publie un livre au contenu hallucinant : “Les exécuteurs. Des hommes normaux aux meurtriers de masse.”

 

Deux ouvrages de Welzer dont on entendra très peu parler. Les médias dominants en ont fait le “black out” total. Il faut faire preuve d’une perspicacité de sioux, d’une curiosité à toute épreuve, d’une patience hors du commun afin de découvrir l’existence de ces morceaux d’anthologie.

 

Venant d’un allemand dénonçant vigoureusement la domination sans partage du capitalisme mondial dont on connaît les faits d’armes à travers une histoire meurtrière faite de crimes incessants contre l’humanité : traites négrières, esclavage, colonisation, évangélisation musclée, guerres d’extermination de peuples entiers, guerres civiles occidentales (14/18, 39/45), peut surprendre.

Mais, on “oublie”, l’amnésie complice et bien venue aidant, que Welzer est issu d’une nation, d’un continent, dont les plus hauts faits d’armes ont été d’élever le crime et la barbarie au niveau d’une institution.Parlant des deux guerres civiles occidentales du 20è siècle, Aimé Césaire disait : “ Les plus hauts tas de cadavres de toute l’histoire de l’humanité.”

William Hewitt cité par Marx écrivait de son côté : “Les barbaries et les atrocités exécrables perpétrées par les races soi-disant chrétiennes dans toutes les régions du monde et contre tous les peuples qu’elles ont pu subjuguer n’ont de parallèle dans aucune autre ère de l’histoire universelle, chez aucune race si sauvage, si grossière, si impitoyable, si éhontée quelle fut.” (1)

De cela, il faut cesser d’en parler. Cette histoire meurtrière, écrite à feu et à sang il faut l’oublier. Il faut percevoir l’Occident, comme une entité vierge, auto-absout de tous ses crimes par la “race dominante” qui veut imposer à nos cerveaux de “race dominée”, l’ordre qu’elle conçoit des choses, à savoir : “l’Occident, naturellement dominant, l’a toujours été, et le sera toujours.”

 

Nous vivons le temps du retour de la mémoire. Les peuples, brusquement, se souviennent des humiliations, des horreurs subies dans le passé. Ils ont décidé de demander des comptes à l’Occident”, écrit Jean Ziégler.(2)

“La mémoire blessée des peuples autrefois colonisés est devenue aujourd’hui une force historique puissante.”  Welzer qui est loin d’être un gauchiste enragé ou un exalté, répond tout simplement, de manière implacable à la question essentielle de notre époque : “pourquoi fait-on la guerre aujourd’hui et qui la fait ?

Les questions écologiques, les problèmes des libertés individuelles et collectives, le devenir de l’humanité, et la responsabilité historique de la violence impérialiste sont passés au crible du décryptage, de l’analyse clinique, sans circonstances atténuantes pour l’Occident.

Ecoutons Welzer au travers de ces quelques lignes.

 

Dunières TALIS

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Le réchauffement climatique, résultat de l’insatiable faim d’énergies fossiles

L’implacable brutalité avec laquelle les premiers pays industrialisés s’efforcèrent alors d’assouvir leur fringale de matières premières, de territoires et de puissance, apposant ainsi leur marque sur les continents, rien n’en montre plus les traces aujourd’hui dans les pays occidentaux. Le souvenir de l’exploitation, de l’esclavage et de la destruction a été gommé par une amnésie démocratique, comme si les États de l’Occident avaient toujours été tels qu’ils sont à présent, alors que leur richesse et leur prépondérance se sont bâties sur une histoire meurtrière.”

“Au lieu de cela, on se targue d’avoir inventé, de respecter et de défendre les droits de l’homme, on pratique le “politiquement correct”, on engage des actions humanitaires quand, quelque part en Afrique ou en Asie, une guerre civile, une inondation ou une sécheresse prive les gens du nécessaire. On décide des interventions militaires pour étendre la démocratie, en oubliant que la plupart des démocraties européennes reposent sur une histoire faite d’exclusions, de purifications ethniques et de génocides. Tandis que l’histoire dissymétriques des XIXè  et XXè siècles s’est inscrite  dans le luxe  dont ont joui les sociétés occidentales, beaucoup de pays émergents  souffrent encore gravement de l’histoire qui leur fut imposée par la violence : les anciennes colonies sont nombreuses à n’être jamais parvenues ni à un Etat stable, encore moins, à la prospérité ; dans bien des cas, leur exploitation s’est poursuivi sous des formes différentes et, dans beaucoup de ces sociétés fragilisées, les indicateurs ne sont pas à l’amélioration, mais à l’aggravation de leur déclin.”

“Le réchauffement climatique, résultat de l’insatiable faim d’énergies fossiles dans les pays les plus anciennement industrialisés, frappe le plus durement les régions les plus pauvres du monde : il y a là une ironie amère qui dément tout espoir que la vie soit juste. Pendant la guerre d’extermination menée par l’administration coloniale allemande contre les Herero et les Nama, la première du XXè siècle,non seulement une grande partie de la population autochtone de l’Afrique du Sud-Ouest fut exterminée, mais on créa des camps de concentration et de travail, et les prisonniers de guerre furent vendus comme travailleurs esclaves.”

L’implacable violence de la colonisation

“Cette guerre d’extermination n’est pas seulement un exemple de l’implacable violence de la colonisation, elle fut l’esquisse des génocides ultérieurs : volonté d’extermination totale, camps, stratégie d’anéantissement par le travail forcé.”

“L’Occident n’exerce plus que dans des cas exceptionnels une violence directe contre d’autres Etats ; les guerres sont aujourd’hui des entreprises comportant de longs enchaînements d’actions et des acteurs nombreux, la violence est déléguée, remodelée, invisible. Les guerres du XXIè siècle sont post-héroïques et ont l’air d’être menées à contrecœur. Et parler fièrement d’anéantir des peuples, c’est depuis l’holocauste devenu impossible.”

“Ce modèle de société, si implacablement efficace qu’il ait été pendant un quart de millénaire, voici qu’au moment où son triomphe devient mondial – et où même les pays communistes, ou qui l’étaient encore hier, succombent à l’ivresse d’un mode de vie impliquant voitures, écrans plats et voyages au loin -, il parvient maintenant à une limite de son fonctionnement, une limite que personne ou presque n’avait soupçonné si proche et si nette.”

“L’astronomie ne nous offrant pas encore de planètes colonisables à notre portée, nous sommes bien obligés de constater froidement que la terre est une île. Pas question d’aller s’installer plus loin une fois l’herbe broutée et les sources taries.

Mais que les guerres induites par le climat soient la forme directe ou indirecte de la résolution des conflits du XXIè siècle, la violence est promise à un grand avenir dans ce siècle. Il verra non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux problèmes de réfugiés ; non seulement des tensions dont l’enjeu sera les droits à l’eau et à l’exploitation, mais de véritables guerres pour les ressources : non seulement des conflits religieux, mais des guerres de convictions. Un trait essentiel de la violence telle qu’elle est exercée par l’Occident est l’effort pour la déléguer autant que possible : à des entreprises de sécurité et de violence privées ou, pour la protection des frontières, en repoussant celles-ci vers l’extérieur, dans des pays économiquement et politiquement dépendants.” (3)

“La question qui se pose en conclusion d’un tel livre est naturellement de savoir ce qui peut être fait pour éviter le pire, ou – pour le dire plus solennellement – quels enseignements pratiques peuvent être tirés de l’histoire.”

 

Harald Welzer

 

Harald Welzer : “Les guerres du climat, pourquoi on tue au XXIè siècle, Editions Gallimard, 2009

 

(1) – Marx : “Le capital” Livre 1er, tome III page 194

(2) – Jean Ziégler : “La haine de l’Occident” Editions Albin Michel

(3) – Pour défendre l’Europe contre les demandeurs d’asile, les réfugiés de la faim, du climat, de la misère, etc, l’Union européenne s’est dotée d’une organisation quasi-militaire, quasi-clandestine qui porte le nom de FRONTEX (Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures)

 

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