Les otages d’HYDRO-QUÉBEC et d’ALCOA

 ROBERT BIBEAU :

Marché de dupes

Le 25 février dernier, le gouvernement péquiste et la multinationale ALCOA ont signé une entente sur les tarifs de l’électricité qui sera livrée par Hydro-Québec (société appartenant au gouvernement) à ce titan international jouant les indigents (1).

Alors que les péquistes, simulant les gros bras durant la dernière campagne électorale, avaient promis de faire payer leur « juste part aux multinationales exploitant le travail et les ressources naturelles québécoises » voilà que Madame Marois annonce un accord qui constitue une réduction de tarif par rapport au prix sacrifice déjà consenti en 2008 par contrat avec le gouvernement Libéral. Le matamore péquiste s’est dégonflé comme une baudruche devant ses maîtres milliardaires internationaux.

ALCOA est le 3e plus gros monopole mondial de l’aluminium avec 129 000 employés distribués dans 43 pays et un chiffre d’affaires de 25 milliards dollars US en 2011. La compagnie possède quatre usines au Canada à Baie-Comeau, Deschambault et Bécancour exploitant au total 3 000 salariés (2). La compagnie a congédié quelques centaines d’ouvriers au cours de la dernière année. Pourtant, elle a entrepris des projets d’investissement de près de 2 milliards de dollars dans ses usines canadiennes. Ces investissements, petite partie de ses profits tirés d’ici, ne créeront aucun emploi, au contraire, ils en élimineront quelques centaines, grâce aux gains de productivité escomptés – ce que l’ex-PM Jacques Parizeau réclame de toute son âme pour relancer l’économie en faillite (3). Relancer l’économie pour qui? Certainement pas pour les ouvriers congédiés ni pour leurs familles menacées de pauvreté.

La firme ALCOA menaçait de fermer ses usines et, en récompense pour ce chantage, elle reçoit une aide gouvernementale sous forme de tarifs d’électricité réduits. On demande aux employés congédiés – à qui l’on refuse parfois l’assurance emploi – de subventionner leur mise à pied à même leurs tarifs d’électricité au foyer. Démonstration!

Pénurie ou surplus d’électricité = hausse des tarifs

Étrangement, pour les salariés en vertu de la loi de l’offre et de la demande, s’il y a pénurie d’électricité, il y a hausse des tarifs. Mais s’il y a surplus d’électricité, il y aussi hausse des tarifs en vertu de la loi du profit maximum. Pour une multinationale de l’aluminium, c’est exactement l’inverse, il y a toujours diminution des tarifs. La duplicité de l’appareil gouvernemental des riches au service des oligopoles apatrides est telle qu’ils défient les lois « naturelles » de l’économie capitaliste. Ainsi, tous les sous-fifres économistes vous expliqueront que « la main invisible du marché libre » dirigée par la loi incontournable de « l’offre et de la demande » fixe les prix et enclenche la croissance ou le ralentissement de la production. Tout ceci est faux comme le prouve l’entente ALCOA-Hydro.

Il en coûte en moyenne 8,6 cents le kWh à Hydro-Québec pour produire l’électricité, parmi la moins chère au monde. Par cette entente, Hydro-Québec firme étatique « socialiste » poursuivra son « assistance sociale » de 5,3 ¢lekWh vendu à ALCOA (prix rabais convenu de 3,3 ¢kWh) soit des centaines de millions de dollars de subventions à la multinationale milliardaire (4). Par ce contrat, Hydro-Québec perdra beaucoup d’argent. Pourtant, chaque année, Hydro remet deux milliards de CAD de bénéfices au gouvernement québécois. C’est que les tarifs d’électricités pour les PME et pour les foyers de salariés sont deux à trois fois plus élevés que le prix coûtant. Les salariés subventionnent ainsi les monopoles américain, norvégien, autrichien, britannique et australien (Rio-Tinto-Alcan, Alouette) pour les congédier.

Pire, l’économie politique capitaliste, étant non planifiée et anarchique, Hydro-Québec poursuit depuis vingt ans une politique d’expansion de sa production d’électricité sous le fallacieux prétexte que la demande d’énergie ne cessera jamais d’augmenter, ce que la crise de 2008 a contredit et nous avisons Hydro-Québec qu’un séisme économique encore bien pire est à venir. Qui plus est, le gouvernement québécois a intimé l’ordre à Hydro-Québec d’acheter à prix trop élevé l’électricité produite par divers capitalistes de l’éolien et des micros-barrages privés, une « aide » de l’État bourgeois aux amis capitalistes. Si bien que la corporation étatique se retrouve avec une importante quantité d’électricité invendue. Chaque kilowatt lui coûte 8,6 ¢ à produire, mais Hydro-Québec n’obtient que 4,7 ¢ le kWh pour ses ventes à l’étranger. L’Hydro doit donc, pour livrer ses deux milliards de profits à l’État, encore augmenter les tarifs pour les foyers des salariés (5).

Il est assuré qu’une entreprise privée friande de profits cesserait de produire l’électricité qui lui coûte plus cher qu’elle ne lui rapporte, mais pas une entreprise capitaliste étatique qui subventionne ainsi la classe capitaliste monopoliste. Si Hydro était une entreprise capitaliste privée, elle vendrait son énergie non pas au prix coûtant, ce qui n’est jamais le but d’une opération marchande, mais avec un profit que tous les économistes à la solde vous diraient normal et raisonnable. ALCOA n’aurait aucun moyen de parer ces tarifs réalistes pour l’électricité qu’elle achète. Les salariés canadiens paient deux fois leurs emplois, comme ouvriers spoliés de leur plus-value à l’usine et comme client captif du monopole d’État. Les «jobs  cadeaux» d’ALCOA coûtent cher aux ouvriers canadiens (6).

Pas moyen d’y échapper par des réformes

Pourtant, soyons conscient, il n’y a aucun moyen d’échapper à la dictature économique des oligopoles internationaux et aux diktats politiques de leurs thuriféraires péquistes ou libéraux ou caquistes contrairement à ce que racontent les syndicalistes réformistes. C’est l’impérialisme qu’il faut abolir pour rétablir le droit au travail pour tous, sans chantage oligopolistique.

 Pour informations complémentaires : http://www.robertbibeau.ca/Palestine.html

 http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/401074/alcoa-annonce-une-entente-sur-les-tarifs-de-ses-trois-usines

  1.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Alcoa
  2. http://www.les7duquebec.com/7-au-front/la-productivite-des-ouvriers-nest-pas-suffisante/
  3. « Passer d’un prix de 2,8 cents le kilowattheure à 4,6 cents en 2015 aurait constitué un choc tarifaire trop violent pour Alcoa, m’expliquait hier Martin Brière, PDG d’Alcoa Canada Groupe ». L’entente impliquant Hydro-Québec prévoit un tarif de moins de 3,3 cents le kWh, plutôt que le tarif L consenti aux meilleurs clients, soit 4,7 cents le kWh http://princearthurherald.com/fr/quebec-canada/les-surplus-d-lectricit-d-hydro-qu-bec-s-approchent-du-quart-de-notre-consommation-annuelle
  4. Surplus d’électricité « Ces approvisionnements en trop, de l’ordre de 24 TWh entre 2013-2020, équivalent grosso modo aux surplus d’électricité de 21,4 TWh qu’Hydro-Québec doit supporter, a expliqué le p.-d. g. » 
  5.  http://www.ledevoir.com/politique/quebec/370785/1-5-milliard-pour-des-surplus-d-electricite-imposes-par-les-liberaux. Pour François Bonnardel, de la Coalition avenir Québec, le rapport vient démontrer que la hausse des tarifs de 5,8 % demandée par Hydro-Québec servira à la construction d’éoliennes qui généreront plus de surplus vendus à perte sur les marchés d’exportation. http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/actualite-economique/201402/24/01-4742017-marois-accueille-froidement-le-rapport-sur-les-enjeux-energetiques.php

 « Le prix obtenu par Hydro-Québec pour chaque kilowatt vendu sur les marchés à court terme de l’extérieur du Québec est passé de 9,0 ¢ en 2008 à 4,7 ¢ en 2011. » http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/actualite-economique/201402/24/01-4742017-marois-accueille-froidement-le-rapport-sur-les-enjeux-energetiques.php

 

 

2 pensées sur “Les otages d’HYDRO-QUÉBEC et d’ALCOA

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    28 février 2014 à 10 10 32 02322
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    Bienvenue aux commentaires

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    28 février 2014 à 10 10 49 02492
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    Maintenant ils vont se retourner vers les autres pays du monde où ils ont des usines et utiliser le même système de chantage et obtenir d’eux encore plus de faveur, pour finalement revenir au Québec au moment opportun pour redemander d’autre réduction. Tous les pays du monde font face à ce chantage de toutes les multinationales qui utilisent la solution miracle de diviser pour régner.
    Pour briser ce cercle vicieux il faudrait une entente entre tous les pays pour résister au chantage de fermeture d’usines. Ce n’est pas demain la veille. Je ne risque pas de voir ça de mon vivant.

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