L’Ukraine, prise entre deux feux

Source :  INFO-BREF. No 419. 1.01.2016. Gérard Bad. Paris.

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L’Ukraine n’est pas loin d’être coupée en deux, entre pro et anti européens qui sont, bien entendu, anti ou pro russes. Et l’affrontement est fortement encouragé d’un côté par les USA et l’Europe (qui parlent maintenant de sanctions contre le gouvernement ukrainien) et de l’autre par la Russie.

Au départ, il y avait juste une proposition d’accord économique entre l’Ukraine et l’Europe, cette dernière prétendant s’entendre parfaitement avec les dirigeants actuels ukrainiens. Ensuite, l’Europe a protesté auprès de la Russie contre des pressions que celle-ci aurait exercées pour faire échouer l’accord. La Russie aurait proposé un accord économique plus intéressant. En fait, il s’avérait surtout que les accords européens étaient dirigés contre la Russie et l’accord avec la Russie contre l’Europe. Les deux étaient donc du même type : des accords exclusifs et des accords en vue d’un affrontement. Rien d’étonnant qu’on en arrive donc à l’affrontement puisqu’il est voulu des deux côtés.

L’Ukraine n’est pas la seule des pays de l’Est à avoir choisi l’accord russe plutôt que l’européen mais par exemple la Moldavie fait moins de bruit car l’enjeu est bien moins important économiquement et politiquement pour le camp occidental. Du coup, le bras de fer a lieu seulement avec l’Ukraine et il se déroule côté occidental comme un combat pour la défense de la démocratie contre un gouvernement dictatorial, le même gouvernement qui serait considéré comme parfaitement démocratique s’il signait avec l’Europe…

Du côté occidental, le discours est le suivant : « Si l’Europe offre un accord à l’Ukraine, c’est de la libre concurrence, si c’est la Russie ce sont des pressions inadmissibles et si le gouvernement ukrainien fait jouer la concurrence entre les deux, c’est du chantage. »

Ce n’est pas spécialement en Ukraine que les deux camps s’affrontent. Tous les pays de l’Est sont également objets de pressions des deux côtés. Il n’y a pas un camp bien intentionné, intervenant pour des motifs démocratiques, purement fraternels et un camp antidémocratique et impérialiste. Les deux camps veulent exactement la même chose : dominer la région. La Russie essaie de conserver sa zone d’influence autour d’elle. Les USA et l’Europe essaient de la contester et d’entourer la Russie de nations hostiles.

Autrefois, quand les impérialismes occidentaux menaient ce type d’actions et de pressions, c’était à cause de la « guerre froide » mais maintenant que tout le bloc de l’Est, y compris la Russie et également la Chine participent au marché mondial, ils sont concurrents des précédents et la lutte économique et politique se mène avec tous les outils, y compris des manifestations populaires.

Et côté Ukrainien, qu’est-ce qui motive la division en deux camps ? Une petite moitié de l’Ukraine commerce davantage avec l’Europe et une grande moitié commerce davantage avec la Russie qui est également fournisseur d’énergie et consommateur de produits agricoles. D’autre part, les classes dirigeantes ukrainiennes ne voient pas d’un mauvais œil que la population soit polarisée violemment par une autre question que la situation sociale, que la lutte contre les classes dirigeantes. En somme, les masses populaires devraient se diviser entre ceux qui soutiennent telle fraction des classes dirigeantes et ceux qui soutiennent telle autre. Par contre, personne ne propose d’unir les travailleurs et les masses populaires contre tous ces profiteurs, et ces politiciens tous aussi liés aux capitalistes locaux comme étrangers. Tous ces bonimenteurs n’ont que l’intérêt du pays à la bouche mais tous sont dans des calculs pour trouver le camp qui leur profitera le plus.

En attendant, en Ukraine comme dans le reste du monde, on attise des motifs d’affrontements entre le bloc Russie-Chine et le bloc USA-Europe-Japon, entre nouveaux pays capitalistes et anciens. Le partage du monde, voilà qui a justifié toutes les guerres mondiales et cette fois encore c’est la crise du système qui décidera du moment.

Plus que jamais, il ne s’agit nullement dans ces affrontements de défendre la démocratie ou la liberté des peuples mais de défendre les intérêts d’une poignée de profiteurs.

Nous n’avons pas à choisir, en Ukraine comme ailleurs, entre un camp pro-européen et un camp pro-Russe. Ce n’est pas une question de démocratie, l’Occident étant censé défendre la démocratie. Car Poutine ne défend pas plus la démocratie en Tchétchénie, que la Chine chez les Ouighours ou la France en Centrafrique ou les USA en Afghanistan ou en Irak. La domination et l’exploitation du monde, voilà la seule motivation de la classe capitaliste mondiale, qu’elle s’entende ou qu’elle ne s’entende pas entre elle. La seule capable de mettre tout ce joli monde d’accord, c’est la classe ouvrière mondiale. Et elle seule peut en finir avec un monde capitaliste qui place l’humanité sans cesse au bord du gouffre ! Nous n’avons pas à attendre les bras ballants que l’effondrement financier décide les classes dirigeantes et les hommes politiques à leur service à rejeter l’humanité dans la boucherie. Il faut ôter aux capitalistes les rênes de la direction de la société et c’est seulement la classe ouvrière, à la tête de toutes les couches populaires, qui est capable de le faire.

A bas les discours mensongers sur l’Ukraine, sur l’Europe, sur la démocratie ! A bas tous les discours belliqueux qui présentent les pays de l’autre camp comme des ennemis ! Les travailleurs sont tous des frères ! Leur préparation à la guerre mondiale ne doit pas nous influencer et nous empêcher de développer nos propres perspectives de classe : la république des conseils de travailleurs à l’échelle planétaire.

Lasuite

 

 

 

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