Mélenchon : VIe République ou République sociale?

Par Gérard Bad. Le 13.02.2017.

 

Nous pouvons trouver chez Marx et Engels de déclarations considérant que la « république démocratique » serait la « forme spécifique de la dictature du prolétariat »1. Engels réaffirme cela à Kautsky le 29 juin 1891, deux ans plus tard presque jour pour jour il écrit à Paul Lafargue :

«  La forme républicaine n’ est plus que la simple négation de la monarchie. Et le bouleversement de la monarchie s’accomplira comme simple corollaire de la révolution : en Allemagne, les partis bourgeois sont si achevés que nous devrons passer immédiatement de la monarchie à la république sociale » le 27 juin 1893

Suite au massacre de la commune de Paris, Marx et Engels allaient considérer que la défense de la démocratie pure, n’ était que l’ombre de la terreur blanche. Derrière le slogan « liberté égalité fraternité » se cachait comme équivalent « Infanterie, Artillerie, Cavalerie » 2

Engels dans une lettre du 11 décembre 1884, avait fort bien compris le rôle du système démocratique

«  En tout cas, notre seul ennemi, le jour de la crise et le lendemain, ce sera l’ ensemble de la réaction groupée autour de la démocratie pure » (Engels à Bebel lettre du 11/12/1884)

Tout cela sera mainte foi vérifié par l’histoire, lors de la révolution allemande, avec Liebknech proclamant la République des soviets, tandis que toute la réaction, groupée derrière la démocratie pure des sociaux traites Noske et Scheideman , proclamant la république comme instrument de terreur bourgeoise contre le prolétariat. C’est aussi très démocratiquement que les nazis vont asseoir leur pouvoir.

Revenons en à notre Mélenchon et sa VIéme république, sa « révolution du bulletin de vote » , sa « révolution fiscale » … Les principaux points de la « révolution culturelle » du tribun Mélenchon se limites à vouloir démocratiser la démocratie, rendre au peuple sa suprématie. Comment ? En s’appuyant sur l’ Etat, en faisant chanter par ses ouailles la Marseillaise poing levé comme Trump l’hymne américain. Mélenchon, n’ est qu’un rabatteur pour l’union nationale et un ennemi de l’ internationalisme prolétarien Avec sa petite veste à la Mao il veut sa grande révolution culturelle.

 

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Mais d’où le sieur Mélenchon a t’il trouvé cette idée de VI éme  République, c’est le PCF qui dans son programme de 1958 déclarait que la Véme république (élaborée par le socialiste Guy Mollet) marquait la prise du pouvoir par les monopoles « instituant un régime anti-démocratique ». Les troskistes du PCI (Lambertiste) actuellement POI, allaient aussi s’ engager dans un combat visant la disparition de la Véme république suivi par les maoiste de « l’humanité rouge » qui voulaient l’ abrogation de la Véme république pour ouvrir la voie à la révolution prolétarienne.

 

Tous veulent finalement purifier la démocratie, c’est à dire rabaisser la lutte de classe pour la révolution sociale à une lutte entre la forme exécutive et parlementaire de la domination de classe.

 «Ce ne fut pas une révolution faite pour transférer ce pouvoir d’une fraction des classes dominantes à une autre, mais une révolution pour briser cet horrible appareil même de domination de classes. Ce ne fut pas une de ces luttes mesquines entre la forme exécutive et la forme parlementaire de la domination de classe , mais une révolte contre ces formes qui se confondent, la forme parlementaire n’étant que l’appendice trompeur de l’exécutif. » (La guerre civile en France)

 

Comme le dira Troski dans « Terrorisme et communisme » à l’ encontre de Kautsky c’ est à croire qu’il ne s’est rien passé d’important ici-bas depuis le jour ou fut écrit le programme d’ Erfurt ! » ( Terrorisme et communisme, ed, Prométhée « sur le fil du temps, p.39)

 

NOTES

 Lire Il y a 140 ans la Commune de Paris : république sociale ou république démocratique.

 1Lettre de Engels à Kautsky sur le programme d’ Erfurt le 29 juin 1891, ed ; sociale classique du marxisme, p.103.

2Le 18 brumaire de L. Bonaparte

Une pensée sur “Mélenchon : VIe République ou République sociale?

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    16 février 2017 à 17 05 04 02042
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    Bonjour,
    Au cœur de la stratégie politique de Mélenchon, il y a un choix programmatique fondamental. Pour ceux qui croient toujours à la révolution socialiste, la classe ouvrière est la seule capable de conduire le peuple à la victoire dans la mesure où elle est la seule à avoir un intérêt direct et vital à mettre un terme à la domination de la société par la bourgeoisie. Conduite par un parti révolutionnaire elle est la seule capable d’entraîner la petite-bourgeoisie dans son projet d’expropriation du capital et d’avoir éventuellement si la nécessité l’y oblige à diriger l’insurrection qui est l’acte ultime de la prise du pouvoir et du démantèlement de l’État bourgeois.

    Mélenchon substitue à la classe ouvrière comme point d’appui pour renverser le régime capitaliste, la notion de peuple de gauche capable d’accomplir les tâches de la Révolution sans avoir à construire de soviets ni à envisager une insurrection. Le cœur de sa stratégie se concentre dans la convocation d’une assemblée constituante appelée à refaire une constitution disons socialiste et écologique. Il fait le pari qu’il est possible de renverser la bourgeoisie sans l’irruption de la violence. On est en droit de douter que la bourgeoisie se laissera déposséder sans se battre. Tout est possible. Lénine avait déclaré que si les socialistes-révolutionnaires avaient accepté de remettre tous les pouvoirs de la Douma aux soviets, l’insurrection aurait pu se faire pacifiquement. Encore que la prise du Palais d’Hiver n’ait pas été une tuerie.

    Il se peut que l’élection de Mélenchon ouvre une crise révolutionnaire et qu’il n’ait pas le temps de convoquer la Constituante. Il se peut que la convocation de la Constituante ouvre une crise révolutionnaire. Personne ne peut savoir ce qui va se passer. L’absence d’un parti révolutionnaire capable d’appeler à des conseils ouvriers et populaires sera dramatique. Mais la démarche de Mélenchon est une démarche de rupture, une rupture incomplète qui soulèvera des problèmes.

    La stratégie de Mélenchon est questionnable. Mais elle est sincère. L’ironie facile n’est pas la bonne réponse à lui faire. Il faut appeler à construire un pouvoir parallèle qui pourra défier celui des institutions et débattre avec tout le monde des buts et des moyens de la victoire.

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