Questions à la « gauche » canadienne

(Au Canada aussi la go-gauche sévit. Aujourd’hui nous vous donnons à lire – les questions que la « gauche » canadienne s’adresse à elle-même. Dans le monde de l’espionnage ont dit que les questions sont aussi révélatrices de son ennemi que les réponses. Voici les questions révélatrices de la go-gauche électoraliste. Robert Bibeau. Directeur. Les7duQuébec.com)

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gauche-droite

 

La gauche canadienne doit regrouper l’opposition au gouvernement Trudeau et développer une voie indépendante.

Michal Rozworski, Jacobin, 3 février 2016. M. Rozworski est un auteur et chercheur dans le mouvement syndical. Il vit et travaille à Toronto. Il tient un blogue au Political Eh-conomy   Source : http://www.pressegauche.org/spip.php?article25187

Traduction : Alexandra Cyr

Stephan Harper est parti mais, comme le dit un de mes amis en blaguant à moitié, le Canada a récolté la deuxième pire situation qu’on lui a vendue comme étant la meilleure. Alors que se passe-t-il maintenant ? L’élection de Justin Trudeau soulève autant de questions que de réponses et il y en a des difficiles.

En 2015, les Libéraux ont montré tout leur talent à faire campagne à gauche. Nous attendons maintenant qu’ils nous démontrent qu’ils sont tout aussi capables de gouverner à droite et ils ne peuvent pas se contenter de répéter « on vous l’avait bien dit » pendant quatre ans. Ce n’est pas par hasard que les Libéraux forment « le parti naturel de gouvernement » au Canada ; il faut le reconnaitre, ils savent gouverner. Ils sont experts dans l’art de doser les intérêts qui se font concurrence ou, plus exactement, de donner l’impression qu’ils le font pendant qu’ils favorisent l’élite et les couches supérieures de la classe moyenne.

Nous devons aussi admettre que les choses vont changer et que cela affectera les positions des gens et leur rapport à la politique. D’un côté, ils font des ouvertures à gauche en posant des gestes symboliques à l’occasion, mais, en même temps, ils freinent le changement en limitant les contours des politiques progressistes. Les Libéraux ne comblent pas le vide créé par une gauche affaiblie comme les Conservateurs le faisaient. Ils ne s’adressaient à la classe ouvrière que sur la base de leurs principes politiques étroits ce qui l’excluait dans les faits. Les libéraux s’adressent à la classe progressiste qui représente un segment plus large de la population et cela peut nous désorienter.

Le nouveau gouvernement a déjà démontré des capacités à cueillir les fruits les plus mûrs dans les demandes des progressistes et s’attaquer au plus facile. Par exemple, le rétablissement du formulaire long du recensement, un vrai soulagement pour les gens, dont je suis, qui sont préoccupés-es par l’objectif hautement défendable d’augmenter la qualité des données concernant notre société. C’est une ouverture ; ces nouvelles données peuvent ajouter de la crédibilité à notre connaissance des inégalités et de la stagnation que nous observons autour de nous. En plus, avoir des données plus fines et plus abondantes sur les conditions sociales est un instrument extrêmement utile pour éventuellement attaquer les programmes sociaux universels et, grâce à des micros politiques, finir par éliminer certains bénéfices.

Autre exemple : les changements climatiques. Dernièrement, le Canada a joint le groupe des « ambitieux » à la COP 21 de Paris. Ces groupes soutiennent une augmentation maximale de 1.5 degrés Celsius de la température de la planète. C’est un objectif louable et que beaucoup de groupes environnementalistes ont demandé, mais il semble que ce ne soit finalement que des paroles. Les Libéraux se sont présentés à cette conférence avec les vieux objectifs des Conservateurs et ces objectifs étaient loin d’être « ambitieux ».

Il faut maintenant se demander comment transformer ces ouvertures, réelles ou verbales, et les introduire dans le débat public, dans la vie publique. Et de le faire sans s’illusionner à propos des Libéraux et sans tenir un discours si purement critique qu’il éloignerait tous ceux et celles qui se réjouissent, avec raison, de la défaite de M. Harper.

Il y a aussi ceux et celles qui sont aliénés-es politiquement, qui ont décroché du processus et que l’on retrouve dans les segments de la population les plus exploités et discriminés. Comment les aider à s’organiser, les écouter et leur parler ?
Autrement dit, comment dépasser les barrières installées par la technocratie ? C’est le terrain naturel des Libéraux et cela fait partie de la professionnalisation et de la bureaucratisation de la démocratie sociale. Pour eux, il s’agit d’une pure bataille d’idées : « si nous pouvions convaincre les élites que nos idées sont meilleures, ils nous écouteraient ».

La gauche devrait s’installer à l’autre bout du spectre, ses politiques ne sont pas technocratiques. Elles ne peuvent pas être dictées par des experts qui élaborent des grilles allant du plus petit au plus grand. Il faut reprendre le vieux et difficile processus de partir de là où se situent les gens et de développer avec eux l’allure de ces politiques à travers des actions, des réflexions et des luttes communes.
Si la première approche passe par la communication, la seconde doit porter sur l’économie politique comme telle. Nous devons arriver à voir comment la victoire des Libéraux est un instrument dans notre recherche de moyens de sortir, non seulement le Canada de la stagnation, mais également le reste de la planète (!?… Voilà une question fort révélatrice des intentions de la go-gauche bourgeoise.  NDLR)

Dans la conjoncture actuelle, l’engagement électoral de M. Trudeau de contracter des déficits était une manœuvre adroite qui visait le NPD, mais c’est la forme que cela prendra qui devient déterminante. Il semble que cela se limitera aux dépenses en infrastructures publiques qui accompagneront les investissements privés.

Il est clair que le Canada a un besoin crucial de nouvelles infrastructures. Il faut se demander quel genre d’infrastructures en ressortira et s’il y aura en même temps un accroissement des investissements dans les services publics. Accomplir ce que les capitaux privés ne veulent pas faire et qui s’impose est une chose, mais, si en même temps, on ne fait rien pour éviter qu’ils ne mettent la main sur une part encore plus importante des surplus publics, on aura développé un projet pour l’élite (Où Monsieur Rozworsky a-t-il vu des SURPLUS PUBLICS… Par ailleurs il indique correctement que la politique du NPD et la politique des Libéraux c’est du pareil au même. NDLR).

Finir par équilibrer le budget sur le dos des pauvres et de la classe ouvrière, tout en réduisant les capacités de l’État à créer des services universels, semble être également à l’ordre du jour.

Ne pas se faire d’illusions signifie reconnaitre que le programme libéral va probablement, encore une fois et un peu plus profondément, mettre l’État au service du capital. (NON pas « mettre l’État au service du capital » – l’État capitaliste a toujours été au service du capital même en Ontario sous Bob Rea=NPD. NDLR)  Il y aura un saupoudrage de fonds pour de nouveaux intérêts restreints, pour des investissements mineurs visant à améliorer quelque peu les conditions du sous-emploi ; ce qui n’empêchera pas, qu’en même temps, la démolition de l’État providence ne se poursuive.  (C’est vrai, et peut-on empêcher la démolition de l’État providence Monsieur Rozworsky ? Comment ? NDLR).

Les appuis à la consommation resteront présents mais via des transferts ciblés, sans aucune tentative d’organisation de programmes universels d’achats étatiques. Par exemple, accorder des bénéfices aux enfants plutôt que développer des services universels de garde. Il subsiste des éléments désorientants comme l’engagement à limiter les partenariats publics-privés ; c’est un signal positif qu’il faudra surveiller pour s’en servir éventuellement comme outil de pression (Le gauchiste se démasque ici comme un réformiste qui ne peut qu’imaginer de tenter de sauver les meubles de l’État providence publique … ce qu’il ne pourra pas réussir de toute manière. L’État providence est condamné tout comme le capitalisme de concurrence. NDLR).

La question cruciale demeure celle d’identifier les points faibles sur lesquels nous pouvons intervenir, tout en gardant un œil sur l’économie politique actuelle. Quelles sont les luttes sociales que nous pouvons investir très efficacement ? Il ne faut jamais oublier que le capital recherche constamment le support de l’État, mais un État réformé et structuré en fonction de ses intérêts. (Ceci est faux. Le capital ne cherche pas le soutien de l’État – le capital ordonne à son État les politiques qui pourraient le sauver pense-t-il – le débat se résume à savoir quelles mesures sont les plus aptes à sauver le capital.  NDLR)

Où pouvons-nous développer des alternatives solides et des actions pouvant s’opposer aux projets en faveur de l’élite, et ce, sans pour autant avoir un discours purement négatif ? Et quels sont les groupes constitués ou en développement qui peuvent assumer ces défis ?


Reste la question de l’organisation et c’est peut-être celle qui pose le plus de défis. L’élection de ce nouveau gouvernement dégage d’importantes occasions de le mettre sous pression, mais les vieilles structures de la gauche, les syndicats, les partis sociaux-démocrates, le mouvement social, sont soit faibles, fragmentés ou se résignent au statut quo. Comment allons-nous les reconstruire ? L’enjeu des stratégies à la base qui dépasse le « Y a qu’à… » est peut-être le plus important. Et il faut s’y attaquer très rapidement.

(Nous donnerons plus tard notre opinion à propos de cette nécessaire organisation de la véritable gauche prolétarienne révolutionnaire… d’ici là regardons la go-gauche se diluer.  NDLR).

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