Réflexions sur la chute du prix du pétrole

Par  Gérard Bad.  INFOBREF no 408. Paris.  Octobre 2014.

 

  • Nous connaissons les liens internes entre le dollar comme monnaie universelle,le pétrole payé en dollars et la banque centrale US ( FED).
  • Nous savons qu’à plusieurs reprises, le dollar fut mis en cause comme monnaie universelle, mais à ce jour toutes les entreprises visant à détrôner le dollar ont échoué.
  • Nous savons que les USA à plusieurs reprises ont utilisés les chocs pétroliers, afin d’ éponger leur déficit abyssal, ceci de connivence avec l’ Arabie Saoudite et le chah d’ Iran, l’OPEP suivra.Le but des USA était de provoquer une rareté pétrolière fictive sur le marché afin de faire monter le prix du baril. On parla de PIK OIL pour l’ an 2000 tout en projetant un prix du baril à 200 dollars.A plus de 100 dollars le baril, l’ exploitation du pétrole non conventionnel pouvait  se pratiquer à grande échelle aux USA et ailleurs, les schismes bitumeux seront à grand frais exploités, sachant que l’ exploitation serait limitée dans le temps. ( 5 ans à confirmer). La presse commença par nous dire que les USA non seulement étaient devenus autonomes, mais qu’ils  exportaient maintenant du pétrole, la fée clochette était passée par la. On annonça que les USA étaient enfin en mesure de réduire leur déficit. Il n’ en fallait pas plus pour redonner des couleurs au dollar. La FED de son coté après avoir fait fonctionner jusqu’à la démesure la planche a billet, s ‘est mise à promettre de relever ses taux d’ intérêts.Mais voilà que le prix du baril commençait à chuter et perdra 50% de sa valeur, se situant en moyenne à 50 dollars le baril avec des plongeons en dessous de 40 dollars le baril. Que s’ était il donc passé pour que les USA perdent la main sur l’ approvisionnement pétrolier ?
  • Première question ont ils vraiment perdu la main au point que l’ Arabie Saoudite puisse désobéir à l’Oncle Sam ? Permettez moi d’ en douter. (voir l’ annexe 1)

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    A noter au passage que la Cop 21 qui doit se tenir à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015 est du fait de la chute du prix du pétrole  dans l’ impossibilité de présenter son programme « écolo » de gaz contre pétrole.

    En ce qui me concerne, je pense que les USA manœuvre avec l’ arme du pétrole de manière quelque peu différente que lors des chocs pétroliers. Vous aurez remarqué que le cours du dollar remonte et que presque mécaniquement celui de l’ or chute. La BCE a même prévue remonter ses taux pour que des liquidités affluent. Un pétrole à bas coût payer par un dollar fort, c’ est une bonne affaire pour les USA. D’ autre part, les producteurs américains voudraient exporter du pétrole de schiste , léger et importer du pétrole lourd pour alimenter leur industrie de raffinage (voir annexe 2). Seuls les entreprises et pays pétroliers comme l’Irak, le Venezuela, l’ équateur,le Nigeria, l’Algérie, des pays pour lesquels un fonctionnement socio-politique soutenable implique des prix supérieurs à 90 dollars le baril.

    Le boycott de la Russie, la non livraison des Mistrals à Poutine, n’ arrange pas le commerce extérieur de la France, nous apprenons même que la livraison de rafales à l’inde est stoppée au profit de la Russie.

    Il y a une autre explication bien médiatisé : comme l’ OTAN est à l’ offensive contre la Russie, dont il faut couper les ailes en Ukraine, et faire tomber Bachar. Un embargo sur la Russie plus la chute du prix du pétrole devrait faire en sorte que Poutine, décide d’hiverner dans sa tanière. Mais Poutine ne semble pas aller dans ce sens, il modernise son armée et aurait (selon Investigation) utilisé une arme secrète pour sauver Bachar et impressionner Obama. Ce dernier a d’ ailleurs stoppé nette ses manœuvres contre la Syrie ? Laissant le socialiste Fabius  pantois avec sa fourniture d’ armes aux bons islamistes.

    Mes doutes semblent se confirmer puisque Obama vient de lever l’ embargo sur l’Iran et Cuba, ce qui va provoquer un afflux supplémentaire de pétrole, et que des recherches en Alaska sont programmées.

        Pétrole , Guerre , mensonge : le secret des sept soeurs la conspiration des milliardaires FINAL

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Chute des prix du pétrole: un jeu dangereux?

https://www.youtube.com/watch?v=RjYByWTO648

 

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Annexe 1

 

« Le précédent gros contrat, de l’ordre de 123 milliards de dollars, avait été conclu en 2010 entre l’Amérique et quatre pays du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Abou Dhabi, Qatar), précisément en vue de renforcer leur capacité défensive «face à l’Iran». Soixante milliards de dollars pour la vente à l’Arabie saoudite de 87 chasseurs bombardiers «F-15», de 70 hélicoptères de combat «Apache» et de 72 hélicoptères «Black Hawk», 36 hélicoptères Little Bird AH-6, ainsi que des bombes, des missiles, y compris la bombe guidée par GPS, JDAM, produite par Boeing et le missile guidé par laser Hellfire. Trente milliards de dollars complémentaires seront affectés à la fourniture de bâtiments de guerre et d’un système de défense balistique, complémentaire au réseau de missiles de type Patriot et au reconditionnement des anciens appareils de l’armée de l’air et de la marine.

Bases militaires, barrages électroniques et compagnies militaires privées: le Golfe, une zone hyper protégée mais nullement hermétique.

De surcroît, des barrages électroniques ont été édifiés aux frontières de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis pour décourager toute invasion ou infiltration. Le barrage électronique saoudien a été édifié avec le concours des Français, celui d’Abou Dhabi, avec le concours de la firme israélienne AGT (Asia Global Technologies), dont le contrat de trois milliards de dollars concerne aussi bien la protection des frontières que la protection de quinze sites pétroliers de l’émirat, ainsi que la fourniture de Drones, les avions de reconnaissance sans pilote, de fabrication israélienne.

Faiblement peuplées, entourées de puissants voisins tels l’Iran et l’Irak, de création récente et inexpérimentées, les pétromonarchies ont longtemps confié leur protection à des pays amis aguerris, ou, à défaut, à des compagnies militaires privées, les mercenaires des temps modernes, et, les fabuleux contrats d’armement étaient généralement perçus comme des polices d’assurance déguisées, en raison des mirifiques rétro commissions qu’ils généraient.

La protection de l’espace aérien saoudien a été longtemps confiée aux aviateurs pakistanais, le territoire national du Sultanat d’Oman aux bédouins de la légion arabe jordanienne, les mercenaires occidentaux se chargeant du reste, avec une répartition des rôles entre les Anglais, surtout présents dans leur ancienne zone d’influence, notamment les émirats pétroliers du Golfe, et les Américains ayant la haute main sur l’Arabie Saoudite et le reste du Moyen-Orient.

La protection du Cheikh Zayed Ben Sultan Al-Nahyane, Émir d’Abou Dhabi et président de la Fédération des Émirats du Golfe, ainsi que l’encadrement des troupes omanaises dans la répression de la guérilla marxiste du Dhofar, dans les années 1965-1970, ont relevé de la responsabilité de «Watchguard», une des deux compagnies de mercenaires britanniques, dont le siège est à Guernesey. Fondée en 1967 par David Sterling, un ancien des commandos de l’air britanniques (Special Air Services), elle passe pour être un instrument d’influence de la diplomatie britannique. Outre Blackwater, qui s’est fâcheusement illustrée en Irak, les États-Unis comptent, eux, deux grandes sociétés privées militaires: Vinnell Corp, dont le siège est à Fairfax, en Virginie, et BDM international. Toutes deux filiales de la multinationale Carlyle, elles apparaissent comme les bras armés privilégiés de la politique américaine en Arabie et dans le Golfe. Vinnel corp, dont la mission saoudienne a fait l’objet d’un attentat à Khobbar en 1995, a la haute main sur la formation de la Garde nationale saoudienne, tandis que BDM gère la formation du personnel de l’armée de l’air, de la marine et des forces terrestres saoudiennes

Face à l’Iran, la constellation des pétromonarchies du Golfe s’est ainsi transformée en une véritable base flottante américaine au point que se pose la question de la viabilité stratégique et de la pertinence politique des gros contrats d’armement jamais conclu dans l’histoire, en temps de paix, entre les États Unis et les pays de la zone. Le contrat de 2010 comme celui de 2015 outrepassent les capacités d’absorption des bénéficiaires de même que les capacités d’assimilation de cet armement par ses servants locaux.

Preuve de l’inanité de ces contrats, la transaction de 2010 portant sur des chasseurs bombardiers F.15 n’a pas empêché le Royaume saoudien de recourir à des pilotes mercenaires américains, français et pakistanais – 7.500 dollars la sortie aérienne- pour pilonner les positions de leurs contestataires houthistes au Yémen.

Si l’on excepte sa piètre démonstration militaire au Yémen, en 2015, l’Arabie saoudite n’a en fait jamais mené de guerre directe contre aucun de ses adversaires potentiels, encore moins contre Israël, l’ennemi officiel du monde arabe, dont elle est le principal opposant sur le plan théorique, se bornant à financer des guerres obliques de déstabilisation toujours contre les pays arabes ou musulmans.

La zone pétro monarchique est couverte d’un réseau de bases aéronavales anglo-saxonnes et françaises le plus dense du monde, dont le déploiement pourrait à lui seul dissuader tout éventuel assaillant éventuel, rendant superflu de tels contrats. Elle abrite à Doha (Qatar), le poste de commandement opérationnel du Cent Com (le commandement central américain) dont la compétence s’étend sur l’axe de crise de l’Islam qui va de l’Afghanistan au Maroc; A Manama (Bahreïn), le quartier général d’ancrage de la V me flotte américaine dont la zone opérationnelle couvre le Golfe arabo-persique et l’Océan indien.

Si le 10 me de cette somme avait été consacré par les pétromonarchies du Golfe à la libération de la Palestine, et non à polluer la planète du djihadisme takfiriste, non seulement la Palestine aurait été libérée depuis belle lurette de même que la sécurisation de l’espace nationale arabe assurée, mais le Monde arabe aurait forcé le respect du Monde en accédant au seuil critique, condition indispensable pour accéder au rang d’acteur majeur de la scène internationale et non de supplétifs de stratégies atlantistes.

Le croquemitaine n’est peut pas celui que l’on croit

A l’Iran s’est superposée depuis la créature saoudo américaine, Da’ech. Ses prises de guerre sur l’ennemi notamment le matériel de guerre pris à l’armée irakienne conduit au renouvellement des stocks. Le jackpot est ainsi assuré pour l’industrie américaine d’armement avec l’appauvrissement consécutif des pays arabes et l’accentuation de leur dépendance.

Par un subterfuge que les politologues américains désignent du vocable de «Politics of Fears, l’Iran sert depuis trente ans de prétexte pour éponger le surplus de pétrodollars arabes en alimentant le complexe militaro-industriel américain, et Israël, un prétexte pour maintenir la dépendance technologique arabe.
Alors que le Monde arabe accuse un retard manifeste tant au niveau de la recherche scientifique que du développement des nouvelles technologies et que le chômage atteint des proportions rarement égalées ailleurs dans le monde, quatre pétromonarchies auront débloqué la colossale somme de 253 milliards de dollars en cinq ans (123 milliards en 2010+130 milliards en 2014-2015), pour résorber le chômage…. des Etats-Unis.

Force est pourtant de constater que l’unique intervention militaire iranienne contre les pétromonarchies s’est produite à l’époque où l’Iran se situait dans la mouvance occidentale dans la décennie 1970 sans que la protection américaine n’ait été d’un grand secours aux protégés arabes qui se sont vus amputer ce jour là de trois îlots appartenant à l’Émirat d’Abou Dhabi: (la grande et la petite Thomb et l’île d’Abou Moussa. Il est vrai que le Chah d’Iran Mohamad Reza Pahlevi faisait office à l’époque de gendarme du Golfe pour le compte des Américains et que les princes arabes ne pouvaient qu’obtempérer, sur injonction américaine, au super gendarme régional qui leur avait été assigné. » (Renè Naba « Vers une révision des priorités saoudiennes en matière de désignation de l’ennemi principal : L’Iran ou Da’ech ? » extrait.)

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Annexe-2

Après le gaz de schiste, les majors veulent exporter du pétrole de schiste américain

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/15/10/2012/LesEchos/21291-100-ECH_apres-le-gaz-de-schiste–les-majors-veulent-exporter-du-petrole-de-schiste-americain.htm#3vK4AuFzWAwfTghh.99

15 10 2012-Plusieurs grands groupes pétroliers ont déposé auprès du gouvernement américain des demandes de licence d’exportation de pétrole. Ils souhaitent profiter du boom annoncé du pétrole de schiste, dans la foulée du gaz de schiste.

Après les gaz de schistes les compagnies pétrolières envisagent d’utiliser la manne du pétrole de schiste américain pour l’exportation. Plusieurs grands groupes industriels ont demandé ces derniers mois au gouvernement américain l’autorisation d’exporter du brut, comme la législation du pays le requiert : le britannique BP et l’anglo-néerlandais Shell ont déposé des demandes de licence d’exportation ces dernières semaines, a révélé le « Financial Times ». L’information a été confirmée par Shell dans la journée de vendredi.

Les exportations de brut américain pourraient-elles s’envoler ? Le pays est pour le moment lourdement importateur : il a acheté 3,26 milliards de barils l’an dernier, pour des exportations de seulement 17,2 millions de barils, essentiellement destinées au Canada.

« Les industriels qui demandent des licences d’exportation anticipent une forte hausse de la production de brut sur le sol américain », souligne Denis Florin, professeur à Science Po. Une progression essentiellement liée au développement spectaculaire du pétrole de schiste dans la foulée du gaz de schiste. Au point que la production de brut des Etats-Unis bat tous ses records : elle s’élevait à 6,3 millions de barils par jour (mbj) en juillet, son plus haut niveau depuis quatorze ans. A lui seul, le pétrole de schiste devrait représenter 0,72 mbj cette année, selon l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA). Et même 1,2 mbj en 2020, soit 18 % de la production de brut du pays. Le bassin de Bakken, à cheval sur le Dakota du Nord et le Montana, ou d’autres régions comme le Texas (champ d’Eagle Ford), la Californie, le Colorado ou l’Utah recèlent des ressources considérables : au moins 24 milliards de barils selon les dernières estimations.

Espérant surmonter l’opposition des ONG environnementales, qui dénoncent les risques liés aux produits chimiques et aux gros volumes d’eau nécessaires à l’extraction du pétrole de schiste, les industriels souhaitent donc suivre le chemin emprunté pour le gaz de schiste et exporter une partie de cette production nouvelle.

Pour le gaz, plusieurs d’entre eux ont déposé auprès du gouvernement des projets prévoyant la construction d’unités de liquéfaction de gaz, afin de pouvoir transporter facilement le GNL (gaz naturel liquéfié) ainsi produit. Trois d’entre eux sont en cours et sept attendent l’accord du ministère de l’énergie.

La problématique du pétrole de schiste est toutefois différente. La chute du prix du gaz aux Etats-Unis a accru l’écart avec le reste du monde, rendant l’exportation particulièrement attractive pour les industriels. C’est moins vrai pour le pétrole de schiste, qui bénéficie du prix de référence du brut américain, le WTI, environ 90 dollars le baril à New York (pour des coûts d’extraction de l’ordre de 50 dollars le baril selon l’AIE).

Un manque d’infrastructures
Plus que par le prix, les pétroliers pourraient donc à court terme être motivés par la difficulté à trouver des débouchés intérieurs pour ce pétrole, plus léger que le brut traditionnellement extrait aux Etats-Unis. « Les raffineries américaines sont équipées pour traiter du brut plus lourd », explique Olivier Abadie, consultant chez IHS Cera. « L’Asie ou l’Amérique latine pourraient constituer des destinations naturelles à ce pétrole léger, davantage que l’Europe, qui est un débouché proche pour le pétrole africain, de même qualité. Mais, pour l’instant, les infrastructures pour le transporter vers les côtes sont seulement en cours de développement. »

La véritable interrogation est toutefois politique. « Il n’est pas sûr que le gouvernement américain accorde beaucoup de licences d’exportation, alors qu’il est obsédé par son indépendance énergétique », souligne Denis Florin (lire aussi ci-dessous). Dans le gaz, le gouvernement a d’ailleurs bloqué certains projets pour le moment, « craignant l’effet négatif que pourraient avoir les exportations sur les prix domestiques », écrivent les experts de Natixis dans une note. L’argument politique pourrait être le plus compliqué à surmonter.
En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/15/10/2012/LesEchos/21291-100-ECH_apres-le-gaz-de-schiste–les-majors-veulent-exporter-du-petrole-de-schiste-americain.htm#3vK4AuFzWAwfTghh.99

 

Annexe 3

« Pourquoi une telle baisse des prix du pétrole ? » par Jean-Marie Chevalier (Cercle des économistes)

 

Une baisse des prix de cette ampleur ne peut intervenir sans la volonté de l’Arabie Saoudite

Les prix du pétrole sont en chute libre. Le baril de Brent est passé au-dessous de 50 dollars en janvier 2015, ce qui représente une baisse de plus de 50 % par rapport aux cours de juin 2014. Jean-Marie Chevalier explique pourquoi, dans l’actuel contexte international.

Les raisons avancées sont une surabondance de l’offre par rapport à une demande qui reste atone sur l’ensemble de la planète. Peu étaient ceux qui s’attendaient à une telle évolution qui reflète, certes, l’évolution du marché physique, mais aussi un bouleversement assez considérable de la dynamique des flux pétroliers et du rôle de l’OPEP.

La dynamique des flux pétroliers. L’ampleur du développement du gaz de schiste, puis du pétrole de schiste aux Etats-Unis, a été un phénomène inattendu. Ceci a inversé une évolution où l’on voyait s’accroître la dépendance gazière et pétrolière du pays. Par ailleurs, ces nouvelles ressources ont entraîné une baisse du prix de l’énergie, eux-mêmes déterminés par des éléments domestiques et non plus par les marchés internationaux. Les Etats-Unis sont aujourd’hui les premiers responsables de la croissance de l’offre pétrolière mondiale avec une interaction croissante entre les flux de pétrole brut et les flux de produits raffinés, ce qui accroît la flexibilité des marchés.

La question qui se pose est celle de savoir si le développement du pétrole non conventionnel peut être freiné par une baisse des prix. La réponse est complexe car certaines productions se développent au coût marginal (les investissements ont été faits) tandis que d’autres impliquent une continuité des forages et des investissements. Il semblerait qu’un prix durablement inférieur à 60 dollars serait de nature à diminuer le taux de croissance de la production du brut américain.

L’OPEP. En 1999 et en 2009, l’OPEP a agi collectivement pour arrêter la baisse des prix et renverser la tendance. On pouvait s’attendre à ce qu’elle joue le même jeu aujourd’hui. En fait, l’OPEP n’a plus du tout la même unité et son pouvoir est affaibli par deux éléments : la montée en puissance des Etats-Unis qu’il serait bon de freiner pour les pays de l’OPEP et le jeu très individualiste de l’Arabie saoudite. Avec un prix de l’ordre de 60 dollars, le budget du royaume saoudien sera en déficit en 2015 mais le pays peut puiser dans ses immenses réserves financières.

Par ailleurs, le pays n’est pas mécontent de voir à quel point l’Iran, la Russie et à terme les Etats-Unis sont gênés par un prix aussi bas. Ce prix met en grand embarras économique l’Iran et la Russie mais aussi l’Irak, le Venezuela, le Nigeria, l’Algérie, des pays pour lesquels un fonctionnement socio-politique soutenable implique des prix supérieurs à 90 dollars le baril.

L’Arabie saoudite n’a probablement pas intérêt à s’aliéner durablement la sympathie des pays lésés par un prix bas. Par ailleurs, les rebonds de la demande encouragés par le prix et les frissons de reprise de l’économie mondiale devraient avoir pour effet de susciter une correction avant l’été 2015. Toutefois, cette correction ne peut avoir lieu qu’avec une volonté nouvelle exprimée par l’Arabie saoudite, le seul pays qui peut moduler quasi-instantanément le volume de ses exportations.

Jean-Marie Chevalier

Jean-Marie Chevalier est professeur émérite de sciences économiques à l’Université Paris-Dauphine (Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières) et senior associé au Cambridge Energy Research Associates (IHS-CERA). Jean-Marie Chevalier a été entre autres, consultant au département énergie de la Banque Mondiale, Professeur d’économie industrielle et d’économie de l’énergie aux Universités d’Alger, de Rabat, de Grenoble, de Paris XIII, à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, et à l’Ecole Nationale d’Administration.

 

Comment le pétrole de schiste américain

s’adapte à la chute des cours

•Les compagnies ont utilisé de nombreux leviers, sur les process ou l’innovation, pour réduire leurs coûts.•De quoi maintenir leurs marges avec un baril à 70 dollars.

Le derrick se dresse, pas très loin de la Highway numéro 2, qui relie les petites villes de Williston et de Minot, dans le Dakota du Nord. Dans quelques heures ou quelques jours, la tour d’acier sera utilisée pour forer un puits, destiné à produire du pétrole de schiste au coeur du fameux bassin du Bakken. A ses côtés, pas moins de… 13 puits déjà en exploitation, qui balancent lentement leurs têtes de cheval. « Il y a trois ans, c’était toute une histoire d’avoir deux puits sur un même terrain. Aujourd’hui, la moyenne ici est plutôt de 3 ou 4, et certaines compagnies ont reçu l’autorisation d’aller jusqu’à 20 ! », note Tessa Sandstrom, porte-parole du North Dakota Petroleum Council, qui représente les 500 compagnies pétrolières actives dans l’Etat.

Multiplier les puits au même endroit, forés à des profondeurs et dans des directions différentes, est l’un des moyens utilisés par les compagnies pétrolières pour réduire leurs coûts de production du pétrole ou du gaz de schiste. La chute des prix du brut, qui ont été divisés par deux par rapport à leur pic de juin 2014, les a poussées à accélérer nettement leurs efforts. « Jusqu’alors, les compagnies insistaient avant tout sur les délais : il fallait produire un maximum, le plus vite possible. Aujourd’hui, elles mettent la pression sur les prix », témoigne Curtis Shuck, directeur du développement de Red River Supply, une petite société de services pétroliers.

Toute la chaîne de production cherche à améliorer sa compétitivité. En multipliant les puits sur un même terrain, les compagnies optimisent les processus : elles peuvent utiliser des plates-formes mobiles, faciles à déplacer sans les démonter (lire ci-contre), ou encore des systèmes de canalisation temporaires pour transporter l’eau sur le terrain. La société de « fracking » Tops Well Services réutilise le gaz produit en même temps que le pétrole, qui jusqu’alors était brûlé. « C ela nous permet de réaliser une économie de 50 % sur nos coûts énergétiques », indique Leroy Hofer, son directeur opérationnel. Les compagnies utilisent désormais des groupes électrogènes portatifs.

Le Big Data utilisé

L’innovation est aussi une source importante d’économies. Les recherches sur le « proppant », le sable injecté lors de l’opération de « fracking », ou sur le fluide de fracturation lui-même, ont permis d’accélérer les débits de production. Il y a désormais des points de fracturation tous les 30 mètres, au lieu de tous les 100 mètres auparavant. Les forages horizontaux vont de plus en plus loin. « Les nôtres atteignent maintenant jusqu’à 5 kilomètres, contre 3 kilomètres pour un forage classique », affirme un producteur. « Les compagnies utilisent aussi les nanotechnologies pour envoyer des capteurs dans le sous-sol et optimiser leurs forages », indique Tessa Sandstrom. Elles utilisent aussi la sismique 3D. Un article de la « MIT Technology Review » pointe l’utilisation, toute récente, des technologies d’analyses de données – le fameux Big Data – pour la production d’hydrocarbures de schiste.

Ces efforts ont commencé à porter leurs fruits. « Le coût des puits, compris entre 20 et 25 millions de dollars il y a trois ans, est tombé dans une fourchette de 5 à 12 millions », indique Jon Laughner, de la Penn State University, à Pittsburgh. Dans le Bakken, Continental Resources a annoncé que ses puits ne coûtaient plus que 8,2 millions de dollars en moyenne, contre 9,6 auparavant (-15 %). Chez Whiting Petroleum, le coût est tombé de 8,5 à 6,5 millions (-23 %). « Globalement les producteurs américains ont annoncé des réductions de coûts comprises entre 15 % et 20 % depuis le début de l’année », confirme Alexandre Andlauer, analyste chez AlphaValue. « Ils affirment avoir maintenu les mêmes niveaux de marges avec un baril à 70 dollars aujourd’hui, qu’à 100 dollars il y a un an. » De quoi expliquer la résistance remarquable de la production américaine, restée globalement stable malgré la chute du nombre de forages, de plus de 50 % en un an.

Envoyée spéciale à Williston (Dakota du Nord) et Pittsburgh (Pennsylvanie) Anne Feitz
En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/29/06/2015/LesEchos/21968-070-ECH_comment-le-petrole-de-schiste-americain-s-adapte-a-la-chute-des-cours.htm#Io1pbv3DHTjXFhau.99

 

 

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