RÉGIMES DE RETRAITE, QUI A RAISON ?

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L’État policier malmené

Deux semaines que les policiers et les pompiers du Québec portent des jeans, grillent les feux rouges, placardent leurs véhicules et brûlent leur parka devant l’hôtel de ville pour protester contre les coupures à leur régime de retraite. Pourquoi le bras séculier – bien payer – de  l’État policier est-il en rupture de ban contre son maître complaisant ?

Nous l’avions pourtant annoncé. La crise économique s’approfondissant l’État policier devra bientôt s’en prendre à ses plus fidèles affidés, ses plus zélés serviteurs, les mieux payés en définitive, toute la couche des petits-bourgeois œuvrant pour l’État des riches. Ce jour est venu. Ce sont aujourd’hui les policiers, les pompiers, demain ce seront les centaines de milliers d’autres employés, cadres, professionnels, journaliers et fonctionnaires. Dans nos sociétés capitalistes, l’État policier assure la reproduction de la force de travail, condition essentielle à la valorisation du capital et à sa reproduction élargie. C’est la raison de ces multiples services et de ces milliers d’employés.

Hier, avant l’approfondissement de la crise globale et mondiale, l’argent coulait à flots, adossé ou non à des valeurs sûres, peu importait, la roue de l’inflation, de la dilapidation, de la corruption, de la spéculation et de la vie à crédit tournaient à plein régime et nul ne se souciait de la vénalité des retraités. Les municipalités et les gouvernements provinciaux et fédéral finissaient par céder aux demandes d’améliorations des conditions de travail, de salaires et des caisses de retraite de leurs  employés. C’était l’État providence en Occident exclusivement et pour un temps seulement.

Les recettes fiscales étaient au rendez-vous. Les rendements des placements boursiers étaient suffisants pour que les caisses de retraite fassent des surplus. Quand l’État n’avait pas les moyens de verser dans les caisses de retraite sa cote part en milliards ($) il faisait comme le bookmaker de la Taverne chez Henri – il promettait de payer une partie de sa dette avec son prochain chèque. Le reste s’accumulait sur son compte, aujourd’hui devenu sa tombe.

Le vent tourne et la crise revient s’inviter    

La crise cyclique et systémique plomba les rendements boursiers. Les actifs de pacotille  adossée à des valeurs insolvables s’envolèrent en fumée. Une année, la Caisse de dépôt et placement du Québec annonça 40 milliards de dollars de déficit. De l’argent de nos caisses de retraite envolé en fumée (le bas de laine était troué). Avec la crise l’activité économique s’anémia tout autant que les revenus de l’État. L’inflation minait la valeur du dollar et faisait augmenter d’autant la dette extérieure. De l’argent en moins pour rembourser la dette intérieure.

Peu à peu l’État qui hier, au temps de la relative prospérité, faisait bombance – dépensait sans compter – s’endettait pour l’éternité – dû se trouver une nouvelle probité. Pas question de faire payer les riches, les entreprises privées, les banquiers, les spéculateurs boursiers, les requins de la finance, tous ces gens  risquaient de délocaliser et d’abandonner la contrée. La «classe moyenne» fut donc appelée à la rescousse par des hausses d’impôts et de taxes, scolaires, municipales, provinciales, par la hausse des tarifs pour les services, scolaires, électricité, transport, garderie et autre. Mais la crise était trop profonde et tous ces sacrifices n’auront pas suffi à renflouer les coffres de l’État policier au service des magnats de la finance et de l’industrie.

Nous en sommes là. L’État policier est contraint d’ouvrir les conventions collectives de ses centaines de milliers d’employés afin de répudier sa signature; et d’effacer sa dette actuarielle suite à son refus de payer sa cote part au fur et à mesure, laissant la dette gonflée jusqu’à 3,5 milliards de dollars (NB une dette municipale doit être prise en charge par l’État québécois en cas de défaut de payer d’une municipalité).

Les parties en conflit

D’un côté, les employés de l’État ont négocié et obtenu ces régimes de retraite. Les employés de l’État ont versé régulièrement leur contribution à ces fonds de pension. Les municipalités et l’État québécois ont accepté et signé ces conventions collectives. Mais ils n’ont pas versé leur cote part laissant leur déficit s’accumuler et aujourd’hui paniqués, ils croient pouvoir s’en tirer en rouvrant unilatéralement les conventions collectives passées pour effacer les traces de leur engagement conscient. L’État bourgeois se rend ainsi vulnérable. Il démontre à l’évidence son arrogance dictatoriale et le peu de cas qu’il fait de ses plus fidèles affidés. Vous imaginez ce que ce sera quand il s’agira de couper les caisses de retraite des fonctionnaires et autres employés non armés.

Face à cette attaque en règle, totalement illégale – à un point tel que l’État bourgeois doit concocter une loi spéciale lui permettant d’invalider sa signature, celles des municipalités –, les bureaucrates syndicaux à la solde proclament que la bataille des employés ne vise pas à faire reculer l’État, mais simplement à récupérer le droit de négocier isolé, chaque municipalité devant ses propres employés, s’en remettant strictement aux négociateurs syndicaux professionnels – dont c’est le métier de marchander la force de travail des payeurs de taxes syndicales.

Surtout, pas de mobilisation provinciale globale, pas de grève générale, pas de mouvement des salariés. Pas question que les travailleurs soient mobilisés pour monter à l’assaut du Parlement faire reculer les polichinelles politiques qui ont failli.

Avec une telle stratégie de démobilisation des forces salariées. Avec une telle stratégie de méfaits publics, de coup d’éclat sans lendemain et de dévoiement des objectifs de cette lutte de défense des conditions de vente de la force de travail. Avec cette stratégie de s’en remettre aux négociations derrière des portes closes entre hommes d’affaires syndicaux et hommes d’affaires patronaux, ne soyez pas surpris si ce saccage futile et ce bavardage inutile se termine en queue de poisson. Le poisson pour le patron et la queue pour les employés floués.

 

 

 

12 pensées sur “RÉGIMES DE RETRAITE, QUI A RAISON ?

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    8 août 2014 à 10 10 16 08168
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    « Mais ils n’ont pas versé leur cote part laissant leur déficit s’accumuler … »

    La situation actuelle n’est donc que le résultat d’une mauvaise administration. Il aurait fallu avoir moins confiance aux administrateurs et surtout les rendre légalement responsables de leur administration.

    Malheureusement, si la « loi » de parvient pas à protéger le citoyen, celui-ci décidera, un jour, de se protéger lui-même. Cela s’est souvent produit dans l’histoire.

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    8 août 2014 à 11 11 03 08038
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    Bonjour, Les employés à la retraite de Nortel ont vu leur revenu de pension diminuer de 40% à cause de la faillite de la compagnie. S’il est ‘acceptable’ qu’une compagnie fasse faillite, pourquoi ne serait-il pas acceptable qu’une municipalité, province ou pays fasse faillite?

    Mauvaise gestion = mauvaise gestion.

    Les fonctionnaires et employés municipaux ne peuvent pas avoir plus de privilèges que les employés au privé.

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      8 août 2014 à 13 01 07 08078
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      Donc, on nivelle par le bas. On abolit les régimes de retraite et les programmes sociaux et on laisse tout le monde se débrouiller comme il peut. La pauvreté pour tous.
      Ne Serait-il pas plus logique d’étendre de bonnes conditions de vie et de retraite à tous ? L’argent est là. Il nous faut des hommes et des femmes politiques ayant le courage de mieux répartir la richesse. Les employés de l’État et des municipalités ne sont pas des privilégiés. Ils ont des conditions de travail normales et c’est ce modèle qu’il faut étendre à toute la société et le moyen pour le faire passe par les syndicats et le rapport de force.

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    8 août 2014 à 11 11 28 08288
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    @ Gilles H
    Les employés de Nortel on beaucoup perdu il est vrai. Leur job pour commencer – leur régime de retraite à 40% si je vous lis bien (?)
    C’est que ces employés – ces travailleurs – ces ouvriers – pour plusieurs d’entre eux – oeuvraient pour une entreprise monopoliste privé qui a mal tournée.
    Ils avaient la possibilité de tout casser – de faire grève et de bloquer les lieux de travail pour que personne ne récupère quoique c soit avant d’être payer (premiers créditeurs absolu = rien pour les actionnaires ni les créanciers)

    Les employés de l’État au sens large de l’expression (ils sont 400 000en englobant les municipaux je crois) ont le choix – accepter votre raisonnement – que puisque les mauvais administrateurs ont filouté alors ils doivent la tasse même si eux ils ont payés.
    Ou ils ont la possibilité de tout casser – de faire grève générale illimité sans services essentiels assurés jusqu’à ce que l’État policier casse (comme pour les étudiants) se résigne à taxer les entreprises – les riches – les commerces – les minières – les forestières, vendre l’électricité au-dessus du prix coutant aux industries – etc, qu’il aille chercher l’argent la ou il se trouve pour payer ses dettes de retraites.
    C’est impossible je le sais très bien… je veux simplement faire comprendre que c qui se passe ici aujourd’hui sera le lot de tous les gouvernements du monde occidental et que les travailleurs du monde entier seront face au même dilemme.

    Ce n’est pas la mauvaise gestion des administrateurs québécois qui et en cause mais le système économique capitaliste anarchique et en crise perpétuelle.
    Et cela les maires de municipalités n’ont aucune prise sur l’économie mondiale.

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    8 août 2014 à 12 12 21 08218
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    Bonjour, En fait, elles auraient été réduites de 45% ( http://argent.canoe.ca/nouvelles/affaires/les-retraites-nortel-decourages-16012013 ).

    Quant à moi:
    SAAQ = monopole
    SAQ = monopole
    Hydro Québec = monopole
    Éducation = monopole
    Assurance maladie = monopole
    etc…

    Quel est le problème? : Rép. : Le système monétaire pyramidal.
    La solution? : Rép. : Je la cherche encore.

    Ça va sûrement sortir un jour : La personne qui était DG jusqu’à récemment d’une ville appréciée par les britanniques sur les rives du Lac des deux-Montagnes a détourné $1.2 million ($1 200 000). Et qui va payer les pots cassés? Les résidants de cette ville. Combien de personnes avec des accès au ‘pot d’argent’ en on profité ainsi? C’est une municipalité sur les 1100 quelques au Québec.

    Notre système monétaire pyramidal a laissé une impression d’abondance qui n’est pas réelle.

    Une chose est certaine : ça prend un meilleur contrôle des aller et venues de l’argent public.

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      8 août 2014 à 13 01 18 08188
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      Bonjour, Une solution serait de se regrouper pour faire passer une loi.

      Comme dit M. Lefebvre : ‘ … et surtout les rendre légalement responsables de leur administration. ‘ .

      Voilà : on se regroupe pour trouver le moyen de faire passer une loi qui rend responsable toute personne en charge de manipuler l’argent public. Si elle est prise à frauder, elle devient Hors-la-loi c.à.d. que quoiqu’il lui arrive, elle n’est plus protégée par la loi.

      Ça en ferait réfléchir plus d’unE.

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    8 août 2014 à 17 05 59 08598
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    L’argent public représente 1/100 de l’argent privé !
    Condamner une mauvaise gestion publique, est compréhensible ; mais c’est se détourner du réel problème, qui est le capital privé, au Canada, comme en France, comme ailleurs !

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    8 août 2014 à 20 08 22 08228
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    Étant moi-même bénéficiaire d’un généreux régime à prestations déterminées, il est tentant de faire mien le discours déraisonnable que j’entend depuis plusieurs jours. Or je ne crois pas que le régime dont je bénéficie puisse tenir la route bien longtemps. Ainsi si j’atteint la durée de vie moyenne des hommes j’aurai passé autant à la retraite qu’au travail, soit environ 30 ans dans chaque étape. Je possède aussi une expérience de négociation au sein d’une ville (pour la partie patronale). La référence à « des ententes négociées de bonne foi » me fait un peu sourire. D’un côté il y a un groupe bien organisé avec une seule préoccupation, soit demander le plus possible, avec un pouvoir de nuisance extraordinaire et de l’autre un employeur sans pouvoir de lock out ni de sanction. Oui nous vivons dans un système capitaliste qui génère de plus en plus d’iniquités, mais ce n’est pas en demandant à mon voisin moins nanti de financer les erreurs de calcul ou la lâcheté de mon ex-employeur.

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    9 août 2014 à 7 07 30 08308
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    @ Grillac

    Ce qu’il faut bien constater c’est qu’au moment ou ces régimes de retraite ont été négocié puis mis à jour à chaque négociation – les bourgeois des administrations municipales et les politiciens à la solde des riches au provincial accordaient ces conditions de retraite en se basant sur les données – les statistiques économiques fournies par les actuaires qui prévoyaient = elle croissance économique + tel rendement des placements + telle rentrée fiscale – telles dépenses + telle contribution des salariés = la contribution de travailleurs + la contribution de l’employeur (qui en fait est une portion de la journée de travail du travailleur que le patron lui remet sous forme de rente).
    Tant que l’économie allait pas trop mal – ce calcul tenait la route et vous n’entendiez pas parler de ces caisses de retraite qui se finançaient.

    ET NE ME PARLES PAS DU FAIT QUE LES TRAVAILLEURS VIVENT PLUS LONGTEMPS. CA FAIT 30 ANS QUE L’AGE MOYEN DE MORTALITÉ AUGMENTE – IL S’EST STABILISÉ DEPUIS – LES ACTUAIRES AVAIENT TOUTES SES DONNÉES ET CELLES DES DÉMOGRAPHES ET EN ONT TENU COMPTE DANS LES CALCULS.

    Pourquoi tout à coup une crise des régimes de retraite? Parce que ce que les économistes bourgeois – les actuaires employés des grandes banques et compagnies d’assurances ne peuvent pas imaginer – c’est que leur système économique capitaliste va constamment d’une crise à une autre.
    Depuis 2008 l’économie capitaliste est à nouveau en crise (après celle de 2001 et celle de 200?). Les chiffres de rentrées ne tiennent plus la route.

    Revenus de taxes et impôts qui diminue ou stagne – nombre de cotisants qui baisse – salaires des cotisants qui stagne (les contributions de retraite sont un pourcentage du salaire) – rendement boursier en dent de scie mais surtout moins haut que prévus – dépense et transfert des revenus gouvernementaux vers les entreprises et le paiement de la dette plus élevé – Vol des argents municipaux par les contracteurs, bureaux d’architectes, et caisse électorale (Commission Charbonneau) etc. etc. etc.

    Ca ne balance plus – En économie capitaliste ça ne balance jamais très longtemps – cette économie est non planifiée et elle est anarchique
    Une chose dont on est certain c’est que les riches ne vont jamais payé et que les travailleurs vont toujours payé… y compris à même leur régime de retraite.

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      9 août 2014 à 9 09 10 08108
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      J’entend bien votre discours anticapitaliste, que je partage sur certains points mais mon propos se situe non pas dans une idéologie mais dans une réalité observable: 1- il y a de moins en moins de travailleurs proportionnellement au nombre de retraités 2- les prévisions de croissance économique entrecoupée de courtes périodes de récession ne tiennent plus comme on l’a vu dans les années 30 3- les syndicats du secteur public, particulièrement ceux des municipalités, possèdent un immense pouvoir de nuisance sans jamais perdre un cent de salaire face à un employeur qui doit se limiter à faire du « control damage ». Oui il y a des iniquités dans notre société mais ma responsabilité n’est pas d’en cautionner davantage. En passant NE ME PARLE PAS du combat entre les méchants bourgeois et les bons travailleurs.

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    11 août 2014 à 10 10 04 08048
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    @ Gilles

    Merci Gilles – excellente référence que ce LEAP.
    Les lecteurs vont peu à peu se rendre à l’évidence que c’est ici sur les 7 du Québec qu’on fait les meilleurs pronostics économiques…
    D’ici un mois une dizaine d’articles sur l’économie débridée seront publiés.

    Robert B.

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