Reprise américaine montée sur jantes extra-larges !

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[Source de l’article : Texte qui nous a été transmis par  Courriel.  http://la-chronique-agora.com/. Reçu le 11.02.2015, sur  bibeau.robert@videotron.ca  NDLR].

 

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Tous les économistes, tous les stratèges, tous les gérants le martèlent : les États-Unis sont fermement installés sur les rails de la croissance (sic). La machine à créer de la richesse et des emplois n’est pas loin de tourner à son régime optimal. Sur quoi repose ce discours empreint d’un optimisme qui flirte avec le wishful thinking ?

 

Sur les 250 000 nouveaux postes créés chaque mois ? Un montant si phénoménal qu’à ce rythme, le retour au plein emploi (c’est-à-dire un taux de chômage voisin de 5%) sera atteint d’ici fin 2015. Il faut dire que trois millions d’emplois créés par an, voilà un chiffre qui en impose !

 

Sauf que l’accroissement naturel de la population américaine est de 0,75% par an, soit +3 200 000 individus (non comptés les travailleurs clandestins).

Autrement dit, si les départs en retraite n’étaient pas si nombreux, si 11 millions de chômeurs de longue durée et de chercheurs d’emplois découragés n’avaient pas disparu, gommés d’un clic de souris, des statistiques officielles depuis 2009, le tableau serait perçu très différemment.

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Mais enfin… les chiffres officiels attestent de la création de 10 millions d’emplois depuis 2010 et d’une division par deux ou presque du nombre de chômeurs. Si c’était faux, cela se saurait !

 

Mais il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. La population américaine fait preuve d’une grande passivité face à la propagande néolibérale — qui s’appuie sur Wall Street et des médias sous le contrôle des 1% ayant tout intérêt à tromper les 99% qui n’appartiennent pas à la super-élite.

 

Un chiffre incontestable…
Nous n’allons pas débattre de la véracité des chiffres officiels en passant au crible leur mode de calcul, les « redressements » et autres biais tortueux auxquels les soumettent les statisticiens. Il y a un moyen bien plus efficace et imparable de démasquer le mensonge officiel institutionnalisé.

 

Il suffit de se référer à un autre chiffre qui, pour le coup, est incontestable parce que difficile à trafiquer : il s’agit du taux de participation de la population active. Il était tombé à son plancher historique (soit depuis 1978) fin décembre, sous les 63%, avant de se redresser symboliquement en janvier.

 

1970 c’est loin, toutefois, alors prenons comme référence l’an 2000 : le taux était de 67,4% à fin décembre 1999 et de 66,2% en janvier 2008, avant que n’éclate la crise.

 

Il y a pire encore : les chiffres officiels du Bureau des statistiques de l’emploi nous enseignent que le taux d’Américains possédant un emploi (soit salarié, soit comme artisan, commerçant, agriculteur, etc.) est tombé de 63,3% à la mi-2007 à 58,3% en 2010 — et ne s’est nullement redressé depuis.

 

Cela signifie que 102 millions d’Américains qui pourraient travailler à temps plein ou à temps partiel (pour ceux que cela arrange, je ne parle pas du temps partiel « subi ») sont en dehors du marché de l’emploi. C’est un chiffre vertigineux. Le tableau est encore plus consternant lorsque l’on sait qu’un quart des salariés américains vivent en dessous du seuil de pauvreté : leurs revenus ne leur suffisent pas pour vivre, même chichement, dans un mobil home avec une voiture d’occasion qui vaut moins de 1 000 $. En tout, cela représente 52 millions de personnes, soit plus que la population espagnole (47 millions) ou 75% de la population française (66 millions environ).

 

Quels secteurs profitent le plus de ce «rebond» économique ?
Cependant, faisons semblant quelques minutes de mordre à l’hameçon des chiffres officiels qui traduisent le retour en force durable de la croissance (sic). Notre questionnement portera alors sur la nature des nouveaux emplois et les revenus qui y sont associés.

 

Sans surprise, sur les deux derniers mois de l’année 2014, ce sont la distribution et la restauration qui ont le plus embauché, avec comme point commun les plus bas salaires qui se pratiquent aux Etats-Unis. En effet, serveurs et serveuses, barmen et barmaids, sont en partie rémunérés au pourboire.

 

A peine plus surprenant, la chute de 40% du prix du carburant s’est accompagnée de recrutements massifs dans le secteur des transports routiers, avec une prédilection pour les chauffeurs de poids lourds (les fameux 18-roues de 30 tonnes et plus).

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Pour bien gagner sa vie, pas de secret, il ne faut pas compter ses heures et rouler de jour comme de nuit, le plus grand nombre de jours possible par mois… Pas idéal pour la vie de famille.

 

Jusqu’à la fin du premier semestre 2014, le secteur qui embauchait le plus, c’était celui de l’extraction pétrolière (shale oil), induisant un recoupement assez naturel avec le transport de brut et de carburant par camion-citerne ou par transport ferroviaire. Il en est résulté un trafic record par voie ferrée entre les centres de production situés le plus souvent au nord et les raffineries implantées majoritairement dans le sud du pays [Enfin, vous venez de comprendre pourquoi Obama s’oppose au projet Keystone-XL  de construction d’un pipeline Nord-Sud qui détruirait la moitié de ces emplois de camionneurs du pétrole et cette production de plus-value pour milliardaires. L’écologie, la biosphère et autres flagorneries des environnementalistes  n’a rien à voir dans ce conflit – Congrès-Présidence.  NDLR].

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Pour prendre la pleine mesure de ce que représente le transport routier aux Etats-Unis (la carte des emplois majoritaires par état est édifiante. http://www.marketwatch.com/story/keep-on-truckin-in-a-majority-of-states-its-the-most-popular-job-2015-02-09

 

Examinons maintenant quel est l’impact prodigieusement favorable de la spectaculaire chute du prix du baril au cours des six derniers mois.

Le gallon d’essence est passé de 3,90 $ en moyenne (et même plus de 4 $ en Californie, prix constaté lors de mon séjour là-bas en août dernier) à 2,1 $. Dans ces conditions, la grosse surprise, de notre point de vue d’Européens soucieux de réduire notre empreinte carbone, c’est la hausse de 6,3% du volume de carburant vendu rien qu’au mois de janvier 2015 par rapport au mois correspondant en 2014. Cela propulse la quantité consommée au-delà des trois milliards de gallons — c’est-à-dire à l’égal du niveau record mesuré durant l’été 2007 (en plein hiver cette fois-ci).

 

Le prix moyen de l’essence et du diesel a chuté de 37% au cours des six derniers mois… mais le chiffre d’affaire des stations services n’a baissé que de 25%.

 

Qu’en dit le secteur automobile ?
Le plein coûtant moins cher, les Américains circulent davantage. Ils abandonnent la marche à pied et les transports en commun, s’affranchissent allègrement des contraintes de la conduite économique… et vroum !

La preuve ? Les ventes de SUV de grosse cylindrée ont explosé de 42% en janvier et de 33% l’an dernier… Parallèlement, les Hummers, avec leur consommation de paquebots routiers, redeviennent à la mode !

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Il en résulte qu’en dépit des progrès techniques visant à réduire la consommation des véhicules particuliers (en-deçà des cinq litres aux 100 kilomètres), la surreprésentation des 4×4 et muscles cars (vous savez, ces monstres de puissance énergivores, avec des capots de deux mètres de long et des pneus extra-larges), la consommation moyenne aux 100 kilomètres est remontée au même niveau qu’en 1980, avant le second choc pétrolier.

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Avec le pétrole de schiste et la propagande visant à faire croire à l’indépendance énergétique imminente des Etats Unis, les Américains retrouvent leurs réflexes des décennies passées -hors chocs pétroliers –, quand ils avaient le sentiment que l’essence serait éternellement disponible en quantité illimitée… et qu’elle demeurerait quasi gratuite.

 

La seule consolation, c’est que le nombre de particules émises diminue du fait des pots catalytiques. Sinon, l’argent économisé sur un plein est en quelque sorte transformé en un plein et demi… et j’exagère à peine ! Le reste de l’argent économisé… Eh bien, selon les dernières données communiquées par les banques américaines, il est dépensé pour seulement un tiers, utilisé pour se désendetter également pour un tiers puis épargné pour le dernier tiers. [Ces données sont fort importantes car elles indiquent la direction que va prendre la récession à venir… le désendettement relatif signifie simplement que les américains pourront emprunter encore d’avantage. Le soi-disant «épargne» = ce qui n’est pas remis aux banquiers immédiatement, mais conservé pour servir de caution lors du prochain emprunt atteste également que l’endettement global-social augmentera. NDLR].

 

Autrement dit, il ne faut pas compter sur la manne pétrolière pour doper la consommation de produits et services en 2015. Les seuls qui peuvent se frotter les mains sont les constructeurs automobiles qui ont misé sur les modèles haut de gamme à moteur six ou huit cylindres, montés sur pneumatiques de tracteurs ou de F1. Il y a aussi les stations-service, avec une hausse de la fréquence des pleins qui entraîne un surcroît de ventes de café et de boissons fraîches.

 

Tout un écosystème basé sur la surconsommation et la démesure… mais qui n’est pas si facile à jouer en bourse. Je vous propose tout de même trois pistes d’investissement.  Les stations de lavage (pas facile de faire briller les jantes larges à moins de prendre les programmes cinq étoiles avec jets haute pression et finition polish) ; les équipementiers automobiles capables de mouler des réservoirs de 120 litres et plus ; et enfin les fabricants de pneus XXL ou ceux destinés aux gros utilitaires (les 18-roues mentionnés plus haut) — le marché du renouvellement s’y présente bien, avec l’allongement spectaculaire des distances parcourues par tous les types de véhicules sur le sol américain.

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