Se libérer du capitalisme.

Communiqué de l’Association des Amis du Manifeste
Le bulletin, n°54. Janvier 2016
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Se libérer du capitalisme

 

Les « élites » dirigeantes, la nomenklatura des politiciens et idéologues médiatisés, ont déversé, et déversent quotidiennement, par tous les canaux d’informations en leur possession, leurs explications sur les causes de la crise et les remèdes qui selon eux en découlent. Les dernières élections, par l’ampleur de l’abstention et du désarroi des prolétaires qui s’exprime aussi par le vote FN, sont l’occasion pour ces élites de nous faire avaler des couleuvres autrement plus grosses que les précédentes.

 

Ainsi, l’espace des idées est saturé de leurs paroles qui promettent de « contrôler » la finance, de supprimer ses « excès », de châtier les spéculateurs, voire, suprême audace verbale, de « refonder le capitalisme » sur des bases nouvelles, « éthiques ». Et là on entend aussi bien le discours nationaliste du FG que du FN nous vanter les mérites du « contrôle des frontières », soit pour y contrôler, soi-disant, les capitaux ou bien les pauvres qui refusent de mourir dans leur pays en guerre ou dévasté par les catastrophes de toutes sortes.

 

C’est dire si tous ces suppôts du capital sont prêts à n’importe quelles promesses pour essayer de rendre acceptable les milliers de milliards d’euros qu’ils font passer des poches des travailleurs dans celles du capital, et de faire croire à un avenir capitaliste meilleur.

 

Ils sont incapables de maîtriser les forces qu’ils déchaînent

 

L’analyse du capitalisme contemporain permet de comprendre que l’hypertrophie du capital financier n’est pas un choix qui aurait pu être évité, mais est inhérente au capitalisme moderne, lui est absolument nécessaire, et qu’elle ne peut nullement être jugulée par l’Etat bourgeois. C’est pourquoi, le « remède » bourgeois est, et sera toujours, davantage, au delà du sauvetage des banques par les fonds publics, dans une exploitation accrue des prolétaires, seuls producteurs des profits « réels » dont la masse détermine la santé et la croissance du capital, y compris financier. Les bourgeois ne peuvent en effet ni concevoir, ni accepter une analyse qui aboutit à la critique radicale de ce système, à la conclusion de la négation inéluctable de cette réalité sociale, et de surcroît à la démonstration que leurs idées ne sont rien d’autre que de simples reflets des conditions de la reproduction du système capitaliste, une soumission à « l’économie » et non pas l’inverse.

 

La réalité sociale est mouvement

 

La question reste cependant ouverte de savoir si la négation du capitalisme sera en même temps celle de l’humanité, ou si elle sera le produit de la lutte révolutionnaire transcendant cette négation dans l’affirmation d’une société communiste. À cette question, la théorie marxiste ne répond pas, mais elle est néanmoins nécessaire au développement d’une activité révolutionnaire qui puisse y répondre humainement.  Il s’agit pour les communistes révolutionnaires que nous sommes de nous dégager de toutes les conceptions « libertaires » ou « ouvriéristes » qui imputent à la théorie d’être un viol de la conscience de classe autonome du prolétariat parce qu’elle serait produite par des intellectuels extérieurs à la classe et qui prétendraient la diriger autoritairement, ne la considérant que comme une masse ignorante et infantile.

 

C’est pourquoi, au moment où la crise du capitalisme s’aggrave au point de devoir entraîner de grands bouleversements sociaux, il importe de combattre ces conceptions erronées, comme étant elles-mêmes le fait de théories qui s’opposent à ce que les prolétaires développent et s’approprient une compréhension de plus en plus complète et précise, au-delà des seules apparences, de la réalité sociale et des conditions de leur lutte. Tous les idéologues s’entendent à merveille pour occulter le matérialisme dialectique qu’a défini Marx et qui pose comme condition à la société humaine : qu’elle est le produit de sa propre activité (autoproduction de l’homme), et non pas d’un Dieu, d’un Destin, d’une Idée, d’une Histoire prédéterminée, ou de quoi que ce soit d’autre que lui-même dans son rapport à la nature qu’il transforme et qui le transforme.

 

Dans les activités de production, organisation politique, luttes de classes, idéologies, sciences, etc., le capitalisme a, par le développement des sciences et du machinisme, augmenté considérablement la quantité et la variété des marchandises produites, en même que, par celui concomitant de la productivité, beaucoup diminué la quantité de travail contraint nécessaire à leur production. Mais cette diminution a été augmentation de la quantité de chômeurs et semi-chômeurs, du nombre de personnes employées dans des conditions inhumaines, et ainsi tôt ou tard de la masse des révoltés. Et s’il a développé les sciences et leurs applications dans la production, c’est en les enrôlant du côté du capital comme forces destructrices des hommes et de la nature.

 

Le capital développe les éléments de sa propre disparition

 

En développant ainsi ces éléments qui le nient, il développe aussi du même coup ce qui permettra d’affirmer une société communiste, comme notamment, le temps libre pour se développer, l’appropriation collective de la science afin qu’elle soit un moyen de ce développement et possibilité d’une autoproduction maîtrisée et consciente des hommes par eux-mêmes. Le prolétariat lui-même, en se faisant l’acteur vivant de la négation jusqu’au bout du capital, se fait en même temps celui de sa propre négation et de l’affirmation du communisme.

 

En effet, par son activité révolutionnaire, le prolétariat ne fait pas que « renverser la classe dominante », mais il se transforme aussi lui-même faisant en sorte de « (…) balayer toute la pourriture du vieux monde qui lui colle à la peau et de devenir apte à fonder la société sur des bases nouvelles » (1). Il s’affirme comme individus sociaux, négation des individus privés du monde bourgeois. Son affirmation comme prolétariat n’est que le début du procès révolutionnaire, la révolution politique.

 

Ce n’est pas du nihilisme puisque la négation du capitalisme c’est l’affirmation du nouveau. Il y a que c’est dans la lutte contre le capital, dans l’antagonisme, que peut se construire le dépassement, la conscience et la réalisation du nouveau (et c’est pourquoi, cela est le fait du prolétariat, en tant qu’il est par essence la classe qui est niée, qui est placée de fait dans une situation de négation). Plus le prolétariat rejette le capital, pas seulement comme inégalité, iniquité, pouvoir excessif d’une classe, pas seulement comme propriété juridique (financière), mais jusque dans toutes les formes réelles de l’appropriation privée des conditions matérielles et intellectuelles de la production, et plus s’affirme la conscience communiste et le communisme. « Qu’importe ce qui meurt au prix de ce qui naît » (2).

 

Il est vital pour l’humanité que les prolétaires acquièrent la conscience de cette situation

 

Sans avoir l’intelligence des causes de la crise on ne peut évidemment pas proposer une voie pour en sortir. Chaque crise est issue d’un enchevêtrement de divers facteurs et phénomènes qui concourent au blocage de la valorisation, donc de la reproduction élargie, du capital. Mais c’est toujours de ce blocage qu’il s’agit. Donc, c’est toujours dans le procès de production et de réalisation de la plus-value qu’il faut en rechercher les causes profondes, essentielles.

 

Et comme dans le capitalisme moderne cette plus-value est surtout extraite sous sa forme relative, c’est-à-dire grâce aux progrès de la productivité générale, c’est dans les effets de ce mécanisme que se situe le cœur des difficultés (contradictions) qui finissent par le provoquer. C’est que, s’ils savent qu’il faut détruire pour construire, les communistes révolutionnaires ne préconisent évidemment pas n’importe quelle destruction à l’aveuglette. Ils travaillent à déceler les cibles réelles, à alerter sur les leurres et les impasses, les fausses solutions comme les faux amis, et à faire de toute action immédiate un progrès vers l’abolition des classes, c’est-à-dire vers la réalisation de ses conditions, qui leur sont connues grâce à l’analyse théorique.

 

Il y a les cibles les plus immédiates, par exemple, la destruction des pouvoirs politiques et médiatiques bourgeois, de la propriété privée juridique, etc. Ces cibles nécessitent une très solide organisation de combat pour être atteintes. Mais elles sont néanmoins bien visibles. Aussi les communistes s’attachent-ils plus particulièrement à développer la conscience que cette efficacité de la puissance productive, qui mine la valorisation du capital et le pousse aux destructions les plus inouïes, est aussi une arme qu’ils ont la possibilité et le devoir d’utiliser s’ils veulent s’autodétruire comme classe exploitée et s’auto-développer comme humains.

 

Il n’y a que dans le capitalisme que les progrès dans l’efficacité productive, dans la production de richesses en plus grand nombre et qualités, absorbant de moins en moins de travail répulsif, pénible (de travail prolétaire), aboutissent à la misère des masses, à d’innombrables catastrophes, et jusqu’à la ruine de ce système par lui-même.  Le haut niveau de la productivité, c’est-à-dire la puissance des sciences et de leurs applications dans la production (la « machinerie », l’ensemble des moyens et processus mécaniques) peut devenir une arme dans les mains des prolétaires.

 

Soit ces sciences ci sont aux mains du capital, et alors leur puissance « expulse » massivement les prolétaires de la société et même de la vie. Mais c’est alors aussi finalement la destruction de la bourgeoisie puisque la masse des profits tend nécessairement par là même à s’étioler. Destruction à laquelle les mesures qu’elle prend pour tenter d’y échapper ne peuvent alors que déclencher une apocalypse de crises violentes, de guerres, et d’épuisement de la nature.

 

Soit le prolétariat, prenant le pouvoir, utilise cette arme pour faire du temps libéré par la « machinerie », non pas un temps de chômage et de mort, mais un temps pour accroître la liberté, pour s’approprier les connaissances lui permettant de devenir réellement possesseur réel des moyens de la production et maître de l’organisation sociale : mais alors, cela réalisé, c’est qu’il n’y a plus de prolétaires ! Il n’y a plus qu’une activité riche et libre pour tous. C’est un développement supérieur de l’humanité qui se construit, le « règne de la liberté », une société communiste d’hommes conscients de leurs rapports et d’eux-mêmes, des activités qu’ils poursuivent consciemment.

 

Se fixer sur le terrain du combat révolutionnaire

 

L’appropriation et le développement critique de l’analyse marxiste du capitalisme (des causes et conditions de sa négation comme des possibilités du procès de la révolution communiste) est un des points fondamentaux qui distinguent et délimitent les communistes des autres organisations, associations ou partis, qui se disent aussi anticapitalistes. Au lieu de poser le problème du chômage, de la précarité, de « l’expulsion » des prolétaires, dans le contexte de cette rapide et inexorable diminution du travail répulsif et contraint – et d’en montrer les immenses avantages potentiels pour le peuple – les organisations de type Front de Gauche, réclament plus de « croissance » pour plus de travail, poussent à l’étatisme et au protectionnisme national ou européen, fustigent le seul capital financier, dit « libéral », tout en faisant les yeux doux au capital entrepreneur qui crée des emplois sur le sol national.

 

Dans cette ambiance délétère, on voit même parfois des ouvriers qui acceptent de travailler plus que l’horaire légal pour « sauver leur emploi », ce qui est une acceptation de l’aggravation de leur taux d’exploitation qui n’aboutit qu’à reculer d’un peu de temps le sort que le capital leur réserve de toute façon, tandis qu’elle contribue à stimuler une concurrence entre ouvriers qui leur nuit à tous au lieu de les unir, mais qui fait le bonheur du capital satisfait de cette course au moins-disant salarial. Le capital ne peut nourrir les prolétaires que de moins en moins, voire pas du tout. Si on comprend les causes de cette situation, alors on comprend aussi qu’il est vain, pour les prolétaires, d’espérer quoi que ce soit d’un soutien à la croissance de « leur » capital.

 

Les communistes, fossoyeurs du capitalisme

 

Aujourd’hui, la première activité libre – libre parce que construction de leur puissance propre, parce que première activité par laquelle ils transforment les circonstances en se transformant eux-mêmes de prolétaires, agents du capital en tant que tels, en prolétariat, classe, puissance offensive fossoyeur du capital – est de s’organiser en un parti communiste nouveau (en rupture avec ceux du vieux mouvement ouvrier).

 

C’est une urgente nécessité

 

Le parti communiste n’est « avant-garde » que dans la mesure où il est révélateur et catalyseur du mouvement historique réel. Non pas parce qu’il veut imposer ce que selon lui devrait être ce mouvement, mais parce qu’il est l’initiateur qui démêle, dans le mouvement réel tel qu’il est, et notamment dans le bouillonnement toujours confus des périodes révolutionnaires, le fil conducteur de ce mouvement, lui démontre ses nécessités et ses possibilités réelles, stimule ses initiatives et libère son potentiel.

 

Le bureau de l’Association des Amis du Manifeste – janvier 2016

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(1)     I. A., p. 37.

 

(2)   Aragon, Caupolican.

 

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