Thèses monétaristes

(Nous poursuivons la publication d’une série d’articles fournis par nos lecteurs portant sur le système bancaire, monétaire et financier contemporain.  N’hésitez pas à commenter ou à questionner chers lecteurs. Robert Bibeau. Directeur. Les7duQuébec.com).

Par Philippe Camy

Sous couvert de stabilité monétaire les tenants du monétarisme, tant libéraux que sociaux, préconisent un financement exclusif par le système financier privé, alimenté par l’épargne rentière (théorie du 100 % monnaie) et ainsi, d’exclure la monétisation du crédit* issue des banques de dépôt dans le cadre d’un financement entrepreneurial et/ou d’exclure la monétisation des créances d’État auprès de leur banque centrale dans le cadre d’un financement souverain.

* Monétisation du crédit: Technique consistant à créer la monnaie qui va générer le crédit puis à la détruire au fur et à mesure des remboursements du principal, les intérêts quant à eux rétribuent les agents économiques garants du crédit. Les encours de crédit gonflent la masse monétaire et permettent une adaptation dynamique de celle-ci évitant ainsi un processus déflationniste.

Tableau comparatif des divers financements entrepreneuriaux dans un cadre exclusif et de leurs impacts sur la demande, la masse monétaire et le système politique.

 

Financement d’un investissement par l’emprunt privé: (Le 100 %  monnaie prône l’utilisation exclusive de ce type de financement)

-Soutien de la demande par l’investissement. (Demande = +1)
-L’épargne financière ou actionnariale s’immobilise au détriment de la demande.(Demande = -1)
-Les intérêts de l’emprunt ou les dividendes sont transférés de l’économie réelle vers l’économie  essentiellement financière. (Demande = -1)

-Ce financement tend vers une monnaie déflationniste par immobilisation du principal et par le transfert des intérêts de M1 (économie réelle) vers l’économie essentiellement financière.

La concentration patrimoniale est maximale par exponentialisation des intérêts ou des dividendes* tandis que la déflation sous-jacente tend à soutenir les actifs financiers.

-La gestion de la masse monétaire se fait par injection de la banque centrale dans l’économie réelle à travers le budget de l’État, le retrait monétaire, sous couvert de destruction possible par le système fiscal, se faisant essentiellement par le captage des actifs financiers de la rente privée. (L’inflation/déflation étant surtout corrélée à l’aggloméra M1)

-Les taux d’intérêt dépendent uniquement de la réalité du marché.

Total = -1 pour la demande.

La concentration patrimoniale est maximale et tend à favoriser une gouvernance rentière ploutocratique.

* Les interets peuvent être composés tous les ans mais aussi par trimestres, mois, semaines, jours etc …

Financement d’un investissement par le crédit bancaire privé:

-Soutien de la demande par l’investissement. (Demande = +1)
-Le financement par la monétisation du crédit n’immobilise pas de capitaux, autres que les fonds propres de la banque de dépôt. (Demande = 0)

-Fuite des intérêts de l’économie réelle vers la sphère actionnariale. (Demande =-1)

-La vélocité monétaire* engendrée par le crédit bancaire tendrait probablement à favoriser l’inflation tandis que les dividendes, issus du financement des fonds propres des banques de dépôt, tendraient vers un comportement plutôt déflationniste.

-Les dividendes participent à la concentration patrimoniale par exponentialisation de ceux-ci tandis que l’offre pléthorique du crédit, par effet d’éviction, concourt à la dévalorisation des produits financiers.

-La gestion dynamique de la masse monétaire se fait par les encours de crédit et se retrouve décentralisée par la banque centrale vers les banques de dépôt de second rang.

-Les taux d’intérêt dépendent en partie du pilotage de la banque centrale.

Total = 0 pour la demande.

La concentration patrimoniale est plus faible que celle issue de l’emprunt privé, induisant ainsi un lobbying rentier, réel mais pas maximum.

*La vélocité monétaire est la capacité d’une unité monétaire à pratiquer un nombre variable d’échanges marchands dans un temps donné.

 

Financement d’un investissement par le crédit bancaire public: (Crédit socialisé utilisé abondamment en France jusqu’aux années 80)

-Soutien de la demande par l’investissement. (Demande = +1)
-Le financement par la monétisation du crédit n’immobilise pas de capitaux. (Demande =0)

-Fuite des intérêts de l’économie réelle vers la sphère publique. (Demande = -1)

-Les intérêts peuvent être réinjectés dans l’économie réelle par le biais du budget de l’État et ainsi soutenir la demande et/ou par destruction de ceux-ci, soutenir la monnaie. (Demande = 0 à +1)

-La vélocité monétaire engendrée par le crédit bancaire peut probablement favoriser l’inflation.

-La concentration patrimoniale est nulle, les intérêts retournent au sein du corps social, évitant ainsi la fuite de la rente vers la sphère financière, ce qui bénéficierait essentiellement aux plus nantis.

-La gestion dynamique de la masse monétaire se fait par les encours de crédit et se retrouve décentralisée de la banque centrale vers les banques de dépôt de second rang.

-Les taux d’intérêt dépendent uniquement de la banque centrale. Dans le cas d’un système de crédit socialisé généralisé, outre le pilotage global de l’ensemble de l’économie, les taux d’intérêt sectoriels permettraient un pilotage bien plus fin (Taux d’intérêt faibles, voir légèrement  négatifs, pour les secteurs à hautes plus-values sociales et environnementales, taux d’intérêt plus importants dans les autres secteurs).

Total = 0, dans le cadre d’une politique monétaire déflationniste, à + 1 pour la demande.

Dans le cas d’une généralisation du crédit socialisé (préconisé par Frédéric Lordon), la disparition de la sphère financière et de son lobbying,  rend possible l’émergence d’une véritable démocratie. Cependant, le crédit socialisé n’est pas la panacée universelle, il ne se dégage en rien des contraintes liées aux réalités géo-économiques qui ne pourront s’apaiser que par la mise en place d’un système monétaire international du type Bancor ainsi que d’une régulation du commerce international tel que l’envisageait Keynes avec l’ OIC et la charte de Havane en 1946.

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L’investissement qui en principe se concrétisera par un accroissement de richesse nécessite un accompagnement monétaire au sein de M1 afin d’éviter un processus déflationniste. Cet accroissement se fait, soit par l’intermédiaire du budget de l’État avec le 100 % monnaie, soit profitant de l’opportunité qu’offre le système de crédit bancaire, et d’une manière bien plus dynamique, directement dans l’économie réelle avec le très fameux «les crédits font les dépôts». Dans les deux cas, l’objectif du gonflement de la masse monétaire de l’économie réelle est bien atteint.

Cependant si l’injection monétaire ne pose pas de problème et fait en réalité consensus, il en est autrement avec les processus de retrait monétaire. Les décideurs devront alors choisir entre la fiscalisation des classes consommatrices en vue d’une destruction monétaire, favoriser le système financier en tant que puissant agent déflationniste en transférant la monnaie de M1 vers l’économie financière, détruire les intérêts du crédit  bancaire dans le cadre d’un financement socialisé généralisé ou bien laisser filer l’inflation.

C’est vrai que ce problème se posera essentiellement  avec le crédit bancaire dont la gestion auto-régulée de la masse monétaire par les encours de crédit est bornée par la réalité des investissements, le 100 % monnaie n’ayant que peu de chance d’y être confronté, son mode de financement par les possédants étant naturellement déflationniste voire récessioniste.

La comparaison des divers modes de financement de l’économie réelle est sans appel et démontre le côté délétère de l’emprunt privé avec sa concentration patrimoniale et son corollaire, l’assèchement de la demande, la déstructuration sociale et finalement l’endettement que cela implique. In fine le système financier verra sa monnaie hégémonique régner sur un monceau de ruines sociales.

Que les libéraux les plus radicalisés, préconisent  ce type de financement, tel que Friedman , Hayek, Von Mises, Ricardo, soit parce qu’ils adhèrent à l’idéologie malthusienne du darwinisme social, soit qu’imprégnés par les rhétoriques libérales, estiment sincèrement que les marchés sont potentiellement efficients et autorégulateurs, soit plus prosaïquement qu’ils défendent des intérêts purement de classe, cela se comprend aisément.

Par contre, d’une manière plus étonnante, un nombre croissant de personnes issues de la sphère sociale comme Étienne Chouard et A-J Holbecq sont amenées à soutenir cet ultra-capitalisme et sur internet, les sites défenseurs de ces thèses, font florès, alors qu’en réalité le rêve des néo libéraux est de bannir le crédit bancaire (Théorie du 100% monnaie) afin d’augmenter la part de marché de l’emprunt financier issu de l’épargne privée qui lui, est à l’origine de toutes les turpitudes. Dumping salarial, dumping social, 100 % monnaie, privatisation des secteurs publics et spéculation n’ont qu’une seule réelle fonction, celle d’élargir et d’assurer de nouveaux débouchés à la finance rentière des possédants.

 

(DEMAIN : Monnaie de dépôt et monnaie de crédit)

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