Todd dénonce une Europe en guerre contre sa jeunesse

Source : Hérodote.net.   24.03.2016.  Par Joseph Savès.  Url :  https://www.herodote.net/Todd_denonce_une_Europe_en_guerre_contre_sa_jeunesse-article-1549.php

 

(Nous ne partageons pas l’analyse clanique – familiale – héréditaire – de M. Todd mais il est toutefois intéressant de lire l’analyse d’un  intellectuel idéaliste issu de la go-gauche française qui a le mérite – via son angle d’analyse pseudo-scientifique,  de voir mieux l’éclatement des conflits qu’engendre le vieux mode de production capitaliste – se brisant sur les rochers des rapports de production archaïques, souvent féodaux. Bonne lecture attentive chers lecteurs.  Robert Bibeau. Producteur. Les7duQuébec.com)

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Un an après la sortie de son brulôt Qui est Charlie ?, Emmanuel Todd s’exprime crûment dans L’Obs (24-30 mars 2016) sur la crise européenne et migratoire.

Rarement pris en défaut par le cours des événements, l’historien bouscule une nouvelle fois les préjugés… Honni par les médias et les honnêtes gens pour avoir délégitimé les manifestions du 11 janvier 2015 (dont nous étions), Emmanuel Todd ne renie rien. (Pas si honni que cela puisque l’honnête go-gauche L’OBS, le publie et Hérodote aussi. NDLR)

Comment en irait-il autrement ? En relisant aujourd’hui notre compte-rendu de son livre Qui est Charlie ?, nous constatons que sa lecture des événements demeure plus pertinente que tous les bavardages de ses contradicteurs.

L’essentiel, sur lequel les commentateurs sont restés silencieux, tient dans l’exposé du paradoxe suivant :

– La gauche française était autrefois centrée sur des régions de type familial nucléaire et égalitaire comme le Bassin Parisien. Elle ne domine plus aujourd’hui que les régions périphériques de type familial inégalitaire (avec par exemple une préférence pour l’aîné dans les testaments). (Un fadaise que LA GAUCHE FRANÇAISE.  Qui pense encore qu’il existe une chose telle que la gauche française. OUI, si gauche signifie la faction bourgeoise s’attribuant le titre de « go-gauche française ». NDLR).

Emmanuel Todd y voit la raison pour laquelle la nouvelle gauche (sic), dont le président Hollande est le parfait représentant, a choisi sans état d’âme le néolibéralisme et la monnaie unique, en sacrifiant au passage l’État, la souveraineté nationale et l’industrie (Ce qui est totalement faux. L’État, la souveraineté nationale française, l’industrie et surtout les capitalistes propriétaires de ces industries et plénipotentiaire de cet État requéraient tous le « néolibéralisme » (sic) et la monnaie unique.  Hollande-de gauche-  n’a fait qu’obéir à ses patrons. NDLR).

Cette gauche a aussi fait le choix du multiculturalisme au lieu de l’assimilation, au grand désespoir de l’historien qui, dans les années 1990, plaçait ses espoirs en celle-ci (Le destin des immigrés, 1994). Ne cherchons pas plus loin les raisons qui font de la France l’un des terrains d’élection du djihadisme européen.

Dans les nouveaux bastions de la gauche comme la Bretagne ou la Normandie, la solidarité était autrefois garantie par la forte présence de l’Église. Celle-ci s’étant effacée, le tissu social s’est effiloché et Todd a pu prédire la multiplication des conversions à l’islam chez les jeunes de ces régions, esseulés et privés de repères. Son diagnostic rejoint celui du géographe Christophe Guilluy sur la France périphérique (2014).  (Oulala, Todd pleure le déclin de l’Église Catholique qui anciennement était chargé de porter le crucifix mystificateur des conflits de classe – laissant place libre au Coran, tout aussi mystificateur des conflits de classes. Le problème n’est pas la source de l’opium M. TODD, mais le terrain de souffrance où les religions s’épandent. NDLR).

– Dans le même temps, la droite et l’extrême-droite ont fait le chemin inverse et se sont installées dans les régions anthropologiquement égalitaires, républicaines, laïques et de tradition ouvrière, comme le Bassin Parisien et le littoral méditerranéen. Leurs dirigeants se trouvent écartelés entre leurs électeurs, qui réclament davantage de solidarité et d’égalité, et leurs principes idéologiques qui les entraînent vers le néolibéralisme et les conduisent à faire allégeance à Bruxelles, Francfort et Berlin.

Ces électeurs de droite et d’extrême-droite, de tradition universaliste, sont massivement indifférents aux couleurs de peau ou à la tonalité religieuse des prénoms. Mais ils ne tolèrent pas les concessions au multiculturalisme, ce qui peut les conduire à des comportements agressifs et des propos racistes !

Dans Qui est Charlie ?, Emmanuel Todd s’inquiète avant tout des conséquences du multiculturalisme et du laïcisme sur les musulmans complètement assimilés et les musulmans paisibles des banlieues et des provinces françaises, ajoutant qu’« en l’absence d’un avenir compréhensible, la multiplication des adhésions au radicalisme islamique est à peu près certaine » (page 228). (En l’absence d’emplois, de revenus pour les familles, de la satisfaction des besoins élémentaires de la vie, de la survie et de la reproduction élargie de la force de travail, OUI,  il y aura toute sorte d’adhésion au « radicalisme utopique »  – de tout obédience,  jusqu’à ce que la classe prolétarienne en vienne à réaliser que les TODD de ce monde n’offrent  que des réformes d’illusions impraticables et que la grande transformation radicale est LA solution.  NDLR).

L’Allemagne au cœur du malaise européen

Dans son entretien avec la journaliste Aude Lancelin (L’Obs), Emmanuel Todd relie entre eux les différentes crises qui affectent l’Europe en insistant sur le rôle de l’Allemagne. À l’encontre des idées reçues, celle-ci a, selon lui, soldé la période nazie. C’est aujourd’hui un pays vieillissant (âge médian : 46,2 ans) qui entend malgré tout demeurer une puissance économique de premier plan : « En vingt-cinq ans, l’Allemagne a retapé sa partie orientale (…). Elle a remis en ordre de marche économique toute l’Europe de l’Est, intégré ses populations actives à son système industriel, écrasé la concurrence à l’ouest et au sud dans la zone euro, et est devenue quasiment le premier exportateur mondial pour les produits de haut niveau technologique. Le tout avec une population de 82 millions d’habitants, extrêmement âgée ». (Excellent diagnostique économique. Bravo M. Todd, ici vous touchez à l’essence des choses, en oubliant cependant de mentionner que la crise économique systémique de l’impérialisme frappera plus durement le centre (Allemagne) après la périphérie – que vous avez bien décrite.  NDLR).

 

Pour arriver à leurs fins, les dirigeants allemands ne craignent pas de recourir à l’immigration selon une tradition plus forte et plus ancienne que la France. Ainsi que le rappelle l’historien, « La Prusse, par exemple, est un pays qui a été inventé, en partie créé par l’apport de populations étrangères, y compris de huguenots français… »

La politique migratoire d’Angela Merkel s’inscrit dans cette tradition de renouvellement de la force de travail  (EXACT. NDLR). Mais Emmanuel Todd reproche à la chancelière d’avoir très gravement péché par ignorance : « Honnêtement, je pense qu’absorber brutalement des millions d’immigrés endogames venus de Syrie, d’Irak et bientôt d’ailleurs (…), dans un pays aussi vieilli que l’Allemagne c’est un défi absolument incroyable. L’Allemagne ne pourrait intégrer, contrôler et utiliser efficacement de telles masses de population, à de tels niveaux de différence culturelle et à ce rythme accéléré qu’en se stratifiant et en se durcissant. Le prix à payer serait sa transformation en une société policière ou militarisée ».  (Bonne remarques M. Todd. Exact, l’État allemand devra accroitre sa militarisation intérieure, mais vous oubliez de dire que les autres pays impérialistes en déclin, les Etats-Unis en premier lieu, la France, et les autres, ont déjà amorcé ce processus en 2001, et le poursuive depuis.  NDLR).

 

Et l’historien de revenir sur les structures familiales : « Avec les Turcs, la machine avait commencé à caler. Pas tellement parce qu’ils sont musulmans (…). Mais parce que leurs structures familiales sont patrilinéaires, c’est-à-dire très favorables aux hommes, et plus important encore, endogames. C’est ça le marqueur important, la grande différence entre les Européens et les habitants du sud et de l’est de la Méditerranée : une tradition du mariage entre cousins qui, chez ces derniers, fait que le système familial tend à se refermer sur lui-même ».

Tandis qu’en Europe, le taux de mariages entre cousins germains est toujours inférieur à 1%, il est de 35% chez les Syriens sunnites, 36-37% chez les Irakiens mais « seulement » de 19% chez les Alaouites qui soutiennent Bachar al-Assad et d’environ 20% chez leurs alliés iraniens (faut-il s’étonner au vu de ces clivages familiaux de la guerre ouverte entre sunnites arabes et chiites ?).

 

Et la France dans tout ça ? En déléguant sa monnaie et sa souveraineté à Bruxelles, Francfort et Berlin, elle est sortie de l’Histoire et devenue d’après Todd un « peuple non historique », selon le mot de Friedrich Engels.

 

Le plus inquiétant, pour le démographe, est l’aveuglement dont souffre la jeunesse de ce pays : « L’une des choses qui m’a le plus tristement impressionné le 13 novembre dernier, lors de ces attentats horribles, c’est justement la vision que la classe politique et les médias ont alors donnée de la jeunesse française. D’un côté les jeunes terroristes déments, barbares, islamisés jusqu’au fond des yeux, etc. De l’autre, des jeunes tout de jovialité, parfaitement sains, et radieux, sirotant des bières à la terrasse des bistrots. Alors qu’on a aujourd’hui toutes les statistiques en mains sur les difficultés effarantes à entrer dans la vie adulte pour les jeunes, la baisse de leurs revenus, leurs taux d’emploi misérables, les stages sous-payés voire non payés. Être jeune en France, ce n’est pas juste siroter un demi en terrasse ».  (Et c’est ici que le professeur Todd trébuche, ce point essentiel qu’il décrit – la misère de la classe laborieuse – jeune et vieille – mais particulièrement jeune – est la source de tout le reste et non pas l’endogamie – l’exogamie – le patriarcat – le matriarcat et fadaises qui ne sont que des vestiges  que conservent des populations laborieuses arrivées d’un autre temps,  s’amalgamant à des populations laborieuses  des temps très modernes – mais alors que les emplois ne sont pas là en France et disparaitront  bientôt en Allemagne.  Alors le clivage se manifestera de différentes façons, dont la révolte sociale que l’État bourgeois assimilera au terrorisme.  NDLR).

Joseph Savès

 

 

 

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