USA-OTAN, et la guerre nucléaire !

Titre original : Guerre au Yémen: les USA comptent utiliser des armes nucléaires au Moyen-Orient.   Par  Prof Michel Chossudovsky.  Mondialisation.ca, 05 juin 2015, URL de l’article original : http://www.mondialisation.ca/guerre-au-yemen-les-usa-comptent-utiliser-des-armes-nucleaires-au-moyen-orient/5453584

 

(Les médias à la solde, les gouvernements stipendiés, les journalistes grassement payés et les larbins plumitifs répètent à l’envie qu’une troisième guerre mondiale est impossible à cause, notamment, des effroyables armes nucléaires – « bombes atomiques » – destructrices. Dans cet article Michel Chossudocsky décrit en détail la façon que ces armes, très létales ont été conçues et seront introduites dans les agressions armées que mènent les troupes de l’Alliance Atlantique (OTAN-USA) entraînant ensuite la généralisation d’un conflit régional en un conflit mondial thermonucléaire.  L’attaque contre le Yémen doit être perçu comme une répétition de ce qui pourrait survenir demain, ou plus tard, en Ukraine, dans le Caucase, en Syrie, ou ailleurs – enclenchant la riposte d’une puissance nucléaire concurrente. Décidément, il n’y aura pas de limite aux instincts suicidaires de l’impérialisme décadent. Seul le renversement de ce mode de production capitaliste moribond rendra la planète sécuritaire pour nos enfants. Robert Bibeau).

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Des rapports non confirmés qui se fondent sur une vidéo datée du 20 mai 2015 attirent l’attention sur une explosion massive sans précédent au Yémen. 

Les rapports avancent sans preuve corroborante que l’ explosion pourrait être le résultat d’une frappe nucléaire, au moyen d’une arme nucléaire tactique. Il n’y a pas de preuve allant dans ce sens.  Mais peu importe la nature de cette explosion, il s’agit tout de même d’un crime contre l’humanité. 

Malgré l’absence de preuve concrète que l’alliance dirigée par les USA utilise des armes nucléaires contre le Yémen, ce qui s’est passé rend la question plus globale d’une guerre nucléaire au Moyen-Orient plus pertinente que jamais. 

Le programme nucléaire de Washington tel que défini dans le « bilan de posture nucléaire de 2001 » consiste à se doter d’un arsenal nucléaire tactique en vue de son utilisation contre des États non dotés d’armes nucléaires.  

Depuis 2002, des armes nucléaires tactiques ayant pour cible le Moyen-Orient sont entièrement déployées par les USA et l’OTAN. 

Les armes nucléaires tactiques, les soi-disant « mini-nukes » ou bombes nucléaires miniaturisées, sont des bombes antibunker munies d’une ogive nucléaire. Leur capacité explosive (par exemple, la bombe B61-11) va du tiers de la puissance de la bombe d’Hiroshima à six fois cette puissance.

La photo à droite montre une bombe nucléaire tactique B61-11, qui peut être larguée d’un bombardier B-2 ou d’un F-16.  

La bombe B61-11 est une véritable bombe thermonucléaire, une arme de destruction massive dans le vrai sens du terme.

Jusqu’à maintenant, nous disposons de preuves bien minces. Il n’y a pas eu de rapport sur les conséquences de la frappe présumée au Yémen qui aurait pu nous éclairer davantage.

Les médias institutionnels n’ont pas rapporté la nouvelle. La question nécessite une enquête plus approfondie dans le contexte de l’existence d’un programme de longue date aux USA qui prévoit l’utilisation d’armes nucléaires contre des cibles au Moyen-Orient.

 

L’utilisation présumée, mais pas encore confirmée, d’armes nucléaires miniaturisées (« mini-nukes ») au Yémen soulève la question plus large de la doctrine nucléaire des USA :

  1. Des armes nucléaires tactiques ou « mini-nukes » font partie de l’arsenal des USA et de l’OTAN.
  2. En 2002, le Sénat des USA a autorisé leur utilisation dans un théâtre d’opérations militaires conventionnelles.
  3. Elles peuvent être utilisées sans l’autorisation du commandant en chef.
  4. Les militaires étasuniens soutiennent que les « mini-nukes » sont des « bombes humanitaires » qui réduisent au minimum les « dommages collatéraux ». Sur la base d’avis de scientifiques travaillant à forfait au Pentagone, elles sont « inoffensives pour la population civile à proximité parce que l’explosion est souterraine ».

Bien que la preuve (qui est bien mince) d’une attaque nucléaire contre le Yémen ne soit pas encore confirmée, l’utilisation de « mini-nukes » contre des pays du Moyen-Orient est sur la table à dessin du Pentagone depuis au moins 20 ans. En 1996, sous l’administration Clinton, les USA étaient prêts à recourir à l’arme nucléaire tactique B61-11 dans une attaque contre la Libye.

B61-11

L’homme derrière ce projet diabolique de lancer une bombe nucléaire contre la Libye était le secrétaire adjoint à la Défense Harold Palmer Smith Junior. « Avant même que la bombe B61 ne soit prête, la Libye était considérée comme une cible potentielle ». (Bulletin of the Atomic Scientists, septembre-octobre 1997, p. 27, caractères gras ajoutés)

Harold Palmer Smith a été nommé par le président Bill Clinton pour superviser les programmes de défense nucléaire, chimique et biologique en privilégiant « la réduction et l’entretien de l’arsenal d’armes nucléaires des USA ». Dès le départ, son véritable mandat n’était pas de « réduire », mais bien « d’augmenter » l’arsenal nucléaire, en favorisant la mise au point d’une nouvelle génération de bombes nucléaires miniaturisées « inoffensives » en vue de leur utilisation sur un théâtre d’opérations militaires au Moyen-Orient.

L’objectif du département de la Défense sous les conseils d’Harold Smith était d’accélérer la « mise à l’essai » de la bombe nucléaire tactique B61-11 dans un pays du Moyen-Orient.

« Cinq mois après que [le secrétaire adjoint à la Défense] Harold Smith ait appelé à une accélération de l’échéancier de production de la [bombe nucléaire] B61-11, il a annoncé publiquement que l’armée de l’air utiliserait la bombe B61-11 contre la Libye… » (http://www.nukestrat.com/us/afn/B61-11.htm,)

Bien que le Pentagone ait nié par la suite son intention de bombarder l’usine de Tarhunah en Libye, il n’en a pas moins confirmé que « Washington n’écartait pas l’utilisation d’armes nucléaires [contre la Libye] ». (ibid., caractères gras ajoutés.)

Quelle est la pertinence de cette histoire concernant la bombe nucléaire tactique B61-11 et les menaces proférées alors par l’administration Clinton contre la Libye?

Le projet de frappe nucléaire contre la Libye a-t-il été mis au rancart?

Des pays du Moyen-Orient sont-ils pris pour cibles potentielles d’une attaque nucléaire? (pour en savoir plus, lire l’article de Michel Chossudovsky intitulé Dangerous Crossroads: Is America Considering the Use of Nuclear Weapons against Libya? Global Research, avril 2011).

Les armes nucléaires tactiques ont été spécialement conçues pour être utilisées dans des « conflits conventionnels avec des pays du Tiers-Monde » pendant la période de l’après-guerre froide. En octobre 2001, soit juste après le 11 septembre, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld a envisagé d’utiliser la bombe B61-11 en Afghanistan. Les cibles étaient les bunkers souterrains d’Al-Qaïda dans les montagnes de Tora Bora.

Rumsfeld a affirmé à l’époque que les bombes antibunker « conventionnelles seraient en mesure “de faire le travail”, mais il n’a pas écarté la possibilité de recourir éventuellement à des armes nucléaires ». (citation dans le Houston Chronicle, 20 octobre 2001, caractères gras ajoutés.)

L’utilisation de la bombe B61-11 a été également évoquée durant le bombardement et l’invasion de l’Irak en 2003, tout comme lors des bombardements de la Libye par l’OTAN en 2011.

La bombe B61-11 était alors décrite comme « une arme nucléaire à petit rayon d’action précise qui pénètre dans le sol, capable de frapper des cibles souterraines de haute valeur », ce qui comprenait les bunkers souterrains de Saddam Hussein :

« Si Saddam était à la rigueur la cible ayant la plus haute valeur en Irak, il était alors fondé de défendre l’utilisation d’une arme nucléaire comme la bombe B61-11 pour s’assurer de son élimination et de la décapitation du régime. » (Defense News, 8 décembre 2003).

Il n’existe toutefois aucune preuve documentaire que la bombe B61-11 a été utilisée contre l’Irak.

L’utilisation de bombes nucléaires miniaturisées contre des États du Moyen-Orient non dotés d’armes nucléaires comme l’indique le « bilan de posture nucléaire de 2001 » demeure sur la table à dessin du Pentagone. En outre, l’arme nucléaire tactique qu’est la bombe B61-11 (Made in America) ainsi que sa version mise à jour B61 12 ont été déployées en vue de leur utilisation contre des cibles au Moyen-Orient, notamment en Iran, en Syrie et en Libye, par plusieurs pays européens, y compris cinq États non dotés d’armes nucléaires (Belgique, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Turquie). La nouvelle bombe B61 12 est une arme d’une puissance de 50 kilotonnes pouvant être larguée d’un avion de combat F‑35.

Selon des rapports, Israël aussi possède un arsenal d’armes nucléaires tactiques.

Source : Federation of American Scientists

La nature de l’explosion au Yémen

Bien que l’explosion au Yémen que l’on voit dans la vidéo (ci‑dessus) semble similaire à celle d’une bombe nucléaire tactique B61-11 avec son champignon caractéristique, il convient de noter que la bombe conventionnelle appelée Massive Ordnance Penetrator (MOP) déclenche une explosion similaire.

Qualifiée aussi de « mère de toutes les bombes », la bombe appelée Massive Ordnance Penetrator (MOP) est la plus grosse bombe conventionnelle de l’arsenal des USA (voir les images ci-dessous). L’explosion de cette bombe conventionnelle est (d’après la preuve photographique) similaire à ce que la vidéo du Yémen nous montre. De plus, selon des rapports non confirmés, la MOP a été utilisée lors de la guerre en Irak.

Autrement dit, la nature de l’explosion au Yémen ne prouve pas en soi qu’il s’agit du résultat d’une frappe nucléaire (tactique). Il pourrait s’agir de l’explosion d’une MOP ou d’une bombe antibunker. Mais la preuve demeure bien maigre dans tous les cas.

La MOP et la « mini-nuke » sont toutes les deux des bombes antibunker capables de pénétrer dans le sol. La MOP est toutefois une arme conventionnelle. Elle n’est pas équipée d’une ogive nucléaire.

Il convient de noter qu’à la mi-janvier 2015, soit deux mois avant l’assaut ayant déclenché la campagne de bombardement saoudienne contre le Yémen, « le Pentagone procédait à la mise à l’essai de la plus grosse bombe de son arsenal », soit une version améliorée de la Massive Ordnance Penetrator (MOP), sa bombe antibunker fabriquée par Boeing. (Photo d’archive d’une explosion de la « Mère de toutes les bombes »).

Selon des rapports, la Massive Ordnance Penetrator, ou MOP GBU-57, serait livrée avec un bombardier B-52 ou B-2 en raison de son poids. La décision d’effectuer une frappe au moyen d’une MOP proviendrait du « Global Strike Command » (commandement majeur de la US Air Force).

Mass Ordnance Penetrator MOP GBU-57A/B

Il y a cependant des indications selon lesquelles une version plus légère de la MOP serait mise au point. D’après le Air Force Magazine, le lieutenant-général des Forces aériennes des USA Phillip Breedlove (actuel commandant en chef de l’OTAN) a affirmé en juin 2010 que « la prochaine génération d’armes de pénétration devrait équivaloir au tiers de la grosseur de la MOP, de façon à pouvoir être transportée par un avion plus économique ».

L’image ci-dessous montre un bombardier B52 larguant une MOP, escorté par un F-16. La MOP est en fait un missile téléguidé.

B-52 larguant une MOP escorté par un F-16 pendant une mise à l’essai

Bombardier B-2 sur une base de la US Air force au Missouri. En le ravitaillant en vol, il peut être déployé partout dans le monde. Le B2 peut être utilisé pour larguer une MOP ou une bombe nucléaire tactique.

« Mother of All Bombs » (MOAB)

Michel Chossudovsky

Article original en anglais : The War on Yemen, America’s Plans to Use Nuclear Weapons against the Middle East, 2 juin 2015

Traduit par Daniel pour Mondialisation.ca

 

 

 

5 pensées sur “USA-OTAN, et la guerre nucléaire !

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    16 juin 2015 à 10 10 17 06176
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    15 juin 2015

    Marché-Système en déroute : petit survol d’une grande crise

    Depuis une vingtaine d’années, la succession phénoménale de crises qui secouent le monde connaît une accélération exponentielle en termes de nombre comme d’intensité. Que ce soit au niveau écologique, sanitaire, alimentaire, économique ou géopolitique, toutes les coutures du monde connu semblent en train de craquer quasiment en même temps. C’est que toutes ces crises n’en forment en réalité qu’une seule, gigantesque: celle de l’effondrement d’un Marché-Système poussé dans ses ultimes excès par la folle gouvernance US.

    Matrice éclairée d’un progrès technologique guérisseur de tous les maux, notre Modernité triomphante incarne des valeurs indépassables et constitue la seule voie possible vers une humanité préservée de la guerre, du froid et de la faim.

    Voilà en substance la promesse de campagne, le faux nez de notre Marché-Système globalisé sous gouvernance US.

    Près de 70 ans après les premiers clips promotionnels de l’American dream, la réalité du monde s’avère pourtant à l’exact opposé de l’illusion proclamée. Rongée par sa toxicité et dépassée par ses contradictions 1, la machine atlantiste à dominer le monde s’affole désormais et, au Moyen-Orient comme en Ukraine, toutes ses machinations pour maintenir son hégémonie tournent au fiasco.

    Petit survol d’une grande crise.

    Le saccage du vivant

    Le Marché-Système à la sauce américaniste qui emprisonne aujourd’hui l’humanité n’est que le rejeton désaffecté et monstrueux des grands empires coloniaux. Comme ses géniteurs, il assure sa domination par la violence, les machinations et l’intrigue. Son modèle de civilisation mercantile est en fait une contre-civilisation dont l’essor et la pérennité reposent sur un déchaînement ininterrompu de pillages et de tueries de tout ce qui pousse, nage, vole, rampe ou marche sur notre planète.

    En quelques décennies, les fragiles équilibres de notre biosphère ont ainsi été brisés, nos océans et notre terre pollués, notre air vicié.

    Les espèces animales et végétales s’éteignent à une vitesse phénoménale. Celles qui survivent sont soit muséifiées, soit sacrifiées dans un océan de souffrances et de dégradation industriel, ou encore génétiquement manipulées pour que rien du (sur)vivant n’échappe à la voracité d’un Marché dont la main invisible est devenue la seule référence au Sacré.

    Qu’une telle razzia globalisée ait finalement produit quelques bénéfices matériels pour une minorité élargie est, dirions-nous, la moindre des choses au regard du prix terrifiant consenti. Désormais, la marchandisation du monde a infecté jusqu’au ventre des mères, et rien ne semble pouvoir arrêter notre grande marche éclairée vers le progrès ultime: c’est-à-dire l’avènement d’un homme nouveau, d’une humanité nouvelle amoureuse de sa servitude à une machine néo-libérale seule à même de susciter en elle cette infinité de désirs qui, à défaut de pouvoir être assouvis, lui offre l’illusion d’une vie (je Dé-pense donc je Suis).

    Il faut alors consommer encore, consommer toujours pour stimuler et sauver le désir, pour le PIB, la croissance, les parts de marché, le CAC 40, les charts, les chiffres, la City et Wall Street.
    Il faut produire encore plus, donc détruire encore plus.
    Le Marché-Système l’exige.
    Notre contre-civilisation l’exige.
    Il n’y a pas d’alternative.
    Point de salut hors la fuite en avant.

    La guerre éternelle

    Au plan géopolitique, l’hyperpuissance US qui pilote la machine use d’une force militaire sans rival pour imposer ses rapines et maintenir la domination de son Marché-Système ; pour voler, piller, s’approprier tant que faire se peut les derniers minerais, les dernières nappes de pétrole, d’eau potable, les derniers marchés.

    Tout cela bien sûr sous le vernis de la lutte pour ces fameuses valeurs indépassables dont les mots liberté, démocratie ou droits-de-l’homme sont devenus les coquilles vides de la novlangue politico-médiatique.

    Le mensonge domine tout le discours jusqu’à la nausée, jusqu’au ridicule. Il inonde les ondes docilisées, broie les esprits.

    Les plus fantastiques fables deviennent alors vérité sans heurts, sans contestation admise.

    Car la vérité n’a plus d’importance.
    La communication est Tout.

    Seule compte la densité, le volume, la force, la violence du Message.
    Hurlé assez fort, le Message, le Mensonge, devient vérité.

    Le 11 septembre 2001 en a fourni un exemple stupéfiant. Le monde entier ainsi pu voir l’effondrement parfaitement symétrique de trois tours sur leur empreinte, officiellement provoqué par deux avions 2. Malgré l’invraisemblance et le ridicule de la fable, il aura suffi de la hurler assez fort pour l’imposer comme une vérité. Et désormais, on qualifie de révisionnistes du 11 Septembre 3 ceux qui osent douter du catéchisme officiel, et bientôt de négationnistes, cela va sans dire. La vérité révélée doit être défendue à tout prix.

    Avant celle du 9/11, d’autres fables avaient déjà permis d’autres rapines comme l’invasion et le dépeçage de l’Irak notamment.
    Après elles, d’autres fables ont encore permis le saccage de la Libye, puis celui de la Syrie.
    Une énième fable, celle de la révolution de Maïdan 4, a récemment permis de provoquer un affrontement avec l’insoumise Russie pour tenter de préserver la full-spectrum-dominance de l’hyperpuissance américaine.
    Le risque d’une guerre nucléaire à large échelle est même pleinement assumé. Ce qui en dit long sur le jusqu’au-boutisme du Marché-Système sous gouvernance US.

    Le Parti Janus

    Au plan politique, la même inversion pourrit la plupart des grandes nations.
    La démocratie y est réduite à l’opposition théâtralisée des profils gauche-droite d’un seul Parti Janus contrôlé par une caste au service du Marché-Système.
    Pour crédibiliser la farce, il suffit alors, là où c’est encore nécessaire, de favoriser l’émergence de quelque épouvantail, à grand renfort d’une insécurité et d’un racisme savamment entretenus, pour ensuite déclencher le fameux réflexe dit républicain au moment opportun.

    Pour canaliser les énergies populaires vers des causes et des combats inoffensifs pour le Marché-Système, et notamment pour canaliser l’énergie naturellement rebelle de la jeunesse, la caste dominante a aussi pris soin de réduire le social au sociétal, la défense du bien commun à celle de minorités de plus en plus marginales, de plus en plus bizarres mais cool, dont on s’applique à faire l’éloge et la promotion.

    C’est qu’il faut égarer et fragmenter toujours davantage le corps social; atomiser le plus possible les individus en les enfermant dans des catégories qui n’existent que par opposition les unes aux autres.
    Diviser pour régner donc, et l’affrontement est alors partout.
    Hommes contre femmes; jeunes contre vieux; LGTB contre hétéros; citadins contre banlieusards; laïques contre croyants; communauté contre communauté; religion contre religion.
    C’est le triomphe de l’isolement et de l’éclatement sous prétexte de rassemblement ; le triomphe du dérisoire et de l’artificiel qui garantit l’absence d’opposition réelle au Marché-Système.

    Les collabos de la misère en marche

    Au plan idéologique, l’inversion est également totale. Le Marché-Système produit ainsi la censure, le contrôle de masse et l’interdit au nom de la défense des libertés. Il produit l’uniformité en prétendant lutter contre ce qui menace la diversité.

    Infectée jusque dans son ADN par le Marché-Système, la démocratie opère ainsi lentement mais sûrement sa mutation vers un totalitarisme mou parfaitement compatible avec l’État de droit.

    Au plan intellectuel, la désertification avance elle aussi au pas de charge.
    Les débats de pure forme ronronnent dans des cénacles monopolisés par des esprits serviles et bien rémunérés.
    Ceux qui osent dévier de la ligne éditoriale du Marché-Système sont immédiatement exclus, ostracisés, voire persécutés.
    Il n’y a plus dès lors d’intellectuels autorisés ni même capables de penser l’avenir.

    La sécheresse conceptuelle est partout.

    A de rares exceptions près, toute la caste intello-culturo-mondaine en place sert de caution à cette farce.
    Tous baignent ainsi mollement dans les sucs gastriques du Marché-Système qui les digère bien sûr ; mais qui en même temps les préserve dans leur rang, leur fonction et leurs privilèges, leur faisant ainsi aisément oublier, par la vertu du nombre et de l’instinct grégaire, qu’ils sont tous des collabos de la misère en marche.

    Accélération

    Sauf que voilà. Le Marché-Système ne parvient plus à donner le change.
    Il est vrai que jamais, auparavant, l’Histoire n’avait connu de situation où une civilisation, formellement à l’agonie du fait de son incapacité à produire du sens ni même un modèle de fonctionnement viable, ne peut ni mourir ni disparaître du fait de sa seule hyperpuissance médiatique, militaire et technologique.
    Ne reste donc que cette hyperpuissance à l’état brut qui, sans état d’âme ni espoir ni projet, cherche simplement à persévérer dans son être puisqu’elle est programmée pour cela. Logiquement, la rage, le désespoir et la violence que le Marché-Système projette vers l’extérieur pour survivre se retournent contre lui et se révèlent ainsi les seules forces capables de l’atteindre et de l’affaiblir à travers la multiplication et l’accumulation des crises insolubles qu’ils produisent.
    C’est l’extension permanente du domaine du chaos.
    La crise d’effondrement du Marché-Système sur lui-même, par lui-même, est entré dans sa phase finale avec, au-delà, la possibilité d’un renouveau.
    Le Système devenu anti-Système en somme.

    Notes

    1-Les avertissements sont de plus en plus nombreux qu’une nouvelle catastrophe financière se prépare

    2-Ingénieurs et architectes face au mystère du WTC7 (ici en version courte, avec en prime un décryptage, une interview d’expert et une contre-expertise)

    3-Conspirationnisme : un état des lieux

    4-Enfumage ukrainien : contre-propagande

    Source
    http://echelledejacob.blogspot.ca/2015/06/marche-systeme-en-deroute-petit-survol.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed:+LchelleDeJacob+(L'%C3%89chelle+de+Jacob)

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    17 juin 2015 à 9 09 46 06466
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    Sincèrement, jamais quelqu’un, au 7du Québec, n’a écris un texte qui s’approche de si près de la réalité. Merci pour votre texte Pierre.

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    17 octobre 2016 à 12 12 42 104210
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    La MOAB est une bombe thermobarique pas nucléaire…..

    Répondre

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