L’éducation comme arme contre le capitalisme sauvage

Sur le blogue de David Gendron, je suis tombé sur le terme « PARECON », via un commentaire de François Tremblay. J’ai cherché un peu et j’ai trouvé un texte sur Zombie qui en explique les grandes lignes. En gros, c’est un système économique basé sur des principes anarchistes (pas libertariens); « y sont bannis le marché (capitalisme), la planification centrale (social-démocratie, communisme centralisé, etc.), toute hiérarchie du travail (patron vs employé) et le profit. » C’est « un système décentralisé, démocratique, participatif et égalitaire. » Et c’est en fait une réponse aux critiques de la pensée anarchiste (du côté libertaire), question de donner du concret, de la chair autour de l’os.

À la suite de ce billet, il y a quelques commentaires. Un de ceux-là m’a beaucoup parlé :

Je trouve louable l’initiative PARECON, née d’une recherche d’équité dans un esprit anarchiste. Je n’y adhère pas pour 2 raisons : 1) cette construction idéologique va à l’encontre de la tendance naturelle humaine à systématiquement se laisser guider par ses instincts, lesquels nous poussent vers la facilité et l’individualisme. 2) L’individualisme débridé que nous connaissons aujourd’hui détruira peut-être le monde qui l’a vu naître, mais il ne sera jamais remplacé par un système intellectualisé trop complexe. Le résultat de la destruction du système actuel résulterait plutôt d’une copie neuve et identique de lui-même, condamné à se répéter tant qu’il n’aura pas appris à se transformer de l’intérieur. Le capitalisme n’est pas une création de l’intellect, mais bien une « herbe sauvage » qui ne veut que croître sans cesse, tel l’ogre affamé dont l’estomac à été remplacé par une pompe au mouvement perpétuel. Le capitalisme ne demande pas l’éradication, mais seulement d’être bridé et contre-balancé (sic) par une force d’opposition. La solution ? Instaurons un système d’éducation publique qui donnera la chance à chacun de développer son plein potentiel sans limite (sic) aucune, qui développera l’indépendance d’esprit et la critique constructive, et qui permettra à tous de devenir ce qu’ils veulent vraiment, à l’intérieur d’un cocon protecteur, à l’abris (sic) des interventions extérieures de la société jusqu’à, disons, 25 ans. N’essayons pas d’imposer nos vues sur la jeunesse, laissons-là (sic) plutôt contrôler sont destin seule. Faites ça, et je vous garantis un monde meilleur en 2 générations. Ceux qui d’entre-nous (sic) valorisons l’appât du gain et l’amas de capitaux comme seuls moteurs de la vie quotidienne sont déjà trop atteints pour changer d’eux-mêmes. Et comme la nature s’opposera, et triomphera TOUJOURS des solutions forcées et compliquées, PARECON restera une autre belle idéologie condamnée à mort le jour même de sa naissance, et qui si elle se développe, le fera tel le cancer sur l’organisme qu’est la société, comme le communisme pur et dur avant elle.

Tout revient à ça, encore et toujours : l’éducation. Et qui dit éducation, dit évolution. Si on regarde en gros l’histoire, on remarque une lente évolution des systèmes qui régissent la société. La démocratie qui semble aujourd’hui prendre toujours de plus en plus d’ampleur était considérée par beaucoup de philosophes d’antan comme étant un des pires systèmes. Notre époque est propice à la démocratie, même si cet idéal est loin d’être atteint. Et pour ce qui est de l’anarchie, c’est du futurisme, ce vers quoi nous devons tendre.

Pour faire une comparaison simple avec la vie d’un humain, je crois que l’humanité est dans son adolescence. Elle est excitée par les gadgets, a encore besoin de se faire dire quoi faire par ses parents, et surtout, il lui manque encore un peu d’éducation pour s’affranchir. Donc, qui se demande encore quel devrait être le programme numéro un des anarchistes de toutes les tendances? Malheureusement, ce n’est pas demain la veille que l’État lâchera prise sur l’éducation.

Il faudra faire avec.

24 pensées sur “L’éducation comme arme contre le capitalisme sauvage

  • Ping : L’éducation comme arme contre le capitalisme sauvage « Renart L’éveillé / Carnet résistant

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    1 juillet 2009 à 15 03 12 07127
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    « Si on regarde en gros l’histoire, on remarque une lente évolution des systèmes qui régissent la société. »

    C’est facile à dire avec le recul, mais en fait, les choses sont évidemment bien plus complexe. C’est un problème méthodologique que de considérer l’histoire comme une lente évolution vers quelque chose, car c’est projeter à une époque passée quelque chose qu’elle ne pouvait pas connaître (ce qui allait lui succéder), et c’est aussi croire que nous « progresserons » inévitablement.

    Éduquer les gens à être ce qu’ils veulent vraiment me semble plutôt un oxymore intéressant. Il faudrait voir comment ce type de système pourrait exister, je suis très sceptique quant aux moyens employés.

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    1 juillet 2009 à 16 04 26 07267
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    C’est facile à dire avec le recul, mais en fait, les choses sont évidemment bien plus complexe. C’est un problème méthodologique que de considérer l’histoire comme une lente évolution vers quelque chose, car c’est projeter à une époque passée quelque chose qu’elle ne pouvait pas connaître (ce qui allait lui succéder), et c’est aussi croire que nous “progresserons” inévitablement.

    Renart n’écrivait pas cela et ne me semblait pas dire que la démocratie était inévitable, au contraire.

    Il peu y avoir évolution, sans progrès. Il peu y avoir progrès sans déterminisme. Oui, l’histoire a tendance à encourager, nourrir ou se servir de la notion de progrès. J’aime beaucoup plus cela que le relativisme absolu de l’anthropologie! Mais les historiens, les vrais, prennent bien gare justement de projeter sur une époque ce qu’elle ne pouvait pas connaître! Ce que Monsieur et Madame Tout-le-monde en font, ça c’est une autre… histoire.

    Ceci dit, j’aime bien le commentaire cité par Renart et je partage les doutes de son auteur, d’autant plus qu’on parle maintenant d’une troisième forme de capitalisme émergeant : le capitalisme cognitif. Je vous en reparlerai, ailleurs qu’ici, quand j’aurai lu le bouquin que je viens tout juste de sortir de la bibliothèque. Mais en gros, c’est le capitalisme basé non pas sur la finance, mais sur les connaissances.

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    1 juillet 2009 à 21 09 12 07127
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    @ Martin B.-L.

    Je ne crois pas non plus qu’il voit la démocratie comme une fin inévitable, mais je ne crois pas qu’il faille la voir comme « meilleure » ou plus « avancée » que d’autres formes de gouvernement. C’est plutôt cette phrase-là que je trouve étrange :

    « Et pour ce qui est de l’anarchie, c’est du futurisme, ce vers quoi nous devons tendre. »

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    2 juillet 2009 à 4 04 01 07017
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    Simon,

    « C’est facile à dire avec le recul, mais en fait, les choses sont évidemment bien plus complexe. »

    je sais bien. Mais je me dis qu’avec la démocratie nous sommes bien plus proches de l’anarchie qu’avec un système basé, par exemple, sur la royauté (la totale, pas comme l’Angleterre, genre). Idem pour un système totalitaire.

    Mais peut-être que je me trompe a priori en pensant que le premier est plus évolué que les autres…

    « Éduquer les gens à être ce qu’ils veulent vraiment me semble plutôt un oxymore intéressant. »

    Il y a une autre manière de le dire : apprendre à penser par soi-même. Nous sommes loin du compte.

    Martin,

    « le capitalisme cognitif. »

    ça pique ma curiosité!

    Vincent,

    « L’éducation est une utopie. »

    c’est ce genre d’attitude qui m’empêche de plonger dans la philosophie anarchiste et d’y croire actuellement. On clame un monde différent, autant collectivement qu’individuellement, mais on fait fi du chemin à parcourir pour y arriver.

    Si je comprends bien, c’est un genre de nihilisme de la réalité?

    Simon,

    encore, concernant l’étrangeté de cette phrase :

    « Et pour ce qui est de l’anarchie, c’est du futurisme, ce vers quoi nous devons tendre. »

    Ça va avec mon idée que l’humanité n’est pas encore adulte, l’anarchie représentant l’accession à cette étape.

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    2 juillet 2009 à 7 07 56 07567
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    La démocratie ? Non mais vous nous prenez pour des imbéciles.

    La marche de nos ancêtres par l’instruction et les découvertes scientifiques ne nous ont pas, mais pas du tout, apporté la démocratie.

    La démocratie n’existe pas encore.
    Et l’éducation ne fera rien pour qu’elle arrive. Les meilleurs diplômés du monde embarquent dans le système et exploitent à leur tour.
    Les instruits, aussi instruit qu’ils peuvent l’être demeurent des loups pour l’homme.

    Sur terre, c’est le commerce. Tout est commercial et sujet à être vendu. Les droits de l’homme également. Les « droits » de l’homme … hahaha quelle farce.

    Lisez les chartes de l’OMC et autres institutions NON-DÉMOCRATIQUE, qui gèrent comme des dictateurs les États démocratiques sans que les « démocrates » de nos « démocraties » ne s’en offusquent, tout au contraire.

    La démocratie-gogo-pour-gagas, voilà le système pour lequel vous vous prostituez.

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    2 juillet 2009 à 16 04 09 07097
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    Vincent, c’est plus l’instruction qui est une utopie, ou plus précisément, l' »éducation par le parentage hiérarchisé et la propagande étatiste. » Par contre, un éducation volontaire autodidacte et/ou coopératif est possible!

    Merci Renart pour la plogue!

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    2 juillet 2009 à 16 04 41 07417
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    Je suis d’accord avec David Gendron et j’ajouterai même que cette éducation volontaire doit absolument être accessible à tous, gratuite et mise à jour régulièrement. Les manuels scolaire vieux de 20/30 ans n’ont plus vraiment leur place dans un monde où tout est informatisé.

    Et si en plus on réussit à se débarrasser du patriotisme, de l’amour du drapeau et de la religion, on va déjà faire un sacré bon progrès.

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    2 juillet 2009 à 21 09 35 07357
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    @Renart :

    L’éducation est une utopie. C’est pourtant une attitude réaliste de dire cela. Clamer un monde différent est une utopie.

    Par mon anarchisme individualiste, je ne peux que changer moi seul. Et encore, cela est difficile. Je suis en devenir constant, mais un fond demeure, et pas nécessairement pour le mieux pour moi-même. Les autres « anarchistes » qui clament un changement du monde sont utopistes.

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    3 juillet 2009 à 0 12 05 07057
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    David,

    mais de rien pour la plogue!

    Rémi,

    « Et si en plus on réussit à se débarrasser du patriotisme, de l’amour du drapeau et de la religion, on va déjà faire un sacré bon progrès. »

    Exact!

    Vincent,

    sauf que le monde change quand même, on ne peut pas faire fi de ça, surtout que nous sommes malgré tout des maillons de la chaîne.

    Et si je ne croyais pas à la possibilité d’influer sur la réalité par l’interaction, je ne me donnerais pas la peine de t’écrire, ni de tenir un blogue, etc.

    « Par mon anarchisme individualiste, je ne peux que changer moi seul. »

    Pas d’accord. Tu as participé à mon changement.

    Pour ce qui est de l’utopie, je trouve que c’est un terme trop synonyme de cynisme.

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    3 juillet 2009 à 9 09 20 07207
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    « Ça va avec mon idée que l’humanité n’est pas encore adulte, l’anarchie représentant l’accession à cette étape. »

    C’est là où je ne suis plus. Je crois que de considérer l’histoire comme un cheminement vers quelque chose ne peut que nous faire analyser la réalité historique qu’avec un biais trop grand. Surtout que, pour les démocrates actuels, c’est loin d’être une direction à prendre que l’anarchie.

    D’ailleurs, j’entends un peu partout les gens vanter les mérites de l’anarchie. Je ne comprend pas l’intérêt, mais bon, c’est une autre discussion.

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    3 juillet 2009 à 9 09 37 07377
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    @Renart :

    Mais ce n’est pas moi ou les autres qui t’avons changé, tu t’es changé toi-même en prenant ce que tu voulais selon tes valeurs. Je crois que le monde change, mais si peu, et d’une façon aléatoire, pas nécessairement parce que des gens l’ont voulu.

    (je ne parle pas de technologies qui changent évidemment, mais de la façon de penser)

    Si je résume autrement, je dirais qu’une personne change au cours de sa vie, c’est évident, et devient avec le temps et la plupart du temps, plus « sage ». Mais les « nouveaux » qui arrivent font toujours les mêmes erreurs. Et je ne crois pas que ce soit l’éducation qui change une personne, mais plutôt l’expérience de la vie, via les douleurs vécues personnellement, via les erreurs commises. Par l’éducation, on acquiert des connaissances et on apprend à faire comme tout le monde, à entrer dans un moule social sans trop se questionner, mais pas une sagesse personnelle qui ne peut surgir qu’après une remise en question de toute l’éducation que l’on a reçue…

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    3 juillet 2009 à 11 11 53 07537
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    Ça va avec mon idée que l’humanité n’est pas encore adulte, l’anarchie représentant l’accession à cette étape

    Évidemment, je ne suis pas d’accord non plus avec cette interprétation de l’histoire, qui semble ne prendre en compte que le seul facteur de l’autoritarisme. Tu fréquentes trop de libertariens, Renart!

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    3 juillet 2009 à 18 06 00 07007
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    Simon,

    l’anarchie représente une responsabilité accrue des individus, notre démocratie actuelle en est loin, avec un vote pratiquement à l’aveugle aux quatre ans… Je pense juste qu’une société évoluée devrait tendre vers une responsabilisation globale.

    Est-ce qu’on voit poindre un grand retour de la monarchie?

    Vincent,

    je crois qu’on peut s’entendre que sans l’interaction il n’y aurait pas de possibilité de changement. Après ça, on peut interpréter les choses de bien des manières. Je pense que l’éducation est importante, même si je crois en même temps que nous sommes loin du compte…

    Martin,

    « Tu fréquentes trop de libertariens, Renart! »

    pas eux particulièrement, mais c’est une influence certaine, et depuis longtemps. Sauf qu’en même temps, je me retrouve à être le contradicteur de tout le monde, autant les étatistes que les anarchistes. J’essaye d’échafauder un pont, mais il doit avoir l’air trop chambranlant pour ceux qui sont bien assis sur leurs idéologies.

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    3 juillet 2009 à 23 11 33 07337
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    @Martin :

    «C’est particulièrement vrai pour ceux qui étudient afin de devenir médecin… »

    Je ne te le fais pas dire !

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