États-Unis-Présidentielles: Hillary Clinton – Décryptage 3/3

RENÉ NABA

L’ahurissante profession de foi pro israélienne de Hillary Clinton :

«J’inviterai le premier ministre israélien à la Maison Blanche dès le premier mois de mon mandat».

Sans la moindre publicité, Hillary Clinton promet d’adopter un agenda extrême en faveur d’Israël.

L’ancien président américain Bill Clinton a rencontré dans le plus grand secret près d’une centaine de dirigeants de la communauté juive de la Floride du sud, les assurant que si son épouse était élue, elle se fixerait comme objectif «prioritaire le rapprochement avec Israël», mettant l’accent sur «les liens étroits que sa femme et lui même entretiennent avec Israël», rapporte le journal «Times of Israël».

«Il serait tentant de considérer cette déclaration comme une inspide rhétorique politicienne clintonienne, qui consiste à dire habilement à son auditoire ce qu’il souhaite entendre et à le lui faire croire.

«Mais est-il matériellement possible de renforcer l’alliance avec Israël au delà du seuil atteint, avec les milliards de dollars du contribuable américain transférés chaque année vers Israël, en sus des armes sophistiqués fournies à Israël pendant qu’il bombarde ses voisins sans défense, doublé de son soutien diplomatique aveugle et d’une protection de la totalité de ses actes?».

«À la décharge de Bill Clinton, son souhait est en fait en parfaite harmonie avec les déclarations réitérées en ce sens de la candidate démocrate devant les auditoires juifs américains.

«Ainsi, en novembre 2015, dans une tribune publiée dans «Forward», Hillary a souhaité «non seulement le renforcement des liens avec Israël, mais aussi avec le premier ministre ultranationaliste Benyamin Netanyahu»:

«J’ai été aux côtés d’Israël tout au long de ma carrière. En tant que secrétaire d’état, j’ai souhaité davantage d’assistance pour Israël, chaque année.

«J’ai défendu Israël contre son isolement diplomatique notamment ceux en provenance des Nations-Unies et d’autres instances internationales en m’opposant notamment au rapport Gladestone «partial et tendancieux», qui attestait des crimes de guerre répétés commis par l’état hébreu contre Gaza, en 2008.

Des communicants de l’équipe Clinton, notamment Jonathan Alter, ont tenté de saper la campagne de son rival Bernie Sanders en pointant le fait que seul le sénateur du Vermont a maintenu ses critiques contre Barack Obama, alors que Hillary Clinton, qui fut la rivale malheureuse du président américain, a cessé ses attaques dès 2008, c’est à dire dès la fin de la campagne présidentielle. «Bernie Sanders a cessé ses critiques en 2015 juste à temps pour pouvoir se présenter aux élections sous le label démocrate», a-t-elle dit, selon le site inteecpt.

«Indépendamment du fait que toute critique peut constituer un motif de contrariété, il est sain dans une démocratie de critiquer le président et pathologique de s’abstenir de le faire.

«Mais nonobstant cette posture, Hillary Clinton, tant dans son ouvrage que dans ses diverses interview, n’a cessé de critiquer Barack Obama lui reprochant notamment son manque de fermeté, assurant qu’elle serait davantage volontariste et interventionniste, alors que Barack Obama compte à son actif pas moins de sept interventions militaires dans divers pays majoritairement musulmans (Libye, Syrie, Irak, Yémen, Somalie etc).

«De même ses commentaires sur Israël constituaient en fait des critiques implicites de la politique étrangère de Barack Obama, car cela a suscité une animosité à l’encontre de Benyamin Netanyahu.

«Dans sa tribune à «Forward», Hillary Clinton a souligné que «l’alliance entre les États-Unis et Israël transcende la politique… Un engagement qui nous unit et non un fossé qui nous sépare». Et pour bien marquer son propos, elle a pris l’engagement suivant: «J’inviterai le premier ministre israélien à la Maison Blanche dès le premier mois de mon mandat».

«En janvier 2016,Hillary Clinton a publié une tribune encore plus excessivement pro israélienne dans «The Jewish Journal» qui explicitait davantage sa volonté de modifier la politique de Barack Obama en la rendant plus pro-israélienne.

«En ces temps de terrorisme et de troubles, l’alliance entre les États-Unis et Israël est plus importante que jamais pour faire face aux défis que nous affrontons. Pour ce faire, nous devons porter nos relations à un niveau supérieur»… Nous devons nous assurer qu’Israël continuera de maintenir son avantage militaire qualitatif.

«Les États-Unis doivent soutenir davantage la défense aérienne israélienne et aider à développer une meilleure technologie de détection des tunnels pour empêcher le trafic d’armes et les enlèvements. Nous devons aussi développer les consultations stratégiques de haut niveau entre les États-Unis et Israël.

«Comme toujours, pas un mot sur la répression, l’oppression et les brutalités imposées aux Palestiniens, une constante de l’occupation israélienne depuis des décennies. Elle ne reconnaît pas et ne s’exprime même pas sur les bombardements répétitifs de la prison à ciel ouvert que constitue Gaza et qui provoquent des massacres de civils… Pour Clinton et pour l’establishment progressiste qui la soutient, les souffrances et les violences imposées aux Palestiniens, n’existent littéralement pas», relève Glenn Greenwald.

Rien de tout cela n’est mentionné, même incidemment, dans l’avalanche d’articles pro-clinton qui se déversent via les médias progressistes. Au delà de l’indifférence des progressistes, si Hillary Clinton se permet de débiter une telle rhétorique, c’est tout bonnement parce que les prises de position de Bernie Sanders sur Israël-Palestine, ou même sur les autres sujets de politique étrangère sont floues», poursuit l’auteur de l’article d’Intercept.

Comme beaucoup de juifs américains, en particulier de sa génération, Bernie Sanders a longtemps considéré favorablement Israël, comme étant le refuge et et le protecteur essentiel des juifs de la période post nazie. Bien loin d’être radical sur ce sujet, Bernie Sanders est davantage disposé à critiquer Israël. Mais sa préférence assumée de privilégier les sujets domestiques, au détriment de la politique étrangère, a donné libre cours aux flatteries et autres outrances de Hillary Clinton sur ce sujet.

(Note www.madaniya.info: En fait Bernie Sanders s’est prononcé sur ce sujet en mars 2016, préconisant une solution à deux états, impliquant le Droit à la Sécurité des Palestiniens et le droit au partage de l’eau, démontrant par là même une parfaite connaissance du dossier, soutenue par une posture de grand courage qui tranche avec leur conformisme ambiant américain. Jusqu’à présent, les Occidentaux mettent l’accent sur le Droit à la sécurité d’Israël, s’abstenant de toute condamnation de l’état hébreu, cautionnant implicitement un droit à l’insécurité des états arabes particulièrement les Palestiniens. Le droit au partage de l’eau constitue en outre un vigoureux rappel à l’ordre des Israéliens qui ont détourné le cours du fleuve Jourdain et qui visent par leur incursion répétitive au Liban à détourner les cours des fleuves du sud Liban, notamment (le Zahrani).

«Les partisans de Hillary Clinton justifient son bellicisme par la nécessité politique, assurant qu’elle ne pourrait jamais gagné si elle ne manifestait pas une dévotion sans faille envers le gouvernement israélien, indépendamment de tous ses excès en politique étrangère y compris envers Israël.

«Barack Obama a apporté la preuve qu’un dirigeant national peut être critique, ne serait que légèrement, à l’égard d’Israël et continuer de bénéficier du soutien populaire. Un politicien américain a prouvé que l’on ne devait se soumettre à l’orthodoxie pro-israélienne pour gagner: Donald Trump, le républicain, a prôné la «neutralité» entre Israël et la Palestine… avant de se raviser sous le feu des critiques.

«Les défenseurs de Hillary Clinton s’épuisent à susciter des controverses des plus futiles afin de détourner l’attention sur le jugement de ses actions et les variations intervenues dans ses convictions.

«Cette tactique a été initiée par un ancien communicant de l’équipe Bill Clinton, Dick Morris, celui là même qui avait incité son client à transformer l’élection de 1996 en débat à propos de sujets aussi futiles que le port d’uniformes à l’école.

«Si vous étiez un progressiste pro-Clinton, voudriez-vous défendre ses souhaits continuels de renforcer le soutien des États-Unis au gouvernement de Benjamin Netanyahu et veiller chaque année «à renforcer davantage les liens»?

Réponse en Janvier-Février 2017. Si Hillary Clinton invitera ou non au premier mois de son mandat son premier ministre israélien adoré.

Dans l’attente, pour le plus grand bonheur des lecteurs, ci joint l’intégral des cables de Hillary Clinton sur l’affaire libyenne.

Version anglaise sur ce lien du site «The Intercept» by Glenn Greenwald 18 Février 2016.

Adaptation en version française par la rédaction www.madaniya.info

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René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l’AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l’information, membre du groupe consultatif de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et de l’Association d’amitié euro-arabe. Auteur de « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres » (Golias), « Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français » (Harmattan), « Hariri, de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres (Harmattan), « Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David » (Bachari), « Média et Démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXIème siècle (Golias).

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