Le culte du cargo

L’acceptation d’une croyance n’est-elle pas un couvercle mis sur cette peur, sur cette peur de n’être rien du tout, d’être vide ? Et pourtant un récipient n’est utilisable que lorsqu’il est vide et un esprit qui est rempli de croyances, de dogmes, d’affirmations, de citations est en vérité un esprit stérile, une machine à répétition.
(KRISHNAMURTI – La Première et Dernière Liberté )

Le culte du Cargo est un nom donné à un phénomène religieux qui s’observe dans de nombreuses îles occupées par des indigènes et sur lesquelles ont débarqués des occidentaux: missionnaires, haut-fonctionnaires… qui faisaient travailler les indigènes et qui eux, du point de vue des indigènes, ne faisaient rien sinon classer des feuilles de papier et parler dans d’étranges boîtes (des radios) avec des mats pour faire venir le cargo: les occidentaux ne produisaient rien et tous les biens matériels qu’ils souhaitaient arrivaient en « faisant venir le cargo ».

Ainsi des « cultes du cargo » se sont développés simultanément dans ne nombreuses îles très éloignées et certains sont encore en cours aujourd’hui. Les indigènes prient pour que viennent un cargo rempli de tout ce qu’ils ont envie: une espèce de corne d’abondance. Dans certaines îles, les indigènes attendaient un messie « John Frum » qui devait venir par avion. pour l’inciter à venir, ils ont même construit une « piste d’atterrissage, une tour de contrôle en bambou, posté des contrôleurs avec des casques radio en bambou et sur la piste, des faux avions en bambou et paille pour attirer le vrai.

Un jour, David Attenborough discutait avec un dévot: « Mais Sam, voilà dix-neuf ans que John dit que le cargo va venir. Il promet, promet, promet, mais le cargo ne vient toujours pas. Dix-neuf ans, ce n’est pas long pour attendre? « 

Sam répond : « – Si vous pouvez attendre deux mille ans pour que vienne Jésus Christ et qu’il ne vient pas, je peux attendre plus de dix-neuf ans. « 
Je me demandais : Ne sommes-nous pas parfois conduits, nous aussi, dans notre « démocratie » actuelle bourrée de gadgets de haute technologie, à appliquer des méthodes par mimétisme, sans réelle réflexion sur le bien-fondé de nos démarches ?  la première image qui me vient est le cellulaire… la mauvaise bouffe … la mode … si on y ajoute les conditionnements donnés par notre éducation, religion, société, famille, boulot, voisins, couple…

Derrick Jensen dans son livre « Endgame » écrit : « Si les histoires que vous entendez depuis votre naissance vous répètent d’une manière ou d’une autre les messages que la civilisation industrielle profite aux êtres humains; que les gens « civilisés » ne commettent pas d’atrocités; que la violence est « barbare » et que « les barbares » sont violents; que quelqu’un qui est violent est un « animal », une « brute »; que seulement les dominants survivent; que les non humains (et beaucoup d’autre humains) sont là pour qu’on les utilise, que les non humains (et beaucoup d’autre humains) n’ont pas de désirs qui leur sont propres; que la tristesse, la colère, la frustration, la solitude vont se dissiper d’une manière ou d’une autre juste si vous achetez quelque chose ; que de travailler en tant que salarié de l’économie, i.e., avoir un boulot, est normal, naturel, désirable, ou nécessaire; que le monde est une vallée de larmes et que vous aurez une vie meilleure après votre mort; que ceux qui sont au pouvoir sont trop forts – ou peut-être ils règnent par voie divine ou son équivalent moderne, l’inéluctabilité historique – pour être renversés; que nous souffririons tous si la civilisation disparaissait; que ceux qui sont au pouvoir ont le droit de détruire la planète, et qu’on ne peut presque rien faire pour les arrêter, alors bien sûr vous allez en venir à croire tout ça. »

Le conditionnement va loin visiblement … combien de leviers allons nous devoir lâcher pour être libéré de ce systéme et de ceux qui le manipulent ?

On m’a déjà argumenté que lire et participer sur internet était une libération des grands médias au service du pouvoir et des corporations ( classement du Canada au niveau de la censure des médias : 21 ième… ) …Oui, lire l’actualité hors du filtre télévisuel permet d’avoir des nouvelles du monde plus réalistes que TVA/CNN, et oui, le récit des meurtres est plus vivant, la longueur de votre chaîne semble plus objective. Mais est elle enfin défaite ?

Alors certains répondent que parce que nous choisissons, nous sommes libres. C’est bien là l’une des autres absurdités qu’on nous fait croire, car fondamentalement, nous ne sommes pas libres du tout. Nous sommes toujours conditionnés. Changer de point de vue sur le monde parce qu’on lit autre chose que la presse officielle ne semble pas changer la perception qu’un individu peut avoir de lui même…La lecture des commentaires ici et là dans les blogs ou les forums semble prouver ce point …imaginez un peu  le nombre de personnes qui ont donné leurs vies dans différentes guerres pour des causes qui n’étaient que des jeux de pouvoir pour des gens assis dans leurs bureaux …on arrive à regrouper 60 000 personnes pour une foutue patinoire à hockey mais on ne trouve personne qui conteste la torture sur un enfant soldat….on organise un téléthon pour Haiti et on les oublie sans se soucier que le fric ne leur est jamais arrivé et qu’ils sont en train de crever du choléra, on accepte que la paix c’est maintenant la guerre, et qu’en prenant notre destin en main on va se sortir de cette crise économique ….la majorité des gens sont conditionnés à l’action/réaction sans se soucier de savoir au nom de quoi ils réagissent .. une émotivité manipulée par toutes les ficelles usées des médias ..c’est rendu que les émotions sont rendues consommables et jetables, chacun cherchant dans la prochaine nouvelle la surenchere qui le fera frémir pour quelques minutes …

Et dés qu’un levier est manipulé, nous redevenons aussi agressifs qu’avant, nous haïssons certains peuples ou certaines races, nous méprisons tel leader politique et prenons parti pour tel autre, nous sommes les dupes des religions organisées, des manifs organisées,d’un nationalisme organisé, et nos misères continuent …Nous ne faisons que changer un moule pour un autre, dans une longue fuite pour éviter la peur. Peur du changement qui doit se faire en nous sous peine de ne rien changer en dehors de nous …

Et donc, rien ne change.
Et la Bête râle de plaisir devant cette Déception de ceux qui tournent en rond dans la Cage , lui fournissant ainsi toujours plus d’énergie…

3 pensées sur “Le culte du cargo

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    28 octobre 2010 à 9 09 09 100910
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    Merci , je ne connaissais pas ce culte là…

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    1 novembre 2010 à 0 12 12 111211
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    Superbe réflexion Marc. Et c’est illustré par de sublimes images qui enrobent le propos de juste ce qu’il faut de sophistication et de poésie visuelle. Un très très beau billet.

    Merci de nous faire connaître Derrick Jensen. Je trouve que ses idées gagneraient à être diffusé plus largement.

    C’est vrai que c’est pas le culte du Web 2.0 qui va nous sortir de ce cercle vicieux. Si on n’avait pas si peur de la pauvreté, me semble qu’on aurait moins de misère!

    Faut devenir un peu plus contemplatif. Prendre le temps d’admirer les superbes barreaux de nos cages, dont certaines sont très dorées. A force d’observer, peut-être finirons-nous par avoir quelques idées sur la manière de prendre la clé des champs du possible. En attendant, on fait tellement dur, nous, qui nous prétendons humains!

    Merci encore Marc pour cette escapade dans l’authentique. Ça remonte le moral beaucoup plus efficacement que tous les discours supposément « lucides ».

    Que l’esprit du vide soit avec nous!

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