Les chiens de garde

Par lutopium – Lorsqu’un pays est en guerre, il n’est pas surprenant de constater que le travail des journalistes est teinté par une forme de patriotisme ou une autre. Sans doute vous souvenez vous de la couverture médiatique des élections présidentielles de 2004, du moins celle que recevait nos voisins américains, invités à prendre position sur des enjeux reliés principalement à la défense de leur territoire et à la lutte contre des ennemis qui semblaient se cacher partout. Une campagne électorale où l’axe du mal était ramené au premier plan. L’appel au patriotisme et à la guerre contre le terrorisme international lancé par Bush et l’équipe républicaine influença le travail des journalistes. Quelques jours avant le scrutin, Michael Moore ne s’est pas gêné pour rappeler les journalistes américains à l’ordre. Il ira jusqu’à les accuser d’avoir du sang sur les mains.

Quelques mois plus tard, suite à cette couverture médiatique imprégnée de mensonges et de distortions – contrôlée en partie par des médias ayant des liens avec le parti républicain ou avec des intérêts économiques, des journalistes et des activistes se sont réunis à Saint-Louis afin de lancer des pistes de réflexions sur l’état de leur presse, qui, selon eux, avait royalement dérapé lors des élections où Bush a obtenu son second mandat. Lors de cette première édition du National Conference for Media Reform, des journalistes comme Amy Goodman, Bill Moyers, Naomi Klein, John Nicholls, Phil Donahue, Al Franken et plusieurs autres ont prononcé des discours, conçu des ateliers de travail et suscité les débats, permettant aux participants de remettre en question tout le monde journalistique qui les entourait en ce printemps 2005.

Pendant ce temps, les médias traditionnels poursuivaient leur quotidien et la couverture des conflits militaires les tenaient fort occupés. Les médias de droite, inspiré par les succès de Fox News, semblaient toujours dans l’euphorie, appuyant les politiques républicaines sans jamais remettre en question les folies de leur président. Enveloppés dans leur patriotisme aveugle, ils n’ont jamais deviné qu’une crise économique se pointait à l’horizon.

Lors du lancement de la récente campagne à l’investiture du Parti Démocrate, certains journalistes démontrent un intérêt renouvelé à la chose politique et la couverture médiatique semble être un peu plus équilibrée qu’en 2004. Keith Olbermann, Chris Matthews et Rachel Maddow de MSNBC déclarent la guerre aux fanatiques de la droite américaine, Bill O’Reilly en tête. Enfin, se disait-on, une chaîne d’information continue, un major, se joignait aux médias alternatifs qui tentent de faire passer le message des Hillary Clinton, Barack Obama et Dennis Kucinich. Les liberal medias, comme on les appelle aux States, ont agrandi leurs rangs. Des milliers de blogues, de think tanks et de médias alternatifs gagnent leur pari et parviennent à s’imposer dans la jungle médiatique. Sans compter les nombreux livres politiques qui présentent des idées progressistes.

Comment se comporte cette gauche américaine depuis l’entrée au pouvoir d’Obama? Suite à cette première semaine à la Maison-Blanche, où Obama a réussi à effacer presque tout souvenir de son prédécesseur, les progressistes sont-ils toujours solidaires de son plan de match? Après l’engouement provoqué par la fermeture de Guantanamo Bay, les journalistes sont-ils d’accord avec les récentes décisions pour la relance de l’économie?

Depuis le dépôt du plan Geithner, les journalistes sont aux aguets. A tous les jours, des articles, des éditoriaux et de nombreuses entrevues présentent des analyses économiques très cirtiques afin d’aller au fond des choses… Un exemple parmi tant d’autres, le plus récent éditorial de la revue politique The Nation:

« Espérons que le président Obama a demandé à ses aviseurs économiques s’ils possèdent un Plan B – parce que le Plan A a échoué aussitôt que le Secrétaire au Trésor Tim Geithner en a annoncé les détails… Nous demandons à Obama de lancer une approche complètement différente. La cause terrifiante et fondamentale de cette crise, démystifiée par les experts et certains investisseurs prudents, se résume par le fait que nos plus importantes institutions financières sont insolvables. Il n’est pas dans l’intérêt des citoyens d’encourager le Trésor à les maintenir en vie…

Ignorant les demandes formulées par les sceptiques et les réformistes (incluant The Nation), le président s’est entouré d’habitués de l’ordre établi et a vigoureusement exclut toute approche originale. Il n’est pas trop tard pour corriger cette déformation mais il ne peut attendre encore longtemps. La Maison Blanche a besoin d’un sain mélange d’idées et d’aviseurs – des gens qui n’ont aucune raison de sauver des associés de la vieille Wall Street, tout en étant capables d’imaginer des jours meilleurs apparaître au travers les ruines. Regardez autour Monsieur le Président. Vous les trouverez. »

Reste à espérer que les journalistes demeureront critiques et qu’ils ne deviendront pas les mégaphones des influences qui pèsent sur le parti et sur les membres de l’exécutif. Comme le soulignait récemment Normand Baillargeon, « … sans nier l’importance de cette base militante qui a travaillé très fort pour lui, il faut d’abord se rappeler qu’Obama occupe des fonctions que personne ne peut occuper sans avoir gagné à ce jeu de relations publiques largement coordonné et mis en scène par les institutions dominantes, et obtenu leur assentiment… »

Il y a sans doute de l’espoir dans l’air.  Mais il faut conserver un esprit critique.

7 pensées sur “Les chiens de garde

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    19 février 2009 à 14 02 10 02102
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    Le pouvoir, à moins d’être absolument dictatorial, est un exercice de compromis. C’est là le problème…
    Comment tourner le dos à des pratiques qui ne fonctionnent plus sans créer des remous dangereux ?
    Comment oser ? Quand on est entouré d’experts, plus ou moins prêts à innover, et qui tentent de sauver les intérêts des amis en place, des bailleurs de fonds, des puissants lobbys, etc.
    Vu d’ici, ça peut sembler facile mais ça ne l’est pas.

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    19 février 2009 à 14 02 35 02352
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    Bienvenue sur Les 7 du Québec, Lutopium!

    On ne peut pas régler les problèmes avec les mêmes esprits qu’ils les ont créés. Geithner, un ancien de la Goldman Sachs et la cohorte d’autres anciens banquiers et financiers qui sont maintenant dans le gouvernement Obama, sont tous des vieux richos qui font partie des artisans de cette crise, les dérèglementeurs du secteur bancaire et financier et les joueurs des produits dérivés. Le peuple américain est endetté de 14 000$ milliards, c’est lui qui est insolvable et qui ne peut plus repayer ses dettes. Obama vient d’ajouter encore plus de dettes et la majorité de son plan de sauvetage va aller aux grosses compagnies et aux banques privées.

    Pour ce qui est d’Obama, il ne faudrait pas oublier qu’il vient du milieu mafieux russe et israélien de Chicago. S’il a pu en arriver là où il est aujourd’hui, c’est qu’il a été approuvé par la clique.

    En sortant des études, Obama fut recruté par une firme de Henry Kissenger et il travailla aussi en Amérique du sud dans une compagnies qui est un « front » de la CIA. Dommage que les grands médias ne nous en parlent pas. Ils sont trop occupés à nous le peindre comme un « cool », ou un Saint.

    Je pense qu’Obama est plus dangereux que Bush, car ce dernier, on savait qu’il était plein de (…..) et il ne pouvait plus nous en passer. Mais Obama, il peut couvrir le même charabia, mais avec un beau sourire intelligent. Les gens ne le connaisse pas vraiment. Qui est Barrack Obama, ou devrais-je dire qui est Barry Soetoro?

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    19 février 2009 à 17 05 44 02442
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    Tant que les banquiers internationaux pourront créer la monnaie à partir de rien et la prêter AVEC INTÉRÊTS, rien mais absolument rien ne changera.

    Je croirais Obama le jour ou il déclarera qu’il va abolir la Réserve fédérale. Tout le reste est de la poudre aux yeux.

    Paix!

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    20 février 2009 à 11 11 29 02292
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    François M.

    J’approuve votre billet à 110%.
    Vous m’enlevez les mots de mon « clavier ».
    Les mois qui viennent vont PROUVER que vous avez VRAIMENT RAISON.
    Une RÉVOLTE va ÉCLATER aux USA , du même style que les révolutionnaires dans d’autres pays, quand les citoyens s’appercevront de la SUPERCHERIE planifier par les MANIPULATEURS étauniens et mondiaux.

    http://www.alterinfo.net/Barack-Obama-Une-victoire-programmee-par-le-Nouvel-Ordre-Mondial-_a25842.html?PHPSESSID=a70d32bb991f7079e7a5b072c6dbeda9

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    20 février 2009 à 11 11 49 02492
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    @Fernand Cloutier

    Dans le soucis de rendre les lauriers à César, le billet est de notre nouveau collaborateur Lutopium. Si vous parliez de mon commentaire, alors tout va bien. Pour ce qui est du reste, nous sommes tous d’accords je pense sur le fait que la situation risque de se dégrader très sérieusement.

    C’est ce qui était rapporté dans ces deux articles de ma main:

    2009, l’année de la transformation: Dépression; tendances et prédictions

    La venue des grandes révoltes et du nouvel ordre mondial

    Honnêtement, j’espère qu’on se trompe tous, mais on dit que la chance favorise les esprits préparés.

    Et nous préparer, nous devrions.

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    23 février 2009 à 9 09 57 02572
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    François M

    Vous avez bien RAISON.

    Cependant j’aimerais bien me TROMPER pour mes enfants et mes petits-enfants et TOUTE la population pauvre et tous ceux qui perdre leur emploi.
    La semaine passée nous apprenions que la compagnie de téléphone remerciait 75 cadres; des gens probablement à bons salaires comme d’autres cadres ailleurs, AVENIR DIFFICILE pour ces gens…………………………………………………………

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