Les deux nationalismes

Il y a deux nationalismes dans les rues du Québec en ce moment. Celui qui s’affiche avec le fleurdelisé ou le drapeau des Patriotes et celui qui se vit en bleu-blanc-rouge, à l’image du club de hockey des Canadiens de Montréal. Le premier se célèbre à dates fixes, presque avec modestie, alors que le second est exubérant, s’affiche sur chaque voiture, se klaxonne dans les rues, se convertit en émeute, occupe toutes les tribunes. Pourquoi l’un serait-il plus important que l’autre?

On aime parler du côté rassembleur du hockey. Peu importe tes origines, tes valeurs, si tu te reconnais dans les règles du jeu et que tu connais le nom de quelques joueurs, tu fais partie du groupe. On ne te demande pas grand chose: comprends et respecte la forme du jeu, ses lois et ses principes, accepte que ses règlements fassent partie intégrante de la partie, et tu deviens membre de la grande fraternité des amateurs de hockey du Québec.

Alors, il devient possible de se promener avec des drapeaux du CH, des tatouages du CH, des coupes de cheveux à l’effigie de la « Sainte Flanelle », des serviettes du CH, des peluches du CH, des sacs à dos du CH, des chandails du CH, des manteaux du CH, des casquettes du CH, alléluia! Ça, c’est la fierté acceptable, le nationalisme propret, ce sentiment d’appartenir à une collectivité partageant les valeurs communes du sport.

À l’opposé, il semble qu’on ait peur de célébrer l’autre nationalisme, celui qui commémore d’autres règles et d’autres lois. Certains voient même dans le nationalisme quelque chose de suspect, comme si le fait d’apprécier des valeurs communes dans la vraie vie serait plus dangereux que dans le sport. Un individu habillé du CH de la tête aux pieds encouragera la discussion et sera qualifié de « vrai » partisan; un autre qui a des effigies des Patriotes ou qui s’enroule dans son drapeau sera vu comme un fanatique, un « pur et dur », bref quelqu’un de suspect.

Pourtant, le nationalisme québécois n’est-il pas tout aussi inclusif et respectable que celui du Canadien de Montréal? Au hockey, il y a les traditions, les pénalités pour rudesse, les cérémonials; on accepte quiconque comprend et accepte ces règles. Dans la société, c’est la même chose: que tu sois Noir, Blanc, Jaune ou Vert avec des picots, on ne veut pas savoir d’où tu viens, pour paraphraser Pierre Falardeau, mais où tu vas! On ne veut pas connaître ta vie, on veut savoir si tu comprends qu’un coup de bâton intentionnel en plein visage contrevient aux valeurs du hockey et que de vivre ici sans apprendre notre langue contrevient à nos règles communes. On ne veut pas être au courant de ce que tu fais dans ta chambre à coucher, on aimerait que tu saches reconnaître la longue histoire du Canadien de Montréal et son désir de victoire avec la même passion que celle de notre peuple. On ne veut pas savoir quelle langue tu parlais chez toi à l’origine; dans notre sport, il n’y a que la langue du hockey, et dans notre pays il n’y a que la langue du pays: le français.

Deux nationalismes, deux modèles d’intégration, deux façons d’inciter les nouveaux arrivants à participer à leur société d’accueil. Deux collectivités qui ont leurs règles propres, leurs codes, leurs histoires, leurs façons de vivre. Mais pourquoi s’intègre-t-on plus facilement au hockey qu’au peuple québécois?

Et s’il était plus facile pour un immigrant de s’intégrer et de respecter le Canadien de Montréal et le sport du hockey simplement parce que les règles et les attentes y sont plus claires? Et si, à l’opposé, les attentes du Québec étaient trop floues, complexes, et pas assez assumées?

Si le hockey était comme l’État multiculturaliste

Si le hockey fonctionnait comme notre État, actuellement, il chercherait tellement à plaire à tout le monde qu’il perdrait le respect de tout un et chacun. On établirait des quotas de minorités visibles dans l’équipe. À chaque pénalité, on irait devant un processus d’appel, et révision, à la Cour de ceci ou cela pour déterminer si la pénalité viole les droits individuels. On permettrait aux joueurs Sikhs d’avoir le bâton dans une main et leur poignard dans l’autre. On jouerait les hymnes nationaux des pays de chaque « membre d’une communauté » présente dans l’amphithéâtre. On accuserait les arbitres de faire du profilage racial et après qu’un gros « goon » ait disjoncté et blessé un autre joueur, une coalition contre la brutalité des arbitres se mettrait en place pour se battre contre sa suspension.

On donnerait un avantage numérique à une équipe comptant des joueurs d’autres origines à titre de discrimination positive. On poursuivrait en Cour un entraîneur pour libelle. On givrerait les baies vitrées pour empêcher les juives orthodoxes de voir des hommes faire du sport. On construirait un nouvel aréna dans le sens de la Mecque. On éliminerait les parties du samedi soir pour ne pas nuire au Juifs. On annoncerait les buts et les pénalités dans 150 langues pour ne pas faire de discrimination. On enlèverait les portraits de Maurice Richard ou Guy Lafleur afin de ne pas donner l’idée qu’il aurait pu y avoir un peuple francophone à l’origine de cette équipe. Et la liste s’allonge!

Si le hockey était à l’image de notre société, on ne pourrait plus y jouer ou l’apprécier. Il faudrait penser à chaque mot, peser le pour et le contre de chaque virgule, se sentir mal de chaque règlement et se questionner sur les impacts de chaque pénalité. De peur d’offusquer tel ou tel groupe, les règles deviendraient tellement confuses et malléables que plus personne ne voudrait s’y identifier.

C’est ce qui se produit, actuellement, avec le nationalisme québécois. On a tellement peur de brusquer les immigrants, tellement peur de se faire traiter de xénophobes parce qu’on ose se questionner sur nos capacités d’intégration qu’on ne discute plus de rien. On craint tellement de se faire accuser de poser violence à un tel ou une telle parce qu’on désire imposer notre langue dans notre pays, qu’on ne parle plus du pays. On aimerait tellement plaire à tout le monde et se faire aimer qu’on déplaît à tout le monde et qu’on nous méprise non pas pour ce qu’on impose aux autres, mais bien parce que nous sommes trop pleutres pour nous respecter.

Oser être soi-même

Et si on osait simplement… être nous-mêmes? Si on décidait, tout comme pour le hockey, qu’il est normal d’avoir des règles communes, des lois qui régissent notre nation et que ces règles, ces valeurs communes que sont le français, la laïcité, l’égalité hommes-femmes et d’autres, ne sont pas plus négociables qu’une pénalité au hockey?

Si nous avions assez confiance pour imposer ce que nous sommes et ainsi offrir des règles cohérentes, fortes, qui donneraient le goût aux immigrants de se joindre à nous comme on s’attache à une équipe gagnante?

Les drapeaux du Canadien ou du Québec ne se portent pas à l’épaule en signe de deuil ou bien cachés dans nos maisons. Ils s’affichent fièrement à la face du monde comme représentations d’idéaux qui nous unissent et de collectivités partageant des règles, des lois, et qui acceptent quiconque respectent ces règles et ces lois.

Car à force d’accommoder et de vouloir plaire à tout le monde, ce n’est plus seulement notre nationalisme et notre fierté qui disparaissent, mais nous-mêmes…

Louis Préfontaine

Publié sur les site de Louis Préfontaine

2 pensées sur “Les deux nationalismes

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    28 mai 2010 à 13 01 38 05385
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    Vous parlez drapeau , Monsieur Louis Préfontaine , comme je ne connaissais l’origine , j’ai tapé drapeau du Québec.=== en résumé , = pourquoi pas un drapeau Québécois ? J’en ai rien à fouttre de l’Anglais et du Français Francs-Maçonniens , c’est les mêmes Rois Mages qui les dirigent.=== La dernière page que j’ai vu , il y avait 2 gros fleurs-de-lysé bleu Royal et le drapeau du québec avec 4 fleurs-de-lysé blanc et dans le coin droit le curseur était Rose.=== J’ai trouvé ça quioute au boutte et alors je me suis dit : au lieu de ce Symbole Francs-Maçonniens-là , pourquoi on ne mettrait pas 4 Roses ? Cela pourrait signifier le courage des Patriotes.=== je parle en connaisance de cause j’ai taillé des rosiers cet avant-midi et je n’avais que 16 pouces de pléte. J’étais saignant pas mal quand je suis entré 11hrs30. === Je comprends pourquoi le prince charmant a mis 100 ans pour aller réveiller la Tite-Pitounne avec son épée dans les ronces et les épines. P.S. Si sous connaissez une Tite-Pitounne qui dors quelque part , dites le moi , je vais mettre une 26 pouces à ma Johnsered et yahou Rin-tin-tin on monte au chateau.=== P.S. encore , assûrez-vous que ce ne soit pas une Nathalie P., Chantale H. ou une Pauline M. , que j’aurai à éveiller. C’est sur que Pauline a jardiné beaucoup pendant que Monsieur Boisclair était là , mais on m’a dit et ( je mets des réserves ) elle ne sait toujours pas faire des conserves avec des légumes ou fruits de la saison.
    Jean-Marie De Serre.

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    28 mai 2010 à 19 07 49 05495
    Permalink

    @ LP
    Complèment d’accord avec vous sur tout, y compris vos virgules, je me suis posé la même question que vous, votre synthèse de la situation est bien claire. Merci. c’est plaisant de voir qu’il y en a qui ce rende compte des vrais enjeux

    Non seulement ce qui est dit dans cet article est très vrai, j’irai plus loin en ajoutant que nos ennemis de l’élite fédéraliste en sont très conscients et se délectent de cette diversion.

    Comme ultime solution, je crois qu’il faut unir les deux nationalisme dans une nouvelle équipe a Québec (et je viens de montréal)

    Les Patriotes ou le National de québec devrais composé principalement de québecois, le principal actionnaire: le peuple
    c’est selon moi le meilleur moyen d’unir les deux nationalismes. Avec ca, un gournement péquiste peut non seulement remporter des élections, mais bien un référendum
    (lorsqu’on gagne la Stanley!).

    Malheureusement, une telle chose n’arrivera pas car nos dirigeants savent que cest beaucoup trop dangereux.
    Imaginez vous que les gens nont plus peur de rien quand leur équipe gagne, tout est possible!!!

    Continuez votre bon travail m.Préfontaine
    vous êtes un vrai Patriote
    et vos articles sont plus que nécessaires

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