Loi 101 ou financement proportionnel ?

La possibilité de plus en plus sérieuse que le Parti Québécois puisse inclure dans son programme l’application de la Loi 101 au cégep ne saurait être passée sous silence. Si le PQ allait vraiment jusqu’au bout avec cette idée, ce serait une grande victoire pour la nation québécoise. Ceci dit, il y a une autre avenue qui mériterait d’être étudiée: le financement en fonction du poids démographique des anglophones.

On ne saurait assez le répéter: l’idée d’appliquer la Loi 101 au cégep est une bonne idée, une excellente idée. On réussit, à l’aide d’une loi, à assurer ce qui va de soi dans la quasi-totalité des pays industrialisés: l’enseignement public dans la langue commune. La Loi 101 permet cela, et ce n’est pas rien. Elle nous permet d’exister. Avant son application au primaire et au secondaire, en 1977, 85% des immigrants allaient à l’école anglaise; grâce à elle, nous repoussons encore un peu notre disparition.

Malgré tout, elle possède une faiblesse intrinsèque: c’est une loi. Et, comme toute loi, elle implique des pénalités à ceux qui ne la respectent pas. En d’autres mots: elle est coercitive. Même s’il va de soi que les lois sont utiles et permettent un meilleur vivre-ensemble, elles donnent parfois l’impression d’empêcher les gens de vivre comme ils le désirent. En appliquant la Loi 101 au cégep, plutôt que de parler de l’intégration maximale des immigrants qu’elle permettrait d’accomplir, n’importe quel anglomane de service arrive à marquer des points, si faibles soient ses arguments, en rappelant que la Loi empêcherait les uns ou les autres de profiter d’un service auquel ils prétendent avoir droit. Bref, qu’importe si la loi est bénéfique et souhaitable, elle demeure une loi et à une ère de l’individualisme triomphant et du « j’existe donc je peux », n’importe quelle mesure qui « empêche » est mal vue.

Pour un financement proportionnel au poids démographique

La solution n’est ni nouvelle ni bien compliquée. Plutôt que d’avoir un réseau public anglophone bien financé dont on prive d’accès les francophones et les immigrants, il suffit d’établir un financement proportionnel au poids démographique de la population de langue maternelle anglaise.

Déjà, en 1970, le Parti Québécois le proposait dans son programme:

Le Québec entend reconnaître les droits scolaires de la minorité anglophone. Le chiffre de cette population sera déterminé par un recensement général qui aura lieu tous les cinq ans. Ce chiffre permettra d’établir la proportion du budget du ministère de l’Éducation qui doit être consacrée aux établissements scolaires anglophones, de l’école élémentaire à l’université, que ce soit pour leur création, leur maintien, leur développement ou leur budget annuel de fonctionnement.

En clair, en ce moment, les anglophones de langue maternelle forment 8,2% de la population, mais ils reçoivent près de 19% des subventions pour leurs cégeps et 27% pour leurs universités. En finançant ces institutions en fonction du nombre d’inscrits, on ne fait que perpétuer la domination séculaire de la langue anglaise sur la française. La Loi 101 agit comme un pansement sur une plaie qu’on se refuse à bien cautériser.

Chaque année où nous continuons à sur-financer les établissements anglophones est une année où les allophones et les francophones de langue maternelle viennent gonfler le nombre d’anglophones de langue d’usage.

Si on désire vraiment régler le problème, une fois pour toutes, il faut se sortir de toutes les acrobaties juridiques et législatives. Revenons à la base. Les anglophones forment 8,2% de la population; qu’on finance leurs cégeps et leurs universités à 8,2% du budget total. Et qu’on donne la balance aux institutions francophones.

Renverser la vapeur

Une telle politique, qui mettrait fin au sous-financement des institutions francophones tout en respectant le poids démographique de la minorité historique anglophone, permettrait naturellement de franciser les études supérieures. Les institutions anglophones perdraient rapidement de leur superbe en étant obligées de faire face à l’importance numérique réelle des anglophones au Québec et les établissements francophones disposeraient des moyens nécessaires afin d’assurer un enseignement de la plus haute qualité. C’est d’un renversement total de la situation dont on parle.

Ainsi, l’étudiant francophone désireux de poursuivre ses études collégiales en anglais pourrait le faire, mais son choix impliquerait qu’il choisisse un réseau anglophone plus modeste et qu’il tourne le dos à un réseau francophone mieux financé.

On passe d’une logique de coercition avec une Loi 101 qui empêche le choix à une logique rationnelle qui incite naturellement le Québécois à poursuivre ses études dans un réseau qui est financé à la hauteur de son poids démographique.

On passe du « tu ne peux pas faire cela » à « fais ce qu’il te plaît », mais dans un contexte où l’État cesse de sur-financer le réseau anglophone.

La carotte plutôt que le bâton.

Et la fin de la victimisation des « pôvres » anglophones tellement opprimés par les méchants nazis et leur LOI…

Malgré tout, si le PQ allait de l’avant avec la Loi 101 au cégep, ce serait un pas dans la bonne direction. Il s’agirait d’une victoire, mais qui ne doit pas nous faire oublier les autres luttes à mener, notamment celle pour mettre fin à une situation où le gouvernement finance des études dans une langue qui nous menace à deux ou trois fois la hauteur de la minorité traditionnelle de cette langue.

Et, de la même manière, que nous, Québécois, disposons d’un réseau scolaire moins bien financé que ne le justifie notre poids démographique.

Les boeufs sont lents, mais la terre est patiente, disait Pierre Falardeau. Quarante ans après que le PQ ait pour la première fois proposé de mettre fin au sur-financement des écoles anglaises, il serait peut-être temps de remplacer les boeufs par des tracteurs mécaniques et de labourer en grand cette terre qui attend toujours la première récolte.

Tant que nous accepterons de vivre chez nous comme des citoyens de seconde classe, les autres nous traiterons comme tel.

Louis Préfontaine (son site)

14 pensées sur “Loi 101 ou financement proportionnel ?

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    25 juin 2010 à 7 07 52 06526
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    Louis,

    Ton obsession à vouloir imposer ta langue aux enfants de ton voisin est désolante.

    Que fais-tu des libertés individuelles?

    Penses-tu que tu vas être mieux protégée de ta propre ignorance si tu ne sais lire que le français?

    Poussons ton fantasme à la limite. Tout n’est qu’en français au Québec, avec le résultat qu’au bout de 40 ans, plus une seule personne ne sait parler anglais.

    Ça te donnerait quoi au juste?

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    25 juin 2010 à 10 10 16 06166
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    Surfinancement et sousfinancement devrait être un concept applicable du côté de celui qui débourse et non de celui qui reçoit.

    Ceci dit la loi 101 appliquée au cegep serait une victoire pour la « culture » québécoise et rien d’autre. Le respect de soi n’est pas de continuellement confronter les autres, mais plutôt de se servir de son « génie » (caboche en québécois).

    Les québécois actuels s’installent de plus en plus efficacement dans l’économie tout autant provinciale que fédérale et internationale. Et ils continuent de parler français. S’ils créent des emplois au Québec, ils n’exigeront pas de parler deux ou trois langues; mais l’apprécieront sûrement. Une langue seconde est un « outil » supplémentaire et la langue première est l’outil de base. Si l’économie québécoise est détenue par des québécois de langue française qui ont travaillé pour l’obtenir, la langue première de travail sera le français puisque le patron et la majorité des clients parlent français. Il faut continuer à gravir les échelons dans l’économie.

    C’est aussi simple que ça. Les lois qu’il faut installer sont celle qui empêcheront la dilapidation de l’argent de la Caisse de dépôt. C’est elle qui fut instituée pour aider les québécois à s’installer dans l’économie. C’est cette caisse qu’il faut protéger; car elle seule peut nous permettre de faire survivre le « fait » français.

    On joue le jeu de l’ensemble pour gagner ou on se laisse battre et on se recroqueville sur nous-même. C’est nous qui décidons.

    André Lefebvre

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    25 juin 2010 à 13 01 48 06486
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    André Lefebvre

    Les québécois actuels s’installent de plus en plus efficacement dans l’économie tout autant provinciale que fédérale et internationale. Et ils continuent de parler français. S’ils créent des emplois au Québec, ils n’exigeront pas de parler deux ou trois langues; mais l’apprécieront sûrement. Une langue seconde est un « outil » supplémentaire et la langue première est l’outil de base. Si l’économie québécoise est détenue par des québécois de langue française qui ont travaillé pour l’obtenir, la langue première de travail sera le français puisque le patron et la majorité des clients parlent français. Il faut continuer à gravir les échelons dans l’économie.

    Le Panda:

    Je partage la lecture de ce passage de votre commentaire à 100%, tout comme le final; mais je dirais si vous le permettez : UN HOMME SEUL NE PEUT RIEN.
    Il suffit de voir que le gouvernement canadien va accepter de jeter par les fenêtres de chez vous, plus d’un milliard d’euros, pour le sommet du G8 associé à celui du G20, je prépare un article la-dessus, sauf dans la mesure ou je sois prit de vitesse.
    Le Premier magistrat du Canada, trouve une réplique à l’emporte piéce, prenant toute la population pour des imbéciles débiles, en s’exclamant:
    « Cela và, nous apporter des Touristes », et vlan, vous voulez aussi la faucille et le marteau?
    Depuis que les grands de ce monde se réunissent sur notre dos, pour leur EGO SURDIMENSIONNE, nous laissons faire tout et n’importe quoi.
    Il ne faut pas pêrdre de vue, que la sécurité de ces personnes représente 54% du coût total.
    Qui dit mieux ?
    Patrick Juan
    Le Panda

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    25 juin 2010 à 15 03 05 06056
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    54% du coût total laisse entrevoir l’insécurité des autorités face à l’état actuel de la qualité de vie des citoyens. Est-ce bon signe????

    Heureusement que le premier ministre canadien n’a pas décidé, pour le mois prochain, d’enlever $25.00 dollars sur la paie des travailleurs pour ensuite , le mois suivant, majorer le montant à $100.00 dolars, suivit de $200.00 pour le 3e mois.
    Cela aurait été trop. Par contre si on transpose cela sur trois ans, alors là…peut-être…pour payer la dette, évidemment.

    Moi non plus, je n’ai pas compris comment on attirerait des touristes de cette façon et pourtant je parle français et anglais. Peut-être que dans le fameux lac, profond d’une longueur d’un demi bras, ne sera jamais souillé par le pétrole et que ses plages seront ainsi attrayantes?

    Je ne comprend vraiment pas.

    André Lefebvre

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    25 juin 2010 à 15 03 30 06306
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    @ LARTISTE,

    54% du coût total laisse entrevoir l’insécurité des autorités face à l’état actuel de la qualité de vie des citoyens. Est-ce bon signe????

    Posez la question et vous faites la réponse, c’est excellent !!

    Moi non plus, je n’ai pas compris comment on attirerait des touristes de cette façon et pourtant je parle français et anglais. Peut-être que dans le fameux lac, profond d’une longueur d’un demi bras, ne sera jamais souillé par le pétrole et que ses plages seront ainsi attrayantes?

    Prit au 1er degré c’est dramatique au second c’est du Raymond Devos qui était Belge et unique, sans jamais être vulgaire.

    Vous trouverez une partie des réponses dans l’article que je prépare, dans la mesure ou j’ai le temps de tout développer.

    Mais je veux admettre que je sois un Ignorant.
    Dans ces conditions je suis fier non, simplement content de le reconnaitre.

    Patrick Juan

    Le Panda

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    25 juin 2010 à 15 03 57 06576
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    « …Vous trouverez une partie des réponses dans l’article que je prépare, dans la mesure ou j’ai le temps de tout développer. »

    J’espère que vous l’aurez; et que l’attente ne sera pas trop longue. Merci.

    « …Mais je veux admettre que je sois un Ignorant.
    Dans ces conditions je suis fier non, simplement content de le reconnaitre. »

    Il faut être en fier d’en être conscient. Car c’est un fait indéniable, tous imaginent l’univers selon ses moyens de perceptions et ceux-ci sont différents pour chacun. De sorte que nous vivons, chacun de nous, dans notre propre univers que nous connaissons, en ignorance complète de celui dans lequel vit notre voisin. Il est donc important de communiquer et d’échanger.

    Même si je ne suis pas certain que, lorsque nous traversons ensemble la route sur un feu vert, nous voyons vraiment la même couleur. L’important est que cette couleur que nous voyons, quelle qu’elle soit, nous la qualifions tous les deux de verte. C’est le résultat qui importe.

    André Lefebvre

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    25 juin 2010 à 16 04 20 06206
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    Ce que j’aime de cet argument de proportionalité, c’est qu’il pourrait s’appliquer, par exemple, à d’autres aspects, comme le pourcentage d’employés non pur laine dans la fonction publique du Québec, des municipalités et dans les agences gouvernementales et sociétés publiques et parapubliques.

    Par souci d’équité et de cohérence, on pourrait enfin reconnaître qu’une job de fonctionnaires ou dans une agence ou corporation financée par les taxes et impôt de tout le monde, c’est un bien public, dont tout payeur de taxes devrait avoir la chance de profiter également. Ainsi, on pourrait établir des quotas d,embauche en fonction de la langue maternelle, de la religion, etc.

    Tant qu’à être démagogue, aussi bien voir jusqu’ou cela pourrait mener.

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    25 juin 2010 à 20 08 24 06246
    Permalink

    Monsieur Aimé Laliberté , vous avez donné dans le Mil. Vous dites : Tant qu’à être démagogue, aussi bien voir jusqu’ou cela pourrait mener.=== Je vous dis ça ne mènera nullepart car on est déjà rendu.=== Démagogue = qui conduit le peuple particulièrement en « POLITIQUE ».===Démagogie = attitude à flatter la facilité et les préjugés du plus grand nombre pour accroître sa popularité , dans le but d’obtenir et conserver le pouvoir.=== Il est bien dit politique , ce que je ne fais pas et ce tant que je ne verrai pas de transparence au niveau de quel que soit le Gouvernement qui à mon avis sont tous dirigés par des innocents , ignorants et incompétents , voir le petit Larousse Illustré 1991 pour le sens que j’ai employé pour ces mots.=== Personnellement , je dis suceux(flatteux) et Trous-du-cul de Trout-T-cul pour ceux qui nous dirigent , que ce soit au niveau Municipal aussi bien que Clérical. === Depuis bientôt 10 ans que je l’écris.
    J.M.D.S.

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    25 juin 2010 à 23 11 35 06356
    Permalink

    @Aimé Laliberté

    Ces quotas sont déjà appliqués au gouvernement provincial. L’embauche des groupes-cibles (communautés culturelles, minorités visibles, autochtones, personnes handicapées, anglophones) est fixée à 25% pour la région de Québec, 33% pour la grande région de Montréal et 8% pour les autres régions. C’est évidemment la région de Montréal qui doit compenser si les autres régions n’atteignent pas leur cible.

    Ceci avait été présenté dans un mémoire à la Commission Bouchard-Taylor. Les pages 13 à 19 concernent les problèmes soulevés par l’application de ces directives.

    http://www.accommodements.qc.ca/documentation/memoires/A-N-Montreal/syndicat-de-la-fonction-publique-du-quebec.pdf

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    26 juin 2010 à 10 10 43 06436
    Permalink

    Terez L.,

    Bien oui, parce qu’il faut bien se donner une bonne conscience. Mais dans les poste de direction, sur les conseils d’admnistration, les cadres supérieurs et intermédiaires, est-ce que ça a vraiment changé.

    De toute façon, le débat sur la langue dont parle l’article est un autre piège à cons pour distraire les simples d’esprit pendant que des choses bien plus importantes se passent ailleurs.

    Pensez-vous que cela va peser bien fort dans la balance la langue d’enseignement au Québec quand on va réaliser les effets réels du déversement de pétrole dans le golfe du Mexique?

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    7 août 2010 à 3 03 10 08108
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    Le problème avec le financement proportionnel à la population c’est qu’il institue un préjudice évident et facilement contestable. Il faudrait tellement remanier les mesures de financement actuelles que la loi aurait l’air d’être dirigée directement contre les citoyens anglophones.

    En gros le financement dépend des volumes des clientèles, vous ne pouvez pas touchez à ces volumes en diminuant le financement si les clientèles le justifient. Instituer un quota est discriminatoire.

    Par contre, vous pouvez changer les modalités de financement, pour le rendre pareil au secondaire et affirmer simplement que le gouvernement ne finance tout simplement plus les étudiants francophone et allophones et que les seuls qui conservent le financement sont les anglophones, en vertu de leurs droits en tant que minorité, tel que l’a définit la loi 101.

    Les francos et les allophones pourront toujours aller au cégep anglo, mais ils devront le payer. Dans ce contexte, il n’y plus de discrimination, le français étant la langue de travail officielle, cette mesure vient garantir que tous peuvent s’intégrer. Ce serait encore plus cohérent si on change la loi 101 pour diminuer la taille des entreprises qui doivent la respecter.

    si cela vous intéresse, j’ai un autre argument :

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/293036/libre-opinion-cegep-101-une-reflexion-s-impose

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