Y’a pas que l’économie qui est malade

Par lutopium – Lors de sa conférence de presse de mardi dernier, Barack Obama donnait l’image d’un président sur la défensive. On semble lui avoir donné une mission: justifier le sauvetage des banques américaines en tentant de persuader le peuple qu’il faut absolument que ces institutions soient soulagées des produits toxiques. J’ai eu l’impression qu’on s’efforçait de convaincre les téléspectateurs que la guérison des banques est impossible sans le financement public.

La santé des citoyens semble recevoir un traitement complètement différent. Alors qu’en période électorale, les démocrates avaient promis l’accessibilité aux soins de santé à tous les américains, tout laisse croire que le pays le plus puissant du monde soit incapable de plier les genoux devant les lobbies des compagnies d’assurance et ceux des prestataires de soins privés.

D’ailleurs, lors de son passage à l’émission quotidienne de Gérard Fillion à RDI, le directeur du magazine Harper’s, John McArthur, nous rappelait que les solutions proposées par le président Obama visaient essentiellement à faciliter l’accès aux assurances privées pour les quelques 90 millions d’américains qui n’ont aujourd’hui aucune couverture médicale. Lors de cette excellente entrevue mais beaucoup trop courte, McArthur a mentionné qu’il n’y avait rien de surprenant dans l’approche démocrate, considérant que les compagnies d’assurances ont donné plus de 150 millions aux deux partis politiques l’an dernier. Les lobbies de la santé sont omniprésents à Washington et l’accès aux services hospitaliers n’a rien de reluisant pour les prochaines années.

C’est à se demander pourquoi certains militants de la droite politique québécoise et canadienne nous cassent encore les oreilles avec l’idée de privatiser les soins de santé et de faciliter la compétition entre les fournisseurs de services. Un nombre grandissant de citoyens devenus consommateurs croient dur comme fer que l’entreprise privée fera mieux et que tous les problèmes seront règlés comme par magie.

N’oubliez pas qu’il faudra souscrire à une assurance privée si vous désirez être remboursé pour les services rendus par les cliniques, spécialistes et hôpitaux privés. N’oubliez pas que votre employeur devra réduire votre salaire de quelques centaines, voire milliers de dollars pour rembourser les primes exigées par ces assureurs. N’oubliez pas que les compagnies d’assurances seront présentes sur la première ligne de triage et décideront si vous avez droit ou non au traitement que vous aurez ciblé. N’oubliez pas que vous devrez payer une franchise avant d’obtenir les services et que vos dépenses annuelles seront plafonnées.

Comme le mentionnait si bien Éric Caire lors de sa première sortie comme candidat à la chefferie de l’ADQ: il faut rompre avec l’amateurisme. Alors, soyons sérieux et conservons notre système public et n’hésitons pas à y injecter le financement nécessaire. Si notre gouvernement peut investir 300 millions dans la rénovation d’un casino et un autre 267 millions pour offrir une nouvelle salle de concert symphonique à notre aristocratie montréalaise, il ne devrait pas hésiter à financer adéquatement notre système de santé afin d’assurer notre bien-être. Y’a pas que les banques qui sont malades…

Illustration: Scientific American – Flickr

8 pensées sur “Y’a pas que l’économie qui est malade

  • Ping : Y’a pas que l’économie qui est malade « lutopium

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    26 mars 2009 à 5 05 10 03103
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    Troublant pour le moins, ne laissez pas faire le crime de privatiser vos services de santé .

    Effectivement, oser prétendre que le marché concurrentiel aiderai à trouver le « juste prix » est une arnaque monumentale .

    Comparez le marché de la santé aux marchés des banques par exemple.
    Regardez les taux des crédits à la consommation dits « révolving », tous les taux sont honteusement supérieurs à 14% .
    La concurrence est donc un leurre …

    Obama serai donc un imposteur intégral.
    Je n’en suis pas pour le moins étonné, j’avoue avoir un rejet viscéral pour les USA.

    J’irai même jusqu’à dire que cette dérive entre des propositions de campagne électorale et le passage à l’acte est une méthode similaire à celles de Sarkozy .

    J’ai tenté de me modérer avec l’âge, avec la réalité qui nous rattrape au quotidien je serai tenté de dire : « Qu’on les décapite tous ».

    Vieille tradition Française, sachant qu’un loup ne deviendra jamais un agneau …

    Des élections par tirage au sort dans la population seraient plus démocratiques et plus efficaces .
    Pour que la politique ne soit plus jamais un métier d’oligarques .

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    26 mars 2009 à 8 08 15 03153
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    La gratuité des soins de santé au Québec est un mythe…
    Les soins «gratuits» au Québec me coûtent plusieurs milliers de dollars en impôts, au cas où vous auriez oublié…..

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    26 mars 2009 à 19 07 39 03393
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    Donc que pensez-vous d’un système d’accès universel à la nourriture? Ou au logement? Ou aux vêtements?

    Ce sont des services aussi essentiel (sinon plus) que la santé et donc mériteraient autant la gratuité et le MONOPOLE public!

    De toute manière tout le monde sait que le monopole public est efficace puisqu’il y a le mot public dedans! Ma mère peut en témoigner, elle est morte sur une liste d’attente de 6 mois pour un IRM… à 43 ans… après 5 médecins incapable d’associer mal de tête horrible et chronique à problème cérébro-vasculaire.

    Au fait……… le système de santé aux États-Unis n’a rien d’un système libre…

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    27 mars 2009 à 19 07 43 03433
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    @Liberty: certains en font la promotion, d’autres sont contre. Y’en a même qui n’hésitent pas à déformer la réalité. Le bouquin à lire sur la situation de la santé au Québec: « Le privé dans la santé – les discours et les faits » Infos: http://www.pum.umontreal.ca/ca/fiches/978-2-7606-2124-4.html

    @Garamond: Je n’ai jamais dit que c’est gratuit. Je parle plutôt d’universalité, contrairement à ceux qui tendent vers la privatisation partielle ou complète du système. Et j’adhère également au principe de l’imposition par paliers pour payer les services, contrairement à l’approche de l’utilisateur-payeur ou de l’opting-out.

    @Fernand: Barack Obama est probalement un chic type. Mais je ne crois pas qu’un seul homme peut freiner les ambitions d’intérêts collés sur le parti qui l’a mis au monde…

    @Kevin: oui, je crois que l’accès à la nourriture, au logement et au vêtement doit être universel. Mais je crois également à une économie hybride, où les services de base (santé, éducation, appui à la population, etc…) sont fournis par des organismes à but non lucratifs (organismes étatiques, coopératives, regroupement de citoyens, etc…) et d’autres par une entreprise privée qui vise également une saine répartition de la richesse, la protection de l’environnement, la transparence et le respect de ses clients. Les entrepreneurs qui ont de bonnes idées pourront s’épanouir dans leurs aventures mercantiles. Mais pas question de tout vendre à rabais pour leur permettre de s’enrichir pour le principe de s’enrichir.

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    28 mars 2009 à 21 09 34 03343
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    Le problème que personne ne soulève avec la « gratuité » ou « l’universalité des soins » est que le patient ne reçoit jamais une copie de la facture que le médecin envoie au gouvernement.

    Un mesure toute simple qui remettrait les choses à leur place comme il se doit. Car en fait ce n’est pas le gouvernement qui paye mais NOUS.
    Les factures des médecins ne sont JAMAIS remises en question et pourtant, qu’ils l’acceptent ou non, c’est NOUS qui payons leur salaire, pas le gouvernement.

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    29 mars 2009 à 10 10 19 03193
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    Je me demande si les Conseils d’Établissements analyses toutes les dépenses???????????????????????????????

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