Manifeste du Parti Ouvrier (Robert Bibeau)

manifeste-Bibeau

Quatre questions fondamentales pour le mouvement ouvrier international :

  1. D’abord le problème du sectarisme cette maladie qui sévit depuis des décennies parmi le mouvement. Une maladie de la phase sénile du gauchisme.
  2. Ensuite, nous aborderons la question de l’unité des forces ouvrières.
  3. Nous présenterons les trois instances de la lutte de classe : l’instance économique, politique et idéologique. L’action militante prendra différentes tangentes.
  4. Enfin, à l’approche du 100e anniversaire de la Révolution d’Octobre, nous présenterons cinq leçons apprises de la Révolution bolchévique.

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CHAPITRE 1 : LE SECTARISME MALADIE SÉNILE DU GAUCHISME

Le sectarisme c’est…

Le sectarisme caractérise une attitude intolérante, étroite d’esprit en matière idéologique et politique. Le dictionnaire ajoute qu’un sectaire est dogmatique, qu’il n’admet aucun compromis, et qu’il refuse d’entériner l’opinion d’autrui. Enfin, le sectaire proclame détenir la vérité et connaître la seule théorie capable d’expliquer l’historicité de l’humanité. Tous auront compris que cette définition doctorale est parfaitement adaptée à l’idéalisme bourgeois qui aime bien présenter ses milliers d’idées approximatives, fautives et votives comme autant de dénis du sectarisme et comme autant de preuves de sa libéralité d’esprit, pensant effrontément que de toute manière nul ne pourra s’y soustraire.

 Le complément étant que : « Chacun a raison et toutes les opinions se valent à l’aune du jugement de frivolité libertaire ». Ergotez, manants, il en restera toujours quelque chose. Le bourgeois connait son pouvoir et il sait que de toutes les idées qui peuvent germer « spontanément » dans la tête des gens, la plupart seront redevables à sa propagande. Le Bourgeois gentilhomme pense que la science des idées n’existe pas et que l’univers n’est qu’irrationalité relative, mouvante, impénétrable et inaltérable. L’opinion de chacun serait le fruit de son imagination et vaut autant que celle de tout un chacun : « Tout le monde il est beau et tout le monde il est gentil » pourvu qu’il se plie à la dictature de la bourgeoisie qui détient le portefeuille, l’antenne de télévision, le goupillon, la police et la « justice » pour faire triompher LA vérité de la classe bourgeoise.

 En d’autres termes, que chacun déblatère pour analyser et expliquer le monde pourvu qu’il ne tente pas de le transformer ni de le gouverner, déclame le bourgeois lucide. Plus loin nous vous proposerons une autre définition du sectarisme que ce salmigondis pour érudits.

Le sectarisme est une maladie dégénérative

 La maladie du sectarisme a été inoculée dans le mouvement ouvrier par les intellectuels bourgeois et les progressistes contaminés par la pensée et l’idéologie moniste et les pratiques communalistes et communautaristes propres à la petite bourgeoisie et aux lumpens prolétaires. Le sectarisme a pris de l’extension dans les rangs des salariés après les grandes défaites ouvrières suivant la Révolution bolchéviqued’Octobre et suite au reflux subséquent du mouvement ouvrier conscient (nous traiterons de ces questions dans la quatrième partie de cette série).

 D’instigatrice et de moteur du mouvement révolutionnaire, dans les pays de la vieille Europe notamment, la classe ouvrière fut par la suite relégué au rang de spectateur, de faire valoir, de meneur de claques, d’afficheur et de marcheur, de distributeur de journaux, de porteur de bannières dans les manifs, et de foule anonyme d’électeurs et d’électrices pour les partis sociaux-démocrates, socialistes, «communistes révisionnistes», frontistes et populistes, etc.

 La petite bourgeoisie courtisane, intellectuelle, syndicale, affairiste, électoraliste, dirigeante d’ONG et d’organisations communautaires populistes, s’est engouffrée dans les organisations de masse de la gauche plurielle et multicolore, imposant son idéologie, sa pensée et sa méthodologie qui ne pouvaient être prolétariennes puisque ces gens ne connaissaient rien à la classe ouvrière. Aujourd’hui, ces altermondialistes, ces anarchistes, ces nationalistes, ces socialistes, ces écologistes, ces frontistes populistes, ces anarcho-syndicalistes font carrière à la gauche de l’échiquier politique bourgeois, chacun dans leur cellule communautaire sectaire, attendant que la bourgeoisie daigne les appelés à partager une parcelle de son pouvoir.

 Il n’y a rien d’étonnant là-dedans, rien de surprenant dans cet engouement des sous-fifres de la cuisse gauche de la politique bourgeoise pour l’endoctrinement et l’embrigadement des travailleurs. Ce qui étonne c’est que les forces marxistes révolutionnaires plutôt que de demeurer sur place, parmi les ouvriers, à se colletailler pour présenter l’idéologie marxiste, se sont retirés dans leurs tranchées sans regimber, abandonnant notre classe à la mouvance opportuniste et réformiste gauchiste et aux sociaux-démocrates électoralistes.

Il faut noter que toutes ces organisations communautaires et populaires de la gauche sectaire présentent quelques caractéristiques similaires :

  1. Une ligne politique opportuniste, économiste et réformiste qui fait consensus puisque la révolution ouvrière est niée ou remise aux calendes grecques.
  2. Des méthodes organisationnelles laxistes, communalistes, communautaristes et claniques.
  3. La lutte de classe anémiée, étouffée, muselée, réprimée au nom de l’unicité de la pensée : « Pas de polémique dans l’organisation unifiée par sa ligne politique opportuniste, économiste, anarcho-syndicaliste et réformiste unique ».
  4. La lutte de classe est remplacée par l’agiotage, les rumeurs, les ragots, le trafic d’influence, l’échange de votes et de postes cooptés «Tu me grattes le dos, je te frotte la bedaine». Ton ennemi est mon ennemi et ton ami est aussi mon ami.

Dans une organisation opportuniste canadienne, les militants avaient droit à des sessions de réflexion sur la façon de s’emparer de la direction d’un conseil syndical régional, seule, ou en concertation avec une autre organisation de la gauche populiste réformiste. Voilà le type de « lutte de classe » que mènent les organisations sectaires.

 Les organisations de la gauche sectaire sont obnubilées par le nombre de militants enrégimentés et disposés à voter pour leurs affidés. Cette lubie du nombre est reliée à l’impérative nécessité du marchandage électoral. Les organisations sectaires ont leurs vedettes éphémères, un outil indispensable en campagne électorale bourgeoise pour qui désire s’emparer de la direction d’organisations de masse, d’organisations populistes et négocier la répartition des postes de permanents rémunérés.

 Les organisations de la gauche sectaire font consensus à propos des pseudos luttes féministes totalement déconnectées des combats pour l’émancipation de toute la classe ouvrière (femmes et hommes) et contre l’exploitation et l’aliénation capitaliste source profonde de l’oppression des femmes. Ces écervelées oublient que le patriarcat n’est qu’une forme particulière de l’exploitation capitaliste. Il n’est pas sectaire de présenter l’impérative nécessité de mener la lutte de classe sur tous les fronts. Les batailles stylistiques et orthographiques féministes, futiles et mesquines, dont sont friands les syndicalistes d’affaires et certaines organisations populaires, n’ont rien à faire avec la lutte de classe pour s’emparer du pouvoir d’État qui abolira le patriarcat et expropriera l’immense fortune des patriarches rentiers et rentières, en même temps que le pouvoir capitaliste privé sur les moyens de production et d’échanges.

 Le consensus est complet parmi les organisations opportunistes, réformistes et populistes sectaires sur la nature providentielle et paternelle de l’État des riches (l’État providence) dont ils déplorent la disparition. Les sectaires pensent que cet État dévoyé peut parfois dévier de sa route de neutralité (sic), mais que de bonnes élections devraient le remettre dans la bonne direction au service des citoyens et des citoyennes communautaires. Les militants de gauche n’ont pas à respecter ce consensus chimérique et ils ont pour devoir de démasquer l’État des riches partout où des travailleurs s’assemblent sous la gouverne de ces organisations de la gauche prostrée en train de pleurer sur la déchéance de l’État providence. Il est bien fait que l’État débonnaire dégénère.

Le sectarisme est anti-ouvrier

 Ainsi, une organisation politique sectaire n’est pas une organisation de classe, mais un regroupement d’individualistes unis par leurs centres d’intérêt disparates, leurs passe-temps, leurs lieux de travail, leurs relations sociales, leurs quartiers, leur statut d’emploi précaire, leurs loisirs menacés, tous amalgamés selon le plus petit commun dénominateur idéologique et politique – qui en société bourgeoise ne peut être que politiquement et idéologiquement bourgeois.

 Ainsi, tous les amis de la fratrie organisationnelle conviendront que les politiques et les mesures d’austérités sont à dénoncer et tous seront invités à pleurer sur la lâcheté de l’État des riches qui ose tolérer depuis des années les échappatoires et les paradis fiscaux. Le petit bourgeois remédiera à cette injustice inéluctable par la puissance des bulletins de scrutins. Et les libertaires sectaires seront heureux de leur fait de collusion et de leur méfait de propagande. Ils ont accrédité la petite bourgeoisie universitaire qui a pleurniché sur les iniquités et laissé supposer que l’on pouvait régler cette spoliation de classe par des machinations et des tractations électorales, ou par d’avantage de pleurnichage.

 Le consensus politique sectaire suppose que nul ne remette en cause le mode de production capitaliste comme vecteur fondamental de toute cette misère et que nul n’a le droit de prétendre que sans le renversement violent de toute la superstructure étatique de l’État des riches il ne peut y avoir de solutions aux maux de l’austérité. Les révolutionnaires doivent-ils fuir ces assemblées endoctrinées de peur d’y apporter cette vérité controversée ? Nullement, c’est à nous d’apporter l’autre point de vue qui fera contraste et remettra en cause la dictature du consensus petit-bourgeois et féministe collaboratrice. Ce n’est pas l’harmonie au prix des compromis qui nous tient à cœur, mais d’armer notre classe d’une conscience de meneur et de vainqueur.

 La petite bourgeoisie dispose de l’appui de l’appareil d’État comprenant les ONG, les associations populaires subventionnées, les syndicats de la formule Rand assurée, et les médias à la solde pour imposer leurs idées et les présenter comme allant de soi, normales et convenues entre tous ceux désireux « de corriger les inégalités sociales et les iniquités qui se sont malencontreusement glissées dans ce système économique et politique si précieux à leurs yeux » (sic). Le sectarisme consiste pour les Partisans à se retirer de ces organisations de masse pour se terrer dans leurs quartiers, et leurs organisations loin des ouvriers et de leurs alliés.

La classe ouvrière est révolutionnaire

 La révolution sera la réalisation de la classe ouvrière. Elle sera spontanée, violente, imprévisible, non planifiée, et elle sera l’œuvre de millions d’ouvriers décidés, déchaînés, désorganisés, désorientés. Ils connaîtront tout ce qu’ils détestent – l’oppression, l’exploitation, la spoliation, l’aliénation, l’austérité, la misère, le chômage, l’insécurité et la guerre –. Ils sauront comment détruire leur présent, mais ils ne sauront pas comment construire leur avenir. De ces rangs militants surgiront spontanément des idées qui présenteront des alternatives. Le tout, pour un temps, ressemblera à une anarchie spontanéiste et créatrice. Une certitude cependant, l’émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre de la classe ouvrière elle-même. Les révolutionnaires ne pourront contribuer à cette construction exemplaire qu’en étant au centre de la classe – pas en retrait, pas à ses côtés – pas à l’abri des méfaits des opportunistes, des économistes, des anarcho-syndicalistes et des réformistes – mais au cœur du combat, parmi tous ceux qui auront la prétention d’avoir raison.

 Les associations communautaristes, les clans et les sectes communalistes, qui se seront habituées à tout contrôler, à diriger leur groupuscule d’affidés pusillanimes, disciplinés, outrés et aliénés seront alors désemparées. Depuis bien des années, au nom de l’unité pour « fraterniser » et se « solidariser » entre militants inter-clans, les gourous à la tête de ces tribus interdisent les discussions, bannissent la polémique, détournent les débats, transforment chaque argument politique en mantras solipsistes et chaque confrontation de principe en une suite d’arguties personnalisées et en sophismes anecdotiques, travestissant chaque questionnement en inepties vindicatives.

Les appels à la « solidarité » ouvrière (sic)

 Les organisations opportunistes, réformistes, populistes raffolent de ces appels à la « solidarité » ouvrière et populaire, manifestant ainsi leurs conceptions politiques et idéologiques sectaires. La classe ouvrière et son avant-garde ne sont pas « solidaires » l’une envers l’autre. Elles ne forment qu’une seule entité, l’une et l’autre, soudées en un seul bloc de classe. Peut-on dire que le cœur est « solidaire » du cerveau ? Il n’y a que des gens venant d’en dehors de la classe ouvrière pour avoir des idées aussi saugrenues, aussi étrangères à la classe ouvrière.

 Récemment, nous demandions à des militants d’une organisation sectaire : « Pourquoi, depuis 60 ans, près de 150 luttes de libération nationale dans le monde n’avaient engendrées aucun État socialiste ? » La stupeur se lisait sur le visage de nos interlocuteurs. Comment des marxistes osaient-ils les questionner dans une assemblée publique sectaire?

 Ces potentats gauchistes, ces boss syndicaux, ces chefs de cliques, ces vedettes fumistes ne cherchent pas tant l’unité des combattants de la liberté de classe, que de rassembler sous leur autorité leur couvée de militants bien drillés. Le dicton de ces mentors de la gauche retors est bien connu : « Vaut mieux être Roi de Saint-Ouen que Prince à Berlin ».

Le sectarisme, c’est s’émouvoir de l’opinion d’un ouvrier parce qu’elle diffère du consensus imposé à l’assemblée. Le sectarisme, c’est brimer le droit de parole dissidente au nom de l’unicité de la pensée soporifique et de la ligne politique unique. Le sectarisme, c’est refuser de participer à une assemblée, à un colloque, à un débat, à un forum, sous prétexte que des représentants anarchistes, révisionnistes, sociaux-démocrates, opportunistes, réformistes, altermondialistes et écosocialistes prendront la parole pour fabriquer du consentement stérilisant.

Depuis dix ans nombre d’organisations de la gauche bourgeoise et leurs militants ont refusé de discuter avec nous, de débattre avec nous. Ces grands « démocrates » (sic) nous ont interdits à leurs colloques et forums populaires. Ils nous ont rayés de leurs listes de diffusion et de leurs médias sociaux. Ils ont refusé de recevoir notre littérature militante et nos analyses politiques de principe, manifestant ainsi leur sectarisme et exprimant leur étroitesse d’esprit et leur allergie envers une confrontation idéologique de principe. Les sectaires psalmodient « Vive la démocratie » et ils lancent les mêmes querelles et ils appliquent la même censure que les médias et les organisations bourgeoises.

Le sectarisme est unilatéral et chimérique

Le sectarisme se caractérise par la mesquinerie qui porte les associations sectaires à analyser les événements historiques et les luttes de classe d’un point de vue unilatéral et chimérique. Une secte se demandera toujours jusqu’à quel point tel ou tel combat lui aura permis de progresser et de recruter de nouveaux affidés, alors que les marxistes se demanderont plutôt jusqu’à quel point cette bataille a aidé la classe à progresser dans sa conscience vers l’émancipation.

Le sectarisme c’est juger un camarade ou un groupe par association en se basant sur des rumeurs, des « on dit » et autres flagorneries. Le sectarisme c’est suivre aveuglément un chef de bande et citer Marx, Engels, Lénine et d’autres classiques et se donner raison par comparaison. Ce que tu écris et comment tu agis parlent si fort camarade que je n’entends plus ce que tu dis.

Le sectarisme c’est renoncer à défendre une position politique prolétarienne sous prétexte de préserver l’unité de la secte. L’« embourgeoisement » (gentrification) du tissu urbain est inacceptable pour les ouvriers et pour les pauvres chassés de leurs foyers. Mais pas question de démontrer comment ce phénomène se répand et s’épand dans un quartier et dans une ville s’il faut mettre en cause le gouvernement, l’État et le système capitaliste chancelants, ce qui bien entendu risquerait de froisser leurs agents qui subventionnent généreusement l’organisation sectaire. Le sectarisme c’est soutenir un point de vue erroné par solidarité communaliste avec un ami ou un membre de sa fratrie.

Le sectarisme est une tactique politique petite-bourgeoise qui origine de la faiblesse théorique des gourous des sectes éclectiques. Le sectarisme surgit quand un parangon désire maintenir son emprise sans partage sur ses catéchumènes. Il les éloigne ainsi des influences prolétariennes « malsaines » (sic). Le sectarisme a complètement contaminé tous les cercles de la gauche depuis que l’Opposition de Gauche a été chassée de la IIIe Internationale. Même l’Opposition de gauche, par réaction grégaire, est tombée dans ce travers.

Partout où notre classe sue et peine, argumente et débat, cherche sa voie et s’interroge sereine, les ouvriers marxistes révolutionnaires seront présents et interviendront chaque fois que nécessaire. Ainsi, en Bretagne, des régionalistes bretons se sont amenés aux manifestations de notre classe avec leur drapeau nationaliste. À nous, ouvriers marxistes, de proposer notre drapeau internationaliste et nos slogans anticapitalistes. Au Québec, quand les étudiants ont hissé le carré rouge de la résistance sur le front économique de la lutte des classes, des nationalistes chauvins sont apparus, avec leur fanion Fleur de lys royaliste et ont perturbé les échauffourées, ce qui n’a pas fait fuir les marxistes révolutionnaires qui au contraire sont demeurés au cœur de la lutte avec nos frères, les étudiants progressistes.

Pourquoi les ouvriers révolutionnaires abandonneraient-ils le soutien à l’organisation et éventuellement la direction (au moment de l’insurrection et pas avant) du mouvement de révolte prolétarien et populaire aux différents contingents bourgeois nationalistes et aux crétinistes parlementaires? Le sectarisme serait ici de capituler, de quitter le champ de bataille et d’abandonner notre classe à l’ennemi irrédentiste.

Le nécessaire travail militant dans les assemblées populaires

Défendre le point de vue ouvrier marxiste et promouvoir la lutte de classe sur le front économique, politique et idéologique dans les organisations de masse, les syndicats et les forums populaires et de quartier ne signifie nullement adhérer aux idées petites-bourgeoises conspiratrices propagées dans l’une ou l’autre de ces assemblées. C’est plutôt refuser d’abandonner notre classe à la propagande bourgeoise. Ce n’est pas au contingent de rejoindre son adjudant, mais au sergent de rejoindre son régiment.

Il faut être conscient qu’en société bourgeoise, la classe capitaliste possède l’hégémonie en tout et sur tout, c’est la classe dominante, ce qui est lourd de conséquences. Un partisan marxiste risque de se retrouver isolé, ostracisé et démuni s’il s’exclut lui-même des réunions syndicales ou de quartiers et des événements politiques organisés par la gauche bourgeoise où inévitablement des idées erronées, puériles, contres-révolutionnaires, réformistes, opportunistes, économistes, anarcho-syndicalistes ou électoralistes seront propagées. Le 1er mai, organiser une manifestation séparée de celle appelée par les centrales syndicales et par les partis de la gauche bourgeoise est un exemple de comportement sectaire. C’est parmi la classe que nous devons être présents et pas isolés avec quelques lumpens prolétaires libertaires dans un cul-de-sac pour être incarcérés par les policiers.

Comment les camarades marxistes révolutionnaires apprendront-ils à renforcer leurs liens avec notre classe ? Comment apprendront-ils à contrer les arguties de la petite bourgeoisie ? Comment apprendront-ils à polémiquer, argumenter, démontrer, étayer, prouver la vérité à propos de ces choses masquées par les agents de la bourgeoise infiltrés dans nos rangs?

La lutte de classe sur le front de la pensée, de la propagande, de la théorie et de l’idéologie est une composante essentielle de la lutte de classe du prolétariat. La participation à cette lutte nous incombe à nous ouvriers marxistes révolutionnaires au même titre que le combat sur le front économique et politique de la lutte des classes. Cette lutte idéologique doit être menée dans toutes les assemblées et dans toutes les organisations, sur les médias sociaux, dans les manifestations ouvrières, les assemblées et forums populaires. Le gauchiste qui refuse de polémiquer, d’argumenter, d’étudier et de débattre avec des militants sur les grands événements de notre temps est un sectaire qui doit être dénoncé pour tel.

Contre l’entrisme

Polémiquer, débattre scientifiquement, rigoureusement, argumenter dans une assemblée populaire de quartier, dans une rencontre d’usine, dans un colloque de militants, dans un congrès universitaire ou un forum populaire, dans un regroupement de syndiqués et une assemblée étudiante ne constitue pas de l’entrisme sectaire, mais bien plutôt un travail d’agitation et de propagande légitime et nécessaire pour un ouvrier marxiste révolutionnaire.

L’entrisme est une tactique petite-bourgeoise qui consiste à infiltrer les organisations populaires, populistes, de quartier, syndicales, sociales, communautaires, étudiantes afin d’en prendre la direction.

Dans les années 1970-1980, au plus fort de la précédente vague opportuniste-réformiste, certaines organisations de la gauche bourgeoise ont tenté de s’emparer du contrôle d’associations populaires, d’assistés sociaux, de regroupements de sans-abris, de comités de locataires et d’ONG féministes. Un groupe trotskyste avait pris le contrôle d’un grand syndicat d’enseignants de la région de Montréal, alors que deux groupes maoïstes se sont concertés pour s’emparer de la direction d’une section régionale d’une centrale syndicale nationale. Seule une mésentente sectaire sur le partage des postes de bureaucrates syndicaux à pourvoir a empêché les deux sectes de se hisser sur la chaise de capitaine syndical régional.

Nous vivons sous la dictature de la bourgeoisie qui possède la totale hégémonie sur les organes de pouvoir politique et économique. Quiconque tente de s’emparer de la direction d’une association populiste, d’une organisation féministe, d’une mairie, d’un conseil municipal, d’une association caritative, d’un club de l’âge d’or, ou d’un club de bridge doit présenter patte blanche et manifester son ferme propos de s’amender et de ne rien perturber du fonctionnement normal de la société bourgeoise et surtout jurer fidélité à l’ordre établi.

Si les magouilleurs entristes-sectaires respectent l’ordre établi et gèrent la succursale qui leur a été temporairement confié, comme le ferait un bureaucrate syndical ou un administrateur d’ONG subventionné, ou comme le ferait un président d’association croupion, alors rien à craindre, le parangon sectaire pourra faire carrière bien payée dans cette organisation. Il chaut peu à l’État bourgeois que le petit potentat se coiffe d’un béret de Che Guevara ou d’un bonnet d’âne pourvu qu’il fasse le travail comme l’entend l’État bourgeois. Si d’aventure, le chef de la clique entriste ne respecte pas la loi bourgeoise et ne se soumet pas aux préceptes capitalistes il sera répudié, rejeté, écarté par la direction régionale, provinciale, nationale, fédérale ou internationale, quand ce ne serait pas par la base populiste elle-même, une fois revenue de sa torpeur, suite à ce coup de force à la tête de l’organisation moron. Les chefs des grandes centrales syndicales nationales québécoises, qui avaient temporairement oublié ce précepte fondateur de la légitimité bourgeoise, ont échoué en prison le temps de leur faire entendre raison… Ce qui ne fut pas long!

Il faut comprendre que ce n’est qu’au moment de l’insurrection ouvrière et populaire, quand l’ordre bourgeois craquera de toute part, que l’État bourgeois dépassé et désarticulé volera en éclats, que la population refusera d’être gouvernée par ces impotents, que les ouvriers révoltés chercheront une alternative au pourvoir bourgeois, à ces incapables, que l’hégémonie idéologique, théorique, politique, et surtout que l’immense pouvoir économique capitaliste se sera effondré, dans une crise anarchique sans précédent; ce n’est qu’à ce moment que la conscience de classe en soi et pour-soi du prolétariat, faisant un bond prodigieux, aura atteint un niveau suffisant pour concevoir et vouloir tout le pouvoir pour les soviets ouvriers, comme forme spécifique de la dictature du prolétariat. Alors il sera temps, et alors seulement, pour la classe (et non pas pour les apparatchiks d’un parti politique) de s’emparer de la direction des organes du pouvoir politique, militaire et économique (surtout).

Les ouvriers marxistes révolutionnaires seront-ils prêts à fournir l’expertise pour suggérer les voies de l’édification socialiste? La prochaine fois que l’ordre bourgeois éclatera, la société capitaliste à son stade impérialiste aura atteint le plein développement de ses forces productives et de l’évolution de ses rapports de production, au point de ne pouvoir survivre à son effondrement. Deux modes de production opposés et contradictoires ne peuvent ni ne doivent coexister. L’avènement de l’un signifie l’achèvement de l’autre. Où alors, ce sera partie remise, et il faudra comme la dernière fois attendre la prochaine opportunité révolutionnaire. Ce n’est pas pour s’emparer de quelques postes de direction et pour jouer les fonctionnaires de la gauche à la solde du capital que doivent s’activer les militants marxistes révolutionnaires, mais pour se préparer à soutenir la classe dans sa conquête de tout le pouvoir politique et économique. Ce n’est pas la classe qui est au service du parti, mais le Parti révolutionnaire qui est au service de la classe révolutionnaire (le prolétariat).

Il n’est d’aucun intérêt de pratiquer l’entrisme dans les organismes bourgeois pour aller y vendre ses services aux opportunistes et aux réformistes gauchistes qui se soumettent à l’idéologie dominante avec un petit côté revendicateur, hargneux et coléreux. Ils réclament plus de réformes dans l’espoir de sauver le capitalisme, ce qui est absolument impossible. La bourgeoisie ne le peut pas et son aile gauchiste en est tout aussi incapable. Ce n’est pas pour réparer les injustices du système capitaliste que nous œuvrons à sa destruction, mais simplement parce que ce mode de production est rendu au bout de son évolution. Il est devenu inopérant. Il ploie sous ses contradictions et ne parvient plus à assurer sa reproduction élargie. Il est paralysé, ne peut plus se développer et il se traîne de crise en crise à la recherche d’une chimérique solution à ses contradictions insolubles.

Ainsi, à l’élection des députés à l’assemblée de l’Union européenne, une secte de gauche revendiquait une hausse généralisée du SMIC, alors qu’une autre clique réclamait l’augmentation des salaires, tandis qu’une troisième secte exigeait un emploi pour tous les travailleurs. C’est devant les usines en grève que ces revendications doivent être menées et gagnées (si elles le peuvent). La bourgeoisie vit de l’exploitation du travail salarié. Si elle pouvait mettre tout les salariés au travail pour leur arracher de la plus-value elle le ferait. Ces sectes d’opportunistes croient qu’il suffit d’exiger des hausses de salaire pour les obtenir. De fait, ces sectes gauchistes savent que ces revendications électoralistes futiles ne visent qu’à accaparer le vote de quelques désespérés, pour s’enfuir ensuite avec le poste de député. N’allez pas débattre de tout cela avec ces sectaires, ils refuseront de rendre compte de leur trahison.

Toutes ces expériences ratées d’« entrisme » dans les organisations de masses et communautaires, syndicales, d’ONG subventionnées et d’associations populaires, doivent-elles amener le militant marxiste révolutionnaire à se retirer sur ses terres pour construire sa ferme bio sur une commune rurale, où à s’assembler en micro cellule dans la cave de son condo et fuir toute organisation, assemblée, colloque, forum, association ou manifestation gauchiste tel un esthète monastique ?

Certainement pas! Partout où notre classe est niée, diffamée, exploitée, rejetée, aliénée, galvaudée, trompée, partout où elle résiste farouchement, confusément, chancelante, hésitante nous y serons. Pas devant la parade –pas pour le moment– mais parmi eux, en plein milieu, écoutant, analysant et fournissant les mots d’ordre unificateurs appropriés qui font avancer le combat et fructifier la conscience de classe. Menant le coup de pierre et érigeant la barricade parmi eux. Le sectarisme, maladie sénile du gauchisme, c’est d’abandonner notre classe aux charlatans de la misère et de la guerre mortifère.

Contre le dogmatisme

 Une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule. Le sectarisme fait bon ménage avec le dogmatisme dont il est une composante implicite. Le dogmatisme est le compagnon de route du sectarisme et du gauchisme sénile.  Le corpus théorique communiste – le matérialisme historique et dialectique – la méthode marxiste et la méthode léniniste sont des guides pour l’action prolétarienne, tant dans l’instance de la lutte économique que politique et idéologique.

 Selon le dictionnaire le dogmatisme est la propension à donner à ses opinions et à ses  raisonnements un caractère affirmatif, impérieux, péremptoire et rigide n’admettant aucun  déni, aucune contrepartie. Pour nous, marxistes, le dogmatisme est autre chose. Le  dogmatisme  c’est la sclérose de la pensée, l’interdiction d’évoluer et d’actualiser les études théoriques élaborées par les classiques, toujours valables, mais demandant parfois une mise à jour. Nous sommes venus à cette conclusion après avoir bien observé la société contemporaine et nous n’y avons rien trouvé de fondamentalement différent, dans les grands principes économiques, politiques et idéologiques,  que ce que les classiques ont décrit il y a cent ans et même avant. L’apparition des technologies de l’information a facilité et accéléré les échanges financiers, mais ils n’ont pas altéré la nature inflationniste des processus spéculatifs. Ces changements quantitatifs et normatifs n’ont pas entraînés de changements qualitatifs, des changements dans la  nature des choses.

 Une manifestation fréquente du dogmatisme  consiste à utiliser l’extrait d’un texte classique d’une égérie marxiste, tiré d’un capharnaüm et visant à clore le débat et à ensevelir les arguments de l’adversaire sous une pierre tombale bancale. Citation n’est pas démonstration et si la citation, sortie de son contexte, prouve quelque chose, c’est souvent l’ignorance et le manque d’arguments scientifiques du transcripteur.

 Ainsi, faut-il introduire des termes comme impérialisme moderne et spéculation boursière, fraudes et paradis fiscaux, inflation, dépression, monnaie de singe (monkey money) et pyramide de Ponzi, dans l’économie politique marxiste alors que Marx n’a peut-être jamais utilisé l’un ou l’autre de ces termes ? Nous pensons que ces concepts, parfois nouveaux et qui décrivent correctement des phénomènes économiques récurrents doivent être intégrés à l’économie politique scientifique marxiste. Faire autrement serait dogmatique (1).

 Les cercles d’études marxistes

 Nombre de militants prétendent qu’il faut aujourd’hui se remettre à l’étude des classiques  marxistes et en débattre en cellule d’usine, en unité de travail ou en comité de quartier. Cet exercice est gros du danger de dogmatisme pédant et ronflant. Étudier des extraits des classiques en dehors de tout contexte de lutte de résistance militante et d’une problématique de lutte concrète et immédiate risque de mener droit à l’intellectualisme bourgeois. Marx expliquait que le temps n’était plus à étudier le monde, mais à le transformer, en l’étudiant bien entendu mais pour le comprendre et le changer.    

 Il est absolument nécessaire que ceux qui entreprennent la lecture de textes des classiques le fassent dans un contexte de luttes présentes et actualisées et que la lecture amène l’écriture de textes contemporains sur les problématiques présentes. Tout militant doit se commettre et se compromettre sur le front de la propagande partisane. Au Canada, un Centre Internationaliste d’études marxiste interdit à ses conférenciers de présenter de nouvelles idées et de nouveaux textes marxistes, exigeant que le célébrant psalmodie les textes classiques hors contexte. Le résultat en est que les thuriféraires qui se soumettent à cet exercice dogmatique  connaissent peu ou prou la science marxiste et présentent des travaux ampoulés – pompeux – et creux, sans intérêt pour faire avancer la lutte de classe présente et pour transformer le monde. Pire, nous avons observé que ceux qui se contentent de réciter les textes de l’anthologie marxiste, sans en appliqué les principes et les concepts à l’actualité, comprennent peu ou prou ces abrégés tirés des anthologies.  

 Au Canada, depuis quelques années, un débat fait rage à propos de la question nationale québécoise et amérindienne. Le prolétariat doit-il soutenir le combat pour le droit de la nation québécoise à disposer d’elle-même jusqu’à y incluant la sécession ? D’une certaine façon ce débat nationaliste chauvin au Québec repose la question des luttes de libération nationale dans les pays du tiers-monde (2).

 En société bourgeoise c’est la bourgeoisie qui détermine sur quel terrain elle attaquera le prolétariat et un militant de l’opposition de gauche n’a pas la possibilité de s’éclipser. Si les ouvriers sont interpellés sur ces questions chauvines, xénophobes et nationalistes réactionnaires, nous nous devons de riposter sur ce terrain de lutte. Toute autre attitude serait sectaire. Le courant de la gauche ne peut s’échapper de cet épineux problème tout comme il ne peut esquiver cette question sous un catalogue de citations des classiques marxistes. Si la bourgeoisie après un siècle de mystification, continue à plastronner à propos des luttes de libération nationale bourgeoise et à les confondre avec la lutte pour l’émancipation du prolétariat mondial c’est qu’elle perçoit qu’il y a là un terrain de confusion pour notre classe et notre devoir de militant est de l’y confronter et de battre la bourgeoisie et ses contingents gauchistes séniles sur ce terrain théorique spécifique.   

    Voilà un exemple ou le dogmatisme guette l’exégète. La lecture des classiques est fort utile, mais se révèle insuffisante. La plupart des textes classiques sur les luttes de libération nationale bourgeoise datent d’avant 1950, l’époque du vaste mouvement de la pseudo émancipation des nations colonisées, passant les unes après les autres du statut de colonie au statut de néo-colonie, parfois même au statut de pays capitaliste émergent sous le mode de production impérialiste hégémonique. Dans les pays du Sud notamment, la  fraction des capitalistes compradores coloniaux a été partout délogée du pouvoir pour être remplacée par une faction bourgeoise nationale sous la botte des puissances impérialistes anciennes ou nouvelles. En Afrique du Sud le prolétariat en fut quitte pour retourner croupir dans les puits de mine, et en 2012, après s’être rendu compte de la supercherie de la «décolonisation bourgeoise post apartheid», les mineurs entrèrent en grève illégale et 75 ouvriers furent assassinés par les soldats à la solde des Afrikaners et de leurs alliés capitalistes noirs de l’ANC.

Plus d’une centaine de nouveaux pays sont apparus, issus des luttes de libération nationale chauvines, souvent au prix d’immenses sacrifices ouvriers (Corée, Vietnam, Algérie, Congo, Albanie, etc.) et pourtant, pas un seul de ces pays capitalistes néo-colonisés n’est devenu un pays ouvrier socialiste.

 Nul analyste classique n’a bénéficié de cette immense expérience accumulée pendant cette soi-disant «Ère de la décolonisation tiers-mondiste des non-alignés» des soixante dernières années (1950 – 2010). La lecture des classiques ne suffit pas, et il serait dogmatique de prétendre le contraire. L’Échec complet et systématique des dizaines de mouvements de libération nationalistes bourgeois dans autant de pays néo-colonisés, jusqu’à la débandade  totale de la lutte de «Libération nationale bourgeoise» du peuple palestinien, embourbé dans une guerre fratricide entre bandes rivales et par de pseudo et ridicules négociations de «paix» (sic) étriquées qui n’intéressent que les personnalités alignées pour la curée. Pendant 66 ans les ouvriers palestiniens emmurés n’auront connu que la misère, l’oppression, l’exploitation, la spoliation et l’occupation coloniale et on leur propose aujourd’hui l’occupation néocoloniale avec des garde-chiourmes choisit parmi l’écurie des accrédités par les colonisateurs impérialistes dont les sionistes israéliens.

 L’anti-dogmatisme consiste à introduire les militants à l’étude d’événements récents pour les amener à réfléchir, à l’aide de textes classiques notamment, sur les causes de ces échecs répétés et la façon d’y remédier dans l’intérêt de notre classe ouvrière révolutionnaire.

 Pour qui renie le sectarisme et le dogmatisme l’histoire enseigne qu’aucune lutte de Libération d’une nation n’a donné autre chose que la «libération» de la bourgeoisie nationale et le changement de la garde et n’a jamais assuré l’émancipation du prolétariat ni l’édification du socialisme. L’émancipation de la classe ouvrière internationale sera l’œuvre de la classe ouvrière elle-même et surtout pas l’œuvre de la bourgeoisie nationale chauvine, xénophobe, raciste et spoliatrice.

 Chacun peut le constater dans les pays européens où certaines factions des bourgeoisies nationales en voie de paupérisation tentent de mobiliser la classe ouvrière pour qu’elle prenne parti en faveur de leur fraction nationaliste contre les plus grands oligopoles menant ramage à l’international. Le chômage et la peine sous Marine Le Pen, ou encore le chômage et la peine sous les grands monopoles internationaux, quelle différence pour l’ouvrier spolié et  endetté ?

  Les larbins de la gauche bourgeoise l’admettent et le constatent : «Un peu partout dans le monde, des oligarchies de toutes sortes monopolisent le pouvoir politique, la plupart du temps en manipulant les exercices électoraux. Le droit de vote devient une mauvaise joke devant le fait que c’est le 1 % qui contrôle tout. La caricature étant la «démocratie» aux États-Unis, une foire d’empoigne des millionnaires eux-mêmes marionnettes des milliardaires».

 Cet amer constat n’empêche pas les sectes opportunistes-réformistes de construire des châteaux en Espagne pour les travailleurs désemparés pour le jour où le grand capital (ce qu’ils appellent le 1%) leur prêtera le pouvoir politique, que les riches monopolisent, admet le manant, en cachant pourtant que ce pouvoir repose sur un pouvoir économique immensément plus grand, dont il est le fondement, et celui-là inutile d’y penser, il faudra le leur arracher – le leur exproprier. Le sectarisme dogmatique consiste à refuser le débat avec ceux qui refusent l’ode à la démocratie bidon où les ouvriers pauvres ne seront jamais que la chair à canon et les pions pour les guichets de votation. Dire le contraire serait sectaire (3).

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CHAPITRE 2 : L’UNITÉ DU MOUVEMENT OUVRIER

L’unité des révoltés

En ces temps politiques difficiles, en cette période où la crise économique étale ses ravages parmi la classe au travail, les «militants» de la ‘Réserve’ s’éveillent à la lutte de classe.

Plusieurs, après avoir répudié la classe des ouvriers, après avoir renié Marx, le Capital, Lénine, Que Faire?, après avoir célébré l’éternité du régime capitaliste des exploités, avaient décidé, il y a des années, de se planquer dans un emploi bien payé; d’autres, de retourner à l’université ou dans une ONG subventionnée; de redécouvrir la Terre et l’éco-vert; de se retraiter, ou de devenir fonctionnaires engagés ou intellectuels brocardés dans ses pensées, tout en haut des «Tours d’argent» universitaires. Quelques-uns sont même devenus curés, marguilliers, illuminés, ou encore porte-parole de Québec Solidaire, du NPD, du NPA, de Lutte Ouvrière, ou des Verts, etc.

La reprise soudaine de la crise les a pris au dépourvu et les a éveillés, sinon réveillés de leur torpeur. Les revoici donc, telles des fleurs printanières sur Cythère, de retour dans l’arène et sur la scène, comme du temps de leur gloire passée (1970-1985), ces affreux oublieux, comme si de rien n’était, de leurs reniements et de leurs méfaits. Surmontant le sectarisme, le dogmatisme et l’entrisme peut-on et doit-on reconstruire l’unité de la «gauche» éclectique?

Les questions pertinentes et importantes

Les questions sous-jacentes à cette lutte pour l’unité sur le front idéologique de la lutte de classe sont : 1) Doit-on s’unir? 2) Dans quel but doit-on s’unir? 3) Avec qui doit-on s’unir? 4) Sur quels principes idéologiques et politiques doit-on s’unir? Abordons chacune de ces questions par un tour d’horizon.

Doit-on s’unir ?

Il va de soi que l’on doive unir les forces militantes avec le mouvement ouvrier. Unis et nombreux nous serons plus valeureux pour affronter l’adversité, dont la dominatrice classe capitaliste monopoliste qui commande la classe bourgeoise en entier, y compris ses sous-fifres petits-bourgeois qui trainent de ci de là. La fraction monopoliste financière de la classe bourgeoise commande à la police, à l’armée, à la justice, aux prisons, aux nervis, en bandes armées-privées, aux politiciens affidés, aux parlements et aux gouvernements d’État.

N’importe quel militant est bien conscient que, réunis, nous saurons mieux riposter à leurs menées. Quand la réponse à une question paraît si évidente qu’elle fait l’unanimité, alors que bien peu de gens l’ont pratiqué, c’est probable que nous nous sommes gourés. Nous n’avons pas posé la bonne question en premier.

Dans quel but et avec qui doit-on s’unir ?

Si notre camarade, juste à côté, souhaite s’unir pour réformer le système capitaliste afin d’alléger la peine des déshérités, d’atténuer les souffrances des paupérisés, de faciliter le calvaire des ouvriers, au milieu de cette société d’opprimés, vous comprendrez que nous ne pouvons nous associer. Pourquoi peiner et militer pour prolonger cette vie de dégénérer aliéné, cette vie d’ouvrier spolié? Nous le voudrions que nous ne le pourrions. La crise économique emportera le «wagon» de la dépression jusqu’en enfer et qu’est-ce que le «réformiste» pourra y faire, sinon comme les curés, jadis, supplier le désespéré d’endurer son sort jusqu’à la mort pour gagner l’éternité. Loin de nous ce calice que nous ne saurions boire.

Tous auront compris que c’est le but visé, l’objectif du projet collectif de classe, qui impose ses règles d’unité. Si je souhaite la révolution prolétarienne, le reversement total du système impérialiste et son remplacement par le projet socialiste planifié, je ne puis m’unir avec les membres du Parti Libéral, du Parti Conservateur, du Parti Québécois, de Québec Solidaire, du NPD, de l’UMP ou du PS. Il en est de même pour les camarades de France, d’Allemagne, d’Italie, de Tunisie, du Maroc et d’Algérie, etc. car les militants de ces partis politiques bourgeois n’ont pas du tout les mêmes objectifs que moi.

Un camarade convaincu que «l’union fait la force» répliquera qu’il faut unir toute la gauche progressiste. Un projet impossible à réaliser car en réalité c’est l’union des révolutionnaires qui fait la force des révolutionnaires. Unir des révolutionnaires avec des réactionnaires ne fait que les affaiblir réciproquement. Unir des militants ouvriers qui veulent en finir avec l’exploitation, l’oppression, l’aliénation de leur classe et en finir avec ce régime social qui ne fonctionne plus, unir ces gens avec des partisans électoralistes-utopistes qui souhaitent réformer le système capitaliste pour lui donner un nouveau souffle et pour lui faire exprimer plus de «justice» et plus d’«équité» sociale (sic) ne pourra jamais fonctionner.

Les militants pour l’«unicité concertée» ne sont jamais à bout d’arguments, tant ils tiennent à être nombreux dans leur camp (électoralement parlant). Ils argueront que l’on doit unir les «masses populaires» derrière le char des «révolutionnaires», et alors solidaires (sic), tous ensembles, ils remporteront les élections et le contrôle des organisations ouvrières, syndicales, associatives, populaires, populistes, sportives et caritatives (!) Rêve chimérique qui chaque fois qu’un parti de gauche s’est approché du pouvoir ce fut pour s’y brûler les doigts et dégénérer dans la fosse aux élections, au compagnonnage et aux prébendes payantes.

Pour s’unir il faut se démarquer. Ceci signifie que le révolutionnaire résiliant doit patiemment et pour longtemps s’assurer que les ouvriers (la seule classe authentiquement révolutionnaire jusqu’au bout car il en va de son intérêt bien compris) aient eu le temps de comparer et de se faire un jugement parmi toutes les idées qui lui sont présentées au combat, à propos de la nature et des objectifs ultimes de la Révolution socialiste et de ceux qui la préparent et la défendent.

Il est facile de comprendre que le NPD et Québec-Solidaire ne sont pas des regroupements révolutionnaires mais il est beaucoup plus difficile de percevoir que certains groupuscules de la soi-disant gauche radicale et libertaire ne le sont pas davantage même quand il porte le nom de socialiste ou de communiste. Il est compliqué de séparer le bon grain de l’ivraie, considérant toutes ces étoiles filantes qui surgissent au firmament de l’agitation des «masses populaires, étudiantes et ouvrières». Le temps du moins que la bourgeoisie ait ordonné à son État policier et à ses infiltrés au sein des associations de quartiers et des groupuscules d’agités d’écraser ces velléités des révoltés. Ceci ne surviendra qu’a l’approche de l’insurrection alors il deviendra aisée de se départager. D’ici là, ceux qui ont compris que le mode de production impérialiste en est à son terme définitif et qu’il ne peut que péricliter jusqu’à nous entraîner dans la guerre mortifère et la misère en sont quitte pour poursuivre leur propagande et leur agitation ouvrière sans le soutien des opportunistes, des réformistes, des anarcho-syndicalistes et des socialistes utopistes.

Les principes qui fondent l’unité des ouvriers

Ce n’est qu’à ce moment et pas avant, quand l’État aura choisi de sortir son artillerie contre les «malappris» que la classe ouvrière se rapprochera de ceux qui offriront l’unique solution à toute cette misère, la voie révolutionnaire. La classe ouvrière se cherchera alors des meneurs disposés à tout sacrifier pour changer le monde entier. L’État des riches le sait et il se croit prêt à affronter la marée des insurgés. Âmes éplorées, prière de dégager. Ce que l’État bourgeois ne sait pas c’est qu’au moment de l’insurrection son état de gouvernance aura changé et qu’il n’est pas du tout assuré qu’il aura encore la capacité de gouverner et de réprimer. Nous y reviendront au chapitre sur la Révolution d’Octobre en Russie.

La question fondamentale n’est donc pas de «diriger» les révoltés mais de savoir où leur conseiller d’aller, pourquoi, et pour quoi faire? Si la révolution doit nous diriger vers une nouvelle société d’exploiteurs et d’exploités, alors pourquoi changer? Pourquoi tous ces atermoiements qui nous attendent pour simplement changer de maître et retourner à nos souffrances?

Seuls les principes du socialisme scientifique et du marxisme révolutionnaire peuvent nous guider dans cette odyssée – et l’unité des insurgés doit et devra se forger sur ces principes scientifiques et sur nul autre. Sans théorie révolutionnaire, pas de révolution, disait un auteur célèbre. C’est tout simplement l’expérience du mouvement ouvrier révolutionnaire qui nous l’a enseigné. Réformer et tenter de réchapper le capitalisme, ou le renverser pour édifier une nouvelle société, un nouveau mode de production et d’échanges, collectif et planifié, voilà le dilemme qui devra servir de fondement à l’unité de la classe et des militants avancés. Comme disait Lénine, le prolétariat doit «faire sienne cette idée que le mouvement de la dialectique historique nous impose de réfléchir sur ce principe fondamental du marxisme voulant que seul le parti politique de la classe ouvrière, c’est-à-dire le parti communiste, soit en mesure de grouper, d’éduquer et d’organiser l’avant-garde du prolétariat et de toutes les masses laborieuses. Cette avant-garde est seule en mesure de résister aux inévitables oscillations petites-bourgeoises de ces masses, aux inévitables traditions et récidives de l’étroitesse corporatiste ou des préjugés corporatistes dans le prolétariat, et de diriger toutes les activités de l’ensemble du prolétariat, c’est-à-dire le diriger politiquement et par son intermédiaire, diriger toutes les masses laborieuses» (1).

L’unité ne peut se forger qu’entre ceux qui, ici et aujourd’hui, prennent l’engagement sincère, pérenne et résiliant de marcher avec les ouvriers sur les sentiers de traverse jusqu’au sommet des barricades où les insurgés auront levé le drapeau rouge de la liberté de classe. Que jamais l’oubli – second linceul des mots – ne recouvre ce serment.

(1) V. Lénine (1921) Avant-projet de résolution au Xe Congrès du parti communiste de Russie sur les déviations syndicaliste et anarchiste dans notre parti. Œuvres complètes. Moscou.

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CHAPITRE 3 : TROIS INSTANCES DE LA LUTTE DE CLASSE

La lutte de classe dans l’instance économique

Sous l’impérialisme moderne (mode de production sous lequel nous vivons depuis un siècle environ) la lutte entre les classes antagonistes, le prolétariat et la bourgeoise, et les autres classes subsidiaires se développe à trois niveaux, ou, si vous préférez, sous trois instances différentes et concomitantes, intimement interdépendantes. D’abord, elle se déroule quotidiennement au niveau économique, c’est la lutte spontanée de résistance ouvrière dont la lutte gréviste pour maintenir les conditions d’exploitation de la force de travail à des niveaux tolérables et pour maintenir le pouvoir d’achat et les conditions de reproduction de la force de travail à des niveaux socialement acceptables.

Évidemment, dans les pays impérialistes avancés, une portion de la petite bourgeoisie et de la classe ouvrière bénéficient occasionnellement de conditions de vie supérieures et cela suffit pour les faire rêver d’éternité et les amener à mythifier la réalité, leur faire croire que la vie est plus aisée qu’envisagé, jusqu’à ce qu’un crash boursier (1929), bancaire (1980 et 2008) ou une guerre (1914-1917 et 1939-1945) se charge d’effacer ces avancées salariales et sociales éphémères, payées à même les surplus de plus-value confisqués aux ouvriers des pays impérialistes dominés ou néo-colonisés. Une éphémère prospérité crée de manière inflationniste par le crédit bancaire incontrôlé, les budgets déficitaires et les dettes souveraines des États surendettés qui tôt ou tard vont implosés.

Depuis 2008, une telle conjoncture se dessine et vous observez l’agitation frénétique des frères convers petits-bourgeois et de leurs amis de l’aristocratie syndicale et celle des « requins » de la finance qui s’agitent pour effacer ces souvenirs amers de la mémoire de la plèbe ouvrière. Tout ceci après avoir salué la fin de la lutte des classes et la mort de Marx et du Capital qui serait obsolète alors qu’au contraire jamais ces thèses n’ont été autant d’actualité.

Aujourd’hui, la petite bourgeoisie universitaire à la tête de l’aristocratie syndicale et de toutes les factions de la petite bourgeoisie en déroute (en voie de paupérisation) reprend du service et jure ses grands dieux que la situation présente est bien différente qu’en 1970-1985 – qu’il faut faire preuve d’imagination créatrice et surtout éviter le dogmatisme, parce que la théorie du socialisme scientifique, du matérialisme historique et dialectique et la méthode marxiste et la méthode léniniste doivent être bizutées afin de les adapter aux nouvelles psalmodies de ces chantres du capitalisme «réformé» (!)

En régime capitaliste, au stade impérialiste moderne, la lutte de classe sur le front économique n’est jamais terminée – jamais définitivement gagnée – elle va de flux en reflux selon la conjoncture économique. Que 30 000 mineurs sud-africains fassent grève pour des salaires légèrement supérieurs et le grand capital international – les multinationales minières et leurs succursales – attaquent les salaires des ouvriers des pays développés où le minerai (platine, or, étain, diamant, terre rare) est traité et transformés pour des marchés où les prix seront soufflés à moins que les concurrents des monopoles miniers sud-africains (concurrents chinois éventuellement) n’en profitent pour diminuer leurs prix, faire ployer le conglomérat, puis à la bourse, absorber le monopole anglo-sud-africain en difficulté.

Et ainsi va la lutte de classe économique au sein même des rangs capitalistes monopolistes conjointement à celle qu’ils mènent tous ensemble contre la classe ouvrière «solidaire». Cette guerre économique spontanée que les médias « mainstream » dissimulent est le fondement de toutes les autres formes de lutte de classe, c’est la forme primale fondamentale primordiale, mais non décisive en terme de pouvoir et de révolution prolétarienne. Les militants marxistes révolutionnaires doivent être intimement liés à ces luttes et en rendre compte parmi toute la classe – mais en expliquant sans cesse à la classe que ces batailles spontanées sur le front économique n’auront jamais de cesse – et devront toujours être recommencés tant que la classe ouvrière n’aura pas pris le contrôle total de l’appareil d’État pour le détruire, exproprié sans compensation tous les moyens de production, d’échanges et de communication afin de construire un nouveau mode de production et d’échanges ouvrier socialiste dans un État socialiste ouvrier.

Que la guerre de classe dans l’instance économique s’envenime en France, au Québec, ou au Canada dans le domaine des alumineries par exemple, et les multinationales de l’aluminium organiseront la délocalisation de la production de France (St-Jean de Maurienne) ou du Québec (Saguenay, Alma, Shawinigan) pour transférer leur production vers Kitimat (Canada) vers la Chine, vers la Russie où ils ouvriront de nouvelles unités pour exploiter des ouvriers moins payés, moins organisés, plus réprimés et plus aisés à exploiter. Pour un temps seulement, jusqu’à ce qu’eux aussi empoignent leurs pancartes et leurs banderoles, s’organisent et réclament un meilleur salaire pour la vente de leur force de travail spoliée et broyée (1).

Que la crise économique de l’impérialisme moderne s’approfondisse et le grand capital remettra en cause les concessions passées (les soi-disant acquis sociaux de l’État providence éphémère) et la guerre défensive du prolétariat s’envenimera, parfois jusqu’à l’insurrection, remettant en cause le pouvoir des patrons – la dictature des riches sur l’appareil d’État –. Il en fut ainsi en Égypte entre 2011 et 2013, mais sans lendemain ouvrier malheureusement, car la révolte égyptienne resta au niveau du soulèvement économique et quand la bourgeoisie militaire comprit que les travailleurs en voulaient davantage – il lui abandonna Moubarak pour le remplacer par Sissi (Blanc bonnet pour bonnet Blanc).

La classe ouvrière de par sa position objective dans le procès de production et de reproduction du système économique impérialiste moderne est très présente dans cette guerre perpétuelle sur le front économique de la lutte de classe.

La classe ouvrière s’est dotée d’organisation de lutte de classe que le grand capital – quasi tout puissant – s’est empressé de corrompre, de dévoyer et d’embrigader à son service. Aujourd’hui, au stade impérialiste de putréfaction de l’ordre économique, nombre de syndicats de salariés sont devenus des organisations des patrons – des courroies de transmission pour larbins chargés de maintenir la lutte économique de classe dans les limites acceptables pour le système capitaliste; d’identifier les éléments militants et de les livrés aux sbires légaux (policiers et armée de métier) et illégaux (agences de mercenaires privés, djihadistes-intégristes, bandits de grand chemin, pègres et agences de sécurité) chargés de réprimer la guerre de classe des ouvriers et de leurs alliés. En Amérique latine par exemple il ne se passe pas une semaine sans qu’un militant syndical sincère ne soit exécuté par les escadrons de la mort des employeurs (souvent formés de policiers qui arrondissent ainsi leur fin de mois).

La classe ouvrière n’a pas besoin d’ériger son propre parti politique révolutionnaire pour mener la lutte de classe sur le front économique. La classe mène cette guerre de façon spontanée et développe instinctivement sa conscience de classe « en soi » – pour la défense de son pouvoir d’achat et la défense des conditions de reproduction de sa force de travail (retraites, services sociaux, éducation, soins médicaux, services sanitaires, culture et loisirs).

Dans cette instance économique de la lutte de classe le parti révolutionnaire ouvrier, à travers son organisation de masse ouvrière le Mouvement révolutionnaire ouvrier (MRO), sera nécessaire pour regrouper, systématiser, radicaliser, mais surtout éclairer le sens de ces luttes éparses, sporadiques, localisées, de résistance spontanée et les porter à un niveau supérieur, au niveau de l’instance politique de la lutte de classe. C’est le niveau ou la classe « pour-soi » consciente de sa force, de la nécessité de ses luttes de résistance, mais aussi de leurs limites, jamais terminées, jamais gagnées définitivement, des luttes économiques qui doivent impérativement être dépassées.

Car c’est le mode de production capitaliste qui est dépassé, épuisé, délabré, à bout de souffle et la seule façon d’y remédier est de le renverser pour ériger un nouveau mode de production sociale, collectif, sans propriété privée des moyens de production et d’échanges.

Avec le concours de son organisation politique de classe, le prolétariat prend alors conscience de ses intérêts de classe, c’est-à-dire de la nécessité de renverser l’ordre bourgeois, le mode de production capitaliste rendu au bout de son rouleau, incapable d’assurer la reproduction élargie de ses propres forces productives et de ses propres moyens de production, d’échanges et de communication, et la classe ouvrière de concert avec son parti révolutionnaire organise et mène à bien la prise de pouvoir d’État. Abordons maintenant la question de la lutte de classe sur le plan POLITIQUE, l’instance décisive pour un changement radical du mode de production et d’échange.

Lutte de classe dans l’instance politique

Abordons le deuxième niveau de la lutte de classe – l’instance politique – là où tout se complique mais l’instance où tout s’explique. Nous l’avons décrit, la classe ouvrière mène spontanément – instinctivement – la lutte de classe sur le front économique, notamment la lutte gréviste. Ne serait-ce que parce que l’État attaque les régimes de retraite; laisse augmenter les prix des biens de première nécessité, ainsi que le prix des services publics. L’État réduit les services destinés à la reproduction de la force de travail (santé, éducation, transport, culture, sport, loisir), alors que les patrons tiennent les salaires sévèrement verrouillés. Bref, les ouvriers mènent spontanément la lutte de résistance de classe sur le front économique.

Le salaire minimum (SMIC) est maintenu par l’État à un niveau si bas que certains ouvriers sont menacés de crever au travail, comme des condamnés, tandis que d’autres cumulent deux ou trois emplois précaires, à temps partiel et mal payé. Sans compter les cadences de travail en usines et sur les chantiers qui mettent la vie des salariés en danger. Toutes ces conditions objectives créent des situations de résistance spontanée sur le front économique de la part de la classe ouvrière malgré la collaboration de classe affichée par les appareils bureaucratiques syndiqués.

Nonobstant ceci, les militants ne doivent jamais oublier que la mission historique du Parti Ouvrier est beaucoup plus stratégique que de diriger des grèves ou de s’impliquer dans les luttes spontanées des ouvriers. La mission des organisations de masse du Parti politique de la classe est de publiciser ces combats et de les canaliser vers l’éclatement insurrectionnel en posant la question du contrôle et de la conquête de l’appareil d’État. Puis du contrôle des leviers de l’économie publique et privé par les Soviets ouvriers (conseils ouvriers). Contrôle et gestion du pouvoir non pas par un parti des «masses populaires» mais par les Soviets eux-mêmes, en concertation avec le parti de la classe ouvrière formé de révolutionnaires aguerris.

Une Sainte alliance de pseudos partis socialistes, sociaux-démocrates-solidaires, communistes-révisionnistes ancienne manière et nouvelle formule améliorée (maoïste); d’organisations de la pseudo «gauche» frontiste mène des campagnes de «solidarité» en faveur d’un groupe de grévistes ou d’un autre, appelant à la compassion alors que ces organisations devraient plutôt appeler à la révolte pour éradiquer la classe exploiteuse toute entière, s’emparer de tout le pouvoir d’État et imposer la dictature du prolétariat. L’émancipation de la classe ouvrière sera l’œuvre de la classe ouvrière elle-même et non pas de ces missionnaires «solidaires» opportunistes. Mais pour ce faire les conditions objectives de l’insurrection doivent être réunies et ni le parti, ni ses organisations de masse, ni les syndicats, ne décident de l’accumulation et de la maturation de ces conditions économiques, sociales et politiques objectives et spontanées.

L’État et les médias à la solde de la classe bourgeoise prennent d’infinies précautions pour isoler ces luttes, sur le front économique, de celles qui se mènent dans l’instance politique. L’attitude des médias et des politiciens bourgeois est particulièrement pernicieuse en ce qui concerne les combats que mènent les travailleurs de la fonction publique. En économie impérialiste moderne l’État bourgeois a un rôle très important à jouer dans le processus de reproduction du capital financier. Entre autre, l’État doit développer de nombreux services afin d’assurer la reproduction élargie de la force de travail (reproduire – former – soigner – encadrer – réprimer) des salariés à livrer aux financiers.

Cette fonction cruciale amène l’État à engager et à payer des milliers et même, comme aux États-Unis et en Chine, des millions d’employés pour assurer cette immense intendance. L’État bourgeois – l’émanation politique de la classe capitaliste – se retrouve donc sur la sellette pendant ces périodes de négociations, jouant à la fois le rôle de l’État employeur-exploiteur, de l’État législateur, de l’État redresseur, de l’État payeur-emprunteur-taxeur ayant le rôle d’enrégimenter tous ces travailleurs pour leur faire donner le labeur maximum contre le salaire minimum socialement acceptable.

Étant donné l’importance numérique et le rôle capital que joue cette multitude de travailleurs du secteur public et parapublic, dans le développement économique et la reproduction élargie du capital financier, la classe capitaliste attache une grande importance à l’encadrement de ces millions de salariés; importance à négocier leurs conditions de travail et leur salaire; à pervertir leur dirigeants syndicaux; finalement, à placer tous ces travailleurs en concurrence nationale et internationale. C’est la raison des négociations sur la «libéralisation» du commerce des services qui ont cours à Genève, depuis deux ans, afin de conclure un accord international global (ACS) tel que dévoilé par Wikileaks (Secret Trade in Services Agreement – TISA). (1)

C’est la tâche des organisations de masse du Parti ouvrier de dévoiler ces tractations nationales et internationales à l’encontre des intérêts de la classe ouvrière, d’en expliquer les intentions, d’en subsumer les manifestations afin de stimuler la résistance de chaque centre «national» de lutte, de concert avec tous les autres – d’un État-nation à un autre, indépendamment des frontières nationales imposées par la classe capitaliste. Voilà l’exacte compréhension du concept de «solidarité» ouvrière internationaliste, bien différente de la visite «touristique» des lignes de piquetage des anarcho-syndicalistes.

Dans cette lutte de classe entre l’État national bourgeois (et même transnational dans le cas de l’Union européenne ou de l’ONU par exemples) et ses milliers de salariés, il n’y a plus d’écran de fumée – il n’y a plus aucun paravent. Pendant ces périodes d’échauffourées l’État des riches est exposé impudique devant ses employés enragés. Les prévarications et les prébendes que l’appareil politique bourgeois a ordonné; les intérêts sur prêts dont il a abreuvé les rentiers richement rétribués; les parachutes dorés qu’il a accordé à ses affidés; le refus d’augmenter les salariés et les compressions budgétaires qui a imposé à ses employés et aux bénéficiaires, tout est exposé sur la table de négociation publique et l’État des riches doit trouver le moyen de maintenir l’illusion qu’il est l’État des citoyens et des citoyennes, au-dessus des partis et des classes sociales quant, à l’évidence, il défend les intérêts des capitalistes car il est l’État par et pour les riches. Les luttes syndicales contre l’État policier offrent l’occasion d’exposer l’obséquiosité de l’État policier et la complicité des appareils syndicaux dans cette marchandisation des salariés.

La mission des organisations politiques de la classe ouvrière n’est pas de se substituer à la classe afin de lui imposer des revendications soi-disant «transversales et globales»! À l’encontre de la panoplie d’organisations gauchistes, la mission des organisations de masse du Parti Ouvrier sera ici de démontrer l’intime relation systémique qui existe entre ces luttes dans l’instance économique et celles menées dans l’instance politique de la lutte de classe, et le rôle dirigeant de la classe ouvrière dans cette résistance devant être menée jusqu’à l’insurrection si la classe le veut bien. Le Parti Ouvrier diffusera le mot d’ordre de résister à l’État policier dans chaque pays, non as pour réformer l’État policier mais pour l’éradiquer.

L’État est présenté par la communauté citoyenne des gauchistes comme au-dessus des classes sociales – comme impartial, ou alors comme inopinément compromis et corrompus, gauchis de sa mission historique d’équité et de justice. Pour les gauches multiples, les parlements et les gouvernements doivent être conquis par la force des urnes et la puissance des bulletins de vote, en faveur de ces redresseurs de torts de la gauche multicolore, qui militent pour maintenir l’État providence et rétablir sa politique d’aumône, ce qui, nous le savons, est devenue impossible. La conjoncture économique de crise systémique ne permet plus cette «générosité» de l’État policier.

Évidemment, toutes ces litanies fumistes et utopistes sont fortement appréciées par les médias enrégimentés qui reprennent les slogans de ces gauchistes, qui pour une université – qui pour un hôpital au service de la classe ouvrière et contre la «gentrification» des quartiers urbains. L’objectif de toutes ces demandes de réformes étant de briser l’unité entre les salariés de la fonction publique et ceux du secteur privé surtaxés et qui seront présentés comme ceux qui auront à payer ces revendications des excités de la gauche. Ces gauchistes agités feront ensuite paraître acceptables les compromis des bureaucrates syndicaux par la mystérieuse «opinion» publique…(qui n’existe pas, soi dit en passant).

Récemment, dans une assemblé populiste une militante d’ONG subventionnée arborait fièrement sa revendication d’un revenu minimum garanti de 23000 $ annuel après impôt pour les assistés sociaux, oubliant que les 500 000 travailleurs québécois peinant sous le salaire minimum (10.35$/h.) gagnent à peine 362$ pour 35 heures de travail par semaine, soit 18837.$ annuellement, avant impôt. Voilà la recette parfaite pour diviser les salariés par groupes d’intérêts et par secteur d’activité.

Les organisations de masse du Parti Ouvrier doivent politiquement contrer ces billevesées et présenter les mots d’ordre unificateurs qui ne permettront pas à l’État bourgeois de diviser les travailleurs en résistance sur le front économique et qui porteront plutôt cette unité vers le front politique pour la conquête du pouvoir d’État, ultime objectif de la lutte de la classe ouvrière.

Sur le front politique de la lutte de classe l’important pour la classe bourgeoise est que jamais le prolétariat ne se trouve organiser, structurer et conscient de ses intérêts particuliers (ce qui n’est nullement corporatiste), et que jamais le prolétariat ne soit orienté vers la conquête du pouvoir d’État, condition indispensable à son hégémonie de classe pour l’édification du mode de production socialiste. Cette mission délicate et complexe d’endiguement et de liquidation de la lutte ouvrière est dévolue aux syndicats bourgeois et aux organisations de la «go-gauche» plurielle et populiste.

Un parti politique quel qu’il soit, et malgré ses prétentions universelles, n’est jamais que le parti qui défend les intérêts d’une classe ou d’un segment de classe. Le parti de classe du prolétariat ne fait pas exception à la règle. Il n’est pas et ne peut pas être le parti du peuple tout entier, ou le parti des «masses populaires et citoyennes» comme aime à ergoter les anarchistes, les anarcho-syndicalistes, les éco-socialistes, et toutes les organisations frontistes et populistes. Au contraire, le Parti Ouvrier est celui de l’avant-garde révolutionnaire. C’est le parti qui milite et œuvre dans l’intérêt du peuple car l’intérêt du peuple concorde avec celui de la classe ouvrière maîtresse de son Parti Ouvrier Révolutionnaire.

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CHAPITRE 4 : APPRENDRE DE LA RÉVOLUTION D’OCTOBRE

 Depuis la Révolution d’Octobre 1917

 En octobre 1917 c’est l’annonce des grèves et des mutineries, en Russie notamment, qui  contribua à la fin de la Première Grande Guerre mondiale, la première boucherie impérialiste mondiale de l’ère moderne. La Révolution d’Octobre fut un événement majeur dans l’histoire de la classe prolétarienne, une tempête de classe qui reste largement inconnue et incomprise.

Presqu’un siècle depuis la Révolution d’Octobre

Lorsque l’URSS et le supposé camp-socialiste s’effondrèrent en 1989, la bourgeoisie internationale entonna le requiem du socialisme et surtout du communisme. L’oraison funèbre servit à démontrer comment la faillite de l’Union Soviétique, prétendument communiste, prouvait que, hors du capitalisme, aucune autre forme d’organisation sociale ne pouvait ni ne pourrait jamais exister. Le mode de production et les rapports de production et d’échanges capitalistes seraient la seule forme possible d’existence économique et sociale dans le monde entier pour le reste de l’éternité. Tout le reste ne serait, au mieux, qu’utopie, et au pire, le «réalisme socialiste inhumain» qui n’aura apporté que misère et oppression aux prolétaires qui s’y aventurèrent.

 L’expérience bolchevik

L’expérience bolchevik a fait faillite bien avant 1989 et l’effondrement du social impérialisme russe. Le Parti Bolchevik dirigé par Staline a présenté la construction du capitalisme monopoliste d’État comme étant la construction du socialisme en URSS, ce qui a ouvert une époque de confusion idéologique et politique sans précédent pour des millions de prolétaires à travers le monde. La conséquence tragique de cette confusion fut la plus importante défaite idéologique qui n’ait jamais marqué le mouvement ouvrier. Presqu’un siècle après cette révolution il est temps de mettre fin à cette confusion. La gauche communiste et les communistes révolutionnaires, ont l’obligation de tirer des leçons à partir des nombreux enseignements de cette expérience ouvrière.

Une première leçon historique – les soviets

La première leçon que la Révolution d’Octobre nous a léguée concerne l’organisation de la classe ouvrière. À l’évidence, notre classe est capable de faire et de marquer l’histoire. Nonobstant un siècle de cynisme à propos de l’incapacité légendaire de la classe ouvrière (sic), les travailleurs russes découvrirent la forme par laquelle une société capitaliste pouvait être renversée et comment ils pouvaient s’organiser pour tenter d’ériger une société nouvelle. Dès 1905, les soviets émergèrent de leur lutte collective gréviste contre l’exploitation, la spoliation et l’aliénation en tant que solution organisationnelle pratique aux problèmes de coordination des divers comités de grève ouvrière, de résistance et de défense populaire. En 1917, les soviets (les conseils ouvriers) furent recréés et firent la preuve qu’ils constituaient la structure organisationnelle et de pouvoir qui structurait et représentait directement la classe ouvrière en guerre contre la bourgeoisie. Tandis que les syndicats ouvriers intégrés à l’appareil d’État tsariste furent plutôt des entraves au déploiement de la révolution. Nous y reviendrons.

Lénine disait que « L’écurie du parlementarisme bourgeois » est la démocratie pour les riches, rejetant ainsi le crétinisme parlementaire. Les représentants bourgeois sont élus grâce à l’argent et aux médias des riches pour des mandats de plusieurs années. Ils peuvent ignorer les revendications de leurs électeurs tandis qu’ils font des courbettes devant les intérêts du capital. C’est ce chemin notamment qui mena à la corruption de la social-démocratie en Allemagne avant la première guerre mondiale.

Le soviet, tout comme la Commune de Paris de 1871, fut un organe à la fois exécutif et délibératif (législatif). Ses membres étaient délégués par leurs électeurs et pouvaient être révoqués à tout moment s’ils ne respectaient pas leur mandat (limité dans le temps et non renouvelable). En clair, les travailleurs de Russie ont donné au monde la forme politique qui devrait être la base de la société sans classes de « travailleurs librement associés » (Marx).

Les soviets ont décliné au fur et à mesure que les travailleurs révolutionnaires périrent au cours de la guerre civile contre l’impérialisme mondial et ses « Gardes blancs » envahissant. À mesure aussi que le pouvoir d’État soviétique, accaparé par le parti bolchevik, s’empara des leviers du pouvoir pour en évincer les soviets. Les soviets constituèrent la forme politique du pouvoir collectif ouvrier, de la dictature du prolétariat sur les reliquats de la bourgeoise ancienne, toujours présents dans la société soviétique pluriethnique et multinationale. Cependant, les soviets n’ont pas su constitué le modèle de pouvoir économique collectif prolétarien pour l’édification d’une économie et d’une société socialiste en marche vers le communisme. C’est l’appareil d’État soviétique qui constitua ce pouvoir et cette gouvernance économique sous laquelle se constitua une caste d’apparatchiks divisée en factions querelleuses, caste qui à partir des privilèges acquis se transforma en une nouvelle bourgeoisie, celle qui mena une première escarmouche pour le partage du pouvoir en 1953, à la mort de Staline, celle qui mena une second grand combat de partage à la mort de Brejnev et celle dont le pouvoir politique s’effondra définitivement en 1989-1991, pour mieux se constituer en classe capitaliste monopoliste formée de propriétaires privés des moyens de production, d’échanges et de communications dans l’ex-URSS devenu la Russie et la  Communauté des États Indépendants (CEI).

La deuxième leçon concerne les conditions de la révolution prolétarienne

La deuxième leçon nous indique que la révolution est un événement exceptionnel, qui requiert pour survenir le genre de conditions singulières existant dans la Russie en guerre. La condition nécessaire et indispensable qui détermine le mouvement des contingents de travailleurs tient essentiellement aux conditions économiques dans l’approfondissement de la crise du capitalisme à l’étape de l’impérialisme. Il n’y a point d’acte de volonté (volontarisme et manipulation dans le déclanchement de l’insurrection sont bannis), ni d’inspiration géniale, ni aucune autre force déterminante qui peut remplacer l’impulsion des conditions matérielles objectives et concrètes, quand la bourgeoisie elle-même en tant que classe hégémonique ne maîtrise plus ses différentes factions ni ne maîtrise plus totalement l’appareil d’État, ni la conjoncture  économique et sociale.

En Russie, la crise économique qui avait abouti au premier conflit mondial, aux destructions physiques massives et à une société affamée soulevèrent des millions de paysans (25 millions) et des millions de prolétaires (7 millions) contre la guerre et enclencha la lutte frontale contre ceux qui en étaient responsables. Comme Lénine l’a souligné, la guerre mondiale fut la force motrice, le grand accélérateur qui propulsa les masses russes  (même si le prolétariat était minoritaire) sur la scène de l’histoire, dans le premier acte de ce qui aurait dû être une explosion de lutte des classes à l’échelle internationale… mais ne le fut pas car la société capitaliste recélait encore des capacités productives inexploitées, des forces de production et d’échanges, des capacités de tempérer ses contradictions qu’elle n’avait pas encore épuisée dans tous les pays et sur tous les continents. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La société impérialiste a atteint la limite de ses capacités. Pour paraphraser Marx, l’impérialisme a développé toutes les forces productives que ses rapports de production obtus et obsolètes sont assez large pour contenir et de nos jours l’impérialisme a tendance à tituber, sans s’arrêter, dans le monde entier (1). Cependant, l’accoucheur social – le prolétariat – devra lui asséner le coup de grâce sans quoi l’impérialisme décadent nous entraînera vers une guerre nucléaire mortifère. Et surtout, que nul n’argumente que les capitalistes ne pourront jamais se résigner ni nous astreindre à cette extrémité. À ceux-là nous répondrons « Rappelez-vous Hiroshima et Nagasaki ».

Mais les conditions matérielles ne sont pas suffisantes en soi. Les crises économiques dévastatrices, avec leur cortège de guerres entraînant les masses paysannes et ouvrières à l’action ne suffisent pas à définir une situation révolutionnaire. La présence d’un parti révolutionnaire, qui concentre l’expérience de la classe et sait comment lier la spontanéité fébrile des masses et des luttes spontanéistes sur le front économique au programme politique révolutionnaire de classe, est absolument nécessaire. Lorsque le prolétariat se décide à agir, il le fait en partant spontanément de revendications économiques défensives et de luttes de résistance revendicative. Il peut se mobiliser instinctivement contre la guerre et ses conséquences qui tuent et affament. Il peut être attiré par la perspective du changement social. Il peut même renverser un régime politique croupissant, mais il a surtout besoin d’un programme politique fondé sur les gains idéologiques et théoriques de sa propre expérience historique. Le porteur de ce programme révolutionnaire de classe est le parti politique révolutionnaire de classe du prolétariat et nul autre. Sans cet état-major et cette mémoire des luttes de classe, au service de la classe révolutionnaire unique et de ses objectifs, l’insurrection mènera chaque fois au remplacement d’une classe exploiteuse par une  autre.

Il est totalement erroné de croire que la lutte gréviste pour des revendications, le combat contre les effets de la crise économique ou le refus de continuer la guerre peuvent par elles-mêmes élever spontanément le niveau de conscience politique des masses prolétariennes jusqu’au programme politique révolutionnaire «pour soi» (c’est-à-dire pour la conquête de tout le pouvoir politique d’État et le pouvoir économique et pour l’instauration de la dictature du prolétariat). Les prolétaires de Chine, de Corée, du Vietnam, de l’Albanie, d’Afrique du Sud, ceux d’Égypte et ceux du Népal pour ne citer que quelques exemples relativement récents ont fait la preuve qu’il ne peut y avoir de dictature du «Front uni» des paysans, des petits-bourgeois et du prolétariat qui soit révolutionnaire et salvateur. La Révolution bolchévique nous enseigne que seule la dictature de la classe authentiquement révolutionnaire, jusqu’au bout, assure le succès de l’insurrection mais quelle n’assure pas pour autant le succès de l’édification socialiste si les autres conditions économiques et sociales ne sont pas réunies et à maturité.

C’est plutôt le contraire qui est vrai. Si, les masses n’ont pas créée leur avant-garde – le parti révolutionnaire ouvrier – (2) lorsqu’elles se mettent en mouvement, même la révolte ou l’insurrection la plus pugnace et la plus déterminée est destinée à l’échec. En 1917, il n’y a qu’en Russie que s’est effectuée la synthèse entre les conditions objectives – qui menèrent les prolétaires à se soulever – et les conditions subjectives – représentées par les masses elles-mêmes et par la présence active du Parti bolchevik qui guida politiquement le mouvement. Sans ces deux conditions aucune révolution prolétarienne n’aurait pu vaincre. Si l’un de ces deux facteurs est absent, il n’y a pas de perspective de dénouement favorable de la révolution prolétarienne. Si les conditions nécessaires sont absentes, le prolétariat ne se soulèvera pas; si le parti est absent, tout indique que les résultats de la lutte des classes seront négatifs. Les nouvelles générations de communistes ne peuvent absolument pas négliger cette leçon de la Révolution d’Octobre. Si elles le font, elles risquent de s’orienter vers les théories idéalistes qui font du spontanéisme, de l’ouvriérisme, de l’économisme, du réformisme, de l’anarchisme leurs cris de ralliement.

Cependant, nous le réitérons, conquérir le pouvoir hégémonique et s’asseoir à la tête de l’État prolétarien ne donne pas l’assurance de l’édification de la société socialiste si le mode de production capitaliste-impérialiste n’a pas atteint sa totale maturité et qu’il n’a pas commencé à péricliter, ce qui est aujourd’hui assuré pour l’ensemble de la société impérialiste mondialisé et globalisé.

 L’internationalisme prolétarien

La troisième leçon que nous enseigne l’expérience de la Révolution d’Octobre est que la révolution prolétarienne doit être internationale ou elle est destinée à l’échec, enfermée à l’intérieur des frontières nationales dans lesquelles elle est née. Toute la stratégie du Parti bolchevik et de la Troisième Internationale – avant son repli sur des positions contrerévolutionnaires basées sur la théorie du socialisme dans un seul pays – fut fondée sur la nécessité qu’il y aurait d’autres éruptions révolutionnaires internationales ou plus exactement, que le confinement de la Révolution à un seul pays, la Russie, annoncerait sa défaite inéluctable.

Pour la Russie révolutionnaire, l’isolement politique et économique auquel elle a été condamnée par l’absence de révolutions en Europe de l’Ouest notamment signifiait que son sous-développement économique et l’encerclement économique, politique et militaire, par les pays capitalistes qui considéraient le bolchevisme comme l’ennemi à abattre, quel qu’en soit le prix et par tous les moyens, lui seraient fatales. Une des causes déterminantes de la tragédie de la Révolution d’Octobre est que l’un des deux facteurs qui devaient donner une dimension internationale au processus révolutionnaire entrepris en Russie était bancal.

Le premier facteur, objectif, – la nécessaire condition de la crise économique et/ou de la guerre impérialiste – était présent férocement et sans précédent et avait entraîné tous les pays d’Europe et au-delà. Les masses prolétariennes (dans certains pays de l’Europe de l’Ouest du moins) s’agitaient aussi, particulièrement en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie. Par contre, le deuxième facteur, la présence concrète de partis communistes expérimentés ne s’est pas manifestée à temps. Bien sûr, des partis communistes se sont formés mais ils avaient du retard sur le développement des événements. En retardant la rupture du cordon ombilical, qui les liait aux partis réformistes de la Deuxième Internationale, jusqu’au reflux de la lutte prolétarienne, les futurs partis révolutionnaires manquèrent leur rendez-vous avec l’histoire et par conséquent l’entreprise bolchevique se retrouva isolée et plongée dans une série de contradictions insolubles à la fois à l’intérieur de son cadre politique national, et à l’intérieur de ses forces productives et de ses rapports sociaux de production archaïques, en partie préindustriels et semi-féodaux. Le processus est long et douloureux pour faire d’un amalgame de millions de paysans analphabètes, des prolétaires alphabétisés, industrialisés, modernisés, formés et urbanisés.

Ainsi, l’échec de la Révolution d’Octobre, suite à l’échec des autres expériences révolutionnaires européennes, devint total dès la première décennie d’existence de l’URSS, et non pas trente années plus tard comme le soutiennent les réformistes et les révisionnistes de tout-acabit. Les événements qui eurent lieu par la suite, la brutale réaction politique, les purges sanglantes au sein même du Parti bolchevik, l’élimination physique de toute opposition de gauche, les attaques économiques contre le prolétariat qui avait accompli la révolution, furent les conséquences économiques et politiques de cette défaite internationaliste mais surtout de cette impossibilité matérielle, systémique de forger le socialisme à partir d’une société paysanne-rurale-agraire-semi-féodale-illettrée-arriérée. Trente années plus tard, la Chine maoïste refera la preuve que l’on ne peut édifier une société socialiste en se reposant sur un « Front uni » de bourgeois nationaux, de paysans pauvres et de prolétaires inféodés aux premiers et à partir d’une économie agraire et semi-féodale.

De cette défaite post-révolution, inéluctable, provient la construction d’un capitalisme monopoliste d’État dans un seul pays que le régime bolchévique, sous Staline, présenta  comme du socialisme d’État, une illusion que les partis communistes de la Troisième Internationale propagèrent parmi les masses ouvrières du monde entier et dont il nous faut aujourd’hui nous extirper.

  1. Karl Marx (1859) Préface à la contribution de la critique de l’économie politique.
  2. Manifeste du Parti ouvrier (2014) http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

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La quatrième leçon – l’impossible évitement historique

La quatrième leçon historique concerne l’impossibilité absolue de contourner l’histoire et le nécessaire développement complet du mode et des rapports de production capitalistes avant d’aboutir un jour aux conditions matérielles objectives nécessaires à l’édification du mode de production et des rapports de production socialistes, menant au communisme.

Le Parti bolchevik et les soviets se trouvèrent piégés à la direction d’une société semi-féodale, constituée d’une immense majorité de paysans analphabètes, agraires, ruraux, préindustriels et précapitalistes (25 millions de paysans pauvres). Des moujiks et des koulaks avides de devenir propriétaires terriens de leurs lopins et de vendre leurs surplus agricoles sur le marché «libre» formaient une masse paysanne absolument incapable de faire émerger un nouveau mode de production et de nouveaux rapports de production socialistes.

Il est aujourd’hui aisé de constater qu’aucune société ne peut faire l’économie d’une étape historique dans son développement économique, politique, idéologique et sociale. La société soviétique – l’État soviétique – l’économie soviétique devait d’abord développée les forces productives, les moyens de production et les rapports de production capitalistes jusqu’à leur pleine capacité et leur ultime épanouissement – jusqu’au moment de leur implosion impérialiste qu’ils ont aujourd’hui atteinte dans l’ancienne URSS, dans l’ancienne Russie, dans l’ancien «camp socialiste» comme dans le reste du monde entier. En 1917, la Russie agraire, arriérée, semi-féodale, soumise au  servage d’une portion de sa population, ne pouvait faire émerger une société hyper industrialisée, prolétarienne et socialiste. Le moujik et le koulak sont de mauvais vecteurs de la révolution collectiviste socialiste. Le socialisme n’est pas une société misérabiliste de partage de la pauvreté, mais une société de gestion et de répartition de l’abondance.

Cette illusion de la possible construction du socialisme dans un seul ou dans quelques pays arriérés passant de la semi-féodalité paysanne analphabète et agraire au socialisme, sans transition, en route vers le communisme, sans passer par le capitalisme bourgeois jusqu’à sa phase impérialiste décadente se reproduira plus tard, après 1917, dans la Chine de Mao, le Cuba de Castro, le Vietnam de Ho, la Corée du Nord de Kim, l’Albanie de Henver, La Yougoslavie de Tito, et même récemment dans le Népal maoïste. Partout, ce furent des échecs retentissants. Selon la théorie marxiste du matérialisme historique et dialectique, ces échecs ne s’expliquent pas par la trahison des clercs et de quelques «chefs» renégats bourgeois dissimulés dans la hiérarchie des partis communistes au pouvoir et dans les appareils monopolistes de l’État de ces différents pays. Le fait que la Révolution bolchévique se soit retrouvée isolée après la défaite des soulèvements hongrois, autrichien et allemand (1919-1923) fut de nature à isoler et à entraver la réalisation du socialisme en Russie, mais ces facteurs extérieur ne suffisent pas à expliquer la dégénérescence de la Révolution bolchévique. La cause la plus fondamentale de l’échec est interne à la société russe.

Le stalinisme ne fut pas le résultat de manigances ou la créature d’agents tsaristes infiltrés dans le parti bolchévique, mais bien plutôt la réponse historique spécifique que forgea la société russe arriérée, sous-industrialisée, sous urbanisée, sous-développée, sous scolarisée,  pour passer, à pas de géant, de la semi-féodalité au capitalisme avancé, puis à l’impérialisme agressif – finalité historique du capitalisme monopoliste d’État, comme de toute autre forme de capitalisme. Il est anti marxiste de laisser penser que la classe des capitalistes d’État khrouchtchéviens se serait développée en secret dans les placards du Kremlin, et qu’ils auraient (provoqué ou) profité de la mort de Staline pour surgir tout à coup en classe bourgeoise hégémonique toute construite afin de s’emparer de la direction du Parti bolchevik toujours marxiste (sic). De toute façon, si cela avait été le cas, on est en droit de se demander comment il se fait que de s’emparer de la direction du Bureau Politique a suffi pour assurer aux comploteurs de la dernière heure l’hégémonie sur le parti, sur la Douma et sur l’État «socialiste» de «démocratie ouvrière» tout entier. De quelle sorte de démocratie ouvrière parlait-on dans l’URSS de Staline et du Parti bolchevik ?

La Nouvelle économie Politique (NEP) de Lénine n’était rien d’autre que l’aveu de l’impossibilité de transformer une société arriérée, semi-féodale, à la paysannerie illettrée, majoritairement rurale et agraire, au prolétariat faible et inexpérimenté (7 millions d’individus environ), aux forces productives sous-développées, aux moyens de production déliquescents, aux rapports de production à peine sortie de la féodalité, en une société socialiste épanouie, en marche vers le communisme. Comme d’autres après eux, le Parti bolchevik et Staline se retrouvèrent à la tête d’un mode de production à compléter avant d’amorcer la construction du socialisme, un nouveau mode de production que nous avons encore peine à imaginer en ce 97e anniversaire de la Révolution prolétarienne d’Octobre. Nul n’aurait pu ériger le socialisme sur la terre des soviets paysans et agraires, pas plus que la révolution des artisans de la Commune de Paris ne pouvait aboutir ailleurs que l’a où elle s’est  terminée.

L’histoire lance ainsi des incursions, des essais, des sondes, que la classe révolutionnaire en devenir doit saisir, même si les conditions ne sont pas réunies, et dont la classe ouvrière doit tirer le savoir qui lui servira de leçons, demain – au moment opportun – pour remplir sa mission historique (3).

Il est désormais évident que la société capitaliste-impérialiste grosse d’une révolution  mondiale devait laisser le temps à son accoucheur prolétarien international de se développer en son sein. Seul le prolétariat internationalisé, expérimenté, scolarisé, conscient, hégémonique, saura imaginer et faire émerger la nouvelle société socialiste des reins du capitalisme en phase impérialiste décadente, mais ayant atteint la pleine maturité de ses contradictions libératrices, comme la bourgeoisie à maturité a su faire émerger le capitalisme de la féodalité mûre et déchue, pleine de ses contradictions libératrices.

Aujourd’hui, le mode de production impérialiste, les rapports de production impérialiste sont totalement développés à leur pleine capacité et ils ont atteint leur limite absolue d’expansion. Le mode de production capitaliste ne peut plus contenir, générer et reproduire plus de forces productives et de moyens de production qu’il n’en contient déjà. C’est la raison pour laquelle le mode de production capitaliste déplace – délocalise – remplace – détruit ici et rebâti là-bas des moyens de production à la poursuite de nouvelles forces productives moins dispendieuses à exploiter et à exproprier pour accumuler. Mais ce faisant, le mode de production impérialiste abandonne – détruit – des forces productives dans les pays «développés». Il a atteint le maximum des capacités de production qu’il peut contenir. Si bien que lorsque ces déplacements – relocalisations – ne suffisent pas le système est amené à détruire de plus  grandes quantités de moyens de production et de forces productives (ouvriers). Ce sont les guerres locales, régionales, mondiales qui se succèdent à répétition, sans interruption, depuis quatre-vingt-dix-sept ans.

C’est la raison pour laquelle nous affirmons qu’à l’occasion de la prochaine révolution prolétarienne toutes les conditions objectives économiques et politiques seront enfin réunies et développées à leur pleine maturité. Cependant, les conditions subjectives (politiques et idéologiques), à commencer par la maturité d’un Parti révolutionnaire ouvrier mondial et la conscience révolutionnaire de la classe ouvrière internationale risquent, au vu de ce que nous pouvons observer aujourd’hui, d’être largement en de ça des nécessités de l’évolution-révolution, ce qui pourra expliquer que la prochaine ne soit pas encore la bonne. N’ayez crainte toutefois, l’histoire se reprendra.

De la nécessité de renverser le syndicalisme capitaliste 

La cinquième leçon de la révolution bolchevik tient à l’inadéquation de l’organisation syndicale pour organiser la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière. Pire, l’organisation syndicale s’avère un frein et une force contre-révolutionnaire que le prolétariat devra renverser et détruire dans le cours même de son soulèvement au même titre qu’il détruira l’État bourgeois dont le syndicat est devenu une courroie de transmission, un organe de marchandage dans la vente normée et structurée de la force de travail des ouvriers. Les conseils ouvriers (soviets) se sont avérés la nouvelle forme d’organisation apte à soutenir les visées révolutionnaires du mouvement ouvrier.

Un syndicat combatif, militant, gauchiste même, ne peut que devenir un organe supplétif de la classe des patrons dès qu’il s’installe dans ses bureaux, qu’il comptabilise ses cotisations, qu’il cristallise ses structures organisationnelles légales, enregistrées et acceptées par la machine d’État bourgeois. Dès qu’il peaufine ses règlements de fonctionnement dont dépend la bureaucratie syndicale pour sa survie. Les syndicats européens démonstratifs, agités, exubérants, infiltrés de pseudo communistes et de  collabos socialistes ont donné le change un certain temps et les gauchistes ont longtemps fait croire qu’on pouvait transformer un syndicat d’affaires, de collaboration de classe, en un syndicat de combat. C’est pourtant impossible. Un communiste qui devient permanent syndical de combat se transformera plus tard en syndicaliste d’affaires, négociateur bien payé de conventions collectives pour ouvriers sous-payés. Il ne peut en être autrement sous l’hégémonie de la classe capitaliste. Deux cents ans d’histoire du mouvement ouvrier mondial nous l’ont enseigné. C’est au moment de l’insurrection que la classe ouvrière réglera ses comptes avec les apparatchiks de l’industrie du syndicalisme. Il est aussi illusoire de croire à un syndicalisme de combat, à un syndicalisme de gauche, que de rêver à un capitalisme humaniste et progressiste, ou d’idéaliser un parlementarisme bourgeois et prolétarien.  

Toute négociation d’une convention collective, toute lutte défensive sur le front économique de la lutte de classe, est par nature un compromis réformiste, une lutte  défensive de résistance. Du moment qu’un travailleur vend sa force de travail contre salaire, il consent qu’en vertu du droit bourgeois son surtravail lui soit confisqué et dès lors il accepte son sort d’esclave salarié spolié employé demande et négocie une augmentation de salaire pour son travail nécessaire, achète contre rémunération ils vendent contre ces cotisations substantielles. Nombre de travailleurs ne voient aucun intérêt à débourser cette taxe syndicale pour le bénéfice industrie du syndicalisme aussi piètres avantages et refusent de se syndiquer.

En Amérique, certaines centrales syndicales ont mis sur pied des fonds de gestion de capitaux spéculatifs avec les cotisations de leurs membres et contribuent ainsi à ce que leurs amis spéculateurs et «banksters»  appellent la «relance» économique capitaliste à la bourse.  

En 1917, Le Parti bolchevik, dirigeant de la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière russe, encore faible, peu nombreuse et sans grande expérience de lutte syndicale, ne pouvait savoir ces choses à propos des syndicats professionnels et d’entreprises, ce que les camarades de l’opposition communiste de Gauche en Europe occidentale étaient en mesure de leur enseigner. Lisons ce qu’écrivait en 1920 le camarade Pannekoek de la gauche hollandaise :

«De même que le parlementarisme exprime le pouvoir intellectuel des chefs sur les masses ouvrières, le mouvement syndical incarne leur do­mination matérielle. Les syndicats constituent, sous le capitalisme, les organisations naturelles pour l’unification du prolétariat, et à ce titre Marx, déjà de très bonne heure, a fait ressortir leur importance. Dans le capitalisme développé et plus encore à l’époque impérialiste, les syndi­cats sont devenus toujours davantage des associa­tions géantes, qui montrent la même tendance de développement qu’en d’autres temps, l’appareil d’État bourgeois lui-même. Dans ce dernier s’est formée une classe d’employés, une bureaucratie qui dispose de tous les moyens de gouvernement de l’organisation, l’argent, la presse, la nomina­tion des sous-ordres ; souvent les prérogatives des fonctionnaires s’étendent encore plus loin, de sor­te que, de serviteurs de la collectivité, ils devien­nent ses maîtres, et s’identifient eux-mêmes avec l’organisation. Les syndicats convergent aussi avec l’État et sa bureaucratie en ce que, malgré la dé­mocratie qui est censée y régner, les membres ne sont pas en situation de faire prévaloir leur volon­té contre le fonctionnarisme ; sur l’appareil artis­tement édifié des règlements et des statuts toute révolte se brise avant qu’elle puisse ébranler les hautes sphères. 

«C’est seulement par une longue persévérance à toute épreuve qu’une organisation parvient quel­quefois, après des années, à un succès relatif qui ressort généralement à un changement de person­nes. Dans ces dernières années, avant la guerre et après, on en est arrivé ainsi – en Angleterre, en Allemagne, en Amérique – à des révoltes de mili­tants faisant la grève pour leur propre compte, contre la volonté des chefs ou les résolutions de l’association elle-même. Que cela puisse arriver comme quelque chose de naturel, et être envisagé comme tel, manifeste que l’organisation, loin d’être la collectivité des membres, se présente comme un être qui lui est en quelque sorte étran­ger. Les ouvriers ne sont pas souverains dans leur association, mais elle les domine comme une force extérieure contre laquelle ils peuvent se ré­volter, bien que cette force soit cependant sortie d’eux-mêmes. Encore un point de commun avec l’État. Puis, lorsque la révolte s’apaise, l’ancienne direction se réinstalle et sait se maintenir malgré la haine et l’amertume impuissante dans les mas­ses, parce qu’elle s’appuie sur l’indifférence et le manque de clairvoyance, de volonté homogène et persévérante de ces masses et parce qu’elle re­pose sur la nécessité interne du syndicat comme seul moyen pour les ouvriers de trouver, dans l’unification, des forces contre le capital. 

«En luttant contre le capital, contre les ten­dances du capital absolutistes et génératrices de misère, en limitant ces tendances et en rendant de ce fait l’existence possible à la classe ouvrière, le mouvement syndical s’est mis à remplir un rôle dans le capitalisme et il est devenu lui-même de cette manière un membre de la société capita­liste. Mais du moment où la révolution commence, en tant que le prolétariat, de membre de la société capitaliste, se mue en son destructeur, il rencon­tre devant lui le syndicat comme un obstacle. 

«Ce que Marx et Lénine ont fait ressortir à propos de l’État : à savoir que son organisation, malgré ce qu’elle contient de démocratie formel­le, le rend impropre à servir d’instrument pour la révolution prolétarienne, vaut donc aussi pour les organisations syndicales. Leur puissance contre­-révolutionnaire ne peut être ni anéantie ni atté­nuée par un changement de personnes, par le rem­placement des chefs réactionnaires par des hom­mes de gauche ou des révolutionnaires. 

«C’est la forme organisatoire elle-même qui rend les masses à peu près impuissantes et qui les empêche de faire du syndicat l’instrument de leur volonté. La révolution ne peut vaincre qu’en dé­truisant cet organisme, en bouleversant de fond en comble cette forme organisatoire afin qu’il en sorte quelque chose de tout à fait autre.» (1) Ce texte aurait pu être écrit par un communiste contemporain militant dans un syndicat d’affaires ou dans un syndicat soi-disant de combat.

Mais alors, que font les  communistes dans cette galère «syndicaliste réformiste» ?  

Nous communistes venons engranger de l’expérience de lutte par la lutte et à travers les luttes grévistes (syndiquées et non syndiquées). Nous venons clarifier les enjeux et stigmatisé les compromis, identifier les parties et leurs intérêts respectifs et faire comprendre à notre classe que ce jeu des négociations-marchandages de leurs conditions de survie n’aura jamais de cesse et que globalement la partie est au bout du compte perdue d’avance.

Les lois de l’économie capitaliste forceront les patrons à céder de moins en moins de salaires et à réclamer de plus en plus de surtravail non payé. Pire, tous les efforts réclamés à la classe ouvrière pour augmenter la productivité et rétablir la profitabilité de l’entreprise seront vains, car le système économique capitaliste ne peut se perpétuer, sinon, en détruisant d’immenses moyens de production et en éliminant immensément de forces productives (les guerres). Le syndicat d’affaires et le syndicat  soi-disant de combat, pour sa survie en tant qu’organisme parasitaire, ne peut que contribuer à cette rationalisation de l’emploi, du profit, des forces productives et de la productivité.

Nous allons parmi les salariés, syndiqués et non syndiqués, associés ou non en Front commun syndical (cette question n’est pas cruciale, l’unité ouvrière naîtra dans la lutte et par la lutte et non pas des résolutions des assemblées de bureaucrates), expliquer à notre classe qu’il lui faudra un jour se résigner à dépasser les luttes de classe «en soi», pour sauver son pouvoir d’achat et pour survivre, et elle devra entreprendre la lutte de classe «pour soi», pour la conquête du pouvoir d’État, l’expropriation sans compensation des moyens de production, d’échanges et de communication, l’établissement de la dictature du prolétariat via le pouvoir des soviets et pour l’édification du mode de production socialiste en marche vers le communisme. Au moment de l’insurrection, la question de la direction des syndicats d’affaires ou de combat (sic) et de collaboration de classe se réglera d’emblée. Nous communistes sommes la mémoire des luttes et l’état-major au service de notre classe et nous venons soutenir la lutte gréviste de notre classe.

La révolution est la seule voie vers l’émancipation

La sixième leçon, irréfutable, qui découle de l’expérience d’Octobre 1917, est que pour s’émanciper de l’esclavage salarié, le prolétariat international ne possède qu’une seule solution, la révolution. Il n’y a pas de raccourcis possibles pas plus qu’il n’existe de voies alternatives ou de compromis. Toute autre option est une fausse solution. Non seulement une autre méthode tactique finirait par affaiblir la lutte de la classe ouvrière, mais elle dévaloriserait aussi son contenu politique en mettant de l’avant des objectifs qui ne sont pas les siens, soit comme solution à des problèmes secondaires ou pire, comme objectif stratégique final filouté.

L’histoire du mouvement ouvrier nous a démontré trop souvent comment l’abandon de la voie révolutionnaire au profit d’alliances avec des sections de la bourgeoisie nationale réformiste a mené à des défaites sanglantes et tragiques qui ont pesé lourdement sur les tentatives suivantes pour ranimer la lutte de classe.

Le mouvement prolétaire, avec la présence nécessaire d’un parti révolutionnaire, doit avancer de concert vers l’objectif révolutionnaire. Tout autre choix ne sert qu’à préserver l’ordre existant en menant de défaite politico-économique en défaite économico-politique. Cela présuppose que le point de départ est la lutte contre sa propre bourgeoisie nationale, particulièrement si elle a atteint le statut de puissance impérialiste dominatrice. La lutte ouvrière doit s’acharner contre toutes manifestations de l’impérialisme, à l’échelle nationale et internationale. Cela veut aussi dire le rejet de toutes les formes de nationalisme économique et/ou politique, qu’elles soient laïques, religieuses ou intégristes (qui se présentent parfois sous les couleurs d’un pseudo anti-impérialisme invariablement opportuniste et toujours réformiste) et donc de considérer la révolution prolétarienne comme le seul instrument de lutte contre le capitalisme à son stade impérialiste de dégénérescence. La voie pacifique et démocratique vers le socialisme ça n’existe pas et cela n’a jamais existé.

Alors qu’au temps de Lénine, les contradictions du mode de production et d’échanges des marchandises avaient pour la première fois créé les conditions d’une crise internationale sévère qui préfaça la Première Guerre mondiale, le capitalisme à son stade impérialiste avancé s’est développé de telle façon que l’exacerbation de ses contradictions a donné naissance ces dernières années à des sociétés impérialistes véritablement monstrueuses où, malgré une plus grande capacité de production, un régime politique policier d’appauvrissement progressif des travailleurs, d’instabilité et d’insécurité permanente s’est imposé, y compris à des sections de la bourgeoisie nationaliste.

Cependant, le «Front uni antifasciste» est un mythe. En ces heures où le prolétariat est si faible que l’on oublie son existence, la bourgeoisie n’a nullement besoin de faire renaître l’hydre fasciste pour briser les capacités de résistance de la classe ouvrière et pour l’embrigader pour la guerre. Le fascisme classique n’est pas à l’ordre du jour pour les impérialistes. Aujourd’hui, c’est l’État policier qui doit endiguer la classe prolétarienne et l’enrégimenter en faveur de la guerre «patriotique» pour la défense de la patrie menacée. Menacée par l’effondrement du capitalisme ont-ils oubliés de dire aux prolétaires en colère. En lieu et place les capitalistes, et leurs sous-fifres médiatiques, terrorisent les ouvriers et leurs foyers avec les terroristes dont ils sont eux-mêmes les commanditaires. Tandis que la petite bourgeoisie s’agite en périphérie du mouvement ouvrier afin de l’embrigader en faveur de ces objectifs. C’est-à-dire rétablir ses privilèges de fraction de classe reniée. Chimère onirique de cette fraction de classe dépravée.

Confronté à des taux de profits en déclin, le capitalisme international a accru ses attaques contre les salariés et contre la force de travail en général. Il l’a fait et continue à le faire sur tous les fronts, autant contre les salaires que contre les mesures sociales (les programmes sociaux assurant la reproduction de la force de travail). Le résultat en est un pouvoir d’achat diminué pour les ouvriers, des services de santé, d’éducation et de loisir réduits, le prolongement du temps de travail et la réduction des allocations de retraite (jusqu’à leur disparition éventuelle). Les plus âgés travaillent plus longtemps, les immigrants sont surexploités, tandis que les plus jeunes ont de la difficulté à trouver un emploi. Les emplois sont de plus en plus précaires, intermittents et mal payés : six mois de travail, six mois de chômage, avec toutes les conséquences sociales que cela entraîne, alors que la bourgeoisie raconte aux uns et aux autres qu’ils sont eux-mêmes la source de leurs peines, eux qui pourtant ne décident de rien et ne contrôlent rien.

Il n’y a pas qu’au Bangladesh et au Bénin que cela se passe, des cathédrales historiques du capitalisme comme l’Europe, le Canada et les États-Unis d’Amérique sont touchés. Dans les pays de la «périphérie» – mais pas seulement dans ces cas extrêmes – le pillage des ressources naturelles continue et s’intensifie tout comme l’expropriation forcée de millions de paysans pauvres, pour la plupart destinés à une vie misérable et qui luttent pour la simple survie, alors que les «chanceux» qui trouvent un emploi dans les usines des pays «émergents – ces nouvelles puissances impérialistes – que d’aucuns qualifient de «miracles économiques» revivent le drame des conditions de travail précapitalistes que les ouvriers d’Occident ont vécu au dix-neuvième siècle. Cela est aussi la base de la compétition qui fait rage au sein de la force de travail mondial, entraînant des réductions de salaire et pas uniquement pour les moins qualifiés. De plus, la planète entière est menacée par le cauchemar des catastrophes écologiques, un résultat direct du mode de production dont la seule raison d’être est la valorisation de l’argent pour la reproduction élargie du capital via la course à la plus-value et au profit maximal.

Dans le domaine strictement économique, le capital s’engage dans des manœuvres spéculatives de plus en plus risquées et illicites dans sa quête agonisante de surprofits, ce qu’il doit continuellement faire en tentant de survivre à ses propres contradictions insolubles. Et lorsque la bulle spéculative éclate, éliminant des milliards de dollars de capital fictif en quelques heures, il tente d’en faire payer les frais aux petits épargnants, aux salariés (régimes de retraite pillés, salaire en baisse, inflation en hausse) et à certaines sections de la bourgeoisie non monopoliste (ce qui crée des contradictions dans leurs rangs), tel un arnaqueur vendant ses produits financiers pour des investissements sécuritaires à haut rendement, alors qu’il ne s’agit que de la pire des camelotes déficitaires.

La spéculation et le parasitisme sont les caractéristiques de l’impérialisme étouffant et sclérosant. Plus ces contradictions s’exacerbent, plus il devient agressif. Il n’y a pas un seul marché, du commercial au financier, du monétaire au commerce des matières premières, qui ne soit pas troublé par la concurrence monopolistique violente entre grands monopoles multinationaux qui, très souvent, se transforme en actes de guerre et prend la forme du pillage armé. C’est l’unique motif des multiples guerres locales et régionales que l’on cherche à nous présenter comme des guerres tribales, interreligieuses, claniques, alors qu’elles sont fomentées par les alliances impérialistes concurrentes en se servant de la chair à canon des populations du tiers-monde (ce qui inclut la Palestine et Israël).

Le parasitisme économique, la spéculation, les crises économiques et financières, les récessions et les dépressions, plus d’exploitation et moins de sécurité pour ceux qui travaillent et l’anxiété pour ceux qui cherchent du travail, un état de guerre permanent et la création de couches toujours plus importantes de salariés précaires : voilà le présent et l’avenir qu’offre le capitalisme corporatif. Depuis Octobre 1917, les contradictions du capital se sont développées et aujourd’hui ces contradictions se sont énormément amplifiées et sont à maturités. C’est pourquoi l’expérience de la Révolution d’Octobre – malgré sa défaite subséquente – demeure le modèle dont devra s’inspirer la révolution prolétarienne moderne.

  1. http://www.marxists.org/francais/pannekoek/index.htm

 

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MANIFESTE DU PARTI OUVRIER (Robert Bibeau, 2014)  

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

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