Dans le quartier des agités (Jacques Côté)

Quartier des agites
DANIEL DUCHARME    Alire publie de la littérature dite populaire. Parfois méprisés par les autres éditeurs, et souvent boudés par la presse, ses titres n’ont cependant pas besoin des maigres pages littéraires des quotidiens montréalais pour s’imposer d’eux-mêmes auprès des lecteurs de la Francophonie.  Aussi les romans de Jean-Jacques Pelletier ou de Patrick Sénécal, pour ne nommer que ces deux-là, connaissent un véritable rayonnement au-delà des frontières du Québec, ce qui est loin d’être le cas de la plupart des écrivains versant dans la vraie littérature. Certes, Alire n’est pas un éditeur 100% numérique comme Numériklivres ou ÉLP éditeur mais, contrairement à la plupart des maisons québécoises, il fait un effort considérable pour développer la lecture sous cette forme. D’abord, il vend ses ebooks sans DRM, c’est-à-dire sans le verrou d’Adobe qu’imposent certains éditeurs et distributeurs. Ensuite, il vend ses ebooks à un prix raisonnable, près de 40% moins cher que l’édition papier. Malheureusement, malgré la déclaration de principe de son directeur général, les nouveautés sont vendues trop chers… comme c’est le cas d’ailleurs du Quartier des agités qu’on  peut se procurer au coût de 13,99 euros, soit près de 20 dollars canadiens, alors que les autres titres de la collection se vendent entre 7 et 9 euros.

Dans le quartier des agités, premier volet des Cahiers noirs de l’aliéniste, est sans conteste un roman exceptionnel dans le paysage littéraire du Québec. Jacques Côté, son auteur, fait normalement dans le roman policier et, à cet égard, cet ouvrage participe au genre. Mais, avec Dans le quartier des agités, il transcende le genre en ajoutant une dimension historique assez rare en littérature : l’histoire des sciences. En effet, son roman porte sur le séjour que fait le  docteur Georges Villeneuve à Paris en 1889. Stagiaire à l’asile Sainte-Anne, Villeneuve suit l’enseignement en médecine légale du célèbre aliéniste Valentin Magnan, digne successeur de Philippe Pinel (1745-1826) qui, au XVIIIème  siècle, a œuvré pour l’humanisation du traitement réservé aux malades mentaux. Aliéniste, vous l’aurez compris, est un mot qui n’a plus cours aujourd’hui puisqu’il a été remplacé, au début du XXe siècle, par psychiatre. Peu importe, Georges Villeneuve, jeune médecin, à peine débarqué dans la capitale française,  se retrouve au cœur de l’enquête sur le coupeur de nattes qui terrorise la population. À cette occasion, il se lie avec un étrange chanteur d’opéra, adepte de l’absinthe, qui adopte un comportement effrayant. Pour les besoins de l’enquête, le docteur Villeneuve fréquente même un bordel dans lequel il rencontre Viviane, une prostituée dont il tombe amoureux. Bref, l’enquête sera résolue et les amours du docteur Villeneuve connaîtront une fin réaliste… Mais ce qui est passionnant dans ce roman, c’est que Jacques Côté restitue fort bien le cadre étouffant de la société canadienne-française à la fin du XIXe siècle, cadre dans lequel les scientifiques devaient somme toute s’épanouir. Aussi Georges Villeneuve, à son retour au pays, a présidé les destinées de l’Asile Saint-Jean-de-Dieu, aujourd’hui l’Hôpital Louis-Hippolyte Lafontaine, et assumé la responsabilité de la Morgue de Montréal en tant que médecin légiste.

Dans le quartier des agités est un excellent roman. Le deuxième volet des Cahiers noirs de l’aliéniste, Le sang des Prairies, vient d’ailleurs de paraître chez le même éditeur. Il est disponible, en format ePub, à la librairie7SWITCHl.

Jacques Côté. Les Cahiers noirs de l’aliéniste : 1. Dans le quartier des agités. Alire, 2010, format ePub disponible à la librairie 7SWITCH,

avatar

Daniel Ducharme

Né à Montréal, Daniel Ducharme est archiviste, éditeur, écrivain et webmestre du site elpediteur.com

Une pensée sur “Dans le quartier des agités (Jacques Côté)

  • avatar
    11 novembre 2017 à 9 09 15 111511
    Permalink

    Quelle chronique intéressante. Vous donnez le goût de lire ce livre de Jacques Côté que je ne connais pas.
    Alire est un éditeur qui m’a convaincue avec les titres de Jean-Jacques Pelletier que j’ai lus avec le bonheur de l’amateur de romans policiers.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *