De la mythologie sioniste à la tragédie palestinienne (Chérif Abdedaïm)

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ALINE DE DIÉGUEZ    Dante se représentait l’Enfer comme une sorte d’abîme en forme d’entonnoir sans fond que Lucifer aurait creusé lors de sa chute sous la ville de Jérusalem et dans lequel glissaient les damnés avant de déboucher dans les salles de torture éternelle. Aujourd’hui, Lucifer a fait surface et règne en maître en Palestine. Là, il s’active frénétiquement à enfourner le peuple palestinien dans l’entonnoir sans fond du désespoir et de l’annihilation.

C’est l’histoire de cette tragédie que Chérif Abdedaïm décrit avec une précision chirurgicale dans son remarquable ouvrage De la mythologie sioniste à la tragédie palestinienne. Ecrire sur le sort des Palestiniens, qu’ils soient de Cisjordanie, de Gaza et des camps de l’exil, c’est d’abord essayer de maîtriser une colère impuissante et une indignation qui ne peuvent manquer d’envahir toute personne dotée de sens moral et de respect de la dignité humaine. C’est pourquoi il faut admirer le ton retenu de Chérif Abdedaïm lors de sa recension sans concession des étapes du drame palestinien. Car le drame de la Palestine dure depuis si longtemps que le monde a fini par oublier les funestes exploits quotidiens de Lucifer, le démon qui met cyniquement la corde au cou à tout un peuple et cherche à l’étrangler avant de le précipiter dans le néant. Rappelons comment il le terrorise, l’affame, l’assoiffe, le pilonne, l’empêche de se soigner, de se déplacer, martyrise, terrorise, emprisonne et torture même ses enfants et les empêche d’étudier, l’emmure, vole l’argent de ses impôts, le soumet à l’arbitraire de colons féroces et armés et de policiers brutaux et sadiques aux checkpoints où il blesse, humilie et assassine.

Il bombarde centrale électrique et réserves d’eau potable, déracine les merveilleux oliviers centenaires, dresse des murailles au milieu des villages. Animé d’une rage dévastatrice il réduit en réduit en cendres les vergers et les cultures d’un peuple colonisé et emprisonné, vole ses terres, son eau, ses ressources, poursuit sa colonisation, détruit les maisons, empêche les agriculteurs de travailler, défonce les routes, ruine les infrastructures, les récoltes, ravage le port et l’aéroport de Gaza, bombarde sa plage, les bateaux de pêche, pilonne même les hôpitaux, les écoles et les ambulances, laisse le champ libre à ses snipers assassins, empoisonne la population de Cisjordanie à petit feu en se débarrassant de ses déchets toxiques dans les territoires palestiniens au mépris de la protection de l’environnement et des nappes phréatiques, invente chaque jour de nouvelles brimades et de nouvelles humiliations.

N’est-ce pas là une description saisissante de l’enfer sur la terre? Et c’est de ce peuple courageux que la résistance héroïque est qualifiée de « terrorisme» par les bourreaux et les complices occidentaux du Lucifer local ! C’est bien dans le toboggan en forme d’entonnoir que glisse inexorablement le peuple palestinien poussé par le Lucifer sioniste. Jusqu’à quelle profondeur lui faudra-t-il sombrer dans les abysses de l’humiliation et de la souffrance avant que ses pieds se posent sur un sol assez dur pour lui permettre de rebondir et de remonter à la lumière ?  Mais aujourd’hui, Lucifer est toujours dans son dos et il s’active année après année à le précipiter toujours plus profondément dans l’amertume et le désespoir. S’il fallait attribuer le prix Nobel du malheur aux victimes de l’ignominie de leurs Lucifers respectifs, il serait attribué conjointement aux nations indiennes exterminées vicieusement par les troupes sans foi ni loi des colons européens fraîchement établis dans le Nouveau Monde et au peuple palestinien en voie de subir un sort analogue de la part – ô ironie de l’histoire – d’ une armée de colons se prétendant les descendants des plus grands persécutés de la planète – et formant aujourd’hui l’État d’Israël.

Or, les comportements cruels et sadiques de l’Etat sioniste ne sont pas le résultat d’actes isolés et circonstantiels. Ils sont voulus, théorisés et planifiés. C’est ce que démontre avec une rigueur implacable l’ouvrage de Chérif Abdedaïm. Après avoir lu De la mythologie sioniste à la tragédie palestinienne, personne ne pourra prétendre qu’il ne savait pas ce qui était en train de se tramer dans le petit mouchoir de terre sur lequel une poignée d’immigrants issus du monde entier revendique, au nom d’un vieux mythe, la possession du territoire habité depuis la nuit des temps par un autre peuple. Le parallélisme est saisissant entre ceux qui se déclarent fièrement une nation «exceptionnelle et indispensable » et qui ont réussi le prodige d’exterminer par la ruse presque totalement les nations indiennes et ceux qui se proclament un «peuple élu » et dont le rêve est d’éliminer aussi parfaitement la population autochtone du territoire qui est le sien. Pour ce faire, tous les moyens sont bons, sévices, assassinats, déportations. Ah, s’ils pouvaient expédier tous ces «arabes» sur la lune !

La politique actuellement menée en Palestine et que décrit si justement M. Abdedaïm démontre que les principes d’humanité et d’éthique ne sont pas universels et que seuls les moyens de communication modernes empêchent aujourd’hui les massacres à moyenne et grande échelle tels qu’ils furent accomplis dans les années cinquante à Deir Yassine, Haïfa, Jaffa, Acre, Oum Al Fahem et AL-Ramla, Al-Daouayma, Abou Shousha, Qazaza, Jaffa à plusieurs reprises, Tannoura, Tireh, Kfar Husseinia, Haïfa encore et encore, Sarafand, Kolonia, Saris, Biddu, Lod, Bayt Surik, Sasa, Balad al-Cheikh, hier Jenine , Gaza tant de fois.

C’est pourquoi Lucifer recourt dorénavant à un artisanat du crime et de la terreur plus cachés et donc plus pervers. Ne pas oublier ces martyrs est notre devoir et l’immense mérite de Chérif Abdedaïm est de démontrer que ces crimes prennent place dans la stricte logique du sinistre projet politique sioniste. Car l’Etat hébreu, conduit par les machinistes du sionisme poursuit inlassablement un seul et unique but: conquérir mètre carré par mètre carré, et par tous les moyens, la totalité de la terre de sa géographie mythique. L’actuelle guerre de Syrie à laquelle Israël participe activement en sous-main fait partie des plans de conquête sioniste.

L’ouvrage de Chérif Abdedaïm est capital en ce qu’il démontre pas à pas et preuves à l’appui, que le projet d’extermination lente et sournoise du peuple palestinien a été poursuivi avec une farouche détermination par tous les gouvernements sionistes qui se sont succédé depuis que l’existence d’Israël a été acceptée par l’ONU, et même avant cette reconnaissance de fait, lorsque les groupes terroristes sionistes – Irgoun, Lehi, Ha Sommer, Haganah – se sont heurtés au mandat anglais et ont massacré à la fois des Anglais et des Palestiniens. Dans la longue et très importante citation d’une déclaration de l’un des principaux théoriciens du sionisme, Vladimir Jabotinski, une phrase résume parfaitement ce projet : «Toute colonisation, même la plus réduite, doit se poursuivre au mépris de la volonté de la population indigène. Et donc, elle ne peut se poursuivre et se développer qu’à l’abri du bouclier de la force, ce qui veut dire un Mur d’acier que la population locale ne pourra jamais briser. Telle est notre politique arabe. (…). La force doit jouer son rôle – brutalement et sans indulgence (…) et cela jusqu’à ce qu’il ne reste aucun espoir, jusqu’à ce que nous ayons supprimé toute ouverture visible dans le Mur d’acier.»

Tous les gouvernements sionistes ont collé à la lettre à ce plan. Les interminables négociations et autres accords, de camp David, d’Oslo et d’ailleurs, n’étaient que poudre aux yeux et n’étaient nullement destinés à être mis en œuvre honnêtement. Mais on ne peut cacher que ce plan n’a pu se concrétiser que grâce à la complicité et à la collaboration tantôt tacite, tantôt officielle des dirigeants des ghettos palestiniens eux-mêmes, ces « Présidents» trop heureux de bénéficier pour eux-mêmes et pour leurs proches des miettes de pouvoir et de richesses que l’occupant dédaigneux leur concède de temps en temps, en échange de leur soumission et de la création d’une milice chargée d’espionner, de réprimer et d’arrêter les résistants. Lucifer en rit encore.

Grâce à l’ouvrage de Chérif Abdedaïm nous pouvons suivre pas à pas la progression de la mise en œuvre du sinistre plan d’élimination du peuple palestinien. La lucidité et la rigueur de son auteur auront rendu un immense service à la cause de la Palestine et à la cause de la vérité. Malgré le Mur d’acier, malgré les trahisons viendra un jour où Lucifer rendra les armes. Aline de Diéguez, historienne.

Chérif Abdedaïm, De la mythologie sioniste à la tragédie palestinienne. Editions ANEP, 2e Semestre 2016 (405 pages)

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