Entretien avec Paul Laurendeau (par Daniel Ducharme)

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Ducharme: Vous avez été professeur de linguistique au département d’Études françaises de l’Université York à Toronto, ce qui vous a amené à publier une cinquantaine d’articles en linguistique et en philosophie du langage. Outre vos activités professionnelles, vous avez été un collaborateur régulier de Dialogus, projet initié par Sinclair Dumontais en 1998, et écouter lire penser, un site d’expression littéraire. Comme si ce n’était pas suffisant, vous avez aussi été un collaborateur régulier de la revue Virages dans laquelle vous avez publié plusieurs nouvelles. Et pour couronner le tout, voilà qu’en 2007 vous publiez coup sur coup, aux éditions Jets d’encre, un roman et un recueil de nouvelles. Et je ne parle pas de vos autres romans et recueils de poésie. Dites-moi, monsieur Laurendeau, prenez-vous des stéroïdes anabolisants quelconques pour stimuler votre activité créatrice?

Laurendeau (Ysengrimus): Non, non aucunement, cher ami, ce serais bête. Je travaille plutôt à rebours de cette logique chimique et tyrannique. Plutôt que de pousser l’écriture avec une substance quelconque, je laisse plutôt l’écriture me tirer vers ce qu’elle exige. Le vieux système de la traction avant, en quelque sorte. Le coursier tire au lieu de pousser. Si cela se met à pousser poussivement, je préfère arrêter et laisser le tout souffler. C’est dire que je m’efforce de ménager au maximum la spontanéité du mouvement. J’écris ce qui me tente, et vois venir après. Je ne formule pas les choses en termes de productivité mais en termes de plaisir. Il ne me faut pas une drogue pour produire l’écriture. C’est plutôt l’écriture qui me sert de drogue. Écrire ce qui nous passionne, laisser dormir le reste jusqu’à ce qu’il revienne en veille. C’est une fichue de force motrice, la passion…

Ducharme: Mais est-ce que cette passion se passe de discipline? Autrement dit, entre les écrivains inspirés, disons, qui écrivent lorsqu’ils sentent monter en eux la sève créatrice, et les écrivains besogneux, oserais-je dire, qui s’installent à heure fixe pour se pencher sur leur texte, où vous situez-vous?

Laurendeau: La notion de dilettante que vous développez avec votre expérience du site écouter lire penser capture assez bien la dynamique qui m’active. Quand la pulsion n’y est pas, je laisse reposer. Des mois si nécessaire. Mais quand elle y est, je l’organise dans une discipline méthodique pour que les choses se tiennent. Le violon d’Ingres doit quand même jouer juste! Les deux types d’écrivains que vous introduisez font méditer. Quand je pense à l’écrivain à sève créatrice, je vois Wittgenstein tartinant ses aphorismes numérotés dans ses carnets sous son arbre (et pourtant, il y a aussi du petit besogneux chez Wittgenstein). Quand je pense à l’écrivain besogneux, je vois Flaubert empilant ses palimpsestes de ratures à heures fixes (et pourtant, oh là, là, il y a aussi de l’écrivain inspiré chez Flaubert!). Les deux sont complémentaires et se compénètrent.

Ducharme: Je suis tout à fait d’accord avec vous. Là comme ailleurs, nous devons nous méfier des modèles réducteurs. Et peut-être est-ce encore plus vrai aujourd’hui que du temps de Flaubert… car on imagine mal les grands écrivains du 19ème siècle faire des pieds et des mains pour concilier travail, famille et écriture. Au Québec, les écrivains qui vivent de leur plume se comptent sur les doigts d’une… ou –soyons optimistes– des deux mains, de sorte que la très grande majorité des auteurs doivent s’aménager du temps pour écrire. Selon vous, qu’est-ce qui peut bien motiver un homme ou une femme, qui a sa journée de travail dans le corps, qui s’est occupé de nourrir ses enfants, qui a vu à l’entretien de la maison, à se lever avant tout le monde ou, à l’inverse, à se coucher après tout le monde, pour consacrer du temps, au détriment de son sommeil, à écrire des histoires?

Laurendeau: Le grand compositeur de Jazz Duke Ellington rapporte dans sa belle autobiographie Music is my Mistress que, dans la première décennie du siècle dernier, à Washington, il se couchait enfant dans sa chambre et entendait par la fenêtre Le Chanteur Noir (The Negro Singer). Cette voix le tourneboulait, l’obsédait, le traversait de part en part. Il n’a jamais trop su qui était ce (ou ces) mystérieux artiste(s) vernaculaire(s) et anonyme(s), mais il a toujours recherché cette voix, cette pulsion, cette expression, dans toute sa musique. C’est ce qui nous arrive. On est pris par une émotion indicible encapsulée dans la configuration profonde de l’art (d’un art, même d’un tout petit art, d’un artisanat) et cela nous suit, et cela nous manque, et cela nous appelle. Il faut taper du pied, il faut se trémousser, il faut barbouiller des formes et des surfaces sur de la toile, il faut babiller. C’est qu’il faut retrouver Le Chanteur Noir qui n’est plus tout à fait de ce monde mais vibre encore cruellement en nous. C’est une pulsion qui ne cessera qu’avec la mort. Ces histoires sont coincées dans notre gorge. Elles doivent sortir. Il faut les vomir. L’époque, le monde sociohistorique du Chanteur Noir nous submerge, passe à travers nous et se manifeste. Il faut avoir la modestie du rôle que nous impose Le Chanteur Noir, notre temps, notre crise en fait… Il faut, et on le fait parce qu’il le faut…

Ducharme: Passion, donc, et pulsion… Parlons maintenant de la création, ou plutôt de votre création. Dans Femmes Fantastiques, un recueil de nouvelles publié chez Jets d’encre en 2007, vous inventez un monde imaginaire, des pays comme la République Domaniale, la Nouvelle-Navarre et d’autres dans lesquels les femmes occupent une place prépondérante, ne laissant aux hommes qu’un rôle fort secondaire. Après la lecture de vos nouvelles, deux questions ont surgi en moi, deux questions de nature différente. La première, d’ordre sociopolitique, concerne le rôle que vous réservez aux femmes dans votre imaginaire. Ce rôle est ambigu, si j’ose dire. Il semble relever d’une position éminemment politique qui souhaite que les femmes assument un pouvoir accru dans la société et, partant, dans l’univers politique… tout en en dissimulant un fantasme –sexuel?– partagé par plusieurs hommes aujourd’hui. Que pouvez-vous nous dire là-dessus, monsieur Laurendeau? Et dans un autre ordre d’idée –et c’est ma deuxième question–, comment situez-vous ces nouvelles sur le plan strictement littéraire? Est-ce de la science-fiction? Du polar postmoderne? Bref, comment vous définissez-vous par rapport à ce genre littéraire?

Laurendeau: Ah la bonne vieille ritournelle du fantasme sexuel, fantasme de soumission à la femme, ou pire, fantasme des lesbiennes en spectacle pour hommes. Les hommes (pas les femmes…) qui ont lu Femmes Fantastiques me la servent régulièrement. Question légitime à laquelle je réponds désormais par une autre question, tout aussi légitime: formuleriez-vous cette opinion dans ces termes si exactement les mêmes textes étaient signés du nom d’une femme? Autrement dit, trouvez-vous, dans mes textes et dans le fonctionnement même de mes récits (pas dans ma signature, indice fatal et trivialement ad hominem de ma génitalité biologique) la manifestation de biais masculins? Ou encore: qui vous prouve que ces textes ne sont pas, en fait, écrits par une femme dont je ne serais que le modeste prête-nom? J’affirme que Femmes Fantastiques est écrit comme une femme l’aurait écrit. Qu’on me contredise avec la loupe sur le texte, pas sur la signature… Et, pour développer sur la facette sociopolitique de votre question maintenant, je crois ne refléter dans mon imaginaire rien d’autre que le rôle social des femmes qui prend déjà effectivement corps dans le monde qui nous entoure. Mes Femmes Fantastiques ne font finalement rien de bien extraordinaire par rapport aux femmes fantastiques de la vie réelle… Simplement, je les admire, les aime et les valorise et cela, ô surprise, ô amertume, dérange encore passablement. Sur le genre littéraire, maintenant. Vous avez été témoin des problèmes et arguties rencontrées par une de mes femmes fantastiques, la bien nommée Églantine LeMarbre, sur la question. Sa contrariété nous éclaire. Science-fiction? Non. Il manque nettement la technologie, le futurisme fluo et une minimale perspective galactique. Polar (postmoderne ou autre)? Non. Le mystère y est parfois mais il est alors exempt de crime. Deux de ces dix nouvelles font référence à un crime, mais alors elles sont exemptes du moindre mystère. Alors, non. Si on me demandait de décrire ce que je fais avec l’univers domanial en l’encapsulant dans le libellé d’un genre, je parlerais de réalisme insolite.

Ducharme: Je n’ai pas l’intention de mettre qui que ce soit au défi quant à savoir si une femme aurait pu écrire Femmes Fantastiques. Pour ma part, je le crois sans problème. Là-dessus, je viens de terminer la lecture de Sourires de loup (White Teeth) de Zadie Smith, un roman quasi épique qui aurait pu tout aussi bien être écrit par un homme tellement je me suis senti proche de l’auteure quand elle décrit le comportement sexuel de ses personnages masculins. Non, l’identifié sexuelle –et non l’orientation sexuelle qui s’avère tout autre chose– n’est pas aussi évidente qu’on pourrait le supposer. Certaines femmes sont plus femmes que d’autres, et vice versa. Passons… J’aime bien l’appellation de réalisme insolite pour décrire votre œuvre. Diriez-vous la même chose de L’Assimilande, votre premier roman, que d’aucuns ont qualifié de «linguistique fiction»?

Laurendeau: Il y a une tonalité différente dans L’Assimilande. J’y agis un peu comme dans le très beau film de George Seaton, Miracle on the 34th Street (la version originale de 1947 avec Maureen O’Hara et Nathalie Wood, pas l’affreux remake de 1994). Dans le New York d’après-guerre, tout est exactement en place pour ce qui en est du réalisme historique sauf une toute petite chose: dans ce vaste tableau trépidant et moderne, le Père Noël existe. C’est un vieux monsieur très doux, assez effacé, au miracle modeste, qui se fait embaucher dans un grand magasin de la trente-quatrième rue, comme Père Noël justement. L’exercice devient alors: qu’adviendrait-il de notre rationalité ordinaire si elle devait compter au nombre de ses axiomes l’existence tout aussi ordinaire du Père Noël? Le résultat de ce cheminement est parfaitement savoureux. Dans L’Assimilande, j’applique la même procédure. Notre monde ordinaire des années 2000 est intact (nous sommes ici, aujourd’hui, pas dans le pays imaginaire des Femmes Fantastiques) à une seule différence près: on vient d’y inventer le glottophore, petit appareil auditif qui permet d’assimiler très rapidement une langue seconde. L’activité des protagonistes tourne ensuite autour des conséquences émotionnelles et sociales de l’existence de ce petit objet axiomatique et fictif dans notre vie effective. Le bourdonnement technologique dudit petit objet nous place alors indubitablement plus près de la science-fiction que de quoi que ce soit d’autre. Mais alors, une science-humaine-fiction, une linguistique-fiction, une sociologie-fiction, une ethnologie-fiction…

Ducharme: Parlons encore littérature, si vous le voulez bien. Sur écouter lire penser, vous avez publié plusieurs poèmes que vous avez traduit de l’anglais, le plus célèbre étant Le Corbeau d’Edgar Allan Poe. D’aucuns décrient la traduction, la considérant comme un art mineur. D’où vous vient cet intérêt pour la traduction?

Laurendeau: C’est peut-être un art mineur, mais c’est un acte de communication majeur! On a beaucoup dit que traduire c’est trahir. Moi je dis que traduire, c’est aimer. C’est pour cela que je ne ferai plus de traduction technique ou bureaucratique. Il est vraiment difficile d’aimer intimement une note de service ou un mode d’emploi de logiciel. Cela vous heurte quelque part, vous laisse un vide émotionnel, un manque du cœur. Je me concentre maintenant sur la traduction littéraire, surtout poétique en fait. Bien sûr, je trahis. Pour des raisons de rythme et d’euphonie, je change la couleur des coussins du fauteuil de l’hôte du Corbeau que vous mentionniez, je modifie le résultat de la partie de baseball des Neufs Hommes de Mudville (dans Casey au bâton) et je renonce à dénommer leur équipe au nom intraduisible. Et quand George Harrison dit: Something in the way she woos me, c’est la totalité d’une transposition ethnoculturelle (pas strictement linguistique) qui me pousse irrésistiblement à opter pour le tout sobre Quelque chose, quand elle chuchote… faisant ensuite chuchoter des choses très douces à la dame en question (dans Quelque chose en elle) et ce, attendu que la beauté intime d’une femme ne se vit pas du tout de la même façon dans nos deux cultures. Quand j’aime un texte en anglais, sa traduction se met à pétarader dans ma tête, parfois même durant mon sommeil. Je veux le donner à mes pairs linguistiques, comme un beau cadeau. Je veux l’embrasser en francophonie, comme une brassée de fleurs exotiques. Je le travaille longtemps, des années parfois. C’est qu’il faut traduire juste (peut-être pas vrai, mais juste) quand ce que l’on traduit est une émotion fondamentale. Pour bien traduire la poésie, c’est tout simple. Soyez (vraiment) bilingue, biculturel et aimez le rythme. Ces textes sont toujours courts, mais il faut les polir. La seule consigne que je retiendrais des traducteurs professionnels est la suivante, cardinale: traduisez toujours en direction de votre langue première. Et qui se soucie que ce soit un art mineur, si c’est jouissif?

Ducharme: Après la publication de Femmes Fantastiques et de L’Assimilande aux éditions Jets d’encre, une maison française que d’aucuns associent à de l’auto-édition, voilà qu’un autres de vos roman – Le thaumaturge et le comédien – a été accepté par les éditions Les Écrits francs, une petite maison de Montréal qui n’a que quelques titres à son catalogue. La question que je m’apprête à vous poser est certes délicate, mais d’un grand intérêt pour les lecteurs d’écouter lire penser dont plusieurs s’essaient à la création. Voilà… Qu’en est-il des difficultés d’écrire au Québec et, surtout, de se faire publier? Que pouvez-nous dire à ce sujet ?

Laurendeau: Une chose simple… S’il faut transiger avec quelque chose, c’est avec la dégaine de votre maison, pas avec la dégaine de votre narration. Commencez par écrire votre histoire sans vous soucier de sa publication. Courrez votre marathon sans penser à la médaille. Une fois qu’elle est écrite comme vous la voulez, elle ne peut plus se désécrire. Vous n’écrivez pas parce que vous êtes publié. Vous êtes publié parce que vous écrivez. Envoyez votre texte et essuyez les refus sereinement. Vous rencontrerez trois types de refus: celui de l’éditeur qui ne répond même pas, celui de l’éditeur qui ne lit pas et celui de l’éditeur qui lit. Le refus implicite de l’éditeur qui ne répond pas est celui de quelqu’un qui mérite de savoir que le mépris est mutuel. Ne le relancez pas, votre temps est plus précieux que le sien. Le refus de l’éditeur qui ne lit pas vous a été envoyé simplement au nom, c’est-à-dire simplement parce que vous n’êtes pas Henri Troyat. Très bien, compris… mais qui veut ressembler à Henri Troyat de toute façon? Le refus de l’éditeur qui lit est naturellement le plus utile. L’éditeur qui lit est soucieux de vous montrer qu’on a lu votre texte. Il vous fait donc parvenir une copie bien anonymisée du rapport du gogo de sa section littéraire qui coule votre ouvrage. Lisez cela d’un œil serein et, surtout, sans insécuriser. Ne touchez surtout pas à votre texte sur la base des commentaires d’un éditeur qui refuse (il faut changer son texte uniquement sur la base des commentaires de l’éditeur qui accepte!). Modifier un texte refusé l’édulcore, le lobotomise et ne le rendra même pas acceptable à l’éditeur-refuseur. Ne perdez pas votre temps en vénalités de ce genre et tirez la seule conclusion requise face à un refus explicité: cet éditeur ne vous comprend pas et, par conséquent, ne vous mérite pas. Fin du drame. Quand un éditeur vous accepte, ce n’est pas fini. Il vous suggèrera des modifications dont certaines sont justifiées, d’autres non. Jugez chacun de ces changements et voyez s’ils compromettent votre intégrité. Si l’intégrité de votre histoire est compromise, ne pliez pas pour être publié. Reprenez vos billes et, une fois de plus, tentez votre chance ailleurs. Les bons changements qu’il vous propose, prenez-les, naturellement. Mes éditeurs sont de petits éditeurs, mais ce sont aussi des êtres humains, différents, sensibles, qui lisent et qui ont participé constructivement à la démarche artistique. Je leur dois un meilleur livre. Regardons le tout de la chose avec la candeur requise. Si mon livre est voué à n’être lu que par cent personnes, pourquoi le publier tapageusement chez un éléphant blanc? Et si cent mille personnes en veulent, je suis certain que mes petits éditeurs sauront négocier le tournant. Regardez bien la trajectoire de madame Rowling, l’auteure des Harry Potter. Elle n’a pas fait autrement. Refusée par un bon nombre de gros, elle a misé sur un petit et il est monté avec elle. C’est sur votre éditeur qu’il faut gager. C’est sur votre histoire qu’il ne faut pas transiger. Le meilleur éditeur, c’est celui qui comprend votre démarche d’écriture. Soyez patients.

Ducharme: En terminant, monsieur Laurendeau, souhaitez-vous ajouter quelque chose pour le bénéfice des lecteurs d’écouter lire penser?

Laurendeau: La devise de François Rabelais: Fais ce que voudras. On fixe trop sur ce que l’on doit faire pour que «ça vende». Nous ne sommes pas ici pour vendre, nous sommes ici pour être. Puis le beau mot de Gilles Vigneault: On fabrique des chaises, on ne sait pas qui va s’asseoir dedans. Laissons les objets que nous avons fabriqués, les tableaux que nous avons peints, les rimes que nous avons ciselées, les petits airs que nous avons sifflotés en dépôt dans le grand salon des choses. Nos enfants et nos petits enfants les trouveront et feront avec ce qu’il aurait fallu faire si leur temps avait été le nôtre.

Ducharme: Je vous remercie d’avoir bien voulu accorder cet entretien à écouter lire penser.

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Daniel Ducharme

Né à Montréal, Daniel Ducharme est archiviste, éditeur, écrivain et webmestre du site elpediteur.com

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