Follett: Les piliers de la terre

les_piliers_de_la_terre1

DANIEL DUCHARME   À l’exception du roman policier pour lequel j’ai une prédilection particulière, je ne prise guère les auteurs de best-sellers. Certes, je conviens volontiers que ces derniers maîtrisent les techniques du récit à la perfection mais, une fois la lecture de leurs romans achevée, trop souvent il ne reste qu’une vague impression de ce qu’on a lu, impression qui s’estompe d’ailleurs rapidement avec le temps et qui, finalement, n’apporte rien de plus qu’un bon divertissement. J’ai toujours – peut-être à tort – rangé Ken Follet dans cette catégorie et, pour cette raison, j’étais assez peu enclin à avaler les 1050 pages des Piliers de la terre, un livre qui s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires et que mon fils vient de se procurer. Mais voilà qu’une amie m’écrit: «Les Piliers de la terre est un livre qui m’a profondément marquée, un livre que je lirai certainement tous les dix ans dans les années à venir. J’ai ressenti un deuil terrible après l’avoir terminé; aucun livre ne m’a intéressée pendant près de deux mois… Il a constitué un beau compagnon de vie. » Alors, j’ai décidé de tenter l’aventure…

Comment procède-t-on pour écrire un roman qui se vendra à quatre-vingt-dix millions d’exemplaires? D’emblée j’avancerais qu’il faut satisfaire les quatre exigences suivantes: un décor singulier, un thème original, des personnages typés auxquels le lecteur puisse s’identifier et enfin, une histoire bien ficelée entremêlée de plusieurs intrigues secondaires  qui, bien entendu, doit connaître une fin heureuse. Voyons si Les piliers de la terre réunit les conditions d’émergence d’un best-seller

Premier critère: le décor. Oui, le décor spatiotemporel des Piliers de la terre sort de l’ordinaire. À cet effet, Follet choisit l’Angleterre du XIIe siècle, un royaume sans héritier qui bascule dans la guerre civile. On ne pouvait rêver mieux pour stimuler l’imagination du lecteur.

Deuxième critère: le thème. Oui, encore… car Follet frappe un grand coup dans l’imaginaire du lecteur contemporain en faisant tourner l’action du roman autour de la construction d’une cathédrale. Imaginez, pour nous qui perdons patience quand un fichier numérique met plus de dix secondes à se télécharger, qu’il fallait au moins vingt années pour bâtir une église… et, parfois, beaucoup plus encore!

Troisième critère: les personnages. Toujours oui… Pour qu’un roman se vende aussi bien, il faut aussi des personnages aux traits typés et, si possible, aux destins singuliers. Des personnages qui puissent être répartis en deux camps distinctifs: le camp des bons et celui des méchants. Dans Les piliers de la terre, il y a, du côté des bons, Philip, le prieuré du monastère de Kingsbridge, Tom le bâtisseur, sa femme Hellen, son fils Jack, et Aliena, la fille du comte déchu de Shiring qui finira par épouser Jack. Du côté des méchants, il y a Waleran Bigod, évêque de Kingsbridge et, surtout, William Hamleigh, le fils de ceux qui ont usurpé le comté de Shiring. Ce qui s’avère bien pensé, chez Follet, dans la répartition des personnages, c’est qu’elle s’éloigne de la vision manichéenne du roman populaire, notamment parce ce qu’elle n’est pas opérée de manière à faire correspondre les bons avec un groupe social particulier. Par exemple, dans le clergé, il y a des bons et des méchants, même chose dans la noblesse, et également de même chez les paysans. Cela dit, les méchants sont vraiment très méchants, voire trop méchants. C’est le cas de William Hamleigh, le fils du comte de Shiring, que je ne pouvais voir apparaître dans un chapitre sans qu’un malaise ne s’installe en profondeur dans mon esprit, impression que j’ai trouvé fort désagréable, surtout dans les scènes où il se livre au viol et au pillage.

Enfin, quatrième critère: l’histoire. Oui, tout à fait, car Ken Follett offre à ses lecteurs une intrigue principale entremêlée de plusieurs intrigues secondaires suffisamment complexes… mais pas trop, non plus, pour ne pas en perdre le fil. Et les Piliers de la terre connaît une fin heureuse: les méchants sont pendus ou expient leurs fautes et les bons sont récompensés pour leur courage et leur persévérance. En l’occurrence, la construction de la fameuse cathédrale de Kingsbridge est enfin terminée…

Vous pouvez donc y aller les yeux fermés: vous ne vous n’ennuierez pas en lisant ce roman que, contrairement à mes habitudes, je ne vous résume pas. Pour le synopsis du roman, je vous renvoie plutôt à l’article de Wikipédia qui est fort bien rédigé:  http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Piliers_de_la_terre.

Ken Follett est né quelque part au Royaume-Uni en 1949. En publiant son premier roman à succès (L’Arme à l’oeil, 1980), il est rapidement devenu le plus jeune écrivain millionnaire au monde. Si vous avez apprécié la lecture des Piliers de la terre, vous  poursuivrez le plaisir en vous procurant la suite, Un monde sans fin, publiée chez Robert Laffont en 2008. Pour ma part, permettez-moi de m’arrêter ici….

Ken Follett, Les piliers de la terre (The Pillars of the Earth) / traduit de l’anglais par Jean Rosenthal. Paris, Stock, 1990 (Le Livre de poche).

avatar

Daniel Ducharme

Né à Montréal, Daniel Ducharme est archiviste, éditeur, écrivain et webmestre du site elpediteur.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *