La Horde du contrevent (Alain Damasio)

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ALLAN ERWAN BERGER Ce texte a d’abord été imprimé et publié aux éditions La Volte en 2004. Il a remporté le Grand Prix de l’imaginaire en 2006. Ses immenses qualités littéraires, et la puissance poétique qu’il dégage font de cet ouvrage un classique. C’est à dire qu’il crée un monde, et qu’on y revient. Je pense que dans deux ans je relirai La Horde sans ennui aucun.

Alain Damasio écrit la progression d’un groupe d’humains dont la mission est de remonter le flux d’un vent éternel, pour en découvrir la source. Toute une civilisation a le regard tendu vers ce grand mystère : d’où vient ce souffle ? Car le vent de ce monde, sous ses innombrables formes et déclinaisons, modèle et la faune, et la flore, et d’autres domaines encore du Vivant, et jusqu’aux mots. Tout lui est soumis, tout en est submergé, tout en est envahi, tout est obligé de s’incliner. Sauf la Horde, qui se courbe et s’accroupit, avance en crabe et même rampe, mais ne s’incline pas.

D’où vient que ce texte signale un magistère ? C’est que son sujet, ce vent impérial, produit tout le reste : la volonté de contrer, les techniques du contre, les mots du contre, les légendes, les faits, les suppositions, les buts intermédiaires, les pensées, les calculs, les combats, les peurs, les rages, les signes, les trappes, l’obstination absolue du chef de horde qui, même à la fin, refuse la sentence et passe outre, et contre encore là où toutes les espérances se sont volatilisées. Tout ceci, tiré du vent même, donne au roman ses os, sa chair et sa croûte. Damasio y produit des mots rugueux, rustiques, racleurs, nus, d’une brutalité inconnue avant Céline, d’une fécondité effroyable : pas un chapitre qui ne vous jette au visage de quoi vous couper le souffle, pas un paragraphe qui ne soit tendu à rompre, vibrant, chantant ! Insupportable aux esprits secs. Dense. Tellement dense.

Ah mille millions de mille milliards de grenades, ce roman est un rouleau compresseur qui donne, aux écrivains qui le lisent, une pêche rare. Nous voici secoués d’un foutu besoin pressant de créer nous aussi des mondes entiers, féroces et sublimes, bruts, carrés. Grâce à la force qui en gicle, on se jetttera du haut des falaises dans les grands vides des histoires à faire naître. Nous claquerons nos vies intensément. Damasio ouvre ici la porte aux vieux Titans. Lisez un chapitre, deux chapitres, trois ; sentez-vous cette odeur de forge ?

Quant aux lecteurs, il paraît qu’ils sont très partagés, ces bons-là. Mais, mes amies-amis, c’est que vous n’êtes pas ici en train de déguster de la médaille d’or, bien consensuelle, qui suivrait au plus près le canon qu’on lui demande de suivre. Ce récit est un crachat venimeux lancé à la tête de tous les empailleurs de la littérature : il est caractériel, poussé aux limites de ses possibilités et de son style, têtu, et il mâchouille des choses qui d’ordinaire décapitent. Et ouvragé avec ça. Poétique tout le temps. Alors il n’est pas étonnant qu’il déplaise. Mais aux gens à qui il plaira, il offrira un trésor dont ils ne cesseront plus jamais de se repaître, et qui les formera. Elles sont rares, les œuvres d’art qui font cet effet-là. Alors précipitez-vous, bande de mourgs, et misez… ha, tout de même, pas loin de neuf euros. Bon, c’est toujours moins qu’une pizza. Et n’allez pas le voler, tas de rats humides ! Un auteur comme Damasio, ça se respecte ! Gloire à Damasio pour sa Horde de cinglés tous poètes, et gloire à la Volte pour ne pas pourrir ses productions avec du DRM.


Illustration de couverture:
Stéphanie Aparicio et Betty B.

Avant de mettre les pieds dans cette histoire, lisez donc ce qui se dit par-ci, par-là:

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ISBN : 9782917157046 — 8.99€ — octobre 2012 — encodé par Emmanuel Gob

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Allan Erwan Berger

Le grand point est d'avoir l'oeil sur tout.

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