Thierry Crouzet: L’édition interdite

DANIEL DUCHARME   Cet ouvrage aborde la question des conséquences politiques du passage au numérique dans l’édition. Il ne constitue pas nécessairement une sortie en règle contre l’édition « traditionnelle », même s’il en est beaucoup question dans cet essai. Dans L’édition interdite, Thierry Crouzet adopte une approche originale pour traiter essentiellement de l’usage social de la lecture, plus précisément de la lecture numérique. Originale parce que, tout en exposant ses arguments, Crouzet fait appel à quatre stimulateurs qui les commentent, allant parfois jusqu’à contredire l’auteur lui-même. Cette démarche, qu’on pourrait qualifier de dialectique, s’avère très efficace dans le développement des idées de Thierry Crouzet qui, en l’adoptant, démontre une grande honnêteté intellectuelle.

Thierry Crouzet se définit comme un « connecteur », un terme qui représente grosso modo la version culturelle de l’anarchiste, tendance Chomsky, à l’heure numérique. Pour lui, l’individu contemporain est aux prises avec deux morales : la morale transcendante, imposée par les structures de domination (comme l’État, par exemple), et la morale émergente, celle que se forgent les individus au quotidien. L’éditeur, on l’aura compris, est associé à une structure de domination. Ce n’est pas lui qui détermine la valeur d’un texte, mais l’usage social qu’on en fait.

Crouzet établit une nette différence entre publier et éditer. Il est bien de publier, voire de s’auto-publier (comme sur les blogues, par exemple), mais il vaut encore mieux se faire éditer, car l’édition résulte d’un travail collectif de relecture et de révision. À cet égard, Thierry Crouzet décrit avec beaucoup de justesse et, surtout, beaucoup d’honnêteté, le désarroi de l’auteur qui se voit refuser son manuscrit par des éditeurs conformistes (la majorité d’entre eux, en fait) alors que, comme tout le monde, il constate qu’on publie n’importe quoi… En tant qu’auteur et éditeur, je ne peux que partager son point de vue et, par le fait même, vous encourager à lire cet essai fort stimulant.

  • Thierry Crouzet. L’édition interdite. Numériklivres, 2011. Disponible sur toutes les plateformes et, sans DRM, à la librairie Immatériel.
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Daniel Ducharme

Né à Montréal, Daniel Ducharme est archiviste, éditeur, écrivain et webmestre du site
elpediteur.com

4 pensées sur “Thierry Crouzet: L’édition interdite

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    13 juillet 2014 à 1 01 49 07497
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    Vous y croyez vous, monsieur Ducharme, à cette distinction entre « publier » et « éditer »?

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    13 juillet 2014 à 5 05 45 07457
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    Publier, éditer, distinguo byzantin de nostalgique des vieux pouvoirs papiers.. En dernière instances, ce sont les lecteurs qui vous publient ou vous éditent.

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    13 juillet 2014 à 11 11 08 07087
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    Oui, j’y crois somme toute, mais, dans l’univers numérique, la différence est mince. L’édition est un travail collaboratif. Chez ÉLP éditeur, nous éditons : nous révisons les manuscrits, nous accompagnons l’auteur jusqu’au résultat final. Un service d’auto-publication n’accomplit pas se travail: on a un texte, on le corrige et on le publie. Je sais, la différence est mince, mais la différence réside dans le collaboratif, le collectif. Je suis un grand fan des « indés », c’est-à-dire des auteurs autopubliés qui utilisent la plateforme d’Amazon pour diffuser leurs oeuvres. Donc, ne voyez aucun mépris dans la distinction que je fait entre édition et publication.

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    14 juillet 2014 à 20 08 24 07247
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    @Daniel Ducharme

    L’aspect du travail collaboratif me plaît bien. Merci d’avoir soulevé cette différence entre la publication et l’édition.

    Carolle Anne Dessureault

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