01 Les deux volets de la sécurité

La société doit d’abord être gouvernée et administrée, sans quoi elle ne peut constituer un tout cohérent. Quand cela est fait et que son identité est acquise, son besoin prioritaire, pour continuer d’être comme société, est d’être protégée. Une société a deux besoins de sécurité à satisfaire, auxquels elle  ne peut pas répondre de la même manière. Elle a besoin d’une force qui la protège contre ses ennemis de l’extérieur, mais aussi d’assurer, sur son propre territoire, la protection des sociétaires, de leurs droits et de leurs biens, contre ceux au sein de la société même qui menacent les droits des autres.

À l’origine, il n’y a naturellement que les soldats du Roi à tous les créneaux, mais vite les sociétés répondent à cette double demande en mettant en place deux structures distinctes. D’une part, une « armée », dont la mission est de défendre la souveraineté de l’État contre les attaques d’autres États souverains et, d’autre part, le guet apparaît et il se crée une « police » dont la mission la plus évidente est de mettre chaque citoyen à l’abri des malfrats et les voyous.

L’armée surveille les menaces qui viennent d’ailleurs, la police celles qui peuvent sourdre au sein de la société même. Armée et police ont des missions de sécurité complémentaires et ces deux structures de sécurité ont donc, dès le départ, tendance à évoluer en parallèle et à devenir différentes, dans leurs moyens et leurs méthodes comme par leurs objectifs.

L’armée a des ennemis à soumettre ou détruire. Elle doit lutter contre des adversaires qui ont des ressources non négligeables de même nature que les siennes et qui peuvent parfois être les plus forts : elle peut gagner ou perdre. Les deux parties à une guerre se soumettent en principe à des règles mutuellement acceptées. On peut tricher, mais les règles sont là. Entre militaires ennemis, on peut se battre sans cesser de se respecter.

Entre la police et ses adversaires, au contraire, le rapport de force est présumé totalement inégal, puisqu’il oppose les ressources de la société tout entière à celles d’un seul ou d’un nombre relativement restreint de malfaiteurs. Le défi est de débusquer un adversaire dont, si on le force au combat, on ne doute pas d’avoir facilement raison. On ne « lutte » pas contre les criminels ; on leur fait la chasse.  Au contraire des guerres entre États, où chacun prétend souvent avoir le bon droit pour lui, la chasse au criminel n’obéit au départ à aucune règle et il n’y a généralement pas de respect entre criminels et forces de l’ordre.

Comment se poursuivra l’évolution de ces deux structures de sécurité dans une Nouvelle Société ?  Elles évolueront selon leurs défis respectifs, bien sûr, et il faut donc s’interroger d’abord sur ce que seront ces défis.  Voir comment les rapports de force se modifieront, d’une part, entre un État quel qu’il soit et l’ensemble de la communauté internationale et, d’autre part, entre cet État  et la collectivité de ses citoyens.   Quelles seront les priorités et donc le partage des ressources, dans une Nouvelle Société, entre une structure de défense intégrée à un Ministère des affaires extérieures dont l’Armée est une constituante  et un Ministère de la sécurité qui doit assurer l’ordre public au sein de la société et dont la Police est le bras armé ?

Leurs évolution  seraont-elle-t-elle encore et toujours divergente ? Pour le prévoir, il faut être bien conscient que si, en principe, Armée et Police  se répartissent le travail, l’armée n’intervenant que contre l’ennemi de l’extérieur, elles ont toujours toutes deux, en sus et en arrière plan de leurs missions ostensibles, une autre mission  commune  plus discrète qui est de défendre l’État contre ceux qui en contestent l’autorité. Une tâche incontournable, puisque sans État il n’y  a plus de société.

En théorie, la police et l’armée répondent à des problématiques totalement différentes, mais en pratique ce ne sont que  les gestes illégaux qui n’ont pas prétention de changer l’ordre établi qui sont du ressort exclusif de la police.  Si le crime et le désordre deviennent la contestation de l’État, visent ouvertement ou insidieusement  à renverser le gouvernement par la violence et menacent de prendre la forme d’une insurrection armée, l’armée  vient en renfort. Avec ses moyens et ses méthode,s mais qui ne peuvent être appliqués sans quelque réflexion…

Nous verrons d’abord brièvement comment l’environnement international  est à créer un contexte de sécurité différent, puis nous nous nous pencherons plus longuement sur l’ordre et la sécurité dans une Nouvelle Société et les mécanismes à mettre en place pour les y faire régner.

Pierre JC Allard