L’huile de l’arbre

OLIVIER CABANEL

L’olivier, cet arbre millénaire a beaucoup à nous apprendre, et un ancien funambule fildefériste devenu producteur d’olives en Sicile, nous ouvre le chemin de très belles découvertes.

C’est dans l’émission d’Alain Kruger « on ne parle pas la bouche pleine », sur l’antenne de France culture, du 7 avril 2012 qu’on a pu découvrir un homme imaginatif et pointu, Cédric Casanova. lien. Il a un beau jour abandonné le métier de funambule fildefériste qu’il exerçait chez les Fratellini, au Cirque du Soleil…et ailleurs, pour retrouver ses racines, le monde des oliviers, en Sicile, dans la région de Trapanilien

A la suite d’une mauvaise chute, Cédric Casanova rentre au bercail, en Sicile, histoire de se soigner, de se ressourcer et quelques temps après, il retourne à Paris, avec dans ses bagages 100 litres produite par son ami Marco, huile qu’il va vendre si vite et si facilement qu’il va changer de vie, et devenir le meilleur ambassadeur des huiles haut de gamme de cette région de Sicile. Il sera intarissable sur les huiles de sa région, et parmi les 450 variétés d’olives que l’on trouve en Italie, il évoque la Biancolilla, la Cerasuola, la Nocellara del Belice, la Santa Agatese, …chacune ayant leurs parfums, leur propriétés, leurs goûts. lien

Cet endroit de Sicile, la vallée de Belice, abandonné en partie suite au tremblement de terre, produit en effet une huile de toute première qualité, avec, comme il le dit, un gout de feu, parfois « volcanique », une huile au parfum si violent qu’il peut agir en fond de gorge, jusqu’à provoquer les larmes que peuvent déclencher un piment d’Espelette.

La famille et les amis de Cédric Casanova faisaient leur huile depuis la nuit des temps dans cette partie de la Sicile, et constatant qu’elles avaient chacune leur particularité, il en est venu à imaginer un suprême raffinement : faire l’huile avec les olives d’un seul arbre. Auparavant les huiles produites étaient vendues en vrac, et mélangées à d’autres… Cédric Casanova s’était mis d’abord en tête de déterminer toutes les espèces d’olives qu’il y avait dans cette zone, et bien lui en a pris.

Le propriétaire d’un olivier splendide,  vraisemblablement millénaire, lui a un jour présenté cet arbre et pour Casanova, ça a été la révélation : il s’est décidé à produire l’huile de ce seul arbre, ce qui était possible puisque cette arbre immense produisait chaque année 250 à 350 kilos d’olives permettant la production d’environ 50 litres d’huile.

De fil en aiguille, il s’est décidé à faire de même avec d’autres arbres, et grâce à lui, on peut aujourd’hui déguster « l’huile de l’arbre », c’est-à-dire, l’huile des olives d’un seul arbre. Les huiles qu’il propose sont considérées aujourd’hui comme des grand crus, et de la douce « Katia », à la « Carlo » qui illumine le palais, en passant par la « Domenico », vive et amère, ou la « Carmelo » particulièrement efficace pour magnifier les sucs de viande, elles restent quand même abordables à ~30 euros le litre. lien

Il a aujourd’hui sa boutique, une petite échoppe à Paris, rue Ste Marthe près du canal st Martin, « la tête dans les olives » dans laquelle il vend ses huiles rares, et où il accueille 6 convives au maximum, lesquels doivent amener leur vin, ou se contenter d’eau, afin de déguster les bons produits du terroir de ses amis siciliens. lien

Ce doué pour la communication ne cesse d’innover, puisque les amateurs d’huile d’olive peuvent même acheter un olivier, dont ils seront les seuls bénéficiaires des 30 ou 40 litres produits. lien Cet amoureux des oliviers conseille d’utiliser son huile dès qu’elle est pressée, rappelant l’adage qui dit que « l’huile est bonne jeune, et le vin est bon vieux » et il évoque la tradition de la moufouletta, qui consiste à imbiber une tranche de pain d’huile nouvelle, avec un peu de sel,  d’origan, de la ricotta, voire des anchois.

La légende grecque raconte que l’olivier fut le fruit d’une dispute entre Poséidon et Athéna qui s’affrontaient sur la manière la plus efficace de protéger une ville, Pour les départager, Zeus les avait mis à l’épreuve, Poséidon faisant jaillir, grâce à son trident, en frappant un rocher, un cheval géant pouvant porter toute une armée semblait sur le point de l’emporter mais Athéna, touchant le sol avec sa lance, faisant ainsi sortir un arbre éternel, l’olivier, permettant de nourrir, d’éclairer, et de soigner les blessures, gagna finalement l’épreuve.

Ce symbole de fécondité, de paix et de gloire, fut aussi le signe de la fin du déluge, puisque la légende veut qu’une colombe apportant un rameau d’olivier à Noé, lui donnant ainsi le signe de la baisse des eaux. Cet arbre que les islamistes considèrent être le centre et le pilier du monde n’a pas fini de nous surprendre. lien

Mais c’est peut-être en Crète que l’on trouve le plus grand nombre d’oliviers millénaires, puisqu’il est présent dans cette ile depuis 9000 ans, et qu’aujourd’hui encore, les oliveraies couvrent pratiquement le ¼ de la superficie totale de l’ile. L’un des plus magnifiques de ces arbres, d’un diamètre de 4,90 m pour un périmètre de 14,20mlien

Le plus vieil olivier du monde serait à Wallajea près de Jérusalem ; les experts estiment son âge entre 5000 et 7000 ans et malgré son grand âge, il donne encore des fruits. lien On compte aussi quelques oliviers millénaires en France, comme celui de Roquebrune-Cap-Martin (photo), ou en Haute Garonne, à L’Union, près de Toulouse (photo) ou encore à Beausoleil, a coté de Monacophoto L’occasion peut-être de dénoncer la mode actuelle de planter un peu n’importe où de vieux oliviers, déracinés de leur terroir natal, pour des sommes qui peuvent atteindre 15 000 € chacun, et qui ne supportent ni une température trop basse, ni l’humidité. lien

Au-delà de la légende, il faut surtout s’intéresser aux propriétés médicinales permises par l’olivier. L’huile d’olive, riche en vitamines, très nourrissante, digeste, adoucissante, est aussi vermifuge et les chinois vantent depuis longtemps ses propriétés d’antidotes contre certains poisons et venins.

Les anciens de la Grèce antique incorporaient les fleurs, l’écorce, et même les cendres de l’olivier dans de nombreuses préparations médicinales, et des préparations à base de feuilles et d’huile étaient utilisées pour soigner toutes sortes d’inflammation. lien Tout est bon dans l’olivier : le fruit, la feuille, la fleur, l’écorce…ses feuilles ont des propriétés fébrifuges, remplacées aujourd’hui par la quinine : pour faire baisser la fièvre : on met pendant 15 minutes une douzaine de feuilles d’olivier dans 375 ml d’eau bouillante. Une décoction de feuilles d’olivier (18 feuilles pour 800 ml d’eau) est un bon complément pour soigner l’hypertension. lien

De nombreux chercheurs ont aussi établi les propriétés de régulateur remarquable de l’extrait de feuilles d’olivier, lequel est un puissant antioxydant, et Alain Bourgeais, ancien directeur du laboratoire Saint-Benoît, recommande d’utiliser les feuilles des repousses au pied des oliviers, celles-ci étant beaucoup plus actives. lien Et ce n’est pas tout, d’après Michel Bontemps, dans son « encyclopédie de santé familiale » (édition Godefroy 1993), la feuille d’olivier soigne aussi l’artériosclérose en améliorant la circulation artérielle mais aussi le diabète : en améliorant le fonctionnement du pancréas : un phytoconcentrat d’olivier permet d’obtenir une baisse du taux de glucose. lien

L’huile d’olive est aussi utilisée pour prévenir les troubles intellectuels des personnes âgées, les troubles cardio-vasculaires, le cholestérol, certains cancers, la tension artérielle et l’ostéoporose, et on lui prête des vertus aphrodisiaques… Certains prétendent aussi que la prise d’une cuillérée à soupe d’huile d’olive serait un remède idéal contre la gueule de bois, en ralentissant le passage de l’alcool dans le sang… même si ce « remède de grand-mère » demande à être validé scientifiquement. lien Riche en vitamine A, B, K et E, elle recèle aussi de nombreux sels minéraux, des protéines végétales et des acides gras mono insaturés.

Des chercheurs américains ont prouvé que l’huile d’olive aurait aussi des vertus anti-inflammatoires, et sa consommation régulière agirait contre les maux de tête et les douleurs musculaires (lien) et d’après le Dr Marie-Antoinette Séjean, elle serait un stimulant du cerveau. lien Elle peut aussi être utilisée pour éviter d’avoir les ongles cassants, de soigner les cheveux, les dents, la peau, et même se protéger des coups de soleil. lien

Mais cet arbre magique a d’autres qualités, il peut permettre, grâce à son oleuropéine de restaurer nos défenses immunitaires, ce qui est une bonne nouvelle pour ceux qui abusent d’antibiotiques. C’est en effet en 1969 que des chercheurs de la société Upjohn ont isolé un composant actif de la feuille d’olivier, l’élénolate de calcium, capable de détruire les microbes pathogènes et récemment le docteur Roberts Lyons de East Park Research allant encore plus loin découvrit les propriétés de l’olivier dans la restauration des défenses immunitaires. lien Longue vie donc à l’olivier, et comme dit mon vieil ami africain : « la science est comme le tronc d’un baobab qu’une seule personne ne peut embrasser ». L’image illustrant l’article provient de « www.lemazetdelaclamoux.com » Merci aux internautes de leur aide efficace.

Olivier Cabanel

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