13. Le marché de l’or gris (2)

S’il y aune chose que l’on sait bien et qu’on connait aujourd’hui encore mieux qu’en 1992, c’est qu’il n’y a pas d’intérêt à former des diplômés universitaires dont les compétences ne sont pas requises. Pourtant, la proposition #13, comme la proposition # 05, fait faire une crise d’urticaire à certains de mes amis de la gauche.

« Non, non et non » – qu’ils m’on dit – « pas question que les capitalistes financent l’éducation, pas question d’autre chose que de la gratuité scolaire ». Moi, je veux bien; je suis même férocement pour la gratuité scolaire à tous les niveaux et pour le salaire étudiant universel, je l’ai dit et écrit souvent…. mais à condition que le nombre des inscrits soit limité en fonction de nos besoins.

Si on laisse n’importe qui s’inscrire à des cours de n’importe quoi et promener son vague-à l’âme métaphysique des Lettres aux Arts en passant par l’anthropologie comparative, nous sommes ruinés. Et ruinés en vain, parce que la collectivité ne tirera jamais de toute cette « culture » individuelle aucun profit qui puisse justifier l’investissement qu’on y mettrait.

Or, limiter les inscriptions dans chaque discipline universitaire en fonctions de nos besoins exigerait qu’on les connaisse nos besoins, ce qui demanderait des changements majeurs à notre politique de main-d’œuvre. Exigerait aussi qu’on modifie la structure d’enseignement pour la rendre modulaire, collée au marché du travail et à la recherche, garnie de passerelles qui permettraient de corriger les erreurs d’estimations, etc. Je voudrais que nous fassions ces réformes. Mais, en attendant, la proposition # 13 est une solution immédiate au problème du financement des études universitaires.

Une solution imparfaite, j’en conviens, mais une solution moins mauvaise que toutes celles qu’on nous propose présentement. Moins mauvaise, certes, que cette offensive de prêts aux étudiants dont le gouvernement fédéral a décidé de marquer le début du prochain siècle. En lançant cette initiative, au grand dam du gouvernement de Québec qui y voit, à juste titre, un empiétement sur ses prérogatives, Ottawa ajoute à la confusion. En accouchant de ce projet mal conçu, le gouvernement fédéral tire au mieux un coup d’épée dans l’eau et, au pire, risque de nous coûter gros et de nous rapporter peu.

Pourquoi mal conçu? Parce qu’il n’y a pas d’avantage pour la société, ni pour les individus concernés, a former pour former sans s’assurer qu’il y a une demande pour les compétences qu’on forme. La proposition #13 a l’avantage d’orienter les ressources humaines vers les secteurs où – à tort ou raison – ceux qui contrôlent l’économie croient avoir besoin de travailleurs et ont confiance que ces travailleurs gagneront leur sel. C’est un indicateur plus valable que ceux dont le gouvernement peut se prévaloir présentement.

La proposition #13 a le mérite aussi, comme le texte l’explique, de créer un marché d’investissement utile et relativement sûr au moment où les marchés traditionnels arrivent à maturité et reculent devant les entreprises hautement spéculatives. Ce n’est pas négligeable. Enfin, cette proposition vise à mettre fin à une injustice; car le médecin, l’avocat, le comptable ne feront pas de cadeau au monde ordinaire quand ils auront reçu leur formation. Je ne vois pas rien d’exemplaire à leur offrir cette formation aux frais de la collectivité

Pierre JC Allard

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