14 Le préscolaire avant 3 ans

Il ne faut pas penser que la responsabilité d’éduquer l’enfant commence à l’école primaire, ni même en pré-maternelle, quel que soit l’âge d’entrée en pré-maternelle; si on agit à partir de cette prémisse, on se retrouve, comme maintenant, devant une situation intolérable où la vraie éducation et la culture deviennent héréditaires par apprentissage et où ceux qui partent de bas… restent en bas.

Une société ne peut se désintéresser de l’éducation des enfants entre le moment de leur naissance et celui de leur scolarisation; elle doit, à la mesure de ses moyens et dans le respect de la mission naturelle des parents, assurer aux enfants au moins un encadrement large qui équilibre au mieux les chances de tous, protégeant les enfants des milieux défavorisés des conséquences les plus graves d’un mauvais départ.

Cette protection ne peut être parfaite et cet équilibre ne peut être vraiment atteint dans le cadre de la société qui est la nôtre, mais la critique de notre société est un autre débat. Ici, nous proposons une approche sans remise en question globale des structures sociales actuelles, qui soit donc immédiatement applicable et qui permette, à la mesure d’une allocation raisonnable de nos ressources, de tempérer les effets de la condition sociale de départ de l’enfant.

En phase préscolaire, l’enfant est sour la garde de ses parents ou d’une garderie. Il faut le protéger dans ces deux milieux complémentaires et cette protection doit avoir deux (2) volets.

D’abord, pour donner vraiment sa chance à chaque enfant, Il faut une présence discrète de l’État pour assurer la protection de son intégrité physique et mentale contre les abus extrêmes au sein ce qui est parfois un milieu familial hostile. Prévoyons une Direction de Protection de la Jeunesse et de l’Enfance (DPJE).

La DPJE verra chaque enfant une fois par mois, à partir de sa naissance et jusqu’à son entrée à l’école primaire, s’assurant qu’il reçoit de ses parents ou gardiens un traitement adéquat. Par la suite, elle pourra intervenir à la demande de quiconque, mais particulièrement des responsables de l’enfant dans la structure scolaire, lesquels auront le mandat clair d’être aux aguets de tout signe de violence. 

Il s’agit de protéger l’enfant contre la violence, bien sûr, mais aussi contre la simple ignorance.

Il est déraisonnable que rien ne soit fait pour remédier au plus tôt aux lacunes qu’on peut déceler chez l’enfant par un diagnostic rapide, surtout quand on sait toute l’importance des premières années de la vie de l’enfant pour son développement ultérieur.
Chaque fois que la visite mensuelle de l’enfant en suggérera l’opportunité, la DPJE exigera une visite médicale ou la consultation d’un psychiatre ou psychologue.

Dès la préscolarisation de l’enfant, la DPJE obtiendra l’accès aux résultats de ses tests et examens et fera les suivis nécessaires.

 Les problèmes de comportement et d’apprentissage de l’enfant – hyperactivité, dyslexie, etc – seront ainsi identifiés tôt, et les mesures correctives adéquates pourront être appliquées sans délai.

Le deuxième volet d’intervention de l’État au préscolaire, moins dramatique, sera néanmoins le plus conséquent, car il touchera une majorité de la population : il impliquera une intervention sur les parents eux-mêmes. Parmi les facteurs qui favorisent ou s’opposent à la mission éducative durant cette période, le plus important sur lequel nous ayons quelque pouvoir d’intervention est son milieu familial. Il faut agir sur ce milieu.

Tous les cours de grammaire du monde auront bien du mal à produire un enfant qui s’exprime bien, oralement et par écrit – (ce qui est fondamental, la clarté de l’expression étant le signe mais aussi la condition indispensable de la cohérence du processus mental) – si, durant les premières années de sa vie, il n’a entendu que des phrases boiteuses et des idées simplistes.

On connaît la boutade bien connue que “pour faire un gentleman,il faut éduquer son grand-père…” Une boutade, mais qui souligne bien l’importance du milieu culturel dans lequel baigne l’enfant dès sa naissance. Une véritable éducation qui veut donner une chance à tous commence avant la naissance de l’enfant. Il faut, à défaut d’éduquer son grand-père, consentir à tout le moins un effort pour dégrossir un peu ceux qui font faire à l’enfant ses premiers apprentissages et ses premiers pas sur le chemin de la culture.


Personne ne conteste que le cadre culturel dont bénéficie l’enfant au sein de sa famille soit un élément déterminant de son éducation. Le défi, c’est de réaliser l’intégration immédiate de l’enfant dans un cadre propice à son développement.

Comment le faire sans sans l’enlever à ses parents, ce dont il n’est évidemment pas question ? La seule solution évidente est d’agir sur les parents, de pourvoir, autant que faire se peut, l’enfant de parents qui aient un minimum de compétence pour l’éduquer.

De plus, si, comme c’est si souvent le cas aujourd’hui, l’enfant passe une partie significative de son temps en garderie, il convient de s’assurer que ceux qui le gardent aient aussi cette compétence minimale. Il faut penser à une formation parentale.

Pierre JC Allard

2 pensées sur “14 Le préscolaire avant 3 ans

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    12 mai 2010 à 10 10 00 05005
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    A la suite de votre article sur le site rue89 en réaction à mon article je vous proposes un brin de réponse.

    Vous vous étonnez du fait que je n’ai jamais rencontrer de parents demissionnaires durant mes 7 ans d’exercice du travail d’éducateur pour la Protection Judiciaire de la Jeunesse et renvoyé vers deux articles de votre site.

    Les articles en question ne sont en rien une remise en cause de mon propos: je ne pretend pas que les parents en questions soient toujours armé correctement pour exercer leur rôle, je ne prétend pas qu’ils exercent « correctement » leur parentalité. Je prétends en revanche n’avoir jamais rencontré un parent qui se désinteressent de l’avenir de son enfant et qui ne souhaite pas le voir suivre une formation.

    Dès lors utiliser le terme de « parents démissionnaires » est pour moi utilisé un vocable qui ne recouvre qu’une réalité illusoire ou archi minoritaire. Les parents ne sont pas « démissionaires » mais perdus.

    s chinsky

    Étant de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, vous me permettrez de penser que tous les parents que vous avez rencontrés n’étaient pas dans une situation où la plus totale franchise quant à leurs intentions comme à leur comportement pouvait être tenue pour acquise.

    sebchin

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    12 mai 2010 à 14 02 39 05395
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    @ Sebchijn

    je crois que la colonne de tous les parent – et j’en suis – s’étire longuement, du total je-m’en-foutisme qui est une négligence parfois criminelle à une prise en charge possessive qui tend parfois à l’obsession. Je ne vois pas comment il pourrait en être autrement.

    Cela dit, où situer le seuil a partir duquel le parent est démissionnaire varie sans doute selon les époques et selon les circonstances. Je suis tout à fait prêt à accepter, pour une majorité des parents, la vision rousseauiste qu’ils sont bons et que seule la société les pervertit. Mais il faut tout de même que la société intervienne pour pallier leur incompétence… C’est le sens de mes propositions, pour un controle périodique de l’action des parents – surtout s’ils sont « perdus… et pour une formation ad hoc qui rendrait leur bonne volonté moins velléitaire.

    Merci pour votre commentaire

    http://nouvellesociete.wordpress.com/education/

    PJCA

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