15 La structure gigogne

Dans une société qui a atteint la sécurité et l’abondance, le premier défi n’est plus de combattre ni même de produire, mais de faire un pas vers la compréhension et le bonheur.  La liberté, dont on a tant parlé dans l’abstrait, devient concrete. La liberté au quotidien devient un exigence tangible, palpable, à tous les paliers d’une structure de gouvernance qui ne peut plus être que globale.

On ne peut plus concevoir la gouvernance que comme un fonction diffuse, dans une société-gigogne où, à chaque entité qui décide et coordonne – partie d’un tout et elle même le tout de ses parties –  doit correspondre la bonne parcelle du pouvoir et être accordée LIBREMENT l’autorité qui justifie ce pouvoir.

On doit donc définir au mieux, en amont et en aval de l’État actuel posé arbitrairement comme point de référence, toute une structure pyramidale  qui positionnera l’individu au sein d’une mosaïque aussi multidimensionnelle  que ses interets complémentaires peuvent suggérer de hiérarchies indépendantes pour les encadrer.

On voit bien, aujourd’hui, que les relations interétatiques sont à se structurer par niveaux et par blocs pour répondre au besoin de garder les entités « admnistratrices » à portée d’influence des administrés.  C’est ainsi que se fait l’Europe.  Il faut voir que le même rapport va s’établir au palier intraétatique, avec le même désir de chaque individu de garder un maximum de liberté face à son gouvernement qu’en manifestent les nations et les États, même si elles qui doivent bien reconnaître la primauté d’une structure politique et économique globale qui est déjà là même si on cherche à en occulter la réalité.

Il y a une similitude de fractales, entre les manifestations de la volonté des États d’un monde libre et celles libertaires des citoyens dans le cadre de leurs États respectifs. Au soutien de la liberté par la démocratie dans l’espace libertaire, correspond le soutien plus spontané de la démocratie, dans l’espace démocratique et dans un monde démocratique, par une population dont aucun élément ne se sent plus marginalisé. La liberté de l’individu souverain est un gain pour la démocratie.

Ceci est d’autant plus important à préciser que, si la démocratie fait aujourd’hui consensus – parfois sous de fausses représentations, hélas ! – l’objectif libertaire, lui, est souvent contesté, à tort, par ceux-là même qui devraient en être les ardents défenseurs.  Quand ceux qui veulent protéger les faibles croient qu’un État « fort » le fera et sera leur bouclier contre ceux qui les exploitent, ils se ferment les yeux pour ne pas voir qu’un État n’est jamais que l’expression de l’équilibre des forces qui prévaut dans la société et que l’État ne protège « fortement » que ceux qui sont forts.

Ce qui protège les faibles, ce n’est pas le pouvoir arbitraire d’un État et de ses suppôts; ce sont des droits clairement énoncés, protégés par droit et un consensus à les soutenir, créant cet « État de droit » qui découle de l’intérêt bien compris de chacun à le soutenir. C’est ça qui protège les faibles et tout le monde. Ça, un contrat social clair… et la liberté.

Les éléments multiculturels plus nombreux, même dans la plus homogène des sociétés à haute technologie qui  se développent aujourd’hui, exigeront un encadrement complémentaire des rapports humains. Ce nouvel encadrement doit avoir le caractère permissif et volontaire qui correspond au désir de liberté qui a toujours été là en chaque être humain et dont il semble bien que l’heure soit enfin arrivée. C’est la structuration de l’espace libertaire qui va fournir cet encadrement à une Nouvelle Société et, bien sûr, ce n’est pas l’État mais l’individu qui va bâtir cette structure.

Il va la bâtir spontanément car, comme disait déjà le sage Fo-Hi (I Ching, Hex. 60), il y a bien 4 000 ans,  « la liberté absolue n’est pas ce qui convient à l’homme, ; il se perd alors dans l’indéterminé ».  Anarchie ne veut pas dire désordre. Quand l’homme se sait et se sent libre, il se crée des attaches, car la liberté n’est pas de n’être lié à rien, mais de ne se lier qu’à ce qu’on choisit.

Le citoyen d’une Nouvelle Société évoluera dans un espace libertaire élargi, dont l’espace dit démocratique n’apparaîtra alors que comme l’assise indispensable, mais presque invisible; quand il aura ainsi retrouvé sa pleine liberté, l’individu fera seul tout ce qu’il veut faire seul, puis il s’empressera d’utiliser sa liberté pour affirmer ses multiples appartenances en s’insérant dans un réseau d’encadrement multidimensionnel de son choix.

La création de ce réseau d’encadrement multidimensionnel va transformer l’espace libertaire en une énorme structure-gigogne qui deviendra la contribution de ce qu’on appelle parfois la « sociét civile à la nouvelle structure du pouvoir et en sera une composante essentielle.

Cette structure-gigogne ne s’érigera pas en rivale de la structure étatique traditionnelle; cette dernière demeurera toujours indispensable, d’abord comme ultime arbitre des situations où un choix commun doit intervenir – et où le droit n’est bien servi que si cette décision est démocratique – puis comme gardienne de la FORCE, sans laquelle il n’y a pas de droit qui prévaut. La structure-gigogne qui va occuper l’espace libertaire va plutôt s’occuper de tout le reste. Tout ce qui n’exige pas un arbitrage et/ou le recours à la force va se discuter, se décider et se faire dans l’espace libertaire.

Cette structure-gigogne qui va recouvrir l’espace libertaire pourrait logiquement s’organiser autour de trois (3) axes de regroupement.  1) des « groupes d’affinité », 2) des « associations d’encadrement » créées par les citoyens eux-mêmes et auxquelles ceux-ci accorderont un pouvoir normatif que l’État se bornera à faire respecter et, enfin, 3) des « administrations exceptionnelles », mises en place au profit des minorités et dissidents.

L’État trouvera opportun de considérer ces trois trois types de regroupements comme émanant de la souveraineté de l’individu lui-même et donc de les traiter comme des composantes de l’espace libertaire.

Pierre JC Allard

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