17 Taxer les créances

Une inflation programmée produit sur la valeur des créances de tout acabit un effet prévisible. Libellée en monnaie qui perd chaque mois un peu de sa valeur d’achat, chaque créance s’amenuise en monnaie constante. C’est d’ailleurs la situation qui prévaut depuis bien longtemps, par le seul effet d’une inflation qui n’est PAS programmée. Celle-ci peut être élevée ou minime, mais il y a toujours cette détérioration du capital du créancier contre laquelle il se prémunit en exigeant un intérêt qu’il juge suffisant.

Quand on introduit une inflation fiscale programmée, on SAIT quelle sera la détérioration minimale du capital du créancier et c’est cette baisse de la valeur de sa créance qui constitue, pour le créancier, l’impôt qu’il doit payer sur le capital que représente sa créance. Il n’a donc pas à poser d’autre gestes que de faire état de cette créance à son bilan, lors de sa déclaration fiscale mensuelle.

Mais il doit faire cette déclaration. Toute créance – obligation, bon du trésor, billet à terme, etc – est donc enregistrée, sous la responsabilité du prêteur sous peine de ne plus être exigible et de lui faire encourir une amende.

Le montant que représente cette diminution due à l’inflation de la valeur de la créance en monnaie constante, c’est le débiteur aujourd’hui qui en profite. Dans un régime d’inflation fiscale, celui-ci doit faire état de cette dette à son propre bilan pour en fixer le solde net, corroborant ainsi la déclaration identique du créancier.

Toutes autres choses inchangées, le solde net du bilan du débiteur se sera amélioré avec l’inflation. Il devra donc transmettre à l’État l’équivalent de l’inflation fiscale sur cet écart entre ce qu’il a à son actif et ce qu’il y aurait eu si cette inflation fiscale n’avait pas été mise en place. On fait le calcul pour lui…  Le débiteur n’est pas pénalisé, au contraire; il ne fait que respecter ses engagements contractuels. C’est simplement le fisc qui touche sa part

Notons que le débiteur assume ainsi non seulement le taux de l’inflation fiscale, mais ceui de l’inflation réelle dont la valeur de ses biens à valeur consensuelle auront été augmentée. Un mal pour un bien, pour le débiteur, mais le créancier n’a pas à subir la perte supplémentaire qu’il subira du fait de cette inflation non-programmée et dont il ne pouvait prévoir l’ampleur lorsqu’il a fait le choix de prêter alors qu’il ne pouvait tenir compte de l’incidence d’une inflation fiscale encore inexistante.

Dans cette optique, l’État doit offrir au créancier et au débiteur de se substituer à l’une ou l’autre des parties ou aux deux et de rembourser sur le champ, sans pénalité, le capital du prêt et les intérêts courus. Le créancier doit toutefois demeurer garant du remboursement éventuel de la dettepar le débiteur à l’État, car l’insolvabilité du débiteur était des risques que le conditions du prêts devaient couvrir, mais avec le privilège d’exiger que tous les recours soient épuisés contre ce dernier avant que l’État ne fasse valoir sa garantie contre l’ex-créancier.

Débiteur comme créancier pourront donc, s’ils le veulent, se représenter sur le marché des capitaux. Il y aura toujours un marché des capitaux, car il ne s’agit pas de faire mourir le capital sur le tapis roulant de l’inflation, seulement de lui faire prendre un peu d’exercice. Il n’est pas question d’interdire le prêt à intérêt, car toute prohibition qui contrarie la nature humaine ne peut mener qu’à une transgression et, quand on crée des “crimes” dont les victimes sont consentantes, ces interdits qu’on ne peut faire respecter sapent la crédibilité et la légitimité de l’État.

L’intérêt, qui est le prix de l’impatience, sert de toute façon un rôle utile en priorisant les besoins et les projets collectifs comme individuels au vu de nos ressources réelles disponibles, lesquelles ne sont pas infinies. 

L’intérêt ne disparaîtra pas d’une Nouvelle Société.  Sur un marché des capitaux où l’État n’emprunte plus, cependant, mais peut au contraire intervenir à tout moment pour jouer le rôle de prêteur, le taux d’intérêt sera à la baisse, ce qui est bien le but de l’opération.

Quel sera le taux d’intérêt de base ? En introduisant une inflation programmée et en cessant simultanément d’agir comme emprunteur de dernier ressort pour le capital en créant la dette publique, l’État fait chuter dramatiquement le taux de base calculé en monnaie constante. En accordant un crédit gratuit à la concommation selon les besoins de l’économie, il exacerbe encore cet effet.

Hormis le cas du prodigue compulsif – lequel sera vite mis sous curatelle – seul l’investisseur cherchera des fonds. Les emprunter sera l’une de ses options, l’autre étant de chercher un partenaire.   Le détenteur du capital qui voudra le prêter au lieu de l’investir devra sans doute se contenter de peu.

Selon l’évaluation du risque et l’inflation réelle, les taux d’intérêt en monnaie courante seront ce que le marché en décidera, mais il est clair que, sinon dans la majorité des cas du moins en moyenne, ils seront négatifs en monnaie constante. Le capital “qui ne court pas de risques” ne fructifiera pas comme aujourd’hui, mais diminuera en valeur au lieu d’augmenter. La réalité n’en étant pas affectée, la valeur des choses et leur valeur monétaire convergeront et l’écart entre eux sera résorbé PROGRESSIVEMENT, mois après mois, de ce taux d’intérêt négatif moyen qui pourra varier selon la hâte que mettront  les détenteur de monnaie à s’en départir.

Le résultat est une déflation déguisée en inflation et qui ne frappe que les possédants, car l’inflation à laquelle doit faire face celui qui n’est que consommateur et n’a pas de placements financiers  est un paramètre connu contre lequel il peut être prémuni par une politique des revenus qui en tienne compte.

Le résultat, c’est de nous faire parcourir en sens inverse le chemin financier que nous suivons depuis la fin de étalon-or.  Remonter la pente douce sur laquelle nous glissons avant d’atteindre le bord du gouffre … ou grimper ensuite la falaise abrupte si on n’a pu éviter d’y choir.

Pierre JC Allard

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