18 Au cycle général

Ce que nous avons proposé pour le Cycle préscolaire vient surtout combler une carence. Au Cycle général, c’est d’une modification profonde qu’il s’agit, plus que d’un ajout, le problème étant tout autant d’enlever les éléments néfastes de l’éducation des niveaux primaire et secondaire actuels que de parfaire ceux qui sont insuffisants.

Le Cycle général est le domaine privilégié de l’éducateur professionnel.

Le Cycle général recouvre l’éducation de l’individu pendant 10 ans, entre 7 et 17 ans, en deux étapes: CG I (7-12 ans) et CG II (12-17 ans). Les modalités varient d’une étape à l’autre, puisqu’on passe de l’éducation de l’enfant à celle de l’adolescent, mais les principes fondamentaux qui s’appliquent sont cependant les mêmes, ce qui permet de traiter l’ensemble comme un seul “Cycle général” en deux (2) volets.

Ces principes fondamentaux sont :

– La liberté de l’éducateur. L’État, qui représente la collectivité, peut avoir des objectifs et en contrôler l’atteinte par un système d’évaluation des acquis, mais c’est l’ÉDUCATEUR – “mentor” au CG I (primaire), “précepteur” au CG II (secondaire) – qui a l’entière responsabilité des moyens à prendre pour éduquer. LAISSONS LE TRAVAILLER !

– N’imposer que l’essentiel. Le tronc commun obligatoire de l’éducation, quantifiable et soumis à une évaluation normative, doit se limiter à l’essentiel. Reflétant la diversité croissante de la société, il faut laisser à l’enfant beaucoup plus de temps pour se développer, sous la conduite de l’éducateur, dans des directions discrétionnaires qui correspondent à sa personnalité et à ses aptitudes.

– Collaboration plutôt que concurrence. La relation à développer entre les “apprenants” sur le plan académique doit désormais en être une de collaboration et de solidarité plutôt que de concurrence, l’émulation n’étant associée qu’aux jeux et aux sports. 

Dans un premier temps, nous verrons l’application de ces principes au niveau primaire. Ensuite, en évitant le plus possible les redondances, nous verrons comment le niveau secondaire les met aussi en pratique.

L’enfant débute son éducation de Cycle général de pemier niveau (CG I)) au début de l’année scolaire suivant son septième anniversaire. C’est un choix administratif. 

L’enfant pourrait commencer l’école le lundi suivant son septième anniversaire. 

Si nous ne le recommandons pas, c’est que les avantages de l’inscription à date fixe pour la constitution des groupes – que nous voyons ci-après – en dépassent largement les inconvénients.

L’année scolaire durera désormais… un an. Ce qui ne veut pas dire que les élèves n’auront plus de vacances. Ils auront seulement, chacun d’entre eux – ou tous ensemble, ce sera une décision de l’éducateur – les périodes de vacances et les congés dont le mentor aura décidé, au vu de leur cheminement, de leur personnalité et de ce qui semblera le mieux adapté à leurs besoins, à l’agenda du mentor et aux projets des parents.

Pas plus que nous ne l’avons fait pour le Cycle préscolaire, il n’est question de développer ici des curriculums et syllabus; notre but est de proposer une approche et un système. Disons, pourtant, que les objectifs du CG I devraient être simples: lire, écrire, compter, offrir une idée générale de l’Histoire qui vienne encadrer les mythes et légendes dont l’enfant aura été nourri abondamment au préscolaire, une éducation physique qui assure son développement optimal, l’énoncé formel des principes d’éthiques qu’on lui aura déjà inculqués de façon concrète au préscolaire … et des connaissances usuelles.

Il faut que l’éducation formelle assume la tâche de dispenser ces connaissances usuelles dont on espère aujourd’hui que l’enfant les apprendra par lui-même, ou peut-être du Saint-Esprit: voyager en train ou en avion, faire fonctionner un ordinateur, activer un disjoncteur, etc, etc.
On lui enseignera aussi les codes de comportement qui lui faciliteront la vie en société. À partir de la manière dont on aborde quelqu’un dont on veut devenir l’ami, jusqu’à la façon d’offrir ses condoléances à une personne éprouvée.

Il est temps de voir que cette “instruction sociale”, qu’on veut présumer dispensée par les familles, souvent ne l’est pas et, lorsqu’elle l’est, l’est justement de façons subtilement différentes qui “classent” l’enfant et en font un “patricien” ou un “plébéien”, l’engageant dans une ornière dont il ne sortira que bien difficilement… s’il y parvient jamais.

Il ne s’agit pas de porter un jugement de valeur sur les manières de faire des diverses couches sociales mais d’en reconnaître l’impact: le CG I doit poursuivre la compensation des inégalités culturelles découlant des circonstances familiales.

Il faut viser à ce que tout enfant puisse se sentir aussi valable que tout autre enfant et ait donc une meilleure chance de réussir tout aussi bien. S’il a acquis par imitation des habitudes favorables au préscolaire, celles-ci doivent être renforcées; sinon, elles doivent être corrigées.

Pour que ces habitudes, qui vont souvent à l’encontre de celles du milieu de l’enfant, soient prises et renforcées, il faut qu’un éducateur joue pour lui le rôle de substitut parental pour tous les aspects culturels et éducatifs de son développement. Il ne sert à rien de se leurrer; l’enfant quels que soient les efforts du système, n’ira jamais plus haut que le modèle qu’il s’est donné. Si un tel modèle n’existe pas chez lui au foyer, c’est la mission primordiale de l’éducateur d’être ce modèle et l’enseignant qui refuse d’être ce modèle n’est pas un éducateur.

Enfin, poursuivant le travail commencé au préscolaire, le CG I doit se donner pour objectif que l’enfant puisse spontanément s’exprimer de façon correcte et cohérente, même si son environnement hors de l’école ne l’incite à parler qu’en monosyllabes et à ne dire que des insignifiances. Le choix fondamental de l’éducateur doit être de tout subordonner à cette exigence.

Ni mathématique, ni morale, ni science n’est plus fondamentale que l’obligation de donner à l’enfant les outils de son expression verbale, lesquels sont les outils mêmes de sa perception du monde et de l’ordonnancement qu’il en fait.

Pierre JC Allard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *