189. Québec français (2)

Pour que la société québécoise vive en français, il faut exiger plus qu’une connaissance rudimentaire du français de ceux qui travaillent en contact avec le public. Si l’on est en contact avec le consommateur, de quelque façon que ce soit, il faut une bonne maîtrise du français. Suffisante pour expliquer, pour discuter… Un français, disons de niveau #2.

On a besoin du certificat de Français #2 si on travaille pour l’État, pour une administration locale, dans une boutique, dans un commerce de détail, un atelier de réparation ouvert au public, dans un restaurant ou un bar, si on exploite un taxi, si on est livreur, etc… Celui qui n’est pas en contact avec la population n’a pas l’obligation d’avoir le Français #2, mais tout employeur, sans y être tenu, peut aussi en faire une condition d’embauche, s’il juge que cette connaissance facilitera les communications entre ses employés. La communication, par exemple, entre le travailleur en cuisine qui pourrait se contenter du niveau #1 et le garçon en salle qui doit avoir le niveau #2.

Presque tout le monde aura le certificat de Français #2, puisque c’est celui qui correspond à l’examen de fin du Secondaire qui devrait marquer la fin de l’enseignement obligatoire et que celui qui s’y présente a suivi une bonne douzaine d’années de cours en français dans le système public. S’il a suivi un parcours en institutions privées et dans un autre langue, il a intérêt à obtenir ce certificat avant de se présenter sur le marché du travail, car il ne pourra être embauché dans aucun poste de travail qui l‘exige et la pénalité pour l’employeur qui passerait outre serait TRES dissuasive.

Il nous faut aussi un certificat de Français #3. C’est celui qu’on exigera pour l’admission à tout ordre professionnel. Pour enseigner, exercer une charge publique élective pour l’État ou une administration locale, être nommé à des fonctions de niveau direction dans une entreprise sollicitant des fonds du public… Ou pour exercer quelqu’autre fonction, à la discrétion de ceux qui en désignent les responsables et qui le jugeraient utile.

Le certificat faisant foi de la maîtrise du français de niveau # 3 est accordé suite à un examen de l’État auquel quiconque peut se présenter en tout temps et qui est une condition préalable à obtention d’un diplôme universitaire du système public, comme à l’admission a un ordre professionnel, dans les cas où le diplôme a été obtenu d’une institution non-francophone

Le Français #3 doit permettre de lire et de comprendre tout ce que l’individu raisonnablement cultivé devrait lire et comprendre, comme de tenir une conversation sur tout sujet qu’on connaît, sans que le faire en français constitue un obstacle significatif. Le locuteur de niveau #3 de fait pas que communiquer ; sans effort, par simple contagion, il enseigne un français correct à ceux avec qui il discute. Il est un propagateur du français.

Tous les documents de l’État ne sont publiés qu’en français. Il n’est pas interdit à qui que ce soit d’en faire une traduction en anglais ou en tout autre langue, mais seule la version française est officielle. Il y aura certainement de telles traduction des lois et règlements. Dans le système judiciaire, les débats seront en français. Il y aura des interprètes, avec possibilité de traduction simultanée pour le bénéfice de quiconque le souhaite, mais ces services seront aux frais des parties et les jugement seront rédigés en français.

De la même façon, il peut y avoir des interprètes dans le système de santé, mais aux frais des patients, sauf pour les immigrants en période d’apprentissage du Français #1. Il n’y a pas d’intérêt médical à tenir une conversation autrement qu’en français, quand le patient a déjà une connaissance du français de niveau #1 et que le professionnel en a déjà la maîtrise de niveau #3 !

Est-ce qu’on devrait toujours et partout travailler en français au Québec? Si le travail implique un contact avec le public, bien sûr. Sinon, de quoi je me mêle ? Si un patron, pakistanais d’origine, veut faire travailler des pakistanais d’origine et leur parler dans leur langue, il est vexatoire de vouloir l’en empêcher. Tous ces gens auront obligatoirement le Français #1, sans quoi ils ne seraient pas là. C’est suffisant. Laissons-les tranquilles. De même, il est malséant de s’intéresser à ce que parlent entre eux les enfants dans une cour d’école. Occupons-nous de leur donner des cours corrects et de leur enseigner le français. Ce qu’ils en feront dans leur vie privée est leur affaire.

Que fait-on de tous ceux parmi nous qui actuellement n’ont pas cette compétence que l’on va exiger ? On leur donne 1 an pour obtenir le certificat de niveau #1, deux ans pour obtenir celui de niveau #2 s’ils en ont besoin, trois ans pour celui de niveau #3, ce qui ne devrait pas taxer les capacités intellectuelles de ceux qui oeuvrent à ce palier. Après, s’ils n’ont pas obtenu les certificat requis, ils ne sont plus autorisés à remplir les fonctions qui imposent de les obtenir. Sont seuls exemptés de cette obligation, ceux qui sont déjà résidants du Québec et ont 60 ans révolus au moment de l’entrée en vigueur de la loi.

La formation linguistique sera gratuite aux trois (3) niveaux et on fera tout pour aider ceux qui veulent apprendre. On ne leur demandera que la bonne volonté. S’ils n’ont pas cette bonne volonté, ils ne sont pas les bienvenus.

Qu’est-ce qu’on fait pour l’affichage ? On veut que le Québec offre une image française. On maintient donc la priorité au français, comme on le fait déjà. Pour favoriser le tourisme et garder le cachet multiethnique, toutefois, on peut prévoir des quartiers « à intérêt folklorique », où les règles de la préséance du français sont inversées, pour autant que la population résidente du quartier en ait décidé ainsi par référendum aux deux-tiers des voix.

En ce cas, la version française est toujours présente, mais c’est elle qui occupe un moindre espace. Rien ne s’oppose alors à ce qu’on ait du cantonais avec du français dans un quartier, de l’italien et du français dans un autre, de l’anglais et du français dans un troisième… En ces cas, toutefois, une troisième langue ne sera pas admise.

Que fait-on si une municipalité du West-Island, par exemple, prétend avoir un «intérêt folklorique et veut afficher prioritairement en anglais? Si sa population l’y autorise, on la laisse faire. Si tous ses employés en contact avec le public ont bien le Français #2 dans leur musette et répondent bien en français quand on leur parle en français, si tous leurs documents sont publiés en français et que tout affichage a au moins le français en traduction sinon en priorité, il n’est pas utile d’exiger qu’ils en fassent plus.

Ce que je propose ici est bien dérangeant. On ne le fera donc sans doute pas. Pas tout de suite. Un jour, peut-être, quand on aura tout essayé, on en arrivera sans doute là S’il y a encore alors un Québec français…. Vous remarquez, sans doute, que je n’ai pas dit un mot des aspects légaux et constitutionnels… C’est que je crois que « le Sabbath a été fait pour l’homme et non l’homme pour le Sabbath ». Laissons les avocats en discuter… mais pas trop longtemps.

Finalement, c’est une décision politique qui en décidera. Décision politique qui sera elle-même l’expression d’une volonté populaire. Le Québec a le droit d’être aussi français qu’il le veut. Si une décision populaire claire s’exprimait à ce sujet et que des obstacles étaient posés à sa réalisation, il faudrait revoir cette question d’indépendance qui prendrait alors tout à coup un sens bien plus concret. Mais je ne pense pas que ce serait nécessaire…

 
Pierre JC Allard

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5 pensées sur “189. Québec français (2)

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    4 juin 2008 à 8 08 00 06006
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    C’est un fait historique, les Anglais et les Français se sont toujours adorés. Leur amour mutuel est sans bornes.

    Il est curieux qu’une province comme le Nouveau-Brunswick, qui est officiellement bilingue et dont le taux de bilinguisme se situe aux alentours de 34%, est en fait moins bilingue que le Québec « unilingue » dont le bilinguisme atteint les 40%. Y a-t-il ici conflit entre une politique et une réalité?

    Le 40% de québécois bilingues consiste en grande partie d’anglophones parlant le français. À moins d’être complètement masochistes, ces maudits anglais doivent certainement apprécier quelque chose de la culture francophone.

    En réalité le Canada est un pays plutôt unilingue anglophone (taux de bilinguisme chez les anglophones hors Québec=7%). Aux États-Unis 17% de la population est bilingue (anglais-espagnol). Donc les Américains sont plus « bilingues » que les Canadiens en fait, mais pas autant que les Québécois. Avec notre pourcentage de 40% nous avons, dans ce domaine, une longueur d’avance appréciable sur tous nos voisins!

    Bon, les E.U. ne sont pas officiellement bilingues, vous me direz et l’éducation n’y s’offre qu’en anglais – alors pourquoi le Canada, lui s’efforce d’être bilingue? Et pourquoi le Québec s’efforcerait d’être unilingue? Alors que ni l’un, ni l’autre statut ne reflète la réalité?

    L’idéal « Canadien » plus ou moins actuel émane encore et depuis toujours de la friction initiale entre l’Ontario et le Québec, anciennement le haut et le bas Canada. L’hymne national fut composé par un Québécois, la feuille d’érable est un symbole de l’est du pays, etc. Je doute fort, et je sais même pour avoir parcouru le pays, que cette dynamique est tellement représentative de son ensemble.

    Il est connu qu’en agriculture, la monoculture détruit le sol, et plus rien ne peut y prendre racine à la longue. Donc la diversité des cultures a quelque chose de sain. Le Canada se pique d’être une contrée de la diversité, une « mosaïque culturelle », mais dans son état quasi-unilingue actuel en quoi est plus « diversifié » que le Québec?

    Mais pourquoi est ce que je tiens tant à comparer les deux? Parce qu’enfin oui, je suis séparatiste. Je hurle un « OUI! » jouissif et tonitruant et pourquoi pas? Oui! Oui! Oui! Qu’on en finisse, que le Québec se sépare! Le Québec EST une société très distincte au sein du Canada, peut-être LA plus originale. Que le Québec soit le pays bilingue qu’il est et que le Canada reste tel qu’il est : unilingue anglophone. Ayons au moins le courage de se reconnaître et de s’accepter tel qu’on est AVEC NOTRE « mosaïque culturelle », en faisant des accommodements raisonnables pour notre plus grande minorité visible – c’est-à-dire les anglophones!

    Oui, c’est possible. Prenons l’ exemple d’un pays comme la Suisse, qui a environ la même population que le Québec, soit environ 7 600 000 habitants, dont 1 601 900 étrangers (en attente de leur citoyenneté? – c’est long à ce qui paraît…) La Suisse a quatre langues officielles dont l’allemand, le français, l’italien et le romanche. Ses communautés linguistiques semblent y cohabiter dans une harmonie relative.

    Ils ont, bien sur, un PNB par habitant bien supérieur à celui du Québec (43 540$ vs. 29 499$). Bon, les Suisses ont leurs banques, mais au Québec nous avons toutes ces ressources naturelles qui nous viennent de notre territoire dont la superficie dépasse la leur de 37 fois. Donc oui, c’est possible.

    Imaginez, ils prospèrent, (travaillent en plaçant leur argent dans leurs fameuses banques, font du plein air en mangeant du fameux fromage gruyère, et font des enfants en faisant leurs non moins fameux « yodles ») – le tout en paix ET en ayant 4 langues officielles sur un territoire 37 fois plus petit que le nôtre!

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    13 mai 2009 à 6 06 50 05505
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    Monsieur Allard,

    Dans votre premier texte sur ce sujet, vous dîtes que la loi 101 n’a pas apporté suffisamment pour le rayonnement du français au Québec en raison du financement d’une « contre-culture » au sein de l’État. Certes, l’État québécois pourrait faire mieux, mais je pense que cette contre-culture est alimentée avant tout par la présence de l’État canadien au Québec qui provoque de l’ambigüité quant à la pertinence du français comme langue commun d’usage. À mon avis, votre objectif serait plus facilement atteignable dans un Québec indépendant (de plus sans l’appareil technique relativement complexe que vous proposez).

    Vous jugez que l’indépendance n’est plus utile, c’est votre choix. Il est légitime. Par contre, vous faîtes de l’expansion du français au Québec un objectif de la plus haute importance sans justifier votre position. Permettez-moi donc deux questions :

    1) En quoi l’expansion du français est-il important pour le Québec ?

    2) En quoi l’expansion du français au Québec est-il plus important que l’indépendance ?

    Au plaisir de vous lire !

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    13 mai 2009 à 11 11 05 05055
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    @ Casimir:

    1) L’expansion du francais n’est pas importante pour le Québec. Elle l’est pour la Communauté Culturelle Francophone du Québec – qu’on peut pratiquement assimiler à la nation québécoise – qui continuerait d’exister même si une entité « Québec » n’existait pas, comme une entité juive a existé longtemps sans un locus géographique. Cela dit, je ne dis pas qu’il n’est pas utile et bien agréable d’avoir un chez soi, mais ce n’est pas l’ESSENTIEL.

    L’essentiel est un sentiment d’appartenance qui repose sur la conscience d’une similitude dont on fait un point d’ancrage. Race, ethnie, religion, etc. l’Histoire a fait qu’au Québec la CCFQ – les « nous z’autres » auxquels je m’identifie – a pris sa langue comme point d’ancrage. Sans sa langue elle cesse d’exister. Or, une similitude englobe plus, si elle exige moins. Si avoir le francais comme langue d’usage est la condition nécessaire et suffisante pour appartenir à la nation québécois, nous pouvons compenser natalité par immigration et survivre. Comme la France depuis les années 1920. Si nous posons d’autres conditions, nous ne survivrons pas.

    Si vous avez le temps… http://nouvellesociete.org/707.html

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    14 mai 2009 à 21 09 34 05345
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    Bonsoir M. Allard,

    Je comprend votre point de vue mais je ne le partage pas. À mon avis, votre vision exclusivement culturelle de la nation confine les Québécois francophones au statut de minorité ethnique au sein du Canada et, en raison de la concurrence de l’État canadien, confine le Québec à être divisé entre deux nations. Je préfère le choix d’une nation politique indépendante et inclusive avec la langue française comme langue commune.

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    14 mai 2009 à 22 10 33 05335
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    @ Casimir: Je comprend aussi votre point de vue. Mais je crois que ce que je propose est le mieux que nous puissions espérer obtenir

    PJCA.

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