20 Le contrôle des acquis

Le mentor peut enseigner comme il lui plaît: par des cours magistraux, par groupes restreints, par enseignement tuteuré, par autodidaxie assistée… C’est son affaire. Mais c’est l’affaire de l’État, de tester trimestriellement les connaissances de l’enfant sur la base du plan-maître établi par le Ministère qui définira ce qu’un enfant DEVRAIT apprendre.

C’est l’affaire de l’État de tester et de se porter garant de l’acquisition des connaissances qui déterminent la compétence professionnelle et la familiarité avec l’environnement technique où nous vivons, ainsi que de la connaissance des valeurs éthiques et culturelles qui sous-tendent notre société. Mais, comme nous l’avons déjà dit plus haut, la composante OBLIGATOIRE de l’éducation doit être très restreinte. Au niveau primaire du Cycle général (CGI) l’État n’a donc à vérifier que bien peu de choses.

L’enfant apprend-il à lire, à écrire et à compter? Est-il en bonne santé? Possède-il un bagage croissant de connaissances usuelles pratiques? Peut-il, pour le démontrer, répondre à quelques questions objectives simples? Connaît-il les principes consensuels de l’éthique tels qu’ils s’expriment dans la loi, ce qui n’a rien à voir avec le fait qu’il les applique ou les transgresse? C’est ça que les tests trimestriels doivent vérifier.

Ce n’est pas l’affaire de l’État de porter un jugement sur la “culture” de l’enfant. L’État doit se garder comme de la peste d’une évaluation qualitative – (du style de composition littéraire de l’enfant, par exemple) – parce que cette évaluation serait arbitraire et pourrait discréditer à tort l’enseignant tout comme démotiver l’enfant. Ce type d’évaluation doit être laissé à la discrétion de l’éducateur enseignant qui doit lui-même le faire avec réserve.

C’est en créant un contexte propice, en corrigeant avec intelligence, en respectant la spécificité de l’enfant, en répondant à ses questions, en utilisant son jugement pour lui enseigner ce qu’il convient de lui enseigner que l’éducateur favorisera le développement des qualités de l’enfant.

Les résultats des tests trimestriels sont communiqués au mentor comme aux parents. Si l’enfant échoue régulièrement, on doit se poser des questions. Si c’est une lacune chez l’enfant, au mentor de la déceler et de suggérer des mesures correctives. Si c’est la faute du mentor, il pourrait perdre des clients… ou son droit à enseigner.

Dans la très vaste majorité des cas, l’enfant n’échouera pas puisque les tests trimestriels ne doivent viser à contrôler qu’un minimum essentiel. Un strict minimum qui est prévu de façon réaliste et qui marque le seuil en deçà duquel l’enfant – et plus tard l’adulte – devra sans doute être encadré, peut-être sa vie durant, ne possédant pas la structure mentale ou la stabilité émotive pour devenir un citoyen autonome.

L’enfant dont on s’attend à ce qu’il échoue ces tests aura la plupart du temps été identifié au cycle préscolaire. S’il ne l’est qu’au Cycle général I, il sera alors réorienté vers une formation spécialisée. Qu’une société doive prévoir un encadrement pour les moins doués de ses citoyens est une évidence; nous y reviendrons dans un autre document.

Certains enfants n’échoueront pas, mais termineront le niveau primaire avec le strict minimum que prévoit l’État. Ceci apparaîtra à l’évaluation des progrès de l’enfant que le mentor remettra aux parents et au Ministère chaque année. Ce minimum ne représentant que 20% de ce qu’on s’attend en moyenne à ce qu’un enfant puisse acquérir, n’atteindre que le minimum ne doit être le cas que d’une petite minorité des enfants.

il faut néanmoins tenir compte de cette réalité que certains individus, même s’ils n’ont pas à être institutionnalisés ou encadrés, auront néanmoins un développement cognitif ou social significativement inférieur à la moyenne. Identifiant vite ceux dont les aptitudes insuffisantes ou les comportements aberrants exigent une attention spéciale, le mentor pourra faire corroborer ce jugement par des experts indépendants et aiguiller ces enfants vers des mentors spécialisés dans le suivi des cas de ce genre.

Certains enfants échoueront – en fait seront redirigés vers un autre type de formation – d’autres s’en tiendront au seuil minimal, mais, pour la vaste majorité des enfants, les acquis dont ils auront obtenu la reconnaissance formelle par des tests du Ministère à la fin de leurs études primaires (Cycle général I) ne représenteront qu’une petite part des connaissances et de la culture qu’ils auront acquises.

Bien au-delà de ce minimum qui aura fait l’objet d’une évaluation normative, ils auront tout un bagage de culture et de connaissances acquis par le biais d’activités personnalisées que le mentor aura planifiées de concert avec l’enfant et selon les intérêts de ce dernier. C’est ce bagage qui constituera l’essentiel de l’éducation de l’enfant.

Ce bagage ne fera pas l’objet d’une reconnaissance formelle, afin de ne pas susciter – (surtout chez les parents!) – une émulation qui pourrait être préjudiciable à l’enfant, aussi bien si l’objectif est un bagage de connaissances dépassant de loin ce qui est prévu pour son âge que s’il s’agit de prouesses sportives, comme on en a eu déjà tant d’exemples. L’enfant, au Cycle primaire, ne sera pas admis à des tests ou pré-tests conférant des attestations pour des modules discrétionnaires.

Cela dit, ce que l’enfant aura appris au CG I ne pourra que lui servir, même sans reconnaissance formelle, à apprendre plus et plus vite dès son entrée au niveau secondaire (CG II).

 Au début de l’année scolaire suivant leur douzième anniversaire, les enfants entreront au Cycle général II.

Ils y arriveront tous mieux préparés -certains incomparablement mieux préparés – que ne le sont les élèves qui passent aujourd’hui du primaire au secondaire.

Pierre JC Allard

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