22 Foyers et familles

Nous empruntons, pour désigner le module de base du CG II, le vocable “Foyer” dont la connotation nous semble positive, Le Foyer, tel que nous l’entendons ici, désigne un groupe initial de trente (30) élèves du même âge et un enseignant (précepteur) qui leur sert de guide. Nous dirons plus loin comment ce groupe est formé.



Ce Foyer, comme le groupe créé autour du mentor au niveau primaire, doit avoir la permanence (5 ans) qui permet des relations profondes et stables précepteur-élèves et l’éclosion d’un sentiment d’appartenance. Répondant aux véritables besoins et aux aspirations des adolescents, le Foyer maintient sa cohésion durant 5 ans sans égard aux performances académiques de chacun. Il offre ainsi à chaque adolescent, non seulement un guide et un modèle, mais aussi l’appartenance sécurisante et inconditionnelle à un groupe de ses pairs.

Le Foyer ne doit pas être considéré uniquement comme un endroit pour apprendre, si ce n’est pour y apprendre à vivre. Le Foyer est une cellule sociale: le point de convergence des intérêts multiples de l’élève. On y revalorise le développement physique et le jeu, la solidarité, la collaboration. L’élève s’y éveille à son rôle d’être grégaire, social, communautaire. 

À la fin de l’année scolaire suivant ses 17 ans révolus, l’adolescent, désormais considéré comme un adulte, terminera son cycle général d’éducation et entreprendra une nouvelle étape de son cheminent formatif que nous verrons plus loin.

Le “Foyer” – qui réunit trente adolescents du même âge pour la durée de leurs études secondaires – vient s’intégrer à une “Famille”, laquelle regroupe cinq Foyers, cinq cohortes d’âge successives. Contrairement au “Foyer”, dont la durée de vie est, par définition, limitée à 5 ans, la “Famille” est une entité permanente puisqu’une nouvelle classe de débutants vient chaque année remplacer celle des finissants.



Cette permanence permet à la “Famille” de répondre à d’autres besoins de l’adolescent, complémentaires de ceux auxquels satisfait le “Foyer”. La “Famille” peut être dépositaire d’une tradition, justifiant un sentiment d’appartenance plus abstrait mais tout aussi valable que celui que suscite le “Foyer”. C’est par sa “Famille” que l’adolescent s’identifiera, non seulement au cours de ses études, mais peut-être tout au long de sa vie, comme jadis on s’identifiait à son “vieux collège”.



L’équipe pédagogique de la “Famille” est constituée de 5 précepteurs, un par Foyer/cohorte, sous la gouverne d’un “Chef de famille” qui en est le coordonnateur, l’administrateur, le porte-parole et le responsable devant le Ministère. Le “Chef de famille” décharge les précepteurs des tâches administratives. Il est leur conseiller en matières de relations humaines, mais sans s’immiscer dans la relation précepteur-élève, sauf en cas de conflit entre eux ou entre eux et les parents, auquel cas il joue le rôle de médiateur. Pour l’élève, le précepteur est son guide et son ami; le “Chef de famille” représente l’Autorité.

La “Famille” offre un cadre à l’intérieur duquel les aînés se responsabilisent face aux plus jeunes tout en sécurisant ceux-ci face au milieu scolaire. Elle permet, sans rupture d’encadrement, des relations sociales entre les élèves les plus matures d’un groupe d’âge et ceux des foyers plus âgés de la même “Famille”. Elle organise les activités parascolaires auxquelles il est opportun de convier des élèves d’âges différents, ou celles qui nécessitent des groupes de plus de trente personnes et où la différence d’âge ne constitue pas un empêchement: concerts, visites, etc.



La “Famille” offre aussi une continuité à partir de laquelle on peut organiser le système d’éducation; c’est le module administratif permanent d’un système d’éducation personnalisé, comme le Foyer en est le module pédagogique. La “Famille” est en principe une coopérative de professionnels autonomes. Toutefois, rien ne devrait interdire qu’elle soit simplement une société embauchant comme employés, des précepteurs un Chef de famille.



Plusieurs Familles cohabiteront dans une “École”. Ce n’est pas un modèle original, c’est celui du Public School anglais traditionnel. Nous verrons plus loin le rôle, dans le système d’éducation, de l’école définie dorénavant comme un lieu et non une institution. Ici, arrêtons-nous un instant à un moment clef de la vie de l’adolescent lorsqu’il arrive au CG II: le choix de son Foyer et de sa Famille.

Au début de l’année scolaire, lorsque les adolecents arrivent à l’école qui leur est assignée et qui correspond à leur lieu de résidence, ils sont d’abord durant un mois des “agents libres”, sous la responsabilité d’un Conseil composé des Chefs de famille et sous la surveillance active des précepteurs – un par famille – qui prendront bientôt charge des nouveaux Foyers que chaque Famille est à constituer.

Durant cette période, les adolescents devront choisir l’une ou l’autre des Familles qui se partagent l’école et s’en faire accepter… et vice-versa, puisque la Famille comme les parents devront être d’accord. À la fin du mois, un accord écrit entre les parents et le Chef de Famille viendra conclure l’inscription formelle de l’élève à la Famille choisie.



Ce contrat formel, voire les entrevues avec le précepteur qui conduiront à cette décision, ne feront, la plupart du temps, qu’officialiser un choix qui se sera fait dans la cour de l’école. Certaines Familles se créeront une réputation plus enviable et les parents chercheront à se substituer aux choix de leurs enfants pour les inscrire à celles-ci. Ceci est inévitable, mais une Famille qui accepterait un adolescent contre son gré serait sur la voie de la catastrophe et celles-ci verront à ce que ce soit le choix de ce dernier qui prévale.

Dans certains cas, l’accord entre l’adolescent et l’une ou l’autre des Familles que regroupe l’école ne se fera simplement pas. Les transferts entre écoles pour optimiser les chances de libre choix seront autorisés sans difficultés, sur demande des parents ou recommandation du Conseil des Chefs de famille de l’école. Malgré cette option, certains ne réussiront pas à accepter et à se faire accepter. 



À la solution qui consisterait alors à répartir ceux-ci entre toutes les familles en leur forçant un peu la main, je crois qu’il faut privilégier celle de les laisser plutôt se réunir par défaut, en bout de course, dans une seule Famille par école. Les responsables de cette Famille, au vu du déroulement du processus de sélection, seront conscients des efforts supplémentaires qu’ils devront consentir et recevront prioritairement l’aide des ressources que l’école et le système mettent à la disposition des Familles.



L’école – qui peut abriter parfois une douzaine de Familles dans le cas d’un gros établissement scolaire réaménagé – est un lieu où il faut s’assurer que la bonne entente règne entre ces diverses Familles, l’émulation entre celles-ci ne pouvant qu’être au diapason du sentiment d’appartenance qu’elles suscitent. C’est dans ce contexte d’une émulation maintenue dans les cadres de la civilité que les gradués du CG I arriveront à l’école et choisiront – et seront choisis – par un précepteur et une Famille.

Le risque d’une rivalité agressive entre Familles sera présent; vaut-il d’être couru? Oui, car l’évolution de la société montre que la carence de structures intermédiaires à échelle humaine ne se traduit pas uniquement par une aliénation; elle se traduit aussi souvent chez les adolescents, par la création de bandes dont les objectifs et les activités sont en marge de la légalité. Encourager l’appartenance à un groupe dans le contexte du système d’éducation, c’est faire la part du feu face à un incendie que rien d’autre ne semble devoir arrêter.

Assurer la paix à l’école tout en développant l’appartenance est un défi qu’il faut relever. 

Il faut relever le défi, mais aussi gérer le risque dans la mesure du possible. Le succès que l’on obtiendra dans le contexte du réaménagement des édifices existants déterminera, à moyen terme, dans quelle mesure la taille des prochains établissements devra peut-être diminuer pour optimiser les avantages de réunir plusieurs familles en un même site tout en réduisant les dangers de rivalités menant à des confrontations.

Pierre JC Allard

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